LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ. — NOÉ, TROISIÈME FIGURE DU MESSIE
Q. Comment s'appelle le fils que Dieu donna à nos premiers parents à la place d'Abel?
R. Le fils que Dieu donna à nos premiers parents pour remplacer Abel , fut appelé Seth. C'est lui qui conserva sur la terre le culte du vrai Dieu.
Q. Comment s'appelèrent les descendants de Seth?
R. Les descendants de Seth s'appelèrent Enfants de Dieu, parce qu'ils vivaient suivant l'esprit de la religion ; les descendants de Caïn , au contraire , furent appelés Enfants des hommes, parce qu'ils s'abandonnaient à tous les penchants corrompus de leur cœur.
Q. Dieu envoya-t-il quelqu'un pour rappeler les enfants des hommes à la pénitence?
R. Pour rappeler les enfants des hommes à la pénitence, Dieu envoya Hénoch. Il ne cessa de les exhorter à se convertir. Dieu l'enleva ensuite tout vivant dans le Ciel , d'où il reviendra avant la tin du monde , pour exhorter les pécheurs à se corriger.
Q. Les enfants de Dieu furent-ils toujours fidèles au Seigneur? •
R. Les enfants de Dieu ne furent pas toujours fidèles au Seigneur. Ils firent alliance avec les enfants des hommes, qui les corrompirent ; car les mauvaises compagnies furent toujours le commencement du mal. La terre fut bientôt souillée de crimes.
Q. Comment Dieu punit-il les hommes?
R. Dieu punit les hommes par le déluge. La terre et les plus hautes montagnes furent couvertes d'eau pendant cent quarante jours.
Q. Tous les hommes périrent-ils par le déluge?
R. Tous les hommes ne périrent pas par le déluge; Noé et sa famille, en tout huit personnes, furent sauvés dans l'arche avec des animaux de chaque espèce pour repeupler la terre.
Q. Qu'est-ce que l'arche?
R. L'arche était un grand vaisseau que Noé construisit par r ordre de Dieu , et dans lequel il entra au moment du déluge. 11 mit cent vingt ans à le fabriquer. Dieu voulait par là donner aux pécheurs le temps de faire pénitence .
Q. Que fit Noé en sortant de l'arche?
R. Noé, en sortant de l'arche, fit ce qu'on doit tou-
jours faire lorsqu'on a reçu quelque bienfait de Dieu; il témoigna sa reconnaissance au Seigneur , en lui offrant un sacrifice. Le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par le déluge.
Q, Noé est-il la figure de Notre Seigneur?
R, Noé est la troisième figure de Notre Seigneur.— Noé veut dire Consolateur. Jésus veut dire Sauveur. — Noé seul trouve grâce devant Dieu. Notre Seigneur seul trouve grâce devant son Père. — Noé bâtit une arche qui le sauve , et sa famille avec lui , du déluge universel . Notre Seigneur a bâti son Eglise pour sauver de la mort éternelle tous ceux qui voudront y entrer. — Plus les eaux montaient, plus l'arche s'élevait vers le Ciel. Plus l'Église éprouve de tribulations, plus elle s'élève à Dieu, plus elle devient parfaite. — Noé a été choisi pour être le père d'un monde nouveau. Notre Seigneur a été choisi pour peupler la terre de justes et le Ciel de saints.
0 mon Dieu! qui êtes tout amour , je vous remei^ie de la patience avec laquelle vous attendez les pécheurs. Je vous remercie de m' avoir attendu moi-même si longtemps à pénitence. Dès aujourd'hui je me consacre tout à vous . Je vous remercie encore de m'avoir fait naître dans le sein de la véritable Église, hors de laquelle il n'y a point de salut ; faites-moi la grâce d'y vivre et d'y mourir saintement.
DE PERSÊVÉRAINCE. 77
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu ; et en témoignage de cet amour, je renouvellerai chaque mois îes promesses de mon baptême.
>îfSfs6nnnnnn(Piinn6vniniS'ssiisisvTisici6t6insfTnnnsTsi)iSifisiii't>nevn'>^
XXIIP LEÇON.
LE MESSIE PROMIS ET FIGURE
Diminution de la vie humaine. — Malédiction de Chanaan. — Tour de Babel. — Commencement de l'idolâtrie. — Vocation d'Abraham. — Seconde promesse du Messie. — Melchisédech , quatrième figure du Messie.
A partir du déluge, commence pour ainsi dire un nouveau monde , une nouvelle terre ; mais cette terre déjà frappée de malédiction après le péché du premier homme, perdit encore par l'effet naturel d'une si longue inondation , une partie de sa force et de sa fécondité . Jusqu'au déluge, la nature était plus forte et plus vigoureuse. Par cette immense quantité d'eaux qui la couvrirent, et par le long séjour qu'elles y firent, les sucs qu'elle renfermait furent altérés; l'air chargé d'une humidité excessive, fortifia les principes de la corruption ; et la vie humaine qui jusque-là durait près de mille ans, se raccourcit peu à peu.
Noé transmit à ses trois fils Sem , Cham et Japhet, les saintes vérités de la religion, et particulièrement la tradition de la promesse divine du Rédempteur futur. Le saint Patriarche planta aussi la vigne qui était sans doute connue avant ce temps-là; mais au Heu qu'aupa-
ravaiit on se contentait d'en manger le fruit, il découvrit l'usage qu'on pouvait faire du raisin , en exprimant la liqueur et en la conservant. Le vin fut un bienfait destiné à donner un peu de joie au cœur de l'homme, qu'attristaient la diminution de ses jours et l'alFaiblissement de toute la nature. Pourquoi faut-il qu'un si grand nombre abusent de ce nouveau présent du Père céleste? Un jour , Noé ayant bu de cette liqueur dont il ne connaissait pas encore la force, il tomba dans une ivresse involontaire, et s'endormit dans sa tente. Pendant son sommeil, il se trouva par hasard découvert d'une manière indécente. Cham s'en aperçut. Sans respect comme sans pudeur, il alla aussitôt le dire à ses frères. Sem et Japhet furent plus respectueux. Ayant pris un manteau qu'ils portaient tous deux en marchant à rebours , ils le jetèrent sur le respectable vieillard . Noé, à son réveil, apprit de quelle manière Cham l'avait traité. Subitement inspiré , il lança sa malédiction, non point contre Cham, par respect pour la bénédiction que Dieu lui avait donnée au sortir de l'arche , mais contre Chanaan, fils de Cham. Que Chanaan soit maudit sur la terre, qu'il devienne l'esclave des esclaves, dit le saint Patriarche. Malédiction terrible qui se vérifia plus tard, lorsque les Chananéens furent exterminés et réduits en servitude par les Israélites, descendants de Sem. Malédiction toujours subsistante dans la race de Cham qui apprend aux enfants le respect qu'ils doivent avoir pour leurs pères.
Par un conseil admirable de la Providence, Noé
vécut encore 350 ans après le déluge * Dieu prolongea ses jours, et il voulut que ses descendants demeurassent, durant ce long intervalle, sous les yeux de leur père commun, afin d'apprendre en détail et de conserver parmi les hommes les vérités capitales de la religion et les faits anciens , dont Noé seul était instruit par luimême.
Ses descendants étaient déjà si nombreux, qu'ils songèrent à se séparer. Mais avant cette dispersion, ils voulurent exécuter un projet qui montrait bien leur folie et leur vanité. Venez, se dirent-ils les uns aux autres, faisons une ville et une tour dont la hauteur aille jusqu'au Ciel. Ce dessein extravagant avait deux causes également vaines : l'une, d'éterniser leur nom par un édifice superbe ; l'autre, de se défendre contre Dieu môme, s'il voulait encore punir le monde par un déluge. En cela ils se rendaient coupables, nonseulement de folie, mais d'incrédulité, car le Seigneur avait promis de ne jamais submerger le monde par une inondation générale. Us se mirent aussitôt à l'œuvre. Mais au moment où ils pressaient l'ouvrage avec le plus d'ardeur, Dieu mit entre les ouvriers une telle diversité de langage, qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres. Ne pouvant alors ni commander ni obéir, ils furent forcés d'abandonner l'entreprise. La ville et la tour, restées imparfaites , furent appelées Bahel, c'est-àdire confusion , parce que Dieu y confondit le langage des hommes qui , jusque-là , parlaient tous la même langue, et les dispersa dans tous les pays du monde.
DE PERSÉVÉRANCE. 8l
En s' éloignant les uns des autres, les enfants de Noé emportèrent avec eux le souvenir des principales vérités de la Religion qu'ils avaient apprises de leur Père commun. C'est pourquoi la connaissance de tous les grands événements, tels que la création de l'homme , son innocence, sa chute, la promesse d'un Rédempteur, le déluge, s'est conservée plus ou moins parfaite chez tous les peuples du monde. Mais tout ce qui est arrivé depuis la dispersion des hommes , quelque extraordinaire, quelque éclatant qu'il ait été, n'a pas été universellement connu ; preuve manifeste que le lien de communication qui -jusque-là avait subsisté entre tous les hommes , fut alors brisé.
Mais bientôt les traditions primitives furent altérées par des fables, et les hommes se livrèrent à des excès encore plus affreux que ceux qui avaient armé le bras vengeur du Tout-Puissant. En vain le monde encore humide des eaux du déluge ; en vain la diminution frappante de la vie, réduite à un petit nombre d'années ; en vain le bouleversement de l'univers, offraient à tous les regards les tristes monuments de la justice du Créateur, la connaissance du vrai Dieu s'effaçait de la mémoire des hommes. La corruption devint générale, et l'idolâtrie, qui est si favorable aux passions, commença à s'établir. Aveuglement déplorable ! on refusa au Tout-Puissant le tribut d'adoration que lui doit tout ce qui respire, et on prostitua à de viles créatures un encens sacrilège : l'or, l'argent, la pierre, le bois, les plus vils animaux, des statues inanimées, virent l'homme, le roi de l'uni-
vers, se prosterner devant eux, et leur adresser de timides prières . A peine trouvait-on une famille qui fût encore fidèle au Dieu d'Adam et de Noé, et il fallut que le Très-Haut, las de menacer, d'attendre et de punir, réprouvât de nouveau la race humaine, et l'abandonnât à sa perversité. Au milieu de ce déluge de crimes, que va devenir la Religion véritable ? Dieu a-t-il résolu d'en priver les hommes? Non, la parole de l'Eternel est irrévocable; s'il n'eût consulté que les forfaits de nos pères, il eût sans doute anéanti cette race criminelle ; mais à l'instant même où il frappe , sa miséricorde tempère les coups de sa justice; il n'oublie jamais qu'il est Père. La vue des mérites futurs de la Yictime expiatrice, qu'il avait annoncée au genre humain , rappelle sa clémence . Ainsi , sans abandonner les autres peuples qui ne devaient imputer qu'à eux-mêmes leur aveuglement, Dieu résolut de se réserver un petit nombre d'adorateurs; de se choisir un peuple chargé de conserver intact le dépôt de la révilation primitive, et surtout la grande promesse du Rédempteur.
Abraham , qui descendait de Sem, fut choisi pour être la tige et le père de ce nouveau peuple , duquel devait sortir le Messie. Or, de toute éternité, Dieu avait décidé que le Messie naîtrait dans la Judée, appelée en ce temps-là le pays de Chanaan. C'est pourquoi il fit venir dans cette contrée le saint homme, dont le Messie devait naître selon la chair. Admirons comment tout, dans les conseils de Dieu, tend à réaliser dans toutes les circonstances de temps et de lieu, la grande promesse du Li-
bérateur. Abraham, destiné à être le chef du peuple choisi, et le père du Messie, habitait bien loin delà terre de Chanaan, dans un pays appelé la Chaldée. C'est de là que le Seigneur le fit venir. Quittez le pays que vous habitez, lui dit-il, venez en la terre que je vous montrerai. Je donnerai cette contrée à vos descendants, que je multiplierai comme les étoiles du Firmament et les sables de la mer. A cette promesse magnifique. Dieu en joignit une autre bien plus magnifique encore : ce fut la promesse du Messie. Je vous bénirai, lui dit le Seigneur, et toutes les nations de l'univers seront bénies en vous, c'est-à-dire en celui qui naîtra de vous, comme Dieu lui-même l'explique dans la suite.
Cette seconde promesse du Rédempteur faite à Abraham dit bien plus que la première. La première ne disait pas chez quel peuple naîtrait le Messie ; la seconde nous le dit : il naîtra dans la famille d'Abraham. Voilà toutes les autres nations mises de côté; ce n'est plus chez elles que nous devons chercher le Messie. La première nous disait qu'il écraserait la tête du serpent; la seconde nous explique le sens de ces paroles : elle nous dit que le Messie renversera l'empire du démon, en rappelant toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu, dans laquelle se trouve la véritable bénédiction. Ainsi, l°ceGermebéni promis à Eve, sera aussi le germe et le rejeton d'Abraham; 2" cette victoire qu'il doit remporter sur le démon , consistera à rappeler les hommes à la connaissance et au culte du Créateur ; 3° ce fils d'Eve et d'Abraham renversera partout l'univers l'em-
Sa CATÉCHISME "^
pire du démon, en détruisant 1" idolâtrie qui n'est autre chose que le règne du démon, et en rétablissant le culte du vrai Dieu . La conversion des Gentils , c est-à-dire des Payens, est toujours marquée dans les divines Ecritures comme l'œuvre distinctive du Messie.
Plein de foi à la parole de Dieu, Abraham quitta son pays, accompagné de Sara, son épouse, et de Lot, son neveu . 11 arriva dans la terre de Chanaan . Ses troupeaux et ceux de Lot, son neveu, étaient si nombreux, que la contrée où ils se trouvaient alors ne pouvait les contenir. Le saint homme propose à son neveu de se séparer. Lot se retire à Sodome. Cette séparation ne refroidit point la charité d'Abraham : il en donna bientôt une preuve éclatante. Le roi de Sodome, et quatre rois ses alliés, sont battus par un prince dont ils avaient été tributaires. Lot est fait prisonnier. Abraham l'apprend; à la tête de trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, et plein de confiance dans le Dieu qui le protège, le Patriarche fond, avec cette poignée de guerriers, sur les troupes victorieuses, les met en fuite, recouvre le butin, délivre son neveu et tous les compagnons de sa captivité. Transporté de reconnaissance, le roi de Sodome vient au-devant de son libérateur, et le conjure d'agréer toutes les richesses enlevées aux ennemis pour prix de son bienfait. Abraham n'en voulut rien prendre. Seulement il donna la dîme des dépouilles à Melchisedech , roi de Salem, Prêtre du Seigneur, qui bénit Abraham, après avoir offert du pain et du vin.
Dans la personne de ce Roi-Pontife, Abraham ho-
DE PERSÉriiRANCE. 85
norait le Messie futur , que ce Grand-Prêtre représentait ; car c'est de ce Messie qu'il est écrit : Vous êtes Prêtre pour toute l'éternité, selon l'ordre de Melchisedech .
Melchisedech est la quatrième figure du Messie. En effet, Melchisedech signifie Roi de justice. Notre Seigneur est la justice même. Melchisedech est Roi et Pontife tout ensemble. Notre Seigneur est Roi et Pontife tout ensemble. Melchisedech est Prêtre du Très-Haut. Notre Seigneur est le Prêtre par excellence. — Melchisedech apparaît seul. On ne trouve ni son père, ni sa mère, ni sa généalogie, ni son prédécesseur, ni son successeur, dans le sacerdoce. Notre Seigneur n'a point de père sur la terre, ni de mère dans le Ciel, ni prédécesseur, ni successeur dans le sacerdoce : les Prêtres ne sont que ses ministres . — Melchisedech bénit Abraham . Notre Seigneur bénit l'Eglise, représentée par Abraham. — Melchisedech offre en sacrifice du pain et du vin, Notre Seigneur s'offre tous les jours en sacrifice sous les apparences du pain et du vin.
Cette figure ajoute de nouveaux traits au portrait de Notre Seigneur. Les précédentes nous représentent le Messie 1" comme le Père d'un monde nouveau ; 2° comme un juste souffrant et persécuté ; 3° comme sauvant le monde du déluge. Ici il nous est représenté comme Prêtre éternel, offrant le pain et le vin en sacrifice. Les figures suivantes viendront successivement ajouter de nouveaux traits au tableau du Messie ; car il en est de ces prophéties vivantes , comme des promesses et des prédictions, elles vont continuellement se développant.
8S GATÉCniSME
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de n'avoir pas abandonné les hommes après le déluge, et de leur avoir conservé, malgré tant d'ingratitude, le bienfait de la Religion. Je vous remercie d'avoir choisi un peuple particulier pour conserver le souvenir de la grande promesse du Libérateur. Préservez-moi de l'orgueil; donnez-moi, pour mes parents, le respect de Sem et de Japhet, et envers vous, la foi d'Abraham et la piété de Melchisedech .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour i' amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je respecterai en tout mes père et mère .
LE MESSIE PROMIS ET FIGURE. — DEUXIEME PRO- MESSE ET QUATRIÈME FIGURE DU MESSIE.
Q. Qu'arriva-t-il après le déluge?
R. Après le déluge, la vie des hommes diminua peu à peu. Le long séjour des eaux sur la terre affaiblit la vertu des plantes, corrompit l'air, et fit perdre à la nature sa vigueur primitive.
Q. Quels furent les fils deNoé?
R. Les fils de Noé furent Sem, Cham et Japhet; c'est d'eux que sont venus tous les peuples de la terre
Q. Furent-ils tous trois bénis de leur père ?
R. Cham ayant manqué de respect à Noé , le saint Patriarche le maudit dans la personne de Chanaan, et cette malédiction eut son effet . Cet exemple terrible est bien propre à nous inspirer un grand respect pour nos parents.
Q. Que firent les descendants de Noé avant de se séparer ?
R. Avant de se séparer, les descendants de Noé voulurent bâtir une ville et une tour dont le sommet s'élèverait jusqu'au Ciel. Leur dessein était d'immortaliser leur nom et de se mettre à l'abri d'un nouveau déluge, dans le cas où Dieu voudrait de nouveau inonder la terre >
Ce dessein était mauvais pour deux raisons : la première, parce que c'était une pensée de vanité ; la seconde, parce que c'était un sentiment d'incrédulité qui l'inspirait. L'entreprise fut commencée, mais Dieu confondit le langage des hommes, en sorte ^ue ne pouvant plus se comprendre , ils furent obligés de renoncer à l'ouvrage. C'est pour cela que cette tour est appelée Babel, qui veut dire confusion.
Q . Que devinrent les hommes après la confusion des langues ?
R- Ils se séparèrent par grandes familles; et s'éloignant peu à peu , ils finirent par peupler toute la terre . Ils emportèrent avec eux la connaissance des principales vérités de la Religion et le souvenir des grands événements arrivés avant le déluge. De là vient qu'on en
s 8 *• CATÉCHISIME
trouve des traditions chez tous les peuples du monde.
Q. Les peuples conservèrent-ils long-temps la connaissance de la vraie Religion?
R. Les peuples ne conservèrent pas long-temps la connaissance de la vraie Religion. Aveuglés par leurs passions, ils méconnurent le vrai Dieu, et à sa place ils adorèrent les créatures : c'est ainsi que commença l'idolâtrie.
Q. Que fit le Seigneur pour conserver sur la terre la vraie Religion, et surtout le souvenir de la grande promesse du Rédempteur?
R. Pour conserver la vraie religion et surtout le souvenir de la grande promesse du Rédempteur, Dieu se choisit un peuple particulier , à qui il en confia le dépôt : ce fut le peuple Juif. Le père de ce peuple choisi fut Abraham, descendant de Sem et fds de Tharé,
Q. Que Dieu lui promit-il?
R. Dieu promit à Abraham que toutes les nations seraient bénies en celui qui sortiraitde lui, c'est-à-dire que Dieu lui promit que de lui naîtrait le Messie . Cette seconde promesse écarte donc tous les autres peuples , et nous apprend que c'est désormais dans la postérité d'Abraham qu'il faudra chercher le Libérateur.
Q. Quelle fut la quatrième figure du Messie?
R. La quatrième figure du Messie fut Melchisedech. — Melchisedech veut dire Roi de justice . Notre Seigneur est la justice même. — Melchisedech est Prêtre du Très-Haut. Notre Seigneur est le Prêtre par excellence. — Melchisedech bénit Abraham. — Notre
Seigneur bénit l'Église représentée par Abraham. — Melchisedech offre en sacrifice du pain et du vin. Notre Seigneur s'offre en sacrifice sous les apparences du pain et du vin. Ainsi cette figure nous dit de plus que les précédentes, que le Messie sera Prêtre éternel , et qu'il offrira le pain et le vin en sacrifice.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir conservé la vraie Religion sur la terre , malgré l'ingratitude des hommes. Donnez-moi, pour mes parents, le respect de Sem et de Japhet, et envers vous la foi d'Abraham et la piété de Melchisedech.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je respeclerai en toutes choses mes père et mère.
XXW LEÇON.
LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ
Visite des Anges. — Naissance d'Isaac promise. — Entretien d'Abraham avec le Seigneur. — Ruine de Sodome. — Sacrifice d'Abraham. — Isaac^ cinquième figure du Messie.
11 ne manquait à Abraham que des enfants qui pussent être les héritiers de ses grands biens et plus encore de ses vertus . Dieu lui apparut donc de nouveau, et après avoir contracté avec lui une alliance plus étroite , en lui prescrivant pour lui et pour toute sa postérité la loi de la circoncision , il lui déclara clairement que bientôt Sara , son épouse, lui donnerait un fils qu'il comblerait de ses faveurs, et qui serait l'héritier de toutes ses promesses. Voici comment la chose arriva.
Un jour qu'Abraham était assis à la porte de sa tente, vers l'heure de midi, il vit venir trois jeunes hommes qu'il jugea être des voyageurs. C'était le Seigneur qui lui apparaissait sous la figure de trois Anges, symbole de la Sainte-Trinité. La charité est inquiète, et l'apparence du besoin suffit pour exciter sa tendresse Abraham se lève à l'instant; il quitte sa tente, et s'avance à la rencontre des trois voyageurs. Il se courbe jusqu'à terre. Qui que vous soyez, leur dit-il; ne me donnez pas le chagrin de
DE PERSÉVÉKANCE. 91
passer si près de chez moi sans daigner vous arrêter un moment et recevoir les bons offices de votre serviteur . Je vais vous faire apporter de l'eau pour vous laver les pieds . Reposez-vous à l'ombre de ces arbres; vous mangerez un morceau avec moi , et vous continuerez ensuite votre route. Les voyageurs acceptent. Après avoir r€çu cette généreuse hospitalité, un d'entre eux dit à Abraham : Dans un an, à dater d'aujourd'hui, je reviendrai vous voir, et alors Sara, votre épouse, aura mis au monde un fils. A parler humainement, la promesse du voyageur était hors de toute vraisemblance. Sara était fort âgée, et Abraham avait alors 99 ans . Cependant le saint Patriarche n'hésita point et n'eut pas la moindre défiance.
C'est ainsi que Dieu préparait les hommes à croire un jour l'enfantement d'une vierge, en rendant féconde une femme nonagénaire et stérile ; c'est ainsi qu'il disposait de loin l'esprit humain à croire le mystère de la Sainte- Trinité, en montrant dans cette apparition à Abraham une image de ce mystère. Trois Anges se présentent au saint Patriarche, et l'Écriture leur donne, au nombre singulier , le grand nom de Dieu, le nom incommunicable de Jehovah. Abraham qui en voit trois, n'en adore qu'un seul , ne parle que comme à un seul. Ce grand mystère, qui depuis a été découvert dans l'Evangile, n'était montré dans l'Ancien Testament que sous des voiles, et ne pouvait être vu que par ceux qui avaient dès.-lors l'esprit du Christianisme .
Cependant les trois voyageurs prirent congé de leur hôte Abraham voulut les accompagner et les conduire
par honneur durant une partie du chemin. Ce nouveau trait de charité lui valut une nouvelle faveur, dans laquelle le Seigneur, son Dieu, s'ouvrant à lui avec une familiarité incroyable, lui fit confidence de ses desseins les plus cachés . On marchait de compagnie sur la route de Sodome , lorsque le Seigneur, sous la figure d'un des trois Anges, dit à Abraham : La clameur des péchés de Sodome et de Gomorrhe s'est fait entendre jusqu'à moi, et me demande vengeance. Je vais voir si la mesure est comblée et s'il est temps de frapper.
Abraham s'approcha respectueusement de lui, tant la charité et le zèle donnent quelquefois de courage, et il lui dit : Mais, quoi! Seigneur, voudriez-vous confondre dans la même punition l'innocent et le coupable? Si une de ces villes criminelles renferme cinquante justes mêlés dans la foule des pécheurs, les ferez-vous périr tous ensemble , ou plutôt ne pardonnerez-vous pas à la multitude des pécheurs en faveur des cinquante justes? La candeur et la simplicité d'une prière si touchante gagnèrent le cœur de Dieu. Si Sodome offre à mes yeux cinquante justes, lui dit le Seigneur, je ne détruirai point la ville, et les cinquante justes obtiendront la grâce de tous les criminels. — Puisquej' ai commencé à vous parler, reprit Abraham, moi qui ne suis que cendre et poussière, j'ajouterai encore un mot : S'il y avait quarante-cinq justes , voudriez-vous perdre une ville dont quarante-cinq de vos serviteurs solliciteraient le pardon? — Je ne veux pas vous affliger , répondit le Seigneur; je pardonnerai à tous en faveur de quarante- cinq. — Mais, mon Dieu, con-
DE PERSl-VfiRA?<CE. 93
tinua Abraham, si par malheur il ne s'en trouvait que quarante, que feriez-vous? Je pardonnerais encore, dit le Seigneur.
Abraham en avait déjà beaucoup fait , mais l'innocence qui fait les amis de Dieu leur donne des droits que les autres hommes ne connaissent pas. Ainsi, Abraham, qui d'abord ne faisait ses conditions avec Dieu que de cinq en cinq , passa ensuite jusqu'à dix , et retranchant tout à coup ce nombre de celui de quarante : Je vous en prie, Seigneur, lui dit-il, ne vous fâchez pas si je parle encore : S'il n'y en avait que trente? — Je ne frapperais pas, répondit le Seigneur. — Puisque j'en ai tant fait , reprit le saint Patriarche, j'irai encore un peu en avant : S'il y en avait vingt? — Ces vingt me désarmeraient, répondit le Seigneur. — Je vous en conjure, Seigneur, ajouta Abraham, ne vous fâchez pas si je parle encore une fois : S' il y en avait dix, que feriez-vous? — A la considération de ces dix justes, je pardonnerais.
Là finit cet admirable entretien qui nous révèle tout à la fois et l'infinie bonté de Dieu, qui ne punit qu'à regret, et la puissance de la prière et de l'intercession des Saints. Les dix justes ne se trouvèrent point, et cinq villes entières furent consumées par le feu du Ciel. A la place on voit aujourd'hui un lac immonde appelé la mer Morte . Lot et sa famille furent seuls sauvés de ce désastre, encore la femme de Lot s' étant retournée pour regarder l'embrasement, fut-elle changée en une statue de sel, qu'on voyait encore du temps des Apôtres.
Cependant Abraham retourna dans sa tente ; et à l'é-
9 à CATÉCHISME
poque marquée par le Seigneur , Isaac naquit . Abraham n'avait plus rien à désirer. Mais Dieu voulut mettre la foi de son serviteur à une dernière et terrible épreuve. Non content d'avoir promis à Abraham que le Rédempteur du monde sortirait de sa race, il voulut encore lui mettre sous les yeux une image de la manière dont se ferait cette Rédemption . Au milieu de la nuit , il se fit entendre au saint Patriarche : Abraham ! Abraham ! Me voici lui répondit le vénérable vieillard. Prenez, lui dit le Seigneur, prenez ce fils unique qui vous est si cher, Isaac, et allez me l'offrir en holocauste sur une montagne que je vous montrerai.
A cet ordre si capable de révolter la nature, Abraham ne répond que par une prompte obéissance. Durant trois jours, il dispose tout pour ce grand sacrifice, il part avec ce cher fils pour accomplir l'ordre du Seigneur. Après trois jours de marche, il arrive au pied de la montagne du sacrifice : cette montagne c'était le Calvaire. Demeurez-là , mes enfants, dit-il à ses domestiques , mon fils et moi nous allons monter sur la hauteur pour offrir un sacrifice au Seigneur. Il ne parut pas dans fair du saint Patriarche un instant d'altération. Avec la même tranquiUité, il charge son fils du bois préparé pour l'holocauste ; il s'arme de l'épée qui devait percer le cœur d' Isaac , et il prend le feu destiné à consumer cette chère victime.
Le père et le fils allaient ainsi de compagnie, occupés de pensées bien différentes, mais tous deux , d'un air content et d'un pas assuré, lorsque Dieu qui ménageait à
son serviteur tous les degrés du mérite, permit une de ces petites aventures qui, n'étant comptées presque pour rien dans les grandes épreuves, mettent souvent à bout la tendresse la mieux préparée, si elle n'est soutenue de tout rhéroïsme du courage. Mon père, dit Isaac, avec une aimable simplicité? — Que voulez-vous, mon fils , reprit Abraham? — Je vois entre vos mains, continua Isaac, le feu de l'holocauste, et je porte moi-même le bois; mais où est la victime? — Mon fils, répondit Abraham , sans qu'un seul mot échappé le trahît : Le Seigneur y pourvoira. Isaac n'en demanda pas davantage.
Arrivé au-dessus de la montagne , Abraham dresse l'autel , arrange le bois, prépare le glaive ; il fallait enfin s'expliquer. Un coup d'œil, un signe, un soupir, suffirent pour montrer à Isaac la victime : il la reconnaît sans s'étonner. II adore la volonté de Dieu, monte sur le bûcher, et s'y laisse attacher de la main de son père. Abraham, toujours plein de foi et d'obéissance, saisit le glaive, lève le bras sur la tête de la victime, et est prêt à porter le coup. Le temps des épreuves était fini ; celui des récompenses allait commencer. Arrêtez, Abraham! dit l'Ange du Seigneur, c'est assez; je connais maintenant votre foi . Parce que vous avez obéi à ma voix, je vous bénirai ; je multiplierai votre race ; elle triomphera de ses ennemis, et tous les peuples de la terre seront bénis en celui qui sortira de vous. En même temps Abraham se retourne et voit un bélier arrêté par les cornes dans un buisson voisin , il le prend
et l'immole à la place de son fils. 0 Jésus couronné d'épines ! je vous reconnais bien là .
Ce sacrifice d'Isaac est une vive image du sacrifice futur de Jésus-Christ . La figure et la vérité se ressemblent si fort, qu'on ne peut voir l'une sans se souvenir de l'autre. Aussi, Isaac est-il la cinquième figure du Messie. — Isaac est le fils bien-aimé de son père. Notre Seigneur est le fils bien-aimé de Dieu le Père. C'est en Jésus-Christ que le Père a mis toutes ses complaisances. — Isaac, innocent, est condamné à mourir. Notre Seigneur , l'innocence même , est condamné à mourir. — C'est Abraham, père d'Isaac, qui doit exécuter la sentence. C'est Dieu le Père qui exécute luimême, par la main des Juifs, la sentence de mort contre son fils. — Isaac, chargé du bois qui doit le consumer, monte sur la montagne du Calvaire. Notre Seigneur, chargé du bois de la Croix, gravit cette môme montagne du Calvaire . — Isaac se laisse attacher sur le bûcher , et présente doucement sa gorge au glaive qui doit l'immoler. Notre Seigneur se laisse attacher à la Croix, et, comme un tendre agneau, se laisse immoler. — Isaac n'est pas mis à mort, parce qu'il n'était qu'une figure. Notre Seigneur, qui était la réalité, est vraiment mis à mort. — Isaac descend de la montagne plein de vie et comblé de bénédictions : une nombreuse postérité lui est assurée. Notre Seigneur sort du tombeau plein de vie, comblé de gloire ; et, en récompense de son obéissance, il reçoit en héritage toutes les nations.
Cette figure ajoute deux choses aux précédentes : elle
nous dit 1° en quel lieu le Sauveur sera immolé ; Ë" quil mourra par l'ordre de son Père. Ainsi, le grand portrait du Rédempteur se forme peu à peu . Ces deux scènes si touchantes et si semblables, le sacrifice d'Isaac et le sacrifice de Notre Seigneur, n'ont-elles pas un rapport manifeste entre elles? Peut-on douter, en les lisant, que la première n'ait été ordonnée pour préparer à la seconde ? Peut-on se refuser à cette vérité frappante que l'Ancien Testament n'est que la prédiction du Nouveau? La prédiction est sans doute voilée d'abord ; mais le voile se lève peu à peu, et laisse voir ensuite l'objet à découvert, quand le temps de la manifestation est arrivée.
PRIÈRE
0 mon Dieu î qui êtes tout amour, je vous remercie des grâces que vous avez accordées à votre fidèle serviteur Abraham, en récompense de sa foi et de sa charité. Accordez-moi la charité envers le prochain, la confiance dans la prière, et une obéissance aveugle à vos adorables volontés.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme nioi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je m abandonnerai entier emenl aux dispositions de la Providence .
s 8 CATÉCHISME
PETIT C/VTÉGHISME.