LE MESSIE PRÉPARÉ. — HISTOIRE DE JUDITH
Q. Que nous apprend l'histoire de Judith?
R. L'histoire de Judith nous apprend que Dieu a constamment veillé sur le dépôt de la grande promesse du Libérateur, confiée au peuple juif. Les Assyriens destinés à le punir lorsqu'il tombait dans l'idolâtrie, voulurent plusieurs fois le détruire . Le souverain Maître qui les avait envoyés, eut soin d'arrêter leur fureur. L'histoire de Judith en est une preuve éclatante.
Q. Montrez-nous cette vérité?
R. Nabuchodonosor P% fier de ses victoires, voulut soumettre à son empire tous les peuples de l'Orient, et détruire leur religion, afin do se faire adorer lui seul. Il envoya donc une armée formidable , commandée par Holopherne, pour subjuguer toutes les nations. Holopherne remporta de grandes victoires et arriva sur les frontières de la Judée.
Q. Que firent les Juifs ?
R. Les Juifs eurent recours au Seigneur , par la prière, la pénitence et le jeûne. Le grand-prêtre Eliachim ordonna de garder toutes les hauteurs, afin de fermer le passage à l'ennemi . La première ville qui devait être attaquée était Béthulie ; elle était fort peu considérable , mais elle était située sur une montagne qui en faisait toute la force.
Q. Qui était Judith ?
R. Judith était une sainte veuve qui passait sa vie dans l'exercice de la prière , du jeûne et des bonnes œuvres. Les habitants de Béthulie se voyant assiégés et privés d'eau , résolurent de se rendre dans cinq jours , à moins que le Seigneur ne les délivrât avant ce temps. Judith, informée de cette résolution, représenta aux anciens qu'il ne convenait pas de marquer au Seigneur le temps de sa miséricorde. Elle les engagea à redoubler leurs prières , et leur dit qu'elle sortirait de la ville la nuit suivante avec une des filles attachées à son service. En effet, elle se fit ouvrir les portes, et au point du jour elle arriva aux postes avancés des Assyriens.
DB PERSÉYÉRANCE. 4SS
Q. Où fut-elle conduite ?
R. Elle fut conduite par les soldats à la tente d'Holopherne. Ce général , en la voyant , lui demanda ce qu elle venait faire. Judith répondit à toutes ses questions , et le général la fit placer dans une tente , en ordonnant qu'on eût pour elle toutes sortes d'égards.
Q. Quarriva-t-il ensuite ?
R . Quatre jours aprèsl'arrivée de Judith , Holopherne donna un grand festin à tous ses officiers : il fit prier Judith de s'y rendre. Sûre de la protection de Dieu , elle accepta . Holopherne but avec tant d'excès, qu'il s'enivra, et qu'on fut obligé de le porter sur son lit, où il s'endormit d'un profond sommeil. Tous ses officiers étaient à peu près dans le même état. Ils se retirèrent dans leurs tentes , et Judith resta seule avec sa suivante. Elle s'approcha du lit d' Holopherne , et pria le Seigneur avec larmes. Aussitôt elle détacha le sabre d'Holopherne, qui était suspendu à la colonne du lit, et lui coupa la tête. Elle la remit à sa suivante qui la cacha dans un sac. Elles sortirent ensuite, et regagnèrent les portes de la ville. Judith cria aux gardes de lui ouvrir. Etant entrée, elle dit à tout le peuple de bénir le Seigneur , et montra la tête d'Holopherne. Les Israélites sortirent ensuite , et les Assyriens voyant leur général tué, s'empressèrent de prendre la fuite. On en fit un grand carnage ; et pendant trente jours on fut occupé à recueillir leurs dépouilles. Judith, figure de la sainte Vierge , reprit ensuite sa vie de prières et de pénitence.
43/4 CATÉCHISMZ
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir conservé avec tant de soin le souvenir du Rédempteur ; faites-nous la grâce de profiter de ses mérites .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme' moi-même pour l'amour de Dieu; et , en témoignage de cet amour, je me recommanderai à Dieu dans tons mes dangers.
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XLVIP LEÇON.
LE MESSIE PREPARE
Histoire de Tobie. — But de la Providence dans la dispersion des dix tribufs et dans leur long séjour parmi les nations infidèles. — Naissance de Tobie. — Il est emmené captif. — Sa conduite à Ninive. — Il perd la fue. —Il se voit au moment de mourir, — Avis qu'il donne a son fils. — Voyage du jeune Tobie. — Il épouse Sara. — Il revient auprès de son père. — Mort de Tobie le père. — Bénédiction de Dieu sur sa famille.
Assur, dit le Seigneur, est la verge de ma colère. En effet, c'est de la grande monarchie des Assyriens que le Seigneur s'est constamment servi pour punir le royaume de Juda, toutes les fois qu'il a voulu oublier la grande promesse du Rédempteur et s'abandonner au culte des idoles. C'est une vérité que nous avons établie dans les leçons précédentes. Assur fut aussi l'instrument dont Dieu se servit pour punir le royaume d'Israël. Salmanazar emmena en captivité les dix tribus coupables d" idolâtrie; mais le Seigneur qui sait tirer le bien du mal, faisait concourir le châtiment même de son peuple à l'accomplissement de son grand dessein, la Rédemption du monde par le Messie.
Ce n'était pas aux dix tribus séparées qu'était confié le
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dépôt des promesses ; mais elles devaient néanmoin§ concourir à préparer le règne du Messie, et les AssJ^riens, sans le savoir, les aidèrent è remplir cette mission providentielle. Ils croyaient n'amener à Ninive qu'un peuple de captifs, et ils y amenèrent un peuple de ' missionnaires ; car c'était pour répandre chez ces nations infidèles, ou pour y réveiller le souvenir et la connaissance du Libérateur futur, que Dieu permit la dispersion et le long'^éjour des dix tribus parmi les Assyriens . Ce but de la Providence est consigné en propres termes dans les livres saints . Un des captifs de Ninive , inspiré de Dieu , disait à ses frères : Enfants d'Israël ! huez le Seigneur et rendez-lui gloire en présence des nations ; il vous a dispersés chez les Infidèles qui ne le connaissent pas , afin que vous racontiez ses merveilles et leur fassiez savoir qu'il n'est point d'autre Dieu que lui ' .
Ce Prophète qui nous révèle si clairement le dessein du Seigneur, est le saint homme Tobie. Il fut luimême un des plus- zélés prédicateurs de la gloire de Dieu parmi les Assyriens. Préparateur évangélique, il contribua plus encore par l'éclat de ses vertus que par ses discours, à leur faire connaître la vraie Religion dont l'attente du Messie était le premier article. Voici son intéressante histoire.
Tobie était originaire de la tribu de Nephtali et de la ville du même nom, située dans la partie supérieure de la haute GaHlée. Il perdit de bonne heure ses pieux pa-
» Tob. c. XIII.
lents ; mais quoique le plus jeune chef de famille de toute sa tribu , il fut le seul que la contagion générale ne put corrompre . Pendant que ses compatriotes allaient en foule adorer le veau d'or que Jéroboam avait fait élever à Dan et à Belhel, il allait à Jérusalem adorer le Dieu de ses pères. Son enfance et sa jeunesse se passèrent dans l'exercice constant de toutes les vertus. Arrivé à un âge plus mûr, il épousa une jeune fille de sa tribu, nommée Anne ; il en eut un fils à qui il fit porter son nom, et qui, en devenant l'objet de sa tendresse, le devint encore plus de ses soins et de sa vigilance. Il lui apprit à craindre Dieu, dès son enfance, et à fuir toute espèce de péché.
Bientôt, l'armée de Salmanazar, roi d'Assyrie, tomba sur Israël et désola le royaume de Samarie. Le saint homme, enveloppé dans le malheur général de sa nation, fut emmené captif à Ninive avec son épouse et son fils. Il fut tel en Assyrie qu'il avait paru en Israël. Les exemples de ses propres frères ne l'avaient pas séduit, ceux des étrangers ne purent le corrompre. Les autres Israélites, accoutumés depuis long-temps à violer la Loi de Dieu , mangèrent indifféremment de toutes les viandes dont se nourrissaient les Gentils. Le fidèle Tobie ne voulut jamais se souiller d'un pareil crime. Aussi charitable envers ses frères, que religieux observateur de sa Religion , il distribuait à ses malheureux compatriotes le peu de bien qu'il avait pu apporter avec lui.
En récompense de sa fidélité, le Seigneur lui fit
trouver grâce devant Salmanazar. Ce prince, touché de; la charité de son captif, lui donna dix talents d'argent, et, ce que Tobie aimait beaucoup mieux, la permission d'aller partout où il voudrait, et de faire ce que bon lui semblerait. Tobie profita de sa liberté pour rendre visite à ses frères et leur porter des secours et des consolations.
Étant allé jusqu'à Rages, ville des Mèdes, où une partie des captifs avait été transportée, il fit un acte héroïque de générosité qui fut pour lui , sinon la source principale, du moins l'occasion des merveilles par où le Seigneur se préparait à récompenser sa vertu. Il trouva dans cette ville un grand nombre d'Israélites de sa tribu, entre autres un de ses parents nommé Gabélus, vertueux et pauvre tout ensemble, ayant besoin d'un prompt secours et ne sachant à qui le demander, Tobie lui prêta les dix talents qu'il avait reçus du roi. Gabélus lui donna une obligation par laquelle il s'engageait à les lui rendre.
Cependant, Salmanazar mourut; son fils Sennacherib, héritier de sa couronne, ne le fut pas de sa douceur pour les Hébreux : il les haïssait. Ce fut pour Tobie un nouveau motif de redoubler ses altentions. Tous les jours il visitait ceux de sa parenté qui languissaient dans Ninive. II les consolait, partageait avec eux le peu de bien qui lui restait et ensevelissait ceux qui étaient morts ou qui avaient été tués. Sennacherib, ayant perdu une grande bataille, tourna sa fureur contre les Israélites, il en fit tuer une grande multitude et or-
DE PERSÉVÉRANCE. ZjS^
donna que leurs corps demeureraient sans sépulture.
Tobie connut cette défense, il vit tout le danger qu'il allait courir ; mais rien ne fut capable de l'ébranler. Il continua d'enterrer les corps de ceux qu'on mettait à mort. Sennacherib en fut averti; la tête de Tobie fut proscrite et tous ses biens confisqués. Le saint homme fut obligé de prendre la fuite et de se cacher avec son épouse et son fils. Le persécuteur ayant été tué, Tobie revint à Ninive et reçut, du nouveau roi, ses biens confisqués et sa liberté première. Aussitôt ses hbéralités recommencèrent.
Plus de cinquante ans d'une vie de bonnes œuvres et de vertu , demandaient ce semble des récompenses , mais les vues du Seigneur, sur ses Saints, sont bien différentes de celles des hommes. Après mille épreuves, généreusement soutenues, au lieu des faveurs que nous attendons pour eux, il leur destine de nouveaux combats qui enrichissent leur couronne en perfectionnant leur vertu. Tobie avait été frappé dans ses biens et dans sa liberté, il ne l'avait pas été dans sa personne; il lui fallait ce dernier trait de ressemblance avec les anciens héros dont il était l'imitateur.
C'était la coutume du saint homme, selon l'esprit de la Loi, de donner chez lui d'honnêtes festins, le jour des grandes solennités, où les conviés, dans une joie toute religieuse, témoignaient au Seigneur leur reconnaissance, et où les pauvres de la nation avaient toujours la meilleure part. Ce fut dans une de ces fêtes que Tobie, ayant préparé son repas à l'ordinaire, fit venir son fils
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et lui dit : Allez, mon fils, et invitez encore quelquesuns de nos frères craignant Dieu , à venir manger avec nous. Le jeune Tobie exécuta les ordres de son père; en rentrant, il lui annonça qu un enfant d'Israël venait d'être mis à mort.
A cette nouvelle, Tobie se lève de table, court à la place où était le corps, le charge sur ses épaules et l'emporte secrètement dans sa maison pour l'ensevelir quand le soleil serait couché. Il retourne ensuite joindre ses amis et mange quelques morceaux de pain qu'il détrempe de ses larmes.
On lui représenta les dangers qu'il courait; mais le charitable Tobie, craignant plus Dieu que le roi, continuait toujours cette œuvre de miséricorde. Un jour ce vénérable vieillard s' étant extrêmement fatigué à ensevelir les corps des Israélites, il revint chez lui si épuisé de forces qu'il fut contraint de se jeter au pied dune muraille où il s'endormit sans précaution. C'était là que la Providence divine l'attendait. D'un nid d'hirondelles, il tomba des ordures toutes récentes de ces oiseaux, dont la chaleur et l'acrimonie lui firent perdre la vue en un instant. Tobie avait été un modèle de crainte de Dieu dès son enfance ; il en devint un de patience dans l'adversité.
Semblables à ces rois, amis de Job, qui insultaient au malheur de cet illustre affligé, les proches de Tobie poussèrent la cruauté jusqu'à le railler sur la régularité de sa vie, et sur la vanité de ses espérances. Mais à l'exemple de Job , Tobie cherchait sa consolation
DE PERSÉVÉRANCE. liai
dans les grandes pensées de sa foi , il se contenta de dire à ses parents : Ne parlez pas de la sorte ; nous sommes les enfants des Saints, et nous attendons cette vie bienheureuse que le Seigneur a promise à ceux qui lui resteront fidèles.
Pauvre, abandonné, aveugle, il ne vivait plus que du petit gain qu'Anne, son épouse, pouvait faire du travail de ses mains. Une fois, pour prix de son travail, elle reçut un chevreau. Elle l'apporta dans sa maison. Tobic, entendant crier cet animal, qu'il ne savait pas lui appartenir, dit à sa femme : Voyez si ce chevreau n'est pas entré furtivement chez nous, et rendez-le à son maître. L'épouse de Tobie ne tint pas contre la scrupuleuse délicatesse de son mari. Elle s'emporta contre lui et même contre la Providence. A l'exemple de Job, Tobie s'adressa en pleurant au Dieu de toute consolation, et se contenta de dire : Vous êtes juste. Seigneur, et tous vos jugements sont pleins d'équité.
Tobie se croyant désormais inutile à ses frères, pria le Seigneur de l'appeler à lui. Il se ûattait d'être exaucé. Dans cette espérance , il fit venir son fils, et lui parla comme devraient parler tous les pères chrétiens avant de mourir. Ecoutez, mon fils, lui dit-il, les dernières paroles de votre père ; qu'elles soient pour vous la règle de toute votre conduite. Lorsque Dieu aura reçu mon ame, ensevelissez mon corps. Honorez votre mère tous les jours de votre vie. N'oubliez jamais ce que vous lui avez coûté de périls et de peines. Quand elle aura achevé sa course sur la terre, vous l'ensevelirez auprès de moi,
4Zt2 CATÉCHISME
Ayez Dieu présent à l'esprit tous les jours de votre vie; prenez garde de ne jamais consentir au péché. Faites l'aumône de votre bien ; ne détournez vos yeux d'aucun pauvre, par là vous mériterez que les yeux du Seigneur ne se détournent jamais de vous . Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez encore volontiers du peu que vous aurez. En user ainsi, c'est se faire un trésor pour le temps de la nécessité; car l'aumône expie le péché, et délivre de la mort» Veillez sur votre cœur; craignez jusqu'au commencement d'une inclination qui conduit au crime. Ne souffrez pas que l'orgueil domine jamais en vous, car c'est par là qu'a commencé la perdition. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-même. Prenez toujours conseil d'un homme sage. Bénissez le Seigneur en tout temps, et priez-le de diriger toutes vos voies.
Ainsi le saint homme met les premiers tous les grands devoirs comme tous les grands intérêts de son fils; ce n'est qu'à la fin qu'il lui dit : Lorsque vous étiez encore auberceau, j'ai prêté à Gabélus dix talents d'argent. Il demeure à Rages , ville des Mèdes : j'ai son obligation. Voyez comment vous pourrez faire ce voyage , afin de retirer de Gabélus les dix talents, et lui rendre son billet. Ne craignez rien, mon fils, nous sommes pauvres, mais nous aurons toujours assez si nous craignons Dieu, si nous évitons le péché, et si nous pratiquons de bonnes œuvres.
Le jeune Tobie répondit à son père, et lui dit : Je
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ferai, mon père, tout ce que vous m'avez commandé. Seulement , je ne sais de quelle manière recouvrer l'argent. Gabélus ne me connaît pas, je ne le connais pas non plus ; je ne sais pas même le chemin qui conduit cà Rages. Mon fils, j'ai son obligation, vous n'aurez qu'à la lui montrer, et, j'en suis sûr, il vous remettra les dix talents. Cherchez parmi nos frères un guide fidèle qui vous accompagne , et nous lui payerons sa peine.
Le jeune Tobie sortit aussitôt, et vit venir à sa rencontre un jeune homme bien fait, d'uji air noble, doux, sage, en habit de voyageur, et tout prêt à se mettre en marche. Ne sachant pas que c'était un Ange de Dieu, il le salua et lui dit ; Qui êtes-vous , excellent jeune homme? — Je suis un des enfants d'Israël. — Connaissez-vous le chemin de Rages, ville des Mèdes? — Je le connais parfaitement; j'ai habité chez Gabélus, notre frère, qui demeure à Rages. — Attendez-moi un instant, je vais annoncer cette nouvelle n mon père. Tobie, instruit de tout, dit à son fils de faire entrer le jeune étranger. On convint avec lui qu'il accompagnerait le jeune Tobie, et qu'au retour on lui donnerait une récompense. Tobie donna sa bénédiction aux deux voyageurs; et son fils dit adieu à son père et à sa mère, et partit avec son conducteur.
Jusqu'au moment delà séparation, la constance de la mère s'était assez bien soutenue, mais aussitôt après, Tamour maternel l'emportant, elle se mit à pleurer et à dire : Vous avez éloigné de nous le bâton de notre vieil-
lesse ; plût à Dieu que vous n'eussiez jamais eu cet argent; que vous envoyez chercher!
Cependant, le jeune Tohie , conduit par l'Ange, s'éloignait de plus en plus. Son chien les avait suivis. La. première journée, ils arrivèrent sur leshords du Tigre. Tobie voulut se laver les pieds dans le fleuve, mais voilà que tout à coup un poisson monstrueux s'élança pour le dévorer. Le jeune voyageur, épouvanté, s'écria ; Seigneur, il va m' engloutir. L'Ange le rassura, et lui dit de saisir le poisson par les nageoires, et de l'attirer sur le rivage. Tobie, rassuré, tira le poisson sur la terre, et le vit palpiter à ses pieds. Ouvrez-le, lui dit l'Ange, mettez à part le cœur, le fiel et le foie, ils vous serviront un jour pour opérer une guérison. Ensuite, faisant rôtir sur des charbons une partie des chairs de l'animal , ils les emportèrent avec eux; ils salèrent le reste, qui suffit à leur nourriture jusqu'au terme de leur voyage.
Après une longue marche, ils arrivèrent auprès d'une ville de Médie. Où voulez-vous, demanda Tobie, que nous allions loger ? L'Ange répondit : Vous avez ici un de vos proches parents, nommé Ragucl. Il a une fille unique, nommée Sara, que le Seigneur vous destine avec toute sa fortune. Demandez-la à son père, elle ne vous sera pas refusée. Tobie lui dit : J'ai appris qu'elle a été mariée sept fois , et que tous ses maris ont été tués par le démon; je crains qu'il ne m'en arrive autant, et que mes parents, dont je suis l'unique appui, ne meurent de douleur. Ne craignez rien, lui dit l'Ange, ces maris ont été tués par le démon, parce que leurs vues n'étaient
pas saintes. Pour vous, ne craignez rieii. Vivez dans l'innocence et la prière, et le démon n'aura sur vous aucun empire.
L'Ange finissait de parler, lorsqu'ils entrèrent dans la maison de Raguel. C'était un Israélite plein d'honneur, de franchise et de religion, proche parent et ami deTobie le père, qu'il avait fort connu dans sa jeunesse. Il reçut ses hôtes avec joie , sans les connaître encore que pour des voyageur«Tie sa nation . Mais ayant fixé les yeux sur Tobie , il dit tout bas à sa femme : Combien ce jeune homme ressemble à mon cousin Tobie ! Ensuite, se tournant vers les voyageurs, il leur dit : D'où ôtes-vous, mes frères? — De la tribu de NephtaH, du nombre des captifs. — Connaissez-vous Tobie, mon cousin? — Nous le connaissons. Raguel se mit à en faire l'éloge. Voici son fils unique lui dit l'Ange. Raguel se jette au cou de son jeune parent, l'arrose de ses pleurs, et le tenant tendrement embrassé : Mon fils, lui dit-il, que Dieu vous bénisse, car vous êtes le fils d'un grand homme de bien. De leur côté, Anne et Sara, témoins de ce spectacle, versaient des larmes d'attendrissement.
Après ces premiers transports d'une amitié tendre et réciproque, Raguel ordonne de préparer le festin. Tout étant prêt, il les invite à se mettre à table. Je n'accepterai rien, lui dit le jeune Tobie, qu'auparavant vous ne m'ayez accordé pour épouse, Sara, votre fille.
Un mariage arrêté dans le Ciel , et conduit par un Ange, est bientôt conclu sur la terre. Raguel, cepen-
M6 CATÉCHISMK
dant , fut saisi de frayeur : il hésitait. L'Ange le rassura, et il donna son consentement. Les convives se mirent ensuite à table. On fit un innocent festin, où l'on ne cessa de bénir la miséricorde du Seigneur, dont on recevait des marques si sensibles.
Le lendemain, Raguel signa un acte authentique, par lequel il donnait actuellement au jeune ïobie la moitié de tous ses biens ; stipulant de plus, qu'après sa mort et celle de sa femme, l'autre moitié lui reviendrait aussi tout entière, comme à son unique héritier. Tant d'amitiés et des avances si généreuses, mettaient, ce semble, le jeune Tobie dans l'impuissance de résister aux empressements de son beau-père, qui le conjurait de demeurer dans sa maison encore deux semaines. Mais d'un autre côté, s'il devait beaucoup à Raguel, il devait encore plus à son père et à sa mère, que le moindre retardement allait jeter dans de mortelles inquiétudes. Il fallait que pour obéir à leurs ordres, il continuât son voyage jusqu'à Rages de Médie, pour retirer les dix talents prêtés à Gabélus.
Dans cette incertitude, il conjura son guide d'aller lui-même à Rages; de remettre à Gabélus son obligation, et de le prier de venir prendre part aux réjouissances de ses noces. L'Ange partit, et ramena Gabélus. A la vue du fils de son bienfaiteur, Gabélus, attendri jusqu'aux 4armes, s'écria : Que le Dieu d'Israël vous comble de ses faveurs ! car vous êtes le fils d'un grand homme de bien . Puissiez-vous voir vos enfants et les enfants de vos enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération ! Que votre
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race soit bénie, favorisée par le Dieu d'Israël, qui règne aux siècles des siècles . Tous les assistants répondirent : Ainsi soit-il. On fit honneur à Gabélus, on renouvela toute la joie du festin des noces, joie toujours réglée sur la crainte de Dieu, dont tous les conviés étaient les fidèles adorateurs.
Enfin, le moment du départ étant arrivé, on voulut retenir le jeune Tobie ; mais il répondit : JPe sais que mon père et ma mère comptent les jours , et qu'ils sont dans de grandes inquiétudes . Alors Raguel lui remit sa fille et avec elle la moitié de tout ce qu'il possédait en serviteurs , en servantes , en troupeaux , en vaches , en chameaux et une grande somme d'argent. Les père et mère de Sara l'embrassèrent tendrement et lui dirent : Honorez votre beau-père et votre belle-mère, aimez votre époux, réglez votre famille , gouvernez votre maison, montrez-vous irrépréhensible.
Le voyage fut long. On conduisait des troupeaux nombreux qui ne pouvaient suivre que lentement, L'Ange dit alors à Tobie : Vous savez en quel état vous avez laissé votre père et votre mère ; si vous voulez , prenons les devants; votre épouse, les domestiques, les troupeaux et les bagages nous suivront, et nous annoncerons leur arrivée. Prenez ce qui reste du fiel du poisson, car vous en aurez besoin. Tobie se rendit sans hésiter à l'avis de son conducteur, et ils partirent.
Leur diligence ne put prévenir les inquiétudes du vieux Tobie et de sa femme, ils n'entendaient point parler de leur fils ; cependant , à leur compte, il devait
être revenu. Toujours soumis aux ordres de la Providence , Tobie se contentait de dire de temps en temps à Anne, son épouse : Pourquoi pensez- vous que mon fils tarde si long-temps? et les deux vieillards se mettaient à pleurer. Mais rien ne pouvait calmer les inquiétudes de la mère de Tobie : hélas 1 hélas ! mon fils, disait-elle en fondant en larmes, pourquoi t'avons-nous envoyé loin de nous? toi, la lumière de nos yeux, le bâton de notre vieillesse, l'unique consolation de notre vie. Inconsolable, elle sortait de la maison tous les jours, regardait de tous côtés, allait à l'entrée de tous les chemins par où il lui semblait qu'il devait revenir, afin de l'apercevoir de loin s'il revenait.
Cependant le jeune Tobie approchait avec son guide qui lui indiqua la manière dont il devait s'y prendre pour guérir son père. Anne était à son ordinaire sur le chemin, au-dessus d'une éminence, afin de voir de plus loin. Les yeux d'une mère reconnaissent un fils de plus loin que ceux des autres. Elle l'aperçut, le reconnut, et courant à la maison , elle dit à son mari : Voilà votre fils qui vient. Alors le chien qui les avait suivis dans le voyag^e, courut devant; et comme s'il eût porté la nouvelle de leur venue, il témoignait sa joie par le mouvement de sa queue et par ses caresses ; et le père de Tobie, tout aveugle qu'il était , se leva et commença à courir, se heurtant à chaque pas , et donnant la main à un serviteur, il alla au-devant de son fds, et le recevant sur son sein, il l'embrassa, et sa mère l'embrassa aussi , et tous deux commencèrent à pleurer de joie.
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Après avoir adoré et remercié le Seigneur, ils s'assirent . Alors le jeune Tobie prenant le fiel du poisson , en frotta les yeux de son père. Au bout d'une demiheure il en tomba une petite peau blanche, et Tobie recouvra la vue. Il rendit au Seigneur les plus vives actions de grâces, et son fils lui raconta ainsi qu'à sa mèrô, tout ce que le Seigneur avait fait pour lui dans son voyagé .
Sept jours après, arriva Sara en parfaite santé, ainsi que tout ce qui l'accompagnait. Après les réjouissances saintes par lesquelles on célébra tant d'événements heureux, Tobie appela son fils et lui dit : Que pouvons-nous offrir h ce saint homme qui vous a servi de guide? Tout ce que nous pourrions lui donner, reprit le jeune Tobie, n'est rien en comparaison des services qu'il m'a rendus; mais je vous en prie, mon père, demandez-lui s'il daignerait accepter la moitié de tout ce que j'ai rapporté.
Ils appelèrent l'Ange en particulier, et lui firent de grand cœur cette proposition. C'est alors que l'Ange se fit connaître et dit au vieux Tobie : Lorsque vous priiez avec larmes , et que vous ensevelissiez les morts , et que pour cela vous quittiez votre repas, et que vous cachiez les morts pendant le jour, afin de les ensevelir pendant la nuit, j'offrais votre prière au Seigneur, et c'est moi qui suis Raphaël, un des sept Anges qui sont toujours debout devant le Seigneur. A ces mots, le père et le fils tombèrent le visage contre terre; l'Ange leur dit : La paix soit avec vous, ne craignez rien, il est temps que je retourne vers celui qui m'a envoyé; pour vous, T. n. 29
bénissez le Seigneur et publiez toutes ses merveilles. Aussitôt il disparut.
ïobie vécut encore long-temps et il vit son fils et ses petits-fils marcher dans la voie de la justice. Après la mort de son père, le jeune Tobie retourna auprès de Raguel et de son épouse, et il fut leur consolation dans les jours de leur vieillesse : lui-même, âgé de quatre-vingtdix ans, alla rejoindre son père, laissant après lui une nombreuse postérité aussi chère à Dieu qu'agnx hommes, par les vertus dont elle donna constamment les plus beaux exemples.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir tiré le bien du mal, en faisant servir le châtiment des Israélites et leur dispersion parmi les Gentils, à préparer le règne du Messie.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par- dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour f amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, /'aurai le plus grand respect pour mes père et mère.