‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religionChapitre 28 sur 48 · XLIII' LEÇON · texte numérisé non relu

XLIII' LEÇON

LE MESSIE PREDIT

Édit de Cyrus. — Retour des Juifs dans la Judée. — Aggée, prophète. Zacharie, prophète. — On rebâtit la ville et le temple de Jérusalem. Malachie , dernier prophète.

Les efforts de Daniel pour la délivrance des Juifs et leur retour dans leur patrie, furent enfin couronnés. Cyrus donna ce fameux édit , par lequel il accordait aux Juifs, captifs dans l'empire de Babylone, une pleine liberté de rentrer dans la Judée, de rebâtir le temple, et de repeupler Jérusalem. On s'empressa de prendre les mesures pour profiter incessamment de l'édit publié dans toute l'étendue du royaume. Il n'était pas possible que tous les Juifs retournassent à la fois dans un pays inculte, où la terre, depuis près de soixante- dix ans, ne produisait aucun fruit. Une partie des captifs seulement se mit en marche sous la conduite du grand-prêtre Josué, et de Zorobabel, jeune prince de la famille de David ; Cyrus leur remit tous les vases sacrés du temple de Jérusalem. Il les fit compter en sa présence, et, tant en or qu'en argent, on en trouva jusqu'à cinq mille quatre cents.

On se mit en marche le dixième mois de la soixantedixième et dernière année de la captivité. Le voyage fut long, parce que Jérusalem était éloignée de Babylone d'environ trois cents lieues , et qu'on conduisait les familles entières, vieillards, femmes et enfants. Après quatre mois d'une marche pénible, on posa enfin le pied sur la terre de Judée. Dès qu'on fut arrivé, on fit le dénombrement de la troupe qui se trouva monter à quarante-deux mille trois cent soixante personnes. Le premier soin des exilés, de retour dans leur patrie, fut d'élever un autel au Seigneur, en attendant que leurs ressources permissent de lui bâtir un temple. Un an plus tard , ils en jetèrent les fondements ; mais de grandes difficultés étant survenues , suivant la prophétie de Daniel , l'ouvrage interrompu ne fut continué que plusieurs années après.

Comme Josué, Zorobabel et surtout les vieillards qui avaient vu le temple de Salomon, étaient dans le découragement , et pleuraient en voyant combien ce nouveau temple était inférieur à l'ancien : le Seigneur voulut bien consoler les uns et encourager les autres.

Il appela le prophète A ggée, et lui dit : Parlez à Zorobabel, chef de Juda, et à Josué, grand-prêtre, et à tout le peuple, et dites-leur : Pour quiconque d'entre vous a vu l'ancien temple dans toute sa gloire, ceiui-ci ne paraît-il point à ses yeux comme n'étant rien ? Cependant, ô Zorobabel! prenez courage, dit le Seigneur; Josué, grand-prêtre, prenez courage, et vous tous, restes de mon peuple; prenez courage, et mettez-vous à T. n, 24

l'œuvre. Encore un peu de temps et j'ébranlerai le Ciel et la terre, la mer et tout Funivers; j* ébranlerai tous les peuples f et le désiré de toutes les nations viendra, et je remplirai de gloire cette maison par sa présence. La gloire de ce dernier temple sera plus grande que celle du premier^ car cest en ce lieu que je donnerai la paix ' .

Les Juifs et les Chrétiens ont toujours soutenu que cette prédiction regarde le Messie . Or , elle prouve deux choses : la première, que le Messie est venu. En effet, le Prophète annonce que le Messie viendra en personne dans le second temple , et c'est pour cela que la gloire de ce second temple surpassera infiniment celle du premier. Or, ce second temple a été brûlé par les Romains, l'an 70 de l'ère chrétienne; donc, le Messie était venu avant cette époque. Donc, c'est bien vainement que les Juifs continuent de l'attendre.

La seconde chose, c'est que Notre Seigneur Jésus- Christ est vraiment le Messie prédit par Aggée. En effet , le Prophète annonce qu' à la venue du Messie , le Ciel et la terre , la mer et tout l'univers seront ébranlés par le Seigneur. Or, à la venue de Notre Seigneur, le Ciel, la terre, la mer, ont été ébranlés par des prodiges : le concert des Anges qui ont annoncé sa naissance, l'étoile qui l'a indiquée aux Mages, le Ciel ouvert à son baptême, les ténèbres qui ont couvert le monde à sa mort , ont été autant de prodiges opérés dans le Ciel ; la terre a été étonnée de l'éclat de ses œuvres; la mer a senti sa toute - puissance ; d'un mot il a apaisé ses vagues

» Aggée, II.

furieuses , et obligé ses flots agités à servir de base solide aux pieds de saint Pierre; l'univers a été mis en mouvement par la chute successive des grandes monarchies des Perses et des Grecs, envahies par les Romains.

Le Prophète désigne le Messie sous le nom de Désiré des nations; c'est ainsi que Jacob, mourant, le désignait lui-même à ses fils. Or, il est certain qu'à la venue de Notre Seigneur, tous les peuples étaient dans l'anxiété et dans l'attente d'un personnage mystérieux qui devait paraître en Judée, et devenir le maître du monde. On le croyait, nous disent deux historiens payens. Tacite et Suétone , sur la foi d'anciennes traditions répandues dans tout l'Orient. Or, depuis la venue de Notre Seigneur, les nations ont cessé d'attendre ce personnage mystérieux qui devait sortir de la Judée, et devenir le maître du monde; donc, notre Seigneur était vraiment le Désiré des nations ; et puisque le Désiré des nations, comme nous avons vu , c'est le Messie, il s'en suit nécessairement que Notre Seigneur est vraiment le Messie. Le Prophète annonce que c'est dans le second temple que le Seigneur donnerala paix. Cette paix n'est pas la paix limitée à certain peuple et à certain temps. C'est la paix simplement dite, la paix éternelle, constante, comprenant tous les biens, embrassant tous les peuples; c'est la paix du Ciel avec la terre, la réconciliation de toutes les créatures avec le Créateur, du genre humain avec Dieu. Voilà l'ouvrage réservé au Messie prédit par Aggée.

Or, quel autre que Notre Seigneur a donné la paix au monde , la paix avec Dieu , la paix comprenant tous les biens, embrassant tous les peuples; la paix qui est la réconciliation du Ciel avec la terre? N'est-ce pas lui dont les Anges ont annoncé la venue en disant : Voici la paix aux hommes de bonne volonté? n'est-ce pas lui qui a laissé au monde, pour unique héritage, la paix ? Je vous donne la paix , disait-il ; je vous laisse ma paix, non pas la paix que le monde donne. Ce divin Sauveur, Ministre de cette paix, ne l'a-t-il pas annoncé dans le temple même de Jérusalem? n'est-ce pas dans ce temple même que cette paix a été conclue , lorsque le Sauveur y répandit les prémices de son sang sous le couteau de la circoncision? Notre Seigneur est donc véritablement le Messie prédit par Aggée.

Pour prouver aux Juifs la vérité de ses prédictions touchant le Messie, le Prophète leur annonce le même jour des événements dont ils allaient être témoins. Le premier, c'est la cessation de la longue stérilité qui durait depuis près de dix ans, et le retour de l'abondance; le second, c'est la chute des royaumes étrangers, telle que le renversement de la monarchie des Perses par celle des Grecs, et de celle des Grecs par les Romams, et surtout la conservation de la race royale de Juda jusqu'à la naissance du Messie, lequel, par les descendants de Zorobabel, devait sortir de David, de Jacob, d'Isaac et d'Abraham. Ces deux événements ont été vérifiés : Aggée prophétisait environ cinq cent vingt ans avant la venue de Notre Seigneur.

A peine le Prophète Aggée eut-il achevé d'annoncer ail peuple de Dieu toutes ces consolantes promesses, que Zacharie , autre Prophète du Seigneur, vint les confirmer et en ajouter de nouvelles. Suivant le devoir indispensable de tous les Prophètes, il commence par prouver sa mission divine , en prédisant des événements prochains , dont l'accomplissement répondrait de la vérité de ses prédictions touchant le Messie.

Ainsi il annonce V que Jérusalem, tant de fois infidèle, ne retombera plus dans l'idolâtrie, et qu elle sera appelée la ville de la vérité. Cette prophétie s'est vériiiée : depuis le retour de la captivité , Jérusalem ne tomba plus dans l'idolâtrie; 2° que, malgré toutes les apparences , Jérusalem serait rebâtie et repeuplée. On verra encore, dit ce Prophète, dans les places de Jérusalem, des vieillards qui auront un bâton à la main pour se soutenir à cause de leur grand âge, et les rues de la ville seront remplies de petits garçons et de petites filles qui joueront sur les places publiques; 3° il annonce la désolation de la terre des Philistins, ces antiques ennemis du peuple de Dieu. Cette dernière prédiction fut accomplie par Alexandre-le-Grand'.

Passant au Messie, le Prophète entre dans les plus intéressants détails. Il annonce que le Messie effacera l'iniquité du monde; qu'il sera roi; qu il sera juste; qu'il sera le Sauveur; qu'il sera doux et humble; qu'il entrera dans Jérusalem, monté sur une ânesse et sur un ânon ; qu'il sera frappé, et qu'à cette vue ses Disciples

' Zachar. . vin et ix.

r abandonneront ; qu'il sera vendu pour trente pièces d'argent; que cet argent sera apporté dans le temple ^ et donné à un potier; qu'il aura les mains percées; enfin, il annonce qu'il convertira les nations ; que ceux qui l'auront percé finiront par le reconnaître, et qu'il y aura un grand deuil dans Jérusalem ' .

Notre Seigneur a eîTacé l'iniquité du monde; Notre Seigneur est roi, il l'a hautement déclaré à Pilate, et il règne encore sur le monde, dont il a changé les idées et les mœurs; il est juste, si juste, que ses ennemis n'ont pas pu trouver le moindre reproche à lui faire; il est le Sauveur : il s'appelle Jésus, nom qui veut dire Sauveur ; il est doux et humble : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Il est entré à Jérusalem monté sur une ânesse et un ânon; c'est Notre Seigneur qui a été saisi au jardin des Oliviers, et abandonné de ses Apôtres ; c'est lui et lui seul qui a été vendu pour trente pièces d'argent, et cet argent, le prix d'un Dieu, Judas le rapporta aux Prêtres qui en achetèrent le champ àmi potier ; c'est lui et lui seul qui a converti les nations ; c'est lui et lui seul que les Juifs pleurèrent amèrement lorsqu'après sa résurrection ils reconnurent qu' ils avaient crucifié le Fils de Dieu ; Notre Seigneur est donc véritablement le Messie prédit par Zacharie.

Encouragés par les paroles d'Aggée et de Zacharie, sur la future grandeur du temple, les Juifs ne se rebutèrent plus. Ils travaillèrent sans relâche à la construc-

» Zachar. , iii^ viii , ix , xii cl xiii.

tion de cet édifice. Ni les fatigues ni les mauvais desseins de leurs ennemis ne purent les décourager.

Quelques années après, Esdras, qui était resté à Babylone, où il occupait un rang très-distingué, obtint du roi la permission de conduire en Paleiitine une seconde colonie de Juifs restés dans ses" états. Ayant réuni tous les voyageurs, il leur parla de la sorte : Nous sommes seuls, mes frères, sans armes, sans défense, au milieu dun vaste pavs que nous allons traverser, et environnés de peuples ennemis, qui ne cherchent qu'à nous surprendre. J'aurais pu demander ou roi des troupes pour nous accompagner, mais je vous avoue que j'aurais eu honte de le faire. Vous savez ce que j'ai dit à ce prince devant vous sur la puissante protection dont le Seigneur notre Dieu honore tous ceux qui le cherchent dans la simplicité de leur coeur, et qui mettent en lui leur confiance. Mais pour nous rendre dignes de sa protection, passons un jour dans le jeune et la prière; demandons-lui par de ferventes supplications, qu'il daigne nous servir de guide et de protecteur durant notre marche .

Esdras eut la consolation de voir tous les voyageurs dans les mêmes sentiments que lui. Il n'y en eut pas un qui ne regardât la prière et le jeûne comme une défense bien plus sûre que toutes les escortes qu'on aurait pu leur donner. Leur espérance ne fut point trompée. Arrivés heureusement dans leur patrie, ils s'unirent à leurs frères pour relever incessamment les ruines de Jérusalem et achever la construction du temple.

Esdras eut la consolation de mettre la dernière main à ce dernier ouvrage ; et ce fut Néhémie que le Seigneur choisit pour rebâtir les murs de Jérusalem , et pour remettre la nation juive dans un état capable de se faire respecter des ennemis jaloux et nombreux qui l'environnaient.

C'est alors que parut Malachie, le dernier des Prophètes, autorisé lui-même par les autres Prophètes, sans avoir besoin d'annoncer des événements en preuve de sa mission '. Dieu l'envoya pour annoncer aux Juifs que les sacrifices qu ils commençaient d'offrir dans le nouveau temple de Jérusalem, ne seraient pas toujours agréables au Seigneur, qu'un sacrifice plus saint devait leur succéder, qu'ainsi leur religion n'était que la préparation et comme l'ébauche d'une alliance plus parfaite que le Seigneur avait résolu de faire, non plus avec un seul peuple , mais avec le genre humain tout entier : S" adressant aux Prêtres de la Loi, Malachie, leur parle ainsi : Voici ce que dit le Seigneur : Mon affection n'est pas pour vous; et je ne recevrai plus d'offrande de votre main; car depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, mon nom est grand parmi les nations t et en tout lieu on m'offre un sacrifice, et on présente une ablation pure à la gloire démon nom, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées^.

Malachie annonce encore que le Messie aura un

1 Voyez Bible de Vcnce , dissertation sur les Prophètes et préface sur Malachie.

' Malach., i.

Précurseur qui préparera les hommes à l'écouter. Je vais envoyer mon Ange, dit le Seigneur, et il préparera la voie devant moi; et aussitôt le Dominateur que vous cherchez, VAnge de l'alliance que vous désirez, viendra dans son temple. Pour faire reconnaître ce Précurseur, le Prophète dit qu'il sera un autre Elie; qu'il réunira les cœurs des pères avec leurs enfants, et les cœurs des enfants avec leurs pères'.

Notre Seigneur a eu pour précurseur, Jean-Baptiste. L'Ange qui annonça la naissance de cet Elie, avait dit : Il marchera devant le Seigneur, dans l'esprit et dans la puissance d'Elie pour réunir les cœurs des pères avec leurs enfants, et pour préparer au Seigneur un peuple parfait et disposée le recevoir. Jean-Baptiste est donc le Précurseur prédit par Malachie. Or, Jean-Baptiste n'a marché que devant Notre Seigneur; c'est à lui et à lui seul qu'il a préparé les voies; Notre Seigneur est donc ce Dominateur, cet Ange de l'Alliance, ce Messie désiré par les Juifs et annoncé par Malachie.

Quel est maintenant ce grand sacrifice dont parle le même Prophète? C'est évidemment l'auguste sacrifice de la nouvelle Alliance. En effet, Malachie annonce que les sacrifices des Juifs vont cesser, que Dieu n'en veut plus. Il prédit à leur place un sacrifice qui s'offrira de l'Orient à l'Occident : le sacrifice seul de la nouvelle Loi est offert de l'Orient à l'Occident. Le Prophète annonce un sacrifice pur, qui rendra grand parmi les nations le nom du Seigneur : le sacrifice seul de la

' Malach., iv.

pouvelle Alliance est un sacrifice pur, un sacrifice qui rend grand, infiniment grand le nom du Seigneur parmi Jes nations. Le sacrifice de la nouvelle Alliance est donc le sacrifice prédit par Malachie. Donc, l'ancienne Loi a été abolie depuis le jour où le nouveau sacrifice, destiné h remplacer tous les autres et à sceller une nouvelle Alliance, a été établi ; donc le Messie Médiateur de cette nouvelle Alliance est venu, depuis le jour oii les sacrifices finciens ont été abolis. Il ne reste plus après cela qu'à demander aux Juifs depuis quel temps ils ont perdu l'autel et le temple ou il était permis à leurs pères de sacrifier? Il y a dix-huit siècles. Telle est la réponse de l'histoire. Il y a donc dix-huit siècles que le Messie est venu, et Notre Seigneur Jésus-Christ est vraiment ce Messie, puisque c'est lui qui a institué le sacrifice de la nouvelle Alliance . Il faut donc nécessairement que tout soit accompli, et que désormais l'espérance des Juifs ne soit qu'une illusion et un aveuglement.

Ï>RIÈRE.

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir veillé avec tant de sollicitude sur votre peuple pendant son séjour au milieu des nations infidèles, de l'avoir tiré de la captivité et ramené dans la terre de ses pères. Veillez aussi sur moi, je vous en conjure , pendant que j'habite au miUeu d'un monde qui ne vous connaît pas. Tirez-moi de mon exil, et conduisez-moi à vou3 dans ma céleste patrie

Je prends pour résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /assisterai avec beaucoup de piété au saint sacrifice de /a Messe.

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