T. IL A
tout entier était un grand prophète de Jésus-Christ et du royaume chrétien ' .
Ecoutons encore un des organes les plus éloquents de la tradition. Eusèhe, historien de l'Eglise, s'exprime ainsi : Toutes les prophéties, tout le corps des anciennes écritures , toutes les révolutions de l'état politique, toutes les lois, toutes les cérémonies de la première alliance , ne menaient qu'à Jésus-Chiyst , n'annonçaient que lui, ne figuraient que lui. Il était en Adam le père de la postérité des Saints; innocent, vierge et martyr dans Abel ; réparateur de l'univers en Noé ; béni en Abraham ; souverain prêtre en Melchisedech; volontairement offert dans Isaac; chef des élus en Jacob ; vendu par ses frères dans Joseph ; voyageur et fugitif, puissant en œuvres et législateur dans Moïse; souffrant et abandonné dans Job ; haï et persécuté dans la plupart des Prophètes ; vainqueur en David et roi des peuples; pacifique en Salomon, et consécrateur d'un nouveau temple; enseveli et ressuscitant dans Jonas. Les tables de la loi, la manne du désert , la colonne lumineuse, le serpent d'airain, étaient les symboles de ses dons et de sa gloire ' .
» De Catech. rudib. — Le saint docteur revient cent fois sur cette idée dans ses différents ouvrages; f oyez, en particulier, les livres contre Faus te le Manichéen; voyez , dans la Biblioihèque choisie des Pères de TÉglise, Origène, t. ii. p. 54; TertulL, id, p. 474; St. Chrysost., t. xiii. 129,etc,etc. ^'
' Euseb. Démonstr. évang. lib. iv. 174 ^t suiv. Voyez aussi Bossuet, faisant un tableau semblable dans so : strmon sur les caractères des deux alliances, t. m. p. 237.
3" Par la conformité parfaite entre ces figures et Notre Seigneur. Si quelqu'un prétendait que la ressemblance qui se trouve entre les figures de Jésus-Christ et Jésus-Christ lui-même, n'est que l'effet du hasard ou d'un rapprochement arbitraire, il serait aussi peu sensé que celui qui, voyant plusieurs portraits d'un roi faits par différents peintres, et tous très-ressemblants, soutiendrait qu'aucun de ces peintres n'a eu dessein de représenter le monarque, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard.
Mais il n'y a pas de hasard là où l'on voit un dessein, une suite, une combinaison aussi savante que bien soutenue. Or, telles sont les figures du Rédempteur.
Cette suite de figures mystérieuses qui commencent avec le monde et qui continuent sans interruption jusqu'à Jésus-Christ, est la preuve irrécusable d'un dessein suivi de la Providence. Comme les prophéties, elles se prêtent une mutuelle lumière; l'une achève ce que l'autre a commencé; et toutes réunies, elles annoncent évidemment Notre Seigneur , ses travaux pour le salut du monde, sa mort, sa résurrection, sa gloire et sonEgHse. Le Dieu de bonté consolait, encourageait ainsi les hommes dans leur malheur , en leur rappelant fréquemment et par des images sensibles, le Rédempteur qui les délivrerait de leurs maux, qui donnait déjà le mérite à leurs œuvres, et qui leur rendrait un jour tous les biens qu'ils avaient perdus. Car tous connaissaient jusqu'à un certain point la signification de ces touchantes figures , comme tous comprenaient au degré nécessaire les ora-
des des Prophètes concernant le Messie. Les plus instruits en avaient une intelligence plus claire ; les autres les comprenaient autant qu'il était nécessaire pour avoir la foi implicite au mystère de la Rédemption , indispensable au salut ' .
C'était aussi pour nous que Dieu faisait paraître cette longue suite de figures. Il affermissait par là notre croyance en nous montrant que la religion chrétienne étend ses racines jusqu'aux temps les plus reculés, et qu'elle est l'accomplissement d'un dessein commencé à l'origine du monde, et développé successivement pendant quarante siècles. Les promesses ont le même but.
La première promesse du Rédempteur fut faite dans le Paradis terrestre Les coupables pères du genre humain n'avaient pas encore entendu leur juste sentence , que déjà ils étaient assurés d'avoir un expiateur de leur crime et un réparateur de leurs maux. L'arrêt prononcé contre le démon et contre le serpent , son organe , contenait cette consolante espérance . La femme f écrasera la tête, dit le Seigneur au serpent, c'est-à-dire il naîtra de la femme un fils qui détruira l'empire du mal et du Démon. Nos parents comprirent la signification de cette parole allégorique ; elle suffit pour soutenir leur courage et rendre leurs œuvres méritoires par la foi au mérite de ce Réparateur futur.
On conçoit que la venue du Messie devant être longtemps différée, Dieu devait à sa bonté pour l'homme de lui promettre un hbérateur pour l'empêcher de s'a-
ï Foyez saint Thomas cité plus haut. 2. q, 2. art. vu.
DE PEHSÉVÉRANCE. 53
bandonner au désespoir. Cependant, toute consolante qu'elle est, cette première promesse est bien générale. Il €St vrai, elle annonce un Sauveur ; mais quand viendrat-il?dans quel lieu, dans quel pays naîtra-t-il ? quels seront ses caractères? par quel moyen sauvera-t-il l homme? Surtout cela, incertitude absolue. Il viendra, il sera fils d'Eve et d'Adam, héritier de leur sang, mais exempt de leur péché; voilà tout. Cette première promesse fut l'unique espoir du genre humain pendant près de deux mille ans. C'était un faible rayon du Soleil de justice qui devait un jour se lever sur le monde ; les yeux affaiblis de Ihomme pécheur n'auraient pu soutenir féclat d'un plus grand jour. Dans cette obscurité même sa foi trouvait un mérite de plus et sa faute une première expiation.
Pour empêcher que l'homme ne perdît, même un instant, le consolant souvenir de son Libérateur, Dieu s'empressa de confirmer cette première promesse, ou plutôt il la traduisit en un autre langage non moins éloquent, le langage figuratif. Adam lui-même devint la première figure de son Rédempteur : en se comprenant il put le comprendre aussi. Le père du genre humain commence cette longue suite de prophéties vivantes, qui toutes ensemble nous donnent, dans les actions des Patriarches , une parfaite peinture du Messie. Il est donc vrai, ces grands hommes n'ont pas été choisis seulement pour annoncer, par leurs paroles, les merveilles que Dieu devait opérer un jour dans la rédemption du monde, toute leur vie est encore une prophétie de ce grand événement.
Avant de dérouler aux yeux de notre foi cette longue suite de tableaux vivants, apprenons à bien connaître les Patriarches. A leur nom que de nobles et tendres souvenirs se rattachent! Qui de nous peut relire leur histoire sans se reporter aux jours heureux de sa première enfance, alors qu'une pieuse mère ouvrant sur ses genoux la Bible en figures, nous écoutions ses récits avec tant d'avidité et que nos yeux se mouillaient de larmes, au nom d'Isaac immolé par son père ou du petit Joseph vendu par ses frères?
Palrtarche signifie père ou chef de famille : on donne ce nom aux premiers ancêtres du Sauveur ; on en compte trente-quatre. Il faut distinguer trois classes de Patriarches .
1" Ceux qui ont existé avant le déluge, savoir : Adam, Seth,Enos, Caman, Maialéel , Jared, Enoch, Mathusalem , Lamech , Noé ;
2° Ceux qui ont vécu après le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham, savoir : Sem, Arphaxad, Salé, Héber, Phaleff, Réhu, Saru^, Nachor, Tharé, Abraham;
3° Enfin, ceux qui ont paru depuis la vocation d'Abraham jusqu'à la servitude d'Egypte, savoir : Isaac, Jacob et ses douze fils, qui furent les tiges des douze tribus du peuple d Israël. Disons un mot de leur vie.
Les Patriarches étaient parfaitement libres, et leur famille composait un petit état, dont le père était comme le roi. Leurs richesses consistaient principalement en bestiaux. C'était ce grand nombre de troupeaux qui leur faisait tant estimer les puits et les ci-
ternes, dans un pays qui n'a point d'autres rivières quç le Jourdain , et où il ne pleut que rarement. Avec toutes ces richesses ils étaient fort laborieux, toujours à la campagne, logés sous des tentes, changeant de demeure suivant la commodité des pâturages , par conséquent souvent occupés à camper et à décamper ; car ils ne pouvaient faire que de petites journées avec un si grand attirail.
Cette manière de vivre a toujours passé pour la plus parfaite, comme attachant moins les hommes à la terre. Aussi elle marquait mieux l'état des Patriarches qui n'habitaient cette terre que comme voyageurs , attendant les promesses de Dieu, qui ne devaient s'accomplir qu'après leur mort. Les premières villes dont il soit parlé furent bâties par des méchants , par Ca'i'n et par Nemrod. Les premiers, ils se sont renfermés et fortifiés, pour éviter la peine de leur crime, et en faire impunément de nouveaux : les gens de bi^n vivaient à découvert et sans rien craindre.
La principale occupation des Patriarches était le soin de leurs troupeaux. Quelque innocente que soit l'agriculture, la vie pastorale est plus parfaite ; elle a quelque chose de plus simple et de plus noble; elle est moins pénible, elle attache moins à la terre, et toutefois elle est d'un plus grand profit. On peut juger du travail des hommes par celui des filles. Rebecca venait d'assez loin pour puiser de l'eau et s'en chargeait les épaules, et Rachel menait elle-même le troupeau de son père : leur noblesse ni leur beauté ne les rendaient point plus dé-
licates. C'est sans doute cette vie simple, laborieuse et frugale des Patriarches, qui les faisait arriver à une si grande vieillesse et mourir si doucement. Abraham et Isaac ont vécu chacun près de deux cents ans ; les autres Patriarches dont nous savons l'âge, ont au moins passé cent ans, et il n'est point fait mention qu'ils aient été malades pendant une si longue vie.
Telle fut en général l'existence des Patriarches : une grande liberté, sans autre gouvernement que celui du père qui exerçait un empire absolu dans sa famille ; une vie fort naturelle et fort commode, dans une grande abondance des choses nécessaires, et un grand mépris du superflu, dans un travail honnête, accompagné de soin et d'industrie, sans inquiétude et sans ambition '.
Pères du Messie selon la chair , les Patriarches étaient aussi dans leurs actions ses figures et ses Prophètes. Ils nous le représentent dans ses rapports avec l'Eglise ; c'est-à-dire, la formant, l'établissant à force de peines et de fatigues; enfin, s immolant pour elle, et par elle sauçant les nations . Ce caractère distinctif se retrouve dans tous les autres personnages, aussi bien que dans tous les événements figuratifs du Désiré des nations .
Or, Adam est la première figure du Libérateur des hommes. ïi convenait qu'il en fût ainsi. Voici les rapports qui existent entre ces deux tiges de l'humanité. — Adam est le père de tous les hommes selon la chair. Notre Seigneur est le père de tous les hommes suivant l'esprit : c'est le Fils de Dieu qui nous a créés et régé-
» Foyei Fleury, Moeurs des Israélites, p. 3. cf 14.
DE PEUSÉVÉRA.NCE. 57
nérés. — Adam est le roi de l'univers; c'est pour lui que toutes les créatures ont été faites. Notre Seigneur est le roi de l'univers; c'est par lui et pour lui que toutes les créatures ont été faites. — Adam est le Pontife de l'univers; c'est lui qui doit offrir à Dieu l'hommage de toutes les créatures. Notre Seigneur est le Pontife universel de l'univers, le Prêtre catholique du Père éternel ; c'est lui qui offre à Dieu nos hommages et ceux de toutes les créatures'. — Adam est d'abord seul environné d'animaux qui ne peuvent être sa société. Notre Seigneur est d'abord seul sur la terre, environné d'hommes plongés dans les affections sensuelles, et semblables parleurs penchants aux plus vils animaux.
— Adam s'endort; le Seigneur lui tire une côte dont il lui forme une compagne. Notre Seigneur s'endort du sommeil de la mort sur l'arbre de la Croix. Pendant son sommeil, son côté est ouvert ; de la plaie qui lui est faite sort l'Eglise, son épouse , figurée par le sang et l' eau . — Eve, épouse d'Adam, est son image vivante, elle sera sa société et lui donnera de nombreux enfants. L' Eglise, épouse de Notre Seigneur, est son image vivante ; elle sera sa société et lui donnera de nombreux enfants. — Entre Adam et Eve existe une société indissoluble. Entre Notre Seigneur et l'Eglise existe une soc'iété qui ne finira jamais : Jésus-Christ sera avec elle tous les jours jusqu'à la consommation des siècles et pendant toute f éternité .
— Adam pèche : il est chassé du Paradis . Notre
« Sacerdos patris calholicus. Tertul.
Seigneur se charge des péchés du monde , il devient péché' , et il sort du Ciel. — Adam est condamné au travail , aux souffrances et à la mort . Notre Seigneur se condamne aux mêmes peines. — Adam enveloppe toute sa postérité dans son malheur. Notre Seigneur sauve tous les hommes par sa Rédemption ; car, dit saint Paul, de même que la mort est entrée dans le monde par un seul homme en qui tous ont péché ^ de même la vie y est rentrée par un seul homme en qui tous sont sauvés "" .
Tels sont les principaux caractères de ressemblance que la raison et la foi nous découvrent entre les -deux Adam'.
A peine sortis du Paradis terrestre, nos premiers parents connurent par une triste expérience le mal qu'ils s'étaient fait, et le changement funeste que leur faute avait opérée dans toute la nature. Condamnés aux plus rudes travaux , mangeant leur pain à la sueur de leur front, quels besoins n'avaient-ils pas d'être consolés et encouragés par de nouvelles marques de la miséricorde divine ? Le Seigneur, toujours bon, toujours attentif, leur vint en aide.
Deux enfants leur furent donnés. L'aîné reçut le nom de Cain, et le plus jeune celui d'Abel. Caïn s'appliqua à cultiver la terre; Abel se livra à la vie pastorale. Instruits par leur père, l'un et l'autre étaient dans
' 11. Ad Cor. V. 21.
2 Ad Rom. V. 12.
3 Foyez, dans la Bibliolh. choisie des Pères : TertuU. /. m. p. 29; saint Chrysost. /. xiii. p. 408 — 509.
i habitude de rendre à Dieu leurs hommages par Y offrande d'une partie des biens qu'ils recevaient de lui. Un jour, Caïn lui présenta les prémices de sa récolte, et Abel lui immola les premiers nés de ses troupeaux, et la graisse de ses victimes . Mais la piété de Caïn était aussi avare que celle d' Abel était sincère et généreuse. Le Seigneur témoigna d'une manière sensible la différence qu'il faisait des deux sacrifices. Il agréa celui d"x\bel; il dédaigna au contraire celui de Caïn.
La jalousie ne sait point faire justice. Au lieu de s'en prendre à lui-raerne de sa disgrâce, Caïn aima mieux s'en venger sur son frère innocent. Au moment où le crime fut conçu dans son cœur, il se montra sur son visage. Le Seigneur, qui voulait sauver Caïn en le rappelant à lui-même , lui fit entendre sa voix . D' où vient que vous êtes irrité ? Pourquoi votre visage a-t-il perdu sa sérénité? Si vous faites le bien, n'en recevrez-vous pas la récompense ? Si vous faites le mal , votre péché ne provoquera-t-il pas à l'instant ma vengeance ? Mais il est encore temps de vous y soustra^ire : quelque violente que soit votre passion, vous pouvez y résister.
Les divines remontrances d'un maître qui cherche à prévenir les fautes de ses serviteurs, ne firent aucune impression sur l'esprit envenimé de Caïn. N'écoutant que sa jalousie sanguinaire ■ Allons à la campagne, dit-il à son frère. Abel y consentit volontiers. Peut-être même travaillait-il à adoucir les chagrins dont Caïn paraissait rongé. Sans lui répondre, Caïn se jette sur lui et le tue.
Aussitôt le Seigneur se fit entendre au meurtrier, avec une douceur que le fratricide ne méritait pas, et dont il profita mal; il ne lui dit d'abord que ces deux mots : Caïn, ouest Abel, votre frère? Je n'en sais rien, répondit le scélérat. Suis-je donc le gardien de mon frère? Une réponse si insolente méritait un coup de foudre; mais le Seigneur qui, par ses remontrances, avait essayé d'arrêter le crime, voulait encore en ménager le repentir. Qu'avez-vous fait, Caïn, reprit-il? la voix du sang de votre frère s'élève de la terre et crie vengeance contre vous. Vous serez maudit sur la terre que vous avez forcée d'ouvrir son sein pour recevoir le sang de votre frère . Vous la cultiverez avec de grandes fatigues, et elle ne répondra ni à vos espérances ni à vos soins. Vous errerez sur sa surface comme un vagabond et un malheureux fugitif.
Le coupable, consterné de cet arrêt, s'écria avec plus de désespoir que de repentir : Mon crime est trop grand pour en espérer le pardon. Vous me condamnez à errer dans différents pays, sans pouvoir me fixer dans aucun . Quiconque me rencontrera se croira en droit de me tuer. Non, répondit le Seigneur, je veux vous laisser du temps pour expier votre crime et pour le réparer. Celui qui osera attenter à vos jours sera puni sept fois plus rigoureusement que vous.
Dieu tint parole au fratricide ; et, pour le préserver de l'assassinat qu'il craignait, il imprima dans son air et dans toute sa personne, je ne sais quoi de farouche et de terrible qui faisait craindre de l'attaquer. Caïn
DE PEHSÉVÉRANCE. 61
avait abusé des grâces prévenantes qui le détournaient du crime ; il ne profita pas mieux des ressources de salut que lui offrait la patience du Seigneur. En ce point, comme en tout le reste, modèle souvent copié par une multitude d'impénitents qui , toujours inexcusables, ne tombent dans l'abîme qu'en éloignant la main charitable qui se présente pour les soutenir, et qui n'y demeurent enfoncés que faute d'user du secours qu'on leur offre pour en sortir.
On voit dans Gain et dans Abel ce qui doit arriver dans toute la suite des siècles, l'église de Satan s'élevant contre l'église de Jésus-Christ. Dès-lors commence cette longue persécution que les méchants feront aux justes jusqu'à la fin des siècles. Mais le châtiment de Caïn annonce aux justes que la Providence veille sur eux pour les récompenser et les venger. La conscience du premier fratricide, livrée à de continuelles frayeurs, l'engagea à bâtir la première de toutes les villes, pour y trouver un asile contre la haine et l'horreur du genre humain.
Cette histoire du premier Caïn et du premier Abel , est l'histog^e anticipée d'un autre Caïn et d'un autre Abel. Quatre mille ans plus tard la seconde devait, comme la première , être écrite en lettres de sang à peu près dans les mêmes lieux, car Abel est la seconde figure du Messie.
— Abel est berger de brebis. Notre Seigjieur s'appelle lui-même berger de brebis , il appelle l'Église son bercail , les Chrétiens ses ouailles. — Abel offre un sacrifice que Dieu reçoit favorablement, tandis que celui de Caïn est
rejeté. Notre Seigneur s'offre lui-même en sacrifice : ce sacrifice est reçu favorablement, et tous ceux de l'ancienne loi sont rejetés. — Abel devient en butte à la jalousie de Caïn, son frère. Notre Seigneur est en butte à la jalousie des Juifs, ses frères. — Abel est attiré dans les champs, et succombe sous les coups de son frère. Notre Seigneur est conduit hors de Jérusalem, et mis à mort par les Juifs, ses frères. — Le sang d' Abel crie vengeance contre Caïn. Le sang de Notre Seigneur crie miséricorde pour ses bourreaux. — En punition de son fratricide, Caïn est condamné à être errant et vagabond sur la terre. En punition de leur déïcide, 1^ Juifs sont condamnés à être errants et vagabonds sur toute la terre . Depuis dix-huit cents ans le monde les voit passer sans prêtres, sans roi, sans sacrifice; n'étant nulle part, et se trouvant partout. — Caïn était un objet d'horreur et de crainte pour tous ceux qui le rencontraient . Le peuple juif est un objet d'horreur et de mépris pour tous les peuples. — Dieu mit un signe sur le front de Caïn pour empêcher qu'on ne le tuât. Un signe de réprobation a été mis sur le front du peuple juif, pour empêcher qu'on ne l'extermine; et de tous les peuples anciens il est le seul qui survive, le seul qui existe au milieu de tous les autres, sans se confondre avec aucun. — Adam est consolé de la mort d'Abel par la naissance de Seth, enfant de bénédictic^n, qui perpétue la race des justes. Dieu est, pour ainsi dire, consolé de la mort de Notre Seigneur par la naissance d'une multitude innombrable de Chrétiens, enfants de Dieu par adoption.
DE PEI\Sr:VÉl\ANCE. 63
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir multiplié les promesses et les figures du Messie; faites quelles excitent de plus en plus dans mon cœur le désir de vous connaître et de vous aimer ; donnez-moi l'innocence d'Abel, son zèle podl votre gloire et sa charité pour mes frères.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-môme pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je saluerai ceux qui me feront du mal et je prierai pour eux.
LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ
Q. Comment Dieu révélait-il le Rédempteur aux premiers hommes ?
R. Dieu révélait le Rédempteur aux premiers hommes 1° par des promesses; 2° par des figures; 3° par des prophéties.
Q Comment savons-nous que les Patriarches, les sacrifices et le peuple juif tout entier, étaient la figure du Rédempteur?
R. Nous savonsque les Patriarches, les sacrifices et le peuple juif tout entier, étaient la figure du Rédempteur,
1° par l'autorité de Notre Seigneur lui-même, des Apôtres et des Evangélistes : saint Paul en particulier dit que Jésus-Christ est la fin de la loi de Moïse, et que tout ce qui arrivait aux Juifs était la figure de ce qui s'accomplit chez les Chrétiens; 2° par l'autorité des Pères de l'Eglise : saint Augustin dit que tout le peuple juif n'était qu'une grande figure du Messie ; 3° par la conformité des figures avec Notre Seigneur; car en voyant plusieurs portraits d'un roi faits par différents peintres, personne ne dit qu'aucun de ces peintres n'a eu dessein de représenter le roi, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard.
Q. Les anciens savaient-ils que ces figures représentaient le Messie ?
jR. Les anciens savaient que ces figures représentaient le Messie : les plus instruits en avaient une connaissance claire ; les autres le savaient autant que cela était nécessaire à leur salut .
Q, Qui étaient les Patriarches?
R. Les Patriarches sont les premiers ancêtres du Messie. Le mot Patriarche veut dire père de famille. On compte trente-quatre Patriarches depuis la création du monde jusqu'à la servitude d'Egypte. La vie des Patriarches était simple, frugale et laborieuse; leurs richesses consistaient en troupeaux nombreux; ils habitaient sous des tentes ; ils passaient souvent d'un lieu à un autre. Ce genre de vie leur rappelait et nous rappelle aussi que l'homme est un voyageur sur la terre. Q. Quelle est la première promesse du Messie?
R.Ldi première promesse du Messie est celle que Dieu fit à nos parents dans le Paradis terrestre : il dit au serpent que la femme lui écraserait la tête. Cette promesse annonce à l'homme qu'il aura un Rédempteur; mais voilà tout. Les promesses suivantes expliqueront la première .
Q. Quelle fut la première figure du Messie?
R. La première figure du Messie, c'est Adam. — Adam est le père de tous les hommes selon la chair ; Notre Seigneur est le père de tous les hommes selon l'esprit. — Adam s'endort et d'une de ses côtes Dieu lui forme une compagne avec qui il sera uni pour toujours , et qui lui donnera une grande postérité ; Notre Seigneur meurt sur la Croix ; de son côté entr' ouvert Dieu tire l'Eglise avec laquelle Notre Seigneur sera uni jusqu'à la fin des siècles,' et qui lui donnera de nombreux enfants. — Adam pécheur est chassé du Paradis et est condamné au travail , aux souffrances et à la mort ; Notre Seigneur, chargé des péchés du monde, quitte le Ciel et se condamne au travail, aux souffrances et à la mort . Il sauve tous les hommes par son obéissance , comme Adam les avait tous perdus par sa désobéissance.
Q. Quelle est la seconde figure du Messie?
R. La seconde figure du Messie, c'est Abel. — Abel offre un sacrifice qui est agréable à Dieu; Notre Seigneur offre un sacrifice qui est infiniment plus agréable à Dieu, son Père. — Abel innocent est conduit à la campagne etmis à mort par Caïn, son frère; Notre Seigneur, Tin» T. u. %
66 CATÉCHIS&UI
nocence même, est conduit hors de Jérusalem et mis à mort par les Juifs, ses frères. — Le sang d'Abel crie vengeance contre Caïn qui est condamné à errer sur la terre ; le sang de Notre Seigneur crie miséricorde pour nous ; mais les Juifs sont condamnés à errer sur toute la terre, sans prêtres , sans rois , sans sacrifices.
Omon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir multiplié les promesses et les figures du Messie ; faites qu'elles excitent de plus en plus dans mon cœur le désir de vous connaître et de vous aimer ; donnez-moi l'innocence d' Abel, son zèle pour votre gloire et sa charité pour mes frères .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , je saluerai ceux qui me feront du mal , et je prierai pour eux.
XXIP LEÇON.
LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ
Naissance de Seth. — Hénoch enlevé au Ciel. — Corruption du genre humain. — Noé. — Déluge. — Arc-en-ciel. — Noé , troisième figure du Messie.
Pour remplacer le juste Abel, Dieu donna à Adam un fils qui fut nommé Seth. C'est lui qui devait perpétuer sur la terre la race des enfants de Dieu. On appela Enfants de Dieu les hommes qui vivaient selon 1 esprit de la religion, et Enfants des hommes ceux qui n'obéissaient qu'aux penchants dépravés de la chair et de la concupiscence: Caïn fut le père de ces derniers. Hénoch, un des descendants de Seth, se distingua surtout par sa fidélité à observer la Loi de Dieu. Pendant qu'il fut parmi les hommes , il ne cessa de les exhorter à la pénitence, leur annonçant le jugement de Dieu sur les méchants. Lorsqu'il eut passé sur la terre 365 ans, Dieu V enleva en l'exemptant de la mort et il ne parut plus, ayant été transporté dans le Ciel d'où il doit revenir sur la terre, vers la fin du monde, pour convertir les Juifs et faire entrer les pécheurs dans la voie de la pénitence',- Ainsi, Dieu se conserva toujours dans la postérité de Seth, de fidèles serviteurs, et l'effet anticipé de la
, royet dissert, sur Hénoch, Bible de Vence, t. 1. p. 350.
Rédemption s'est fait sentir dès le commeiicemeHt du monde.
Tant que la famille de Seth resta séparée de celle de Caïn, elle se conserva dans l'innocence; mais enfin elles se rapprochèrent et s'unirent par des alliances. La cause du mal fut dès-lors ce qu'elle a toujours été depuis , le mélange des bons avec les méchants. Avec le temps, la corruption devint générale et la terre fut couverte de crimes, l'iniquité alla à un tel excès, qu'elle força pour ainsi dire Dieu, qui est la bonté même, à se repentir d'avoir créé les hommes. L'expression dont se sert l'Écriture est étonnante : Dieu , pénétré de douleur, jusqu'au fond du cœur^ dit : Je perdrai ï homme que j'ai créé . Mais au milieu de la dépravation générale , il se rencontra un juste qui s'était conservé dans l'innocence, ce juste était Noé, alors âgé de 480 ans. Le Seigneur l'appela et lui dit: L'homme a corrompu toutes ses voies, je me repens de l'avoir créé et je suis résolu de le détruire, et avec lui les animaux , les reptiles , les oiseaux , et toutes les créatures infectées par les crimes de la race humaine. Je détruirai le monde par le déluge. Pour vous, vous avez trouvé grâce devant moi ; faites-donc une arche de bois solide et poli, partagez-la en différents logements et enduisez-la de bituqne en dedans et en dehors, vous lui donnerez trois cents coudées de long , cinquante coudées de large et trente coudées de haut ; vous y ménagerez une ouverture pour servir de fenêtre, vous placerez une porte dans l'un des côtés et vous distribuerez toute la capacité du vaisseau en trois étages»
Lorsque i' arche sera finie, vous y entrerez vous et vos enfants'; vous y ferez entrer avec vous des animaux de toute espèce, afin d'en repeupler la terre; vous rassemblerez dans l'arche toutes les provisions nécessaires à votre vie et à celle des animaux .
Les mesures du Seigneur étaient justes, et quand, par les plus exactes supputations, on n'en aurait pas découvert, ainsi qu'on Ta fait, la proportion et la justesse, on pourrait bien s'en rapporter à Ihabileté du grand maître qui voulut être lui-même le conducteur et l'architecte de ce merveilleux édifice '.
Noé obéit au Seigneur, et il employa cent vingt ans à la construction de l'arche. Admirons ici la patience de Dieu. Il fait construire, tout exprès, l'arche sous les yeux des hommes coupables, afin que la vue de ce bâtiment soit un avertissement continuel du châtiment dont ils sont menacés. Noé ne cesse de les rappeler à la pénitence ; mais ils ferment les oreilles à ses salutaires avis, ils se rient des terreurs qu'il veut leur inspirer. Lorsque l'arche fut finie, le Seigneur différa encore de sept jours à exercer sa justice, et il donna aux pécheurs ce dernier délai pour se reconnaître : il ne pouvait pour ainsi dire se résoudre à frapper. Nous avons vu que la prophétie d'Hénoch avait précédé celle de Noé. Ainsi, Dieu fit durer près de mille ans les avertissements et les menaces ; tout fut inutile . Elle arriva enfin cette punition si long-temps annoncée, toujours méprisée et en effet aussi formidable qu'elle avait parue peu à craindre.
I Toyer, dans la Bible de Vence , la dissertalion sur l'arche. /. i. dOfi,
L'an du monde 1656, le Seigneur fit entrer dans l'arche, Noé, sa femme, ses trois fils et leurs épouses, avec des animaux de chaque espèce pour en conserver la race. Enfin, le Seigneur, voyant dans l'arche les huit personnes dont devait sortir un monde nouveau, et le nombre des animaux destinés à réparer les ruines de l'ancien, il ferma en dehors la porte de l'arche, en sorte que l'eau ne pouvait y pénétrer; et se voyant en liberté de punir les coupables sans perdre le juste, il abandonna le monde aux effets de son indignation.
Tout à coup la mer se déborde : tous les abîmes de la terre , tous les réservoirs du Ciel sont ouverts , une pluie plus effrayante par son abondance que par sa durée, tombe continuellement pendant quarante jours et quarante nuits. La surface du globe est inondée ; et les eaux surpassent de quinze coudées les plus hautes montagnes. Rien n'échappe : hommes, bêtes, oiseaux, tout périt. L'arche seule Hotte tranquillement sur les eaux qui l' élèvent, vers le Ciel à mesure qu'elles croissent, conservant dans son sein les prémices d'un monde nouveau.
La terre demeura couverte des eaux du déluge pendant cent quarante jours. Alors, Dieu fit souffler un vent qui les dessécha peu à peu. Pour prendre quelque connaissance de ce qui se passait, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche, et donna la liberté à un corbeau. L'animal carnassier ayant trouvé à vivre parmi tant de corps morts, ne revint pas; cette circonstance fit juger à Noé que les eaux étaient déjà considérablement dimi-
nuées. Sept jours après il laissa échapper une colombe, dans le même dessein qu'il avait eu en envoyant un corbeau ; mais cet oiseau n'ayant point trouvé de terrain sec où reposer le pied, revint à l'arche : il se présenta à Noé, qui lui tendit la main et le reprit. Noé attendit sept autres jours, et envoya la colombe une seconde fois. La colombe revint sur le soir, apportant à son bec *une branche d'olivier, dont les feuilles étaient vertes. A ce signal, Noé jugea que les eaux s'étaient tout à fait retirées. Mais il prit le parti d'avoir patience encore sept jours ; et il envoya la colombe pour la troisièipe fois. L'oiseau ne revint plus. Il attendit néanmoins, pour sortir, les ordres du Seigneur. Ces ordres lui furent donnés le 393^ jour après son entrée dans l'arche.
A peine Noé fut-il en liberté, que son premier mouvement le porta à un acte de reconnaissance. Il offrit un sacrifice au Seigneur , et le Seigneur lui promit de ne plus faire périr le monde par le déluge. Voici le signe de l'alliance que j'établis pour jamais entre vous et moi, lui dit-il : Lorsque j'aurai couvert le Ciel de nuages, mon arc paraîtra dans les nuées, et je me souviendrai, en le voyant, de la promesse que j'ai faite de ne jamais submerger le monde par une inondation générale. Ainsi toutes les fois que nous voyons l'arc-en-ciel, nous pouvons nous rassurer et croire que Dieu ne fera plus périr le genre humain par les eaux.
La mémoire du déluge s'est conservée chez toutes les nations, ainsi que celle des crimes qui l'ont attiré.
On trouve au sommet des plus hautes montagnes ainsi que dans les entrailles de la terre, même à une grande distance de la mer, une quantité prodigieuse de coquilles, de dents de poissons, de débris d'animaux marins, dont les espèces sont étrangères à nos contrées. Il est évident que ces corps viennent de la mer, et qu'ils ont été transportés dans ces pays éloignés par une inondation subite et par un mouvement violent des eaux sur toute la surface de la terre ' .
Noé est la troisième figure du Messie. — Noé signifie Consolateur. Jésus veut dire Sauveur. — Entre tous les hommes, Noé seul trouve grâce devant Dieu. Notre Seigneur seul a trouvé grâce devant Dieu son Père . — Noé est choisi pour repeupler la terre. Notre Seigneur est choisi pour peupler la terre de justes et le Ciel de saints. Noé reçoit l'ordre de construire une arche. Notre Seigneur reçoit ordre d' établir Y Eglise . — Pendant cent vingt années Noé travaille à la construction de l'arche, et ne cesse de prêcher la pénitence aux hommes, mais ils ne l' écoutent pas. — Notre Seigneur travaille pendant toute sa vie à construire l'Église, il prêche la pénitence par lui-même, par ses Apôtres et par leurs successeurs , mais les hommes ne l'écoutent pas. — Noé, en construisant son arche, se prépare un moyen d'échapper au naufrage universel. Notre Seigneur, en établissant son Eglise, a eu pour but de préparer aux hommes un moyen de salut contre le déluge de feu qui doit consumer éternellement les pécheurs.— Noé et ceux qui entrèrent dans l'arche furent
' Foyet Cuvier, Discours sur les révoluiions de la surface du globe.
sauvés. Hors de l'Église de Jésus-Christ , point de salut pour ceux qui , la connaissant , refusent d'y entrer ou qui en sortent pour embrasser une secte étrangère. — L'arche était remplie de créatures de toute espèce. L'Eglise renferme dans son sein des habitants de toutes les nations. — Plus les eaux: du déluge montaient , plus l'arche s'élevait vers le Ciel. Plus l'Eglise éprouve de tribulations, plus elle devient parfaite, plus elle s'élève à Dieu. — L'arche qui portait Noé et ses enfants était Tunique espérance du genre humain. L'Eglise qui possède Jésus-Christ et ses enfants , est l'unique espérance du genre humain. — Au sortir de l'arche, Noé offrit un sacrifice que le Seigneur reçut favorablement. Sur la Croix, Notre Seigneur offrit un sacrifice mille fois plus agréable à Dieu que celui de Noé. — Dieu fit alliance avec Noé. Dieu a fait, avec Notre Seigneur et par lui avec tous les hommes, une alliance qui sera éternelle. — Noé reçoit une pleine puissance sur la terre et sur tous les animaux. Notre Seigneur a reçu de Dieu son Père une pleine puissance au Ciel et sur la terre. — Par Noé, Dieu rétablit le monde qu'il avait détruit.
Dieu rétablit de même , par Notre Seigneur , le monde dans les biens que le péché lui avait ravis.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de la patience avec laquelle vous attendez les pécheurs. Je vous remercie de m' avoir attendu moi-même si long-
Ik CATÉCHISME
temps à pénitence. Je reviens à vous, recevez-moi dans votre miséricorde. Je vous remercie encore de m' avoir fait naître dans le sein de votre Eglise , hors laquelle il n'y a point de salut. Donnez-moi la grâce de suivre et de pratiquer jusqu'à la fin tout ce qu'elle m'enseigne. Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je renouvellerai chaque mois les promesses de mon baptême.