XLV^ LEÇON
LE MESSIE PREPARE
Ce qu'il faut entendre par la préparation (1^1 Messie. — Tous les événements antérieurs à la venue du Messie, concourent à la gloire du Messie, — Mission du peuple juif.
Nous l'avons vu dans les leçons précédentes, tout ce que Dieu voulait révéler aux hommes sur les caractères du Messie avait été annoncé par les Prophètes. Les écrits de ces hommes divins étaient soigneusement gardés dans le temple ; les copies s'en trouvaient dans les familles, tous les Israélites en faisaient assiduement la lecture, soit en particulier, soit tous ensemble, le jour du Sabbat, soit enfm à Jérusalem où la nation se réunissait tout entière trois fois par an, aux grandes fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. Ainsi, il était impossible que ces livres se perdissent ou fussent altérés. Le signalement du Messie, le temps, le lieu de son avènement, étaient donc fixés et connus. Dès-lors, que reste-t-ilà faire à la Providence? Le voici :
Lorsqu un grand roi , tendrement aimé et impatiemment attendu, doit faire son entrée dans une ville, on s'empresse de lui applanir toutes les voies, on lui ouvre toutes les portes, on prépare tous les esprits à le recevoir. Ainsi, le Fils de Dieu, le Verbe éternel, le Roi T. II. 26
402 CATlêCHLSME
immortel des siècles, le Désiré des nations devant bientôt faire son entrée dans le monde, Dieu, son Père, lui applanit toutes les voies, lui ouvre toutes les portes, prépare les esprits aie recevoir et fait concourir tous les événements à l'établissement de son règne éternel : préparation admirable qu il s' agit maintenant de faire connaître .
Et d'abord, qu'est-ce que la préparation du Messie? La préparation du Messie , c'est la direction et le concours de tous les événements à la gloire du Messie. Les uns ont pour but de conserver sur la terre la vraie Religion, c'est-à-dire la Religion du Messie; les autres, de faire naître le Messie à Bethléem, d'autres enfin, de faciliter la propagation rapide de l'Evangile ou du règne du Messie par toute la terre. En sorte que tous les événements qui ont eu lieu chez les Juifs ou chez les nations infidèles, avant Jésus-Christ, tout le gouvernement du monde se résume en trois mots : Tout pour le Messie, le Messie pour l'homme, l'homme pour Dieu. C'est ainsi que la Religion est le centre auquel tout aboutit; c'est ainsi que nous voyons que la création tout entière remonte à Dieu d'où elle est descendue.
Or, de toute éternité, il était arrêté dans les décrets du Tout-Puissant, 1° que le peuple juif serait le dépositaire de la grande promesse du Messie, par conséquent le gardien de la vraie Religion; 2" que le Messie naîtrait de ce peuple, en Judée, dans la petite ville de Bethléem ; 3° que le règne du Messie, ou l'Évangile, se répandrait avec rapidité d'une extrémité du monde à l'autre. La
DE rERSÉVÉRANCE. l\{)o
preuve de ces trois vérités se trouve à chaque page dans les Prophètes dont nous venons de rapporter les oracles. Il nous reste donc à montrer comment tous les événements du monde, antérieurs au Messie, ont concouru à l'accomplissement des grands desseins de la Providence. 1° Le peuple juif devait être le dépositaire de la grande promesse du Messie, par conséquent le gardien de la vraie Religion. Il fallait donc que le peuple juif connût et conservât cette promesse sacrée avec bien plus de fidélité que les autres peuples. De là, le renouvellement tant de fois répété de la même promesse que Dieu fait aux Patriarches de ce peuple ; de là , toutes ces figures qui la prédisent à leur manière pendant deux mille ans ; de là enfin, tous ces Prophètes qui. pendant cinq siècles , ne cessent de lui rappeler le souvenir et de lui peindre les caractères du Messie. Il fallait surtout que le peuple juif fût environné d'une infinité de précautions qui l'empêchassent de tomber dans l'idolâtrie. De là , ces lois , ces règlements , ces pratiques sans nombre, étabfis par Moïse, son législateur; de là, toutes ces menaces terribles, toutes ces promesses magnifiques , enfin tout cet appareil de cérémonies qui, l'isolant des autres peuples , forment autour de lui comme une barrière insurmontable. De là encore, cette arche d'alliance, redoutable monument de la présence continuelle et sensible de Dieu au milieu de lui. '.
' Conserver la grande promesse du Messie, voilà l'idée qui explique et justifie la législation de Moïse, voilà ce qui donne à des observances qui paraissent minutieuses aux esprits superstitieux, une imporlance infinie.
ZjOâ CATÉCHISMli
Il fallait de plus, s'il venait jamais, malgré tout cela, à tomber dans l'idolâtrie, qu'il n'y persévérât point et qu'il fût ramené forcément au culte du vrai Dieu, par des humiliations, des châtiments et des calamités publiques. De là, en effet, cette longue chaîne de défaites sanglantes^ de servitudes honteuses qui apparaissent dans son histoire, qui se renouvellent autant de fois qu'il devient prévaricateur, qui durent jusqu'à ce qu'il soit corrigé, et que, reconnaissant sa faute, il revienne au culte du vrai Dieu. De là, en particulier, l'élévation et la puissance de l'empire des Assyriens ou de Babylone .
Oui, cette formidable monarchie, le premier des quatre grands empires prédits par Daniel , et qui devaient se succéder jusqu'à la venue du Messie ; oui , cette formidable monarchie, Dieu l'établit tout exprès pour châtier le peuple juif toutes les fois qu il tomberait dans l'idolâtrie, et, par ce châtiment salutaire, le ramener au culte du vrai Dieu. Telle était la mission providentielle de l'empire des Assyriens. C'était la verge dont Dieu frappait son peuple pour le faire rentrer dans le devoir lorsqu'il s'en écartait. Dieu lui-même nous l'apprend en termes formels, par la bouche d'Isaïe. Le Seigneur appellera , d'un coup de sifflet , un essaim d'Assyriens . . . car c'est Assur qui est la verge et le bâton de ma fureur; f ai rendu sa main T instrument de ma colère,.. Mais, ajoute le Prophète , lorsque le Seigneur aura purifié Jérusalem y il visitera la fierté insolente du roi d'Assyrie et l'orgueil des ses yeux altiers, parce que n'étant qu'un instrument dans ma main , il s'est glorifié de ses succès
DE PERSÉVÉRANCE. ZiOTi
€t qu'il a outre-passé mes ordres ; je hd avais commandé de châtier mon peuple et il a voulu le détruire ' . 0 mon Dieu, que vous êtes grand ! que c'est à juste titre que vous êtes appelé le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs! Qu'était-ce donc que ce roi d'Assyrie, ce superbe Nabuchodonosor , la terreur de l'Orient? Un ministre subalterne , un serviteur mandé par son Maître , une verge et un bâton dans la main du Tout-Puissant.
Le dessein de Dieu était donc de corriger ses enfants par la main des Assyriens et de les forcer par là à revenir à lui. Pour prouver cette vérité, le Prophète prédit non-seulement les victoires que les Assyriens remporteront sur son peuple , mais encore les malheurs dont Dieu punira leur orgueil après qu'ils auront rempli leur ministère : c'est ainsi qu'un père brise et jette au feu la verge dont il s'est servi pour corriger son enfant. L'histoire nous apprend que cette étonnante prédiction s'est littéralement accomplie.
Les Assyriens corrigèrent tellement le peuple juif de son penchant à l'idolâtrie, que, depuis la captivité de Babylone, ils n'y retombèrent plus. Alors, l'empire de Babylone n'ayant plus d'objet, Dieu le donna aux Perses et aux Mèdes dans la personne de Cyrus.
C'est donc ainsi V que, dès l'origine du monde. Dieu fait concourir les événements et les empires à la gloire du Messie, en conservant le souvenir et la Religion du Messie, c'est-à-dire la vraie Religion chez le peuple juif. Première preuve de cette vérité, base de toirt le
' Isaïc, ch. VII cl IX.
Catéchisme , savoir : Que le but unique de tous les conseils de Dieu, depuis la chute de l'homme, a été de le sauver par le moyen du Messie.
2° De toute éternité, il était arrêté dans les décrets du Tout-Puissant que le Messie naîtrait du peuple juif, en Judée, et dans la petite ville de Bethléem. C'est pour l'accomplissement de ce grand dessein que, deux mille ans avant l'événement, il fait venir Abraham du fond de la Mésopotamie et qu'il lui ordonne de se fixer dans la Judée appelée alors le pays de Chanaan. C'est pour cela qu'il s'oblige, par serment, à lui donner ce pays pour lui et pour sa postérité. C'est pour cela que, quatre cents ans plus tard, il remue le Ciel et la terre pour tirer de l'Egypte les descendants du saint Patriarche et les ramène dans ce pays. C'est pour cela qu'il extermine les sept puissantes nations qui le possédaient, et qu'il y maintient invariablement son peuple pendant quinze cents ans, malgré les efforts sans cesse renaissants des nations voisines, avides de s'en emparer. Que si son peuple est emmené en captivité, il veut qu'il en reste un petit nombre pour garder cette terre sacrée, et il ne permet pas qu'aucune nation vienne s'y établir. C'est pour cela que parmi tant de villes brûlées et anéanties pendant ces guerres continuelles, la petite ville de Bethléem subsiste. C'est pour cela enfin que cette ville tombe en partage à la tribu de Juda et devient plus tard l'héritage de la famille de David dont le Messie devait sortir. Bien davantage, c'est pour cela que la puissante monarchie des Perses, le second des quatre
DE PERSÉTÉRANCE. ZjOT
grands empires prédits par Daniel et qui devaient se succéder jusqu'à la venue du Messie; oui, c'est pour cela que cette puissante monarchie des Perses est tirée du néant, triomphe et prend la place de l'empire de Babylone .
En effet, nous venons de le dire d'après les Prophètes , le Messie devait naître en Judée, de la race d'Abraham et de la tribu de Juda. Il était donc nécessaire de conserver le peuple juif dans la Judée, ou de l'y ramener s'il en était éloigné. De plus, le Messie devait être de la tribu de Juda, et naître à Bethléem, d'une Vierge de la famille de David. Son origine était une des marques auxquelles on le reconnaîtrait un jour. Il était donc nécessaire de maintenir chez les Juifs la distinction des tribus et des familles.
Or, comme nous l'avons remarqué, les Assyriens avaient des vues bien opposées ; ils ne voulaient rien moins qu'exterminer ce peuple qui leur était odieux. Depuis soixante-dix ans, ils le tenaient prisonnier à Babylone. Une plus longue captivité, si elle ne l'eût pas fait périr, l'aurait exposé à se confondre avec ceux parmi lesquels il vivait. Pour conserver ce peuple et empêcher qu'il ne se mêlât avec une nation étrangère et le ramener dans la Judée, Dieu lui suscita un libérateur. Comme il avait fait servir les princes d'Assyrie à l'exécution de ses vengeances, il rendit les rois de Perse ministres de sa bonté envers le peuple juif. Il destina Cyrus, fondateur de ce second empire, à affranchir les enfants d'Israël.
C'est encore Isaïe qui nous apprend le dessein de Dieu sur cette seconde monarchie. Le Prophète, chose admirable ! nomme Cyrus par son nom, deux cents ans avant la naissance de ce prince. Il représente le Tout- Puissant qui prend Cyrus par la main , qui marche devant lui, qui le conduit de ville en ville et de province en proyince, qui fait tomber devant lui les remparts des villes, qui lui en abandonne toutes les richesses et tous les trésors. Le Prophète n'a garde de nous laisser ignorer le but de tous ces succès . C est pour punir Babylone et pour affranchir Juda, que Dieu conduit Cyrus pas à pas, et qu'il fait réussir toutes ses entreprises.
Rapportons les paroles mêmes du Prophète : Voici ce que moi, qui suis le Seigneur ^ dis à Cyrus : mon Christ, que j'ai choisi pour V exécution de mon dessein : Je vous prendrai par la main pour assujettir les nations , pour désarmer les rois vos ennemis , pour ouvrir devant vous les portes des villes t sans qu aucune vous soit fermée. Je vous applanirai les chemins , je briserai les portes d'airain et les barrières. de fer; je vous donnerai les trésors cachés, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur, le Dieu d'Israël qui vous appelle dès maintenant par votre nom; je le fais à cause de Jacob qui est mon serviteur, et d Israël qui est mon élu* afin que depuis r Orient jusqu'à l'Occident, toutes les nations sachent un jour qu^il n'y a point d'autre Dieu que moi. Oui , c'est rnoi qui susciterai Cyrus pour faire justice; c'est moi qui applanirai devant lui tous les chemins . Il rebâtira la ville qui m'est consacrée, et il renverra libres mes captifs.
DE PERSÉVÉRANCE. Zi09
sans recevoir pour eux ni rançon ni présents , dit le Seigneur, h Dieu des armées ' .
Encore un coup, mon Dieu, que vous êtes grand ! que c'est à juste titre que vous êtes appelé le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ! Qu'était-ce donc que ces rois de Perse, ce Cyrus si puissant, si magnifique? Un ministre subalterne, un humble serviteur du Tout-Puissant. C'était donc pour conserver et rétablir dans sa patrie le peuple juif? c'était pour amener la naissance du Messie en Judée, que le Seigneur faisait passer la monarchie de Babylone entre les mains des Perses. Enfin, ce fut pour faire naître le Messie à Bethléem, et accomplir ainsi, jusque dans leurs plus petites circonstances, les décrets éternels du Tout-Puissant, que parut, dans la plénitude des temps, le fameux édit de l'empereur Auguste, par lequel tous les chefs de famille furent obligés d'aller se faire inscrire sur les registres publics, dans l'endroit originaire de leur maison.
C'est donc ainsi 3° que depuis l'origine du m.onde. Dieu fait concourir les événements et les empires à faire naître le Messie de la race d'Abraham, de la tribu de Juda, de la famille de David, dans la petite ville de Bethléem. Deuxième preuve de cette vérité, base de tout le Catéchisme, savoir : que le but unique de tous les conseils de Dieu depuis la chute de l'homme, a été de le sauver par le moyen du Messie.
' Isaïe , Lxv.
AiO CATlsCHlSME
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie des miracles sans nombre par lesquels votre toutepuissance et votre sagesse infinie ont fait concourir tous les événements du monde à la gloire du Messie, votre Fils et mon Rédempteur, en conservant sa Religion chez le peuple juif, et en le faisant naître à Bethléem, comme vos Prophètes l'avaient prédit, et comme vous l'aviez décidé de toute éternité.
Je prends la résolutiond' aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour , je me soumettrai sans murmures aux décrets de la Providence.
LB MESSIE PRÉPARÉ
<?. Qu'entendez- VOUS quand vous dites que le Messie a été préparé ?
R. Quand je dis que le Messie a été préparé, j'entends que la Providence a fait concourir tous les événements du monde à la gloire du Messie, et à l'établissement de son règne qui est l'Évangile.
Q. Comment prouvez-vous cette vérité?
R. Pour prouver cette vérité, il faut se souvenir que de toute éternité Dieu avait résolu 1" que la promesse
DE PERSÉVÉRAIS CE. l\\i
et la religion du Messie, c'est-à-dire la vraie Religion, se conserverait chez le peuple juif jusqu'à la venue de Notre Seigneur; 2° que le Messie naîtrait du peuple juif, de la tribu de Juda et de la famille de David, dans la petite ville de Bethléem ; 3° que le règne du Messie c'est-à-dire l'Évangile, s'établirait avec une grande rapidité d'un bout du monde à l'autre. Il faut ensuite montrer que tous les événements qui ont eu lieu chez le peuple juif ou chez les nations inlidôles, ont concouru à l'accomplissement de ce grand dessein.
Q. Montrez-nous, en premier lieu, comment les événements qui ont eu lieu chez les Juifs et chez les nations infidèles, ont concouru à conserver chez le peuple juif la promesse et la Religion du Messie, c'est-à-dire la vraie Religion ?
R. C'est pour conserver le souvenir perpétuel du Messie chez les Juifs, que Dieu en renouvelle si souvent la promesse; c'est pour cela qu'il le figure en mille manières dans cette longue suite de grands personnages, depuis Melchisedech jusqu'à Salomon ; c'est pour cela que, pendant cinq cents ans, il ne cesse d'en parler aux Juifs, et d'en tracer tous les caractères par l'organe des Prophètes. De même, c'est pour conserver la Religion du Messie , c'est-à-dire le culte du vrai Dieu chez les Juifs, que Moïse établit tant de règlements, de lois, de pratiques et de cérémonies, pour l'empêcher de tomber dans l'idolâtrie. C'est pour cela que toutes les fois qu'il devient prévaricateur , Dieu le force par des châtiments publics à quitter les idoles et à revenir à lui. Enfin
/il 2 CATÉCHISME
c'est pour cela que Dieu fait sortir du néant, et établit non loin de la Judée, la grande monarchie des Assyriens.
Q. Comment prouvez-vous que la grande monarchie des Assyriens ou de Babylone n'a été établie que pour conserver le culte du vrai Dieu chez les Juifs?
/?. On le prouve par les paroles mêmes du prophète Isaïe. Il dit que les Assyriens sont une verge dont Dieu se sert pour corriger son peuple toutes les fois qu'il tombe dans l'idolâtrie, et le forcer de revenir au culte du vrai Dieu. C'est pour cela que leur empire a été étabU. Mais le Prophète ajoute qu'un jour viendra oij les Assyriens outre-passeront les ordres du Seigneur ; qu'au lieu de corriger son peuple, ils voudront l'exterminer; qu alors le Seigneur brisera l'empire de Babylone , comme un père brise la verge dont il s'est servi pour corriger son enfant.
Q. Cette prophétie s'est-elle accomplie?
R. Oui, cette prophétie s'est accomplie de point en point. Les Assyriens corrigèrent tellement le peuple juif de son penchant à l'idolâtrie, que depuis la captivité de Babylone il n'y retomba plus. Alors l'empire d'Assyrie n'ayant plus rien à faire, Dieu le fit passer entre les mains des Perses.
Q. Montrez-nous, en second lieu, comment les événements qui ont eu lieu chez les Juifs et chez les nations infidèles, ont concouru à faire naître le Messie de la tribu de Juda et de la famille de David, dans la petite ville de Bethléem?
DE PERSÉV1•RA^XE. Zjlo
R. C'est pour faire naître le Messie à Bethléem, que deux mille ans avant l'événement, Dieu appelle Abraham dans la Judée, qu'il lui promet de donner cette terre à ses descendants; c'est pour cela qu'il remue le Ciel et la terre pour tirer les Juifs de l'Egypte, et les ^amener dans le pays où était Bethléem ; c'est pour cela qu'il les y maintient en possession, malgré les nations voisines; c'est pour cela qu'au miUeu de tant de villes importantes, brûlées et anéanties par ces guerres continuelles, il fait subsister la petite ville de Bethléem ; c'est pour cela que cette ville tombe en partage à la tribu de Juda, et devient plus tard l'héritage et l'origine de la famille de David. Enfin, c'est pour cela qu'il établit la grande monarchie des Perses , le second des quatre grands empires prédits par Daniel.
Q. Comment prouvez-vous que la grande monarchie des Perses n'a été établie que pour faire naître le Messie dans la Judée?
R. On le prouve par les paroles mêmes du prophète Isaïe . Il appelle Cyrus par son nom deux, cents ans avant la naissance de ce prince, et il dit que le Seigneur a pris Cyrus par la main, qu'il l'a rendu vainqueur de tous ses ennemis, afin d affranchir le peuple juif de la captivité de Babylone, de le reconduire dans la Judée, où se trouvait la petite ville de Bethléem, patrie de la famille de David.
Q. Cette prophétie s' est -elle accomplie?
R. Cette prophétie s'est accomplie à la lettre. Cyrus a délivré les Juifs de la captivité de Babylone, il leur a
donné la liberté de retourner dans la Judée , il les y a maintenus malgré les efforts de leurs ennemis , et ils y sont restés jusqu'après la naissance du Messie. Enfin, pour achever d'accomplir la prophétie, l'empereur Auguste donna son fameux décret , qui conduisit saint Joseph et la sainte Vierge, de Nazareth à Bethléem, où le Messie vint au monde. C'est ainsi que tous les événements, et en particulier l'empire des Assyriens et l'empire des Perses ont concouru, le premier à conserver la Religion du Messie chez les Juifs , le second à faire naître le Messie dans la Judée, suivant la prédiction des Prophètes.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie des miracles sans nombre par lesquels votre toutepuissance et votre infinie sagesse ont fait concourir les événements et les empires à la gloire du Messie , votre Fi Is et mon Rédempteur, en conservant sa Religion chez le peuple juif, et en le faisant naître en Judée, comme vos Prophètes l'avaient prédit, et comme vous l'aviez décidé de toute éternité.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je me soumettrai sans murmures aux décrets de la Providence.
DE PERSÉVÉRANCE. /} l 5
XLW LEÇON.
LE MESSIE PREPARE
Histoire de Judith. — Son rapport avec la préparation du Messie. — Grand conseil tenu à Ninive. — Nabuchodonosor veut se faire adorer lui seul, — Holopherne est envoyé pour soumettre tous les peuples et pour exterminer leurs dieux. — Force de son armée, — Terreur de son nom. — Il arrive sur les frontières de la Judée. — Conduite des Juifs. — Discours d'Achior. — Holopherne assiège Bélhulie. — Judith^ sa vie, ses prières. — Elle arrive au camp d'Holopherne. — Mort de ce général. — Judith rentre dans Bélhulie. —La ville est délivrée et le dessein des Assyriens renversé.
Empêcher le peuple juif d'oublier la grande promesse du Libérateur en se livrant à l'idolâtrie, et le châtier sévèrement toutes les fois qu'il trahirait sa noble mission, telle était, nous l'avons vu, la mission de la grande monarchie des Assyriens. Son histoire même en fait foi. Aussitôt que les Juifs deviennent prévaricateurs, Assur, toujours debout, toujours les armes à la main, franchit les frontières de la Judée, et force ses coupables habitants à briser leurs idoles et à recourir auDieu de leurs pères.
Mais Assur veut outre-passer les ordres du Maître qui l'envoie. Non content de châtier le peuple juif, il songe à l'exterminer. Bien plus, au lieu de le conserver
fidèle au vrai Dieu et à la grande promesse, il voulut un jour le rendre prévaricateur, et abolir chez lui et le culte du vrai Dieu, et le souvenir de la promesse, unique espoir du monde. Tu ne sais donc pas, Assur, qu'il n'y a ni puissance ni sagesse contre le Seigneur ! Attends un instant : le voici qui va te l'apprendre et humilier ton orgueil, en se servant du plus faible moyen.
Le siège de l'empire d'Assyrie, qui fut depuis fixé à Babylone, était encore à Ninive. Nabuchodonosor P', successeur du roi qui fit pénitence à la voix de Jouas, enorgueilli de ses victoires, résolut de soumettre tout l'Orient à son empire. Il crut même que ce serait peu pour lui de se faire des sujets s'il n'acquérait des adorateurs. Dans ce sacrilège dessein , il envoie des ambassadeurs à tous les peuples voisins, et aux nations même établies au-delà du Jourdain, jusqu'à Jérusalem. Ils avaient ordre d'exiger une soumission entière aux commandements du roi d'Assyrie. Les peuples, indignés, reçurent ces ambassadeurs avec le mépris que semblait mériter la prétention du monarque ; au lieu des soumissions qu'ils attendaient, ils revinrent à Ninive chargés de l'indignation publique.
Nabuchodonosor, indigné , s'emporta en de furieux éclats contre tous les pays où ses ambassadeurs avaient si mal réussi . Il jura par son trône et par son empire qu'il en tirerait une vengeance digne de lui. Il tint donc un grand conseil dans son palais de Ninive, oii il déclara publiquement la résolution qu'il avait prise de se venger .
DE P£RSÊVÉRANCK. 417
€e conseil était composé de tous les anciens seigneurs de sa cour, de tous les généraux et de tous les officiers de ses troupes. Il leur dit que son dessein était de soumettre toute la terre à son empire . Ses paroles furent universellement applaudies , et son projet encensé de tant de flatteurs, passa sur-le-champ en résolution fixe et arrêtée .
Il appela Holoplierne, général en chef de ses armées, et lui dit : Partez, Holopherne, allez me soumettre tous les royaumes de l'Occident; punissez surtout ceux qui ont méprisé mes ordres. Ensuite il lui recommanda d'exterminer tous les dieux des nations, et d'abolir toute espèce de culte et de religion , afin qu'on n'adorât plus d'autre dieu que lui, dans toute l'étendue de ses conquêtes.
Holopherne se mit en devoir d'accomplir la commission que son maître venait de lui confier. Bientôt son armée se trouva forte de cent vingt mille hommes de pied, et de douze mille archers à cheval. Il fit prendre le devant aux bagages, dont la marche portait partout la terreur. C'était une multitude effrayante de chameaux chargés de toutes les provisions nécessaires non-seulement aux besoins, mais aux délices d'une armée, lis étaient suivis par des troupeaux innombrables de bœufs et de moutons, et par un grand nombre de chariots qui voituraient des sommes immenses en or et en argent , que le général avait prises à discrétion dans les coffres de son maître. Pour le blé, il ordonna qu'on en fît des provisions dans la Syrie , où il devait les prendre sur son passage .
Holopherne suivit de près les bagages. Il partit à la' tête de ses troupes, avec ses chariots, sa cavalerie et ses archers. La face de la terre était couverte de cette multitude de soldats, il semblait voir une de ces nuées de sauterelles qui obscurcissent Tair. Tout ce qui osa résister fut anéanti, les villes fortes prises d'assaut et les habitants passés au fd de l'épée. Bientôt le redoutable vainqueur descendit dans les belles campagnes de Damas. C'était le temps de la récolte ; il mit le feu aux moissons, et fit couper les arbres et les vignes d'où le pays tirait sa subsistance . Le cruel ! il fit couler bien des larmes et bien du sang, remplit tous les pays voisins de terreur, et s'arrêta quelques jours pour attendre en repos les fruits de tant de victoires .
On ne tarda pas à les lui présenter . La consternation était si générale, que les princes et les souverains des provinces lui envoyèrent leurs ambassadeurs, et vinrent demander grâce. Ils lui offrirent et la couronne de leurs maîtres et leurs services. Holopherne choisit parmi tous ces peuples ce qu'il y trouva de jeunes gens capables de porter les armes, et il les contraignit de le suivre dans le reste de son expédition. A mesure qu'il avançait, son armée grossissait comme un torrent qui a rompu ses digues, et qui porte au loin ses ravages.
La terreur du nom d'Holopherne était si fortement imprimée dans lame de tous les habitants de ces pays, qu'à mesure que leur vainqueur s'approchait d'une ville, les princes, les magistrats, toute la population, sortaient au-devant de lui. On lui faisait des entrées
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magnifiques ; on le recevait au son des tambours et des ilûtes; on lui préparait des illuminations, chacun se couronnait de fleurs et portait des flambeaux à la main en signe de joie. A voir cet empressement, on aurait cru qu'on se disposait à recevoir le meilleur de tous les maîtres. Mais Holopherne n'était pas plutôt entré qu'on s'apercevait, aux actes les plus odieux, qu'on avait reçu un tyran. Rien n'était capable d'apprivoiser sa férocité. Les villes étaient détruites, et surtout les autels renversés; car l'impie n'oubliait pas que c'était aux dieux encore plus qu'aux hommes qu'il avait ordre de déclarer la guerre .
Ce fut en exerçant ces cruautés, et en tyrannisant jusqu'à la conscience des hommes, qu' Holopherne arriva jusqu'à la terre de Gabaa, occupée par les Iduméens. Il se saisit, là comme ailleurs, de toutes les places. Il y donna le rendez-vous à toutes ses troupes. Il fut trente jours entiers dans le camp à rafraîchir son armée, menaçant de là la Samarie et la Judée.
A cette nouvelle, les Juifs furent saisis d'épouvante. Ils craignirent pour Jérusalem le sort des autres capitales , et pour le temple une sacrilège profanation . Tout le peuple cria vers le Seigneur. Les hommes et les femmes humilièrent leurs âmes par un jeûne rigoureux. Les Prêtres se revêtirent de sacs et de cilices : il n'y eut pas jusqu'aux enfants, objet digne par leur innocence de la compassion du Ciel, qu'on ne prosternât devant le temple du Seigneur. On couvrit d'un cilice l'autel du Dieu vivant ; de toutes parts retentirent ces paroles
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sorties de cœurs contrits et humiliés : Seigneur, ne nous livrez pas entre les mains de nos ennemis. Le grandprêtre Eliachim, charmé des saintes dispositions où il avait mis Jérusalem, parcourut les autres villes pour y exciter une ferveur semblable. Partout ses exhortations produisirent leur effet : on ne cessait de prier.
A tant de ferveur, le Grand-Prêtre joignit ses soins. Il envoya des ordres, afin qu'on se saisît sans délai de toutes les hauteurs, et qu'on se tînt prêt à une vigoureuse résistance. Les enfants d'Israël obéirent avec docilité aux ordres d'Eliachim; et, pleins de confiance au Seigneur, ils se mirent de tous côtés en état de bien se défendre .
Holopherne ayant eu connaissance de tous ces préparatifs, entra dans une fureur extrême; il fit venir les princes de Moab et les chefs des Ammonites, qu'il avait conduits à la guerre. Quel est-donc, leur demanda-t-il , ce peuple qui occupe les montagnes ? quelles sont ses villes ? quelles sont ses forces ? quel est leur chef? Pourquoi de tous les peuples de l'Orient est-il le seul qui ose nous résister ? Achior, chef des Ammonites, lui répondit : Seigneur, je vais vous dire la vérité. Le peuple qui se prépare à vous résister adore un seul Dieu, qui est le Dieu du Ciel, Ce Dieu protège les Juifs toutes les fois qu'ils lui sont fidèles. Avant de les attaquer, informez-vous avec soin s'ils ont commis quelque faute contre leur Dieu, qui leur ait attiré sa colère. En ce cas, allons, le Seigneur vous les livrera. Mais s'ils sont innocents, si leur Dieu n'est point offensé, gardons-
DE PER5ÉTÉRANCÏ. kH
nous bien d'essayer nos forces contre eux , nous ne leur résisterons pas.
Le discours d'Achior était sensé mais il n'était pas flatteur. A peine eut-il achevé de parler, qu'un murmure général s'éleva contre lui dans la tente d'Holopherne où les grands officiers étaient assemblés. Holopherne luimême s'emporta en menaces contre xAchior et en blasphèmes contre le Dieu des Juifs. Bien plus, il ordonna qu'on conduisît Achior chez les Israélites, afin qu'il pérît avec eux lorsque les Assyriens les égorgeraient. Les gardes d' Holopherne se saisissent du général ammonite et le conduisent vers Béthulie. C'était la ville qui devait être saccagée la première .
Il n'était pas si aisé de s'approcher de la ville que le général assyrien se l'imaginait. Ses gens s'en allèrent avec leur prisonnier le long de la plaine. Mais étant pré» de la montagne, ils virent sortir un détachement de frondeurs qui les fit changer de pensée. Ils se détournèrent du chemin, et faisant le tour delà montagne, ils attachèrent Achior à un arbre , par les pieds et par les mains. Ils le laissèrent en cet endroit et s'enfuirent précipitamment. Les Israélites, témoins de ce spectacle, descendirent de la ville et vinrent au prisonnier. L'ayant détaché, ils le conduisirent dans la place. Tout le peuple s'assembla autour de lui et on lui fit raconter toutes les circonstances de son aventure .
Dès le lendemain, à la pointe du jour, Holopherne ordonna à son armée de se mettre en marche, de s'avancer contre Béthulie et de l'investir de tous côtés. Il était à
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la tête de cent vingt mille hommes de pied et de vingtdeux mille cavaliers de troupes réglées, sans y comprendre un nombre infini d'étrangers qu'il avait choisis parmi les nations nouvellement soumises et qu'il avait contraints de servir.
Béthulie était une petite place située sur une montagne, qui en faisait toute la force. Par la même raison, il était très-facile de l'affamer dès qu'on avait assez de monde pour l'investir tout entière. Dès le matin , on aperçut de la ville la grande armée d'Assyrie se développer sur les hauteurs. Elle forma un immense cercle autour de Béthulie. A cette vue, les prières et les vœux redoublèrent; tout le peuple conjura, la face contre terre , le Dieu d'Israël de faire éclater sa miséricorde.
C était sans doute uniquement sur le secours du Ciel qu'ils comptaient et qu'il fallait compter dans une partie si inégale ; mais il fallait l'attendre sans tenter le Seigneur, et faire au moins de leur part quelques efforts jusqu'au moment qu'il aurait marqué pour suppléer à leur faiblesse. Ils s'armèrent en sa présence, ils allèrent se saisir de toutes les gorges de la montagne qui servaient de chemin pour venir jusqu'à eux , et se relevant les uns les autres, ils y faisaient le jour et la nuit une garde continuelle.
Avant de tenter une attaque, ïïolopherne fit le tour de là montagne voisine de Béthulie ; il s'aperçut que les eaux d'une source qui sortait de cette montagne, étaient portées dans la ville par un aqueduc, il le fit couper sur-le-champ, espérant que dans peu de jours
ia soif contraindrait les habitants de se rendre à discrétion. Les conjectures d'Holopherne n'étaient que trop justes. Bientôt la ville fut réduite aux abois . On s'assembla pour délibérer et on convint de se rendre cinq jours après, si le Seigneur ne faisait éclater sa misériporde. On résolut de passer ces cinq jours dans la pénitence .
Dieu qui avait poussé l'épreuve aussi loin qu'elle pouvait aller, fit briller un rayon d'espérance. Il préparait un miracle, mais, selon sa coutume, il voulait l'opérer par une main faible toute prête, propre à renvoyer sur son bras tout-puissant la gloire du succès; comme il prétendait humilier le plus orgueilleux de tous les hommes, il avait choisi une femme pour l'instrument de ses merveilles.
Cette héroïne s' appelait Judith, de la tribu de Siméon. Elle avait épousé à l'âge d'un peu plus de vingt ans un Israélite de la tribu de Zabulon, nommé Manassès, établi comme elle à Béthulie. Demeurée veuve après trois ans et demi de mariage, elle renonça pour toujours à l'alliance des hommes. Elle était jeune, riche, sans enfants , et douée de toutes les qualités du corps et de l ame , qui peuvent rendre une personne accomplie. Résolue de faire profession publique delà retraite, et de la modestie convenable à l'état de veuve qu elle était résolue de ne jamais quitter, elle occupait au haut de sa maison une chambre secrète où elle demeurait enfermée avec les filles qui la servaient. Malgré l'innocence et la régularité de toute sa vie , elle se condamna aux rigueurs de la péni-
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tence. Elle était revêtue d'un rude cilice et elle jeûnait tous les jours, excepté les jours de fête qu'elle solennisait par de saintes réjouissances . Sa réputation de sainteté était si universellement reconnue, qu'il ne s'était trouvé personne qui en eût jamais mal parlé . Telle était la libératrice que le Seigneur destinait à son peuple.
Judith entendit parler dans sa retraite de la résolution qu'on avait prise de rendre Béthuliedans cinq jours, si avant ce temps la place n'était secourue par quelque coup extraordinaire de la puissance de Dieu. Elle envoya chercher deux anciens du peuple. Que viens-je d'apprendre, leur dit-elle? Quoi , vous avez résolu de livrer la ville aux Assyriens dans cinq jours, si le secours qu'on attend du Ciel ne paraît pas avant ce temps? Qui êtes-vous donc pour tenter ainsi le Seigneur? Vous vous mêlez de lui donner des lois et de lui prescrire à votre gré le temps de ses miséricordes! Ce n'est pas ainsi qu'on mérite sa protection, mais plutôt sa juste colère. Cependant puisqu'il est d'une patience infinie, humilions-nous devant lui; faisons de nouveau pénitence et attendons avec confiance la consolation du Seigneur.
Les anciens et les Prêtres qui -étaient accourus auprès de la vertueuse veuve, touchés de ses paroles, lui dirent: Vos paroles sont vraies. Priez donc pour nous puisque vous êtes une sainte femme. Puisque vous reconnaissez l'esprit de Dieu dans mes paroles, reprit Judith, allez vous prosterner en sa présence , pour savoir si c'est lui qui m'inspire les résolutions que j'ai prises et m'obtenir le courage de les exécuter. Vous vous trouverez cette nuit
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à la porte de la ville d'où je sortirai avec une de mes filles. Vous prierez ensuite le Seigneur que dans l'espace de cinq jours, il daigne avoir compassion de son peuple. Ne m'en demandez pas davantage; je ne veux faire à personne la confidence de mon secret. Allez en paix, lui répondit Ozias, commandant de la ville, nous nous reposons sur vous de notre délivrance .
La grande préparation de Judith était la prière et la pénitence. Elle entre dans son oratoire, reprend son cilice, se couvre la tête de cendres, se prosterne devant le Seigneur et répand son ame devant lui. Après sa fervente prière, elle se lève, appelle une de ses filles et descend avec elle dans l'appartement où elle avait autrefois demeuré. Là elle quitte son cilice, dépouille ses lugubres habits de deuil, et se fait parfumer d'une essence exquise. On tresse ses cheveux sur sa tête ; on lui place une magnifique coiffure ; elle se fait revêtir de ses plus riches habits , on lui met aux pieds une brillante chaussure; elle prend ses bracelets, ses colliers, ses boucles d'oreilles et ses bagues : elle ne veut pas que rien manque à sa parure .
Ce n'est pas tout ; comme la volonté de Dieu et la plus pure vertu étaient les motifs de ces soins curieux que suggère communément aux personnes du sexe la vanité de plaire, le Seigneur ne se contenta pas de conserver dans sa servante les dons de la nature, il lui donna de nouveaux agréments qui la firent briller aux yeux de tout le monde d'un éclat incomparable. Tout étant près , Judith dit à la fille qui la devait accompagner:
Prenez avec vous un vaisseau plein de vin, un vase d'huile, du pain, quelques figues, du fromage, et suivez-moi.
Elles arrivent bientôt à la porte de la ville. Ozias et îes anciens l'y attendaient, selon qu'on en était convenu. Sans oser lui faire aucune question, ils se contentèrent de lui dire : Que le Dieu de nos pères vous accompagne et soutienne par la puissance de son bras la générosité de vos projets; que votre nom illustre, par la délivrance de votre peuple, soit écrit à jamais avec ceux des Justes et des Saints.
Judith continue sa route, accompagnée de sa suivante; et toujours unie au Seigneur par une fervente prière , elle descend la montagne. Au point du jour, elle se trouve assez près des postes avancés des Assyriens . Leurs coureurs l'aperçoivent et l'arrêtent. Qui êtes-vous? lui disent-ils, et où allez- vous? Je suis, répond-elle sans s'étonner, une fille des Hébreux. Je me suis sauvée de leur ville, parce que je prévois qu'ils ne vous résisteront pas long-temps ; et je me suis dit : J'irai trouver le grand Holopherne, et je lui apprendrai le secret d'achever bientôt sa conquête, sans qu'il lui en coûte un seul homme. Vous avez fait sagement, lui répondent-ils, de pourvoir à votre conservation en vous rendant auprès àe notre général. Vous trouverez grâce devant lui. Suiveznous avec confiance, nous allons vous annoncer.
Bientôt Judith est introduite dans la tente d' Holopherne qui est ébloui de sa beauté. Judith ayant jeté sur le fier général un regard respectueux , sç pros-
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terne jusqu'à terre et se tient devant lui dans un profond abaissement. Holopherne ordonne à ses gens de la relever : Ne craignez rien, lui dit-il; expliquez-nous seulement pourquoi vous avez quitté Béthulie et ce qui vous engage à vous remettre à ma discrétion. Judith répond à tout avec assurance.
Holopherne était charmé de toutes les paroles qui sortaient de la bouche de Judith; c'était pour lui et pour ses officiers autant d'oracles dont ils admiraient la sagesse- Les choses prenaient le meilleur train du monde pour l'exécution du projet de Judith. Holopherne ordonna qu'on lui préparât un appartement dans le cabinet de ses trésors , qu'elle y demeurât en liberté , et qu'on lui portât tous les jours à manger des mets de sa table. Judith accepta tout, excepté la nourriture qu'on lui destinait. Je ne puis , dit-elle , me nourrir des viandes de votre table ; c'est un point qui m'est défendu par ma loi; j'ai eu soin de faire mes provisions, et l'on m'a apporté ce qui m'est nécessaire.
Avant d'entrer dans la tente qu'on lui avait préparée, Judith demanda qu'il lui fût permis de sortir pendant la nuit et avant le jour, pour aller faire au Seigneur sa prière accoutumée. Cette liberté était essentielle à son projet; elle l'obtint aisément. Holopherne commanda aux officiers de sa chambre de ne la contraindre en rien et delà laisser entrer et sortir pendant trois jours, pour adorer son Dieu, à quelque heure que ce pût être.
La sainte veuve profita bien de sa permission. Chaque nuit elle descendait dans la vallée de BéthuHe, où
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elle se lavait dans une fontaine, pour se purifier du commerce des Infidèles. Elle rentrait aussitôt dans sa tente, où, ainsi puritlée , elle passait le jour dans l'oraison et dans le jeûne jusqu'au soir, ne prenant alors qu'un repas frugal. Le soir du quatrième jour, Holopherne fit préparer un grand festin à tous ses officiers. Judith y fut invitée. Sûre de la protection de son Dieu, elle accepta sans hésiter. Parée de ses plus magnifiques ornements, elle se présenta devant Holopherne qui lui dit : Buvez et mangez, car vous avez trouvé grâce devant moi. Je le ferai, répondit Judith; mais vous savez, Seigneur, que toutes les viandes ne me sont pas permises ; j'ai fait apporter ce qui me convient, et elle but et mangea en sa présence ce que sa suivante lui avait préparé.
Holopherne qui touchait presque au moment de sa mort, se livra, comme tant de pécheurs, à une joie folle et brutale. Il but avec si peu de ménagement, qu'ayant porté la débauche plus loin qu'il n'avait fait de toute sa vie, on fut contraint de l'enlever de table, assoupi par les fumées du vin, et de le mettre dans son lit où il se plongea tout d'abord dans le plus profond sommeil. Peu après , tous ses officiers se retirèrent chacun chez soi , à peu près dans le même état que leur général. Judith resta seule dans la tente d'Holopherne ; mais elle avait eu soin d'avertir la fille qui la servait de ne point s'éloigner et d'avoir l'œil à tout ce qui se passerait au-dehors.
Le moment décisif était arrivé ; il fallait ou périr, ou perdre son ennemi. Judith debout devant le lit d'Holo-
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pherne, s'adresse au Seigneur, et lui dit tout doucement en pleurant : Seigneur, Dieu d'Israël, assistez-moi dans ce moment. A ces mots elle s'approche de la colonne qui était à la tête du lit, prend le sabre du général qui y était suspendu, puis saisissant Holopherne par les cheveux, et disant : Seigneur, mon Dieu, secourez-moi, elle lui décharge de toute sa force deux grands coups, dont elle lui abat la tête; elle détache ensuite le pavillon des colonnes et enveloppe le corps mutilé.
Aussitôt elle sort, et remet à sa servante la tête d'Holopherne, en lui disant: Placez-la dans le sac que vous avez apporté. Elles sortent ensuite, sans aucun signe d'émotion. Les gardes les laissent passer, s' imaginant qu'elles vont prier selon leur coutume. Elles traversent toute l'armée; et faisant le tour de la vallée, elles se rendent tranquillement à la porte de Béthulie.
Il était temps qu'elles arrivassent. Le jour destiné à la reddition de la place allait paraître, et la patience des habitants commençait à s'épuiser. Du plus loin que Judith put se faire entendre des gardes qui veillaient sur les murailles, elle leur dit : Ouvrez les portes, le Seigneur est avec nous; il vient d'étendre sur Israël la puissance de son bras. Les gardes ayant reconnu sa voix, s'empressèrent de lui ouvrir; bientôt tout le peuple fut assemblé. Alors Judith montant sur une petite éminence , s'expliqua eri ces termes : Louez le Seigneur notre Dieu, qui n'a point abandonné ceux qui ont mis en lui leur confiance. Puis ouvrant le sac : Voici, dit-elle, la tête d'Holopherne; et elle la montra à l'assemblée. Tout le
peuple, ivre de joie, unit sa voix à celle de Judith pour bénir le Seigneur.
Pendant que tout ceci se passait à Béthulie, le camp des Assyriens était plongé dans un profond sommeil ; Judith ordonna de l'attaquer dès le point du jour et de placer la tête d'Holopherne sur l'endroit le plus élevé des murailles. Les Assyriens voyant les Israélites s'avancer en ordre de bataille, coururent à la tente de leur général; mais on n'osait y entrer, car il était défendu de troubler son sommeil. A la fin, un valet se hasarda d'y pénétrer. N'entendant aucun bruit, il détourna le rideau, et ne trouva qu'un cadavre sans tête. A cette vue, il pousse un grand cri, retourne vers les officiers, et leur dit : Venez et voyez . L' esprit de vertige s' empare des chefs et bientôt detoHte l'armée. On ne songe qu'à fuir. Les Israélites arrivent et les poussent l'épée dans les reins La victoire fut complète. Trente jours suffirent à peine pour recueillir leurs dépouilles. Judith, proclamée la libératrice de son peuple, figure vivante de Marie, rentra bientôt dans son obscurité, et continua jusqu'à sa mort sa vie de prières et de pénitence.
Les Assyriens apprirent par là à respecter le peuple de Dieu, qu'ils avaient mission de corriger, mais non de détruire. Cet avertissement^ terrible n'ayant pas suffi pour les rendre plus sages , leur empire fut rayé du nombre des empires , et passa aux Perses. Ainsi , on le voit, cette belle histoire de Judith entre admirablement dans le plan général de la Providence pour la conservation de la grande promesse du Libérateur, con-
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liée en dépôt au peuple juif, par conséquent elle se rattache à la préparation du Messie et devient une preuve de plus de cette vérité fondamentale que tous les faitsantérieurs à la naissance du Christ, s'expliquent ainsi : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme et r homme pour Dieu.
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir conservé avec tant de soin le souvenir du Rédempteur ; faites-nous la grâce de profiter de ses mérites.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me recommanderai à Dieu dans tous mes dangers.