LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. — JONAS , UIX-HUI- TIÈME FIGURE DU MESSIE
Q. Qu arriva-t-il après la mort de Salomon?
R. Après la mort de Salomon son royaume fut divisé, il ne resta à son fds Roboam que deux tribus, celle de Juda et celle de Benjamin. Les dix autres tribus se donnèrent pour roi Jéroboam. Elles prirent le nom de royaume d Israël \ les deux tribus restées fidèles, furent appelées le royaume de Juda.
Q. Quelle fut la capitale du royaume d'Israël?
R. La capitale du royaume d'Israël fut Samarie.
Q. Quelle fut la capitale du royaume de Juda?
R. La capitale du royaume de Juda fut Jérusalem.
Q, Dieu abandonna-t-il les dix tribus?
R. Le Seigneur n'abandonna pas les dix tribus. Il leur envoya au contraire un grand nombre de Prophètes pour les tirer de l'idolâtrie où Jéroboam les avait fait tomber. Un de ces Prophètes fut Jonas.
Q. Quel ordre Dieu donna-t-il à Jouhs ?
R. Dieu ordonna à Jonas d'aller annoncer à la ville de Ninive que les iniquités de ses habitants étaient à leur comble, et qu il allait bientôt les punir.
Q . Jonas obéit-il à l'ordre de Dieu?
R. Jonas, qui savait combien le Seigneur est bon et miséricordieux, prévit bien que si les Ninivites venaient à se convertir, ils seraient pardonnes, et que ses menaces ne s'accompliraient pas. Dans cette pensée, il prit la fuite et s'embarqua pour aller dans la ville de Tharsis.
Q. Qu'arriva-t-il lorsque Jonas fut dans le vaisseau?
R.A peine Jonas fut-il dans le vaisseau, qu'il s'éleva une violente tempête . On jeta les marchandises à la mer , on voulut regagner le port, tout fut inutile. La tempête devenait de plus en plus violente ; l'équipage pensa qu'il y avait sur le vaisseau quelque grand coupable qui irritait le Ciel. On jeta le sort pour le connaître, le sort tomba sur Jonas.
Q. Que fit-on de Jonas?
R. On jeta Jonas dans la mer; mais le Seigneur ordonna à une baleine de le recevoir dans son sein. Jonas y vécut miraculeusement trois jours et trois nuits, après quoi le poisson le vomit sur le rivage. Il se rendit ensuite à Ninive , se mit à parcourir la ville en criant à haute voix : Encore quarante jours et Ninive sera détruite.
(?. Que firent les Ninivites?
jR. A la voix de Jonas, les Ninivites se convertirent et le Seigneur révoqua la sentence qu'il avait prononcée . Jonas s'en plaignit et dit au Seigneur qu'il avait bien prévu ce qui arriverait.
Q. Comment le Seigneur apaisa-t-il Jonas?
R. Jonas s'était retiré à quelque distance de la ville. Le Seigneur fit croître an lierre dont le feuillage protégeait le Prophète contre les rayons du soleil. Le lendemain, le Seigneur fit périr le lierre, et Jonas, exposé aux ardeurs du soleil, se mit à murmurer. Alors le Seigneur lui dit : Vous vous plaignez de la perte de ce lierre qui ne vous a rien coûté, et vous auriez voulu que je fisse périr une grande ville qui vient de faire pénitence et dans laquelle on compte une multitude d'enfants encore innocents.
Q. Jonas est-il la figure du Messie?
R. Jonas est la dix-huitième figure du Messie. — Jonas qui n'est point écouté des Israélit^es, ses frères, est envoyé pour prêcher la pénitence aux Ninivites qui sont des idolâtres, et il en est écouté. Notre Seigneur qui est envoyé pour prêcher l'Evangile aux Juifs, ses frères, n'en est point écouté, le fait prêcher aux Gentils qui se convertissent. — Jonas, coupable de désobéissance, excite une violente tempête, il est jeté dans la mer. Notre Seigneur, innocent, mais chargé de tous les péchés du monde , excite contre lui toute la colère de Dieu ; il est mis à mort.
Q. Continuez la même figure.
R. Jonas est à peine jeté dans la mer que le Ciel est apaisé et que la tempête se calme. Notre Seigneur est à peine mis à mort, que le Ciel est apaisé et sa justice se change en miséricorde. — Jonas reste trois jours et trois nuits dans le ventre dune baleine. Notre Seigneur reste
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trois jours et trois nuits dans le sein du tombeau. — Jonas délivré, convertit les Ninivites. Notre Seigneur, après sa résurrection, convertit les nations infidèles.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné, dans le pardon accordé aux Ninivites, une preuve si touchante de votre infinie miséricorde, faites-moi la grâce de toujours espérer en vous, quel que soit le nombre et la grandeur de mes fautes.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /e ne me découragerai jaûiais , quelles que soient mes fautes.
XXXVIIP LEÇON.
LE MESSIE PRÉDIT
Jésus-Christ, objet des Prophéties. — Ce que prouvent les Prophéties. — Détails sur les Prophètes. — David , Prophète du Messie.
Depuis la chute de nos premiers parents, Dieu n'a cessé, comme nous l'avons vu, de promettre à l'homme un Rédempteur. Il le lui a montré de loin dans des figures multipHées.
Toutefois, il faut en convenir, ces différents traits ne suffisent pas : l'esquisse n'est pas le portrait, et c'est le portrait qu'il nous faut. Épars çà et là, et voilés d'ombres plus ou moins épaisses , ces rayons de lumière ne forment qu'un demi-jour, et ne donnent qu'une connaissance encore vague du Libérateur futur. Aussi n'est-ce là, disons-nous, que l'ébauche de son signalement. Or, Dieu veut que ce signalement soit tellement clair, tellement caractéristique, tellement circonstancié, qu'il soit impossible à l'homme, à moins d'un aveuglement volontaire, de s'y tromper et de méconnaître son Rédempteur.
Le voici donc qui va dissiper toutes les ombres, finir
tous les traits et fixer toutes les incertitudes. Pour cela, que fait-il ?
Dans son infinie sagesse, il suscite les Prophètes. Associant leur intelligence à son intelligence infinie , il leur communique les secrets de l'avenir. Devant leurs yeux il place le Désiré des nations et leur ordonne de le dépeindre avec tant de précision, que rien ne soit plus facile que de distinguer, entre tous les autres, ce fils de David qui sauvera le monde. Qu'est-ce donc que les prophéties? C'est le signalement complet du Rédempteur promis dès l'origine des temps, et figuré sous mille traits divers.
« En effet , dit un de nos plus célèbres Orientalistes , par f examen attentif du texte sacré, on voit clairement que toutes les prophéties ne forment , si j'ose m'exprimer ainsi, de la circonférence des quatre mille ans qui précèdent le Messie, qu'un grand cercle, dont tous les rayons aboutissent au centre commun, qui n'est et ne peut être que Notre Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur du genre humain, coupable depuis le péché d'Adam. Tel est F objet et Tunique but de toutes les prophéties qui concourent à nous le signaler de manière à ne pas le méconnaître. Elles forment dans leur ensemble le tableau le plus parfait. Les Prophètes les plus anciens en tracent la première exquisse ; à mesure qu'ils se succèdent , ils achèvent les traits laissés imparfaits par leurs devanciers. Plus ils approchent de l'événement, plus leurs couleurs s'animent, et quand le tableau est terminé, les artistes disparaissent. Le dernier, en se re-
tirant, a soin d'indiquer le personnage qui doit en lever le voile. Voici que je vous envoie, dit-il', au nom de l'Éternel, Èlie le Prophète (Jean-Baptiste), avant que vienne le jour grand et redoutable du Seigneur ' . »
Les prophéties sont donc le signalement du Rédempteur; elles ont pour but de nous faire connaître ses différents traits. Ce que l'une commence l'autre l'achève, tellement qu'en les réunissant toutes , nous avons le signalement complet du Rédempteur , signalement qui convient parfaitement ei exclusivement à lEnfant de Bethléem ; d'où il résulte que le Messie prédit par les Prophètes, c'est véritablement Notre Seigneur Jésus-Christ.
Oui, toutes les circonstances de la naissance, de la vie, de la mort, du triomphe de Notre Seigneur, ont été manifestées par des prédictions plus claires que le soleil. L'histoire exacte et complète du Fils de Marie a été tracée d'avance par des hommes qui vivaient, les uns mille ans, les autres sept cents ans, les autres quatre cents ans avant lui.
Or, il est certain 1° que toutes ces prophéties ont précédé la venue du Messie, puisque nous les trouvons entre les mains des Juifs , nation plus ancienne que la venue du Messie, nation ennemie jurée des Chrétiens, laquelle, loin d'avoir reçu de nous ces prophéties, avait le plus grand intérêt à les supprimer, parce qu'elles renferment sa condamnation et rendent un invincible témoignage à notre foi .
' Malach. ni. 33.
î M. Drach. Lelirc aux Israetites ^ p. 41.
Il est certain 2" que les prophéties prouvent sans réplique la vérité de la Religion en faveur de laquelle elles ont été faites. Dieu seul connaît l'avenir, l'avenir qui, dépendant du libre concours des volontés et des passions humaines, échappe à tous les calculs. Dieu seul peut donc en donner connaissance à l'homme. Le don de cette connaissance, qui fait participer l'intelligence créée aux lumières de l'intelligence infinie, est un des plus grands miracles que Dieu puisse opérer. Mais Dieu ne peut faire des miracles pour autoriser le mensonge. Notre Seigneur est donc vraiment le Fils de Dieu, sa Religion est donc la vraie Religion , puisque Jésus-Christ et sa Religion ont été annoncés long-temps d'avance par des prophéties incontestables.
Il est certain S"" que toutes les prophéties qui annonçaient le Rédempteur, se rapportaient à Notre Seigneur Jésus-Christ, puisqu'elles lui conviennent toutes et ne conviennent à nul autre c^u'à lui.
Ainsi, de deux choses l'une, ou bien les prophéties du Rédempteur ne signifient rien, ou bien elles désignent Notre Seigneur, car c'est en lui seul qu'elles sont toutes venues s'accomplir à la lettre. Avant de montrer cette admirable conformité des prophéties avec Notre Seigneur, disons quelques mots sur le nombre et la vie des Prophètes.
On appelle Prophète un homme qui prédit l'avenir par l'inspiration de Dieu. Dieu qui connaît tout, le passé, le présent et l'avenir, peut communiquer à qui il lui plaît la connaissance de certains événements futurs que toute
la sagesse humaine ne peut prévoir. Il a donné cette connaissance de l'avenir à un grand nombre d'hommes, soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau Testament. Nous ne parlons ici que des Prophètes de l'Ancien Testament; ils se divisent en deux classes : ceux qui n'ont pas écrit leurs prophéties , tels que Nathan , Gad , Élie et Elisée, et ceux qui ont écrit leurs prophéties. Parmi ces derniers, il en est qu'on appelle les grands Prophètes, parce que nous avons un plus grand nombre de leurs écrits : tels que David, Isaïe , Jérémie , Ezéchiel, Daniel ; il en est d'autres qu'on appelle les petits Prophètes , parce que nous avons un moins grand nombre de leurs écrits, ils sont au nombre de douze : Osée, Joël, Amos, Abdias, Michée, Jonas, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.
Voici quel était en général la vie des Prophètes. Ils vivaient pour l'ordinaire comme des religieux, séparés du peuple et dans la retraite, à la campagne; ils formaient avec leurs Disciples des communautés. Ils s'occupaient au travail, à l'instruction et à l'étude. Ils bâtissaient eux-mêmes leurs cellules, et coupaient les bois nécessaires pour cela. Leur habit était le sac ou le cilice, c'est-à-dire l'habit de deuil , pour montrer qu'ils faisaient continuellement pénitence pour les péchés de tout le peuple. Leur pauvreté paraît dans toute leur vie. On leur faisait des présents de pain, et on leur donnait les prémices des récoltes comme à des pauvres .
Ils ne prophétisaient pas continuellement . Mais lorsque l'Esprit du Seigneur descendait sur eux, ils sortaient de
leurs retraites, et allaient annoncer aux rois et aux peuples les volontés du Ciel. Ils parlaient avec une grande liberté, ainsi qu'il convient à des hommes inspirés et envoyés de Dieu. Comme les Prédicateurs de la vérité ont toujours eu le même sort, ils étaient souvent exposés à la violence des princes dont ils reprenaient l'impiété, aux insultes et aux railleries du peuple dont ils condamnaient les dérèglements. Plusieurs d'entre eux, comme nous le verrons plus tard, moururent d'une mort violente. Ils sont du nombre de ces hommes saints, dont l'apôtre saint Paul relève les souffrances et la vertu, lorsqu'il dit: Les uns ont été frappés de hâtons > ne voulant point racheter leur vie présente , afin d*en trouver une meilleure dans la résurrection. Les autres ont souffert les moqueries et les fouets , les chaînes et les prisons ; ils ont été lapidés , ils ont été sciés , ils ont été éprouvés en toutes manières. Ils sont morts par le tranchant de Vépée; errants, couverts de peaux de brebis , abandonnés , affligés , persécutés ; eux dont le monde n était pas digne , ils ont passé leur vie dans les déserts et dans les montagnes ^ se retirant dans les antres et dans les cavernes ' ,
Au milieu de ces persécutions et de ces opprobres, on les voyait toujours dans une parfaite liberté, mépriser la mort, les dangers et les tourments ; attaquer avec une intrépidité merveilleuse tout ce qui s'opposait à Dieu; mépriser les richesses, la faveur, les honneurs avec un désintéressement qui étonnait ceux qui cher-
ï Hibr, XI. 35.
chaient à ébranler leur constance et à tenter leur ambition . Les maisons des Prophètes et leurs communautés étaient des asiles contre l'impiété. On y venait consulter le Seigneur, on s'y assemblait pour entendre la lecture de la Loi, C'étaient des écoles de vertu et des abris pour ^'innocence. Quoique la prophétie ne soit pas une chose qui dépende de l'industrie, de l'étude ou de la volonté des hommes, il était assez ordinaire que le Seigneur communiquât son esprit aux enfants ou Disciples des Prophètes, soit à cause de la pureté de leurs mœurs et de la sainteté de leur vie, soit que la vocation à l'étude de la sagesse et à la suite des Prophètes, fût déjà de la part de Dieu une disposition prochaine à la grâce de la prophétie.
Lorsque l'esprit du Seigneur descendait sur eux, ils n'étaient pas tellement emportés hors d'eux-mêmes par l'enthousiasme dont ils étaient saisis, qu'ils ne pussent y résister. Ils n'étaient pas comme ces prêtres des faux dieux, qui étaient possédés par le mauvais esprit dont ils n'étaient pas les maîtres d'arrêter les agitations, et qui leur ôlait l'usage de leurs sens et de leur raison. L'esprit qui animait les Prophètes leur était soumis , dit saint Paul' , et l'Eglise a condamné l'erreur des Montanistes, qui attribuaient aux Prophètes de l'Ancien et du Nouveau Testament, ce qui ne convient qu'aux prêtres des idoles, qui parlaient malgré eux par l'inspiration du mauvais esprit. Nos Prophètes étaient calmes et tranquilles ; ils se possédaient et ne parlaient que parce qu'ils
' 1 Cor. xir.
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voulaient obéir à l'ordre du Seigneur. Ils savaient ce qu'ils disaient et comprenaient fort bien le sens de leurs discours.
Pour autoriser leurs paroles, les Prophètes annonçaient ordinairement deux choses : l'une prochaine et l'autre éloignée. L'accomplissement de la première répondait de l'accomplissement de la seconde'. Ainsi» Isaïe prédit à Achaz, roi de Juda, qu'il serait délivré des rois de Samarie et de Damas, ses ennemis ; voilà la chose prochaine, dont l'accomplissement prouve l'événement plus éloigné qu' Isaïe prédit en même temps, savoir : la naissance du Messie d'une mère Vierge. Le premier objet est clair et prochain ; le second est obscur et éloigné ; celui-ci est soutenu par celui-là. En un mot, par cette double prédiction , les Prophètes disaient : Nous vous annonçons des événements éloignés dont vous ne verrez pas l'accomplissement ; mais pour vous prouver que nous vous disons la vérité, voici un événement prochain et sensible que vous verrez s'accomplir sous vos yeux.
Comme si je disais moi-même : dans cent ans naîtra dans cette ville, dans cette famille, tel jour, tel mois , un enfant qui portera tel nom , qui fera telle chose, qui vivra tant d'années, qui mourra de telle manière; oui, cela arrivera comme je vous le dis; et
' Les paroles des Prophètes, dit Pascal, sont mêlées de prophéties particulières et de celles du Messie, aCn que les prophéties du Messie ne fussent pas sans preuve et que les prophéties particulière» ne fussent paysans fruit. Pensées , ch. 15. n. IS.
pour VOUS prouver que je dis vrai, je vais vous prédire un événement que vous verrez s'accomplir dans un mois, et que nul homme au monde ne peut prévoir. Ainsi, dans un mois, à pareil jour, il tombera, ici, de la pluie, depuis telle minute à telle minute, pas une minute plus tôt ni plus tard. Elle commencera et finira par un coup de tonnerre. Il ne tombera de pluie que sur telle place. Il est bien certain qu'après avoir vu l'accomplissement de l'événement qui doit avoir lieu dans un mois, et que personne au monde n'a pu prévoir, on serait obligé de croire avec certitude la naissance de cet homme qui ne doit avoir lieu que cent années après. D'autres fois, pour prouver un fait éloigné et moins frappant, ils en annonçaient un autre qui devait s'accomplir plus tôt et être tellement éclatant, que tous les peuples en seraient témoins et ne pourraient pas plus en douter que de l'existence du soleil. Exemple : Isaïe annonce , sept cents ans avant la venue de Notre Seigneur, que les Juifs méconnaîtraient le Messie, qu'ils le couvriraient d'injures et de crachats : voilà le fait éloigné et moins frappant. En preuve, Isaïe annonce un autre fait que nul homme au monde n'a jamais osé et n'osera jamais nier. Ce fait, c'est la ruine de la ville de Tyr. Au temps d' Isaïe, la ville de Tyr était une des plus belles, des plus fortes et peut-être la plus opulente ville du monde ; Isaïe prédit qu'un jour viendra où elle ne sera plus qu'un misérable village. Et voilà que la superbe Tyr où aboutissaient les navigateurs de toutes les parties du monde , qui envoyait
elle-même ses vaisseaux porter ses belles étoffes, ses pierres précieuses, ses richesses de tout genre, dans toutes les parties du monde, voilà que la superbe Tyr n'est plus aujourd'hui qu'un misérable village habité par cinquante ou soixante pauvres familles à peine abritées par quelques chétives cabanes et vivant de la culture de quelques grains et d'un peu de pêche. C'est là un fait que chacun peut aller vérifier. Naguère, un impie fameux a visité ces ruines de Tyr, et en voyant ce qu'Isaïe avait prédit, il n'a pu s'empêcher de s'écrier : L'oracle s'est accompli!
Montrons maintenant la conformité des prophéties qui annoncent le Rédempteur, avec l'Enfant de Bethléem. David est le premier Prophète qui décrive en détail les caractères du Messie' - En preuve de ses prédictions sur le Messie , David annonce aux Juifs des événements prochains dont l'accomplissement devait répondre de la certitude des autres . Ces événements prochains , prédits par David, sont, entre autres, la captivité deBabylone, qui ne devait avoir lieu que quatre cents ans plus tard, et le règne magnifique de Salomon dont les Juifs allaient être les témoins. C'est dans les Pseaumes que David nous trace l' histoire anticipée de Notre Seigneur .
En effet, David annonce que le Messie convertira les nations et les rappellera à la connaissance du vrai Dieu. Tous les peuples, dit-il, connaîtront le Seigneur et le glorifieront, tous les rois de la terre l'adoreront ,
» royet Bible de Vence, Dissert, sur les Prophètes , t. xiii. pag. 42 et
toutes les nattons lui seront soumises, nulle région, nul pays ne sera soustrait à sa puissance'. C'est Notre Seigneur et ses Apôtres qui ont converti le monde ; Notre Seigneur est donc le Messie annoncé par David.
David annonce que des rois étrangers viendront adorer le Messie et lui offrir des présents. Les rois de Tharsis, ceux de l'Arabie et de Saba, lui apporteront des dons précieux \ Notre Seigneur a été adoré par des Mages qu'une tradition constante nous dit avoir été rois : ils lui ont offert des présents ; Notre Seigneur est donc le Messie prédit par David-
David annonce que les Juifs m éconnaîtront !e Messie ^ qu'ils cesseront d'être son peuple bien-aimé, et que les Gentils prendront leur place. Il fait parler ainsi le Messie qui dit à son Père : Vous me délivrerez des contradictions de mon peuple et vous m'établirez chef des nations* Un peuple que je n avais pas connu s est attaché à mon service, il m'a obéi dès qu'il a entendu ma voix; mes enfants, au contraire ^ devenus étrangers à leur père, se sont lassés de me suivre^. Notre Seigneur a été méconnu des Juifs; depuis ce moment, les Juifs ont perdu la connaissance de la vraie Religion, et les Gentils ont reçu la lumière de l'Evangile; Notre Seigneur est donc le Messie annoncé par David .
David annonce que le Messie sera Prêtre suivant l'ordre de Melchisedech , c'est-à-dire qu'il n'aura ni
' Ps. 85.
' Ps. 71.
3 Ps. 47.
prédécesseur ni successeur dans le Sacerdoce, et qu't! offrira le sacrifice du pain et du vin ; le Seigneur, ditil, l'a juré, il ne se rétractera point : Vous êtes Prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisedech ' . Notre Seigneur n'a eu ni prédécesseur ni successeur dans le Sacerdoce, il est Prêtre éternel et il offre, comme Melchisedech , le sacrifice du pain et du vin ; Notre Seigneur est donc le Messie prédit par David.
David annonce que les rois et les peuples se ligueront contre le Messie . Les nations ont frémi, dit-il , les peuples ont formé de vains complots, les rois de la terre ont déclaré la guerre au Seigneur et à son Christ; mais le Seigneur s* est ri de leurs projets insensés , il affermit, malgré eux l'empire de son Christ, il établit sur euxmêmes cet empire \ Ce n'est que contre Notre Seigneur que les rois et les peuples se sont ligués ; mais leurs efforts ont été vains , Notre Seigneur en a triomphé , ils ont été obligés de se soumettre à sa Loi ; Notre Seigneur est donc le Messie prédit par David.
David décrit les outrages, le genre de mort et toutes les circonstances du supplice auquel le Messie devait être condamné plus de mille ans après . Voici les plaintes qu'il lui met dans la bouche : Celui qui était assis à ma table a signalé sa perfidie contre moi; j'ai cherché quelqu'un qui me consolât et je n'ai trouvé personne^, mes ennemis m'ont insulté, ils ont branlé la
ï Ps. 109.
^ Ps. 2.
3 Ps. 40.
DE PERSÉVÉRAJXCE. 305
^te , ils ont dit : Puisqu'il a mis sa confiance en Dieu* que Dieu vienne donc le sauver. Ils ont percé nies pieds et mes mains , ils ont partagé mes vêtements et ont tiré ma robe au sort' ; dans ma soif, ih m'ont abreuvé de vinaigre. — Notre Seigneur a été trahi par Judas qui était assis à sa table ; Notre Seigneur a été abandonné de tous ses Disciples, son visage a été couvert de crachats; les Juifs, sur le Calvaire, secouaient la tête en disant : Puisqu'il a espéré en Dieu, que Dieu vienne donc le délivrer. On lui perça les pieds et les mains ; les soldats partagèrent ses habits, tirèrent sa robe au sort et lui donnèrent du vinaigre à boire. Tout cela n'a été accompli qu'en Notre Seigneur; Notre Seigneur est donc le Messie prédit par David.
David annonce que le Messie ressusciterait sans avoir éprouvé la corruption du tombeau . Voici ce qu'il fait dire au Messie : Ma chair reposera dans F espérance; vous ne laisserez point mon ame dans V Enfer; vous ne permettrez pas que votre Saint voie la corruption\ — Notre Seigneur est mort, il est descendu aux Limbes ; mais il n'a point éprouvé la corruption , car il est sorti triomphant du tombeau trois jours après sa mort ; Notre Seigneur est donc le Messie prédit par David.
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir fait prédire si long-temps d'avance les mystères
' Ps. 21.
» Ps. 45.
306 CAT^CÎTISME
du Messie et de m' avoir ainsi donné une preuve infaillible de la vérité de ma foi.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je lirai l'Évangile avec le plus profond respect.