‹ Catéchisme des industrielsChapitre 3 sur 4 · EPOQUE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

EPOQUE DE TRANSITION

D. Passons à la considération de l'avenir , et dites-nous clairement quel sera , en définitif, le sort politique des industriels ?

R. Les industriels se constitueront première classe de la société; les industriels les plus importants se chargeront gratuitement de diriger 1 administration de la fortune publique : ce sont eux qui feront la loi , ce sont eux qui fixeront le rang que les autres classes occuperont entre elles ; ils accorderont à chacune d'elles une im-

portance proportionnée aux services que chacune d'elles rendra à l'industrie ; tel sera inévitablement le résultat final de la révolution actuelle ; et , quand ce résultat sera obtenu , la tranquillité sera complètement assurée, la prospérité publique marchera avec toute la rapidité possible, et la société jouira de tout le bonheur individuel et collectif auquel la nature humaine pourrait prétendre.

Voilà notre opinion sur l'avenir des industriels, et sur celui de la société ; voici les considérations sur lesquelles cette opinion est fondée:

i.° La récapitulation du passé de la société nous a prouvé que la classe industrielle avait continuellement acquis de l'importance, tandis que les autres en avaient toujours perdu ; et nous devons conclure de là que la classe industrielle doit finir par se constituer la plus importante dç toutes.

s.* Le simple bon sens a placé , dans tous les individus , le raisonnement suivant : les hommes ayant toujours travaillé à ^amélioration de leur sort , le but vers lequel ils ont toujours tendu a été celui de l'établissement d'un ordre social dans lequel la classe occupée des travaux les plus utiles soit la plus considérée, et c'est à ce but que la société finira nécessairement par atteindre.

• 3.* Le travail est la source de toutes les vertus; les travaux les plus utiles sont ceux qui doivent être les plus considères; ainsi la morale divine et la morale humaine appellent également la classe industrielle à jouer le premier rôle dans la société.

4-° La société se compose d'individus ; le développement de l'intelligence sociale ne peut être que celui de l'intelligence individuelle sur une plus grande échelle. Si l'on observe la marche que suit l'éducation des individus , on remarque , dans les écoles primaires , l'action de gouverner comme étant la plus forte; et, dans les écoles d'un rang plus élevé , on voit l'action de gouverner les enfans diminuer toujours d'intensité , tandis que l'enseignement joue un rôle de plus en plus important : il en a été de même pour l'éducation de la société; l'action militaire , c'est-à-dire , l'action féodale , a dû être la plus forte à son origine; elle a toujours dû décroître, tandis que l'action administrative a toujours dû acquérir de l'importance , et le pouvoir administratif doit nécessairement finir par dominer le pouvoir militaire.

Les militaires et les légistes doivent finir par être aux ordres des hommes les plus capables en administration ; car une société éclairée n'a besoin que d'être administrée; car, dans une

société éclairée, la force des lois et celle des militaires pour faire obéir à la loi, ne doivent être employées que contre ceux qui entreprendraient de troubler l'administration. Les conceptions directrices de la force sociale doivent être produites par les hommes les plus capables en administration. Or , les industriels les plus importants étant ceux qui ont fait preuve de la plus grande capacité en administration , puisque* c'est à leur capacité dans ce genre qu'ils doivent l'importance qu'ils ont acquise, ce sont eux qui, en définitif , seront nécessairement chargés de la direction des intérêts sociaux.

D. Nous trouvons votre démonstration suffisante , nous admettons votre opinion sur l'avenir politique des industriels j et nous allons entamer immédiatement l'examen de la grande question , de celle d l'égard de laquelle tout ce que nous avons dit précédemment n'a été que préliminaire, que préparatoire 9 de la question après laquelle nous n'aurons plus que des questions secondaires à traiter , de celle enfin qui intéresse le plus directement les industriels.

Dites-nous comment s'opérera le changement radical que vous nous avez prouvé devoir s'effectuer; dites-nous ce que les industriels doivent faire pour s'élever au premier

rang social; dites-nous comment se fera l'entreprise qui doit les conduire à ce résultat ; dites-nous comment cette entreprise ' sera conduite : dites-nous surtout quels seront ies hommes assez audacieux pour faire une pareille entreprise.

R. Notre réponse à la demande que vous venez de nous faire ; sera la plus claire et la plus positive ; nous sommes les mortels audacieux qui. faisons cette entreprise : nous entreprenons delever les industriels au premier degré de considération et de pouvoir.

Nous vous dirons plus : nous vous dirons que cette entreprise se trouve commencée par le Jatt de la production de ce premier cahier du Catéchisme des Industriels.

D. Votre réponse est Près - positive , sous ce rapport que c'est vous qui entreprenez d'opérer le changement qui doit placer les industriels en tête de la société; mais elle n'est positive que sous ce rapport : il nous reste maintenant à examiner si votre entreprise est bien conçue , si vous êtes capable de diriger une entreprise aussi vaste; il vous reste à nous faire connaître votre combinaison , la marche que vous complet suivre , et surtout quels sont les moyens pé-

cuniaires que vous possédez pour fournir aux dépenses de l'entreprise; car les industriels ne sont susceptibles d'éprouver aucun intérêt pour une entreprise dont la partie financière a été mal conçue, mal combinée.

Au surplus, nous vous avouerons que nous sommes fort satisfaits de voir que vous fassiez de cette entreprise une affaire qui vous soit personnelle : il est certain que les choses qui sont l'affaire de tout le monde finissent par n'être l'affaire de personne; il est certain que (intérêt personnel est le seul agent qui puisse diriger l'intérêt public. La difficulté est de trouver la combinaison qui fait coïncider l'intérêt personnel avec l'intérêt public. Nous ne croyons pas devoir nous étendre davantage au sujet du principe, puisque l'examen se trouve réduit à celui d'un fait particulier , du fait de votre entreprise. Nous vous prions donc de répondre aux questions que nous vous avons faites en tête de cette demande.

R. Nous commencerons par nous faire connaître car le public aime à savoir positivement quelles sont les personnes qui prennent la liberté d'appeler son attention sur leur pensée ; nous vous faisons en conséquence les déclarations suivantes, qui portent d'abord sur

notre conduite politique, et ensuite sur nos travaux.

i.° Nous n'avons joué que le rôle d'observateur pendant tout le cours de la révolution ; nous n'avons rempli aucune fonction publique, nous n'avons pas même été notable de village , et nous ne nous sommes liés à aucun des partis politiques qui ont divisé la France depuis 1789. En un mot j l'opinion que nous produisons est vierge,

a. p Ce n'est pas légèrement que nous avons fait cette entreprise ; nous avons employé quarante-cinq ans à la méditer et à la préparer.

En résultat de nos méditations et de nos travaux, nous avons reconnu que, pour passer du régime dans lequel les industriels sont soumis à la direction des militaires , des légistes et des rentiers , à l'ordre social qui doit placer la direction des intérêts généraux dans les mains des industriels , il y avait une condition indispensable à remplir , c'était de concevoir, d'une manière bien nette, le régime industriel, et de le faire concevoir aux industriels les plus importants, c'est-à-dire, nous avons reconnu qu'il fallait faire concevoir aux industriels les plus, importants, de quelle manière ils pouvaient et devaient employer toutes les capacités utiles, pour le service de l'industrie et pour

l'intérêt des producteurs ; nous avons reconnu enfin que l'entreprise dont la société avait besoin, et que nous nous sommes déterminés à faire , n'offrait qu'une seule difficulté , celle de concevoir, d'une manière claire, le système industriel; que la difficulté consistait à trouver le moyen de mettre en accord le système scientifique, le système d'éducation publique, le système religieux, le système des beaux-arts, et le système des lois avec le système des industriels ; qu'elle consistait à trouver le moyen de faire concourir les savans , les théologiens , les artistes , les légistes , les militaires*et les rentiers les plus capables , à rétablissement du système social le plus avantageux à la production, et le plus satisfaisant pour les producteurs.

Nous vous déclarons enfin que nous sommes venus à bout de vaincre cette difficulté ; nous vous déclarons que nous indiquerons aux industriels , dans ce Catéchisme , d'une manière claire et suffisamment développée , les moyens qu'ils doivent employer pour faire concourir toutes les capacités utiles à l'établissement de l'organisation sociale qui peut leur procurer le plus de satisfaction.

D. Nous ne convenons pas que la difficulté que vous prétendez avoir surmontée , soit la seule qui s'oppose au succès de votre entre-

prise ; mais nous avouons qu'elle nous paraît la plus grande de toutes , et nous vous prions de nous dire positivement où vous en êtes relativement à ce travail» Nous vous prions de nous dire si ce travail n'existe encore dans votre tête qu'en aperçu, ou s'il est sur le papier.

R. Nous joindrons au troisième cahier du Catéchisme, un volume sur le système scientifique et sur le système d'éducation.

Ce travail, dont nous avons jeté les bases, et dont nous avons confié l'exécution à notre élève Auguste Comte , exposera le système industriel à priori pendant que nous continuerons dans ce catéchisme sou exposition â postériorù

D. Nous admettons , pour le moment , que vous êtes parvenu à concevoir clairement la marche que les industriels doivent suivre pour s'élever au premier degré d'importance sociale ; mais nous vous dirons que , cette première difficulté vaincue , il s'en présente une seconde.

Comment ferezvous entendre aux industriels le plan que vous avez conçu?

R. On exprime facilement ce qu'on conçoit clairement : les premières pages de ce Caté-

chisme suffisent pour vous prouver que nous nous trouvons en mesure , en résultat de quarante-cinq ans de travaux, d'exposer nos idées d'une manière claire et facile à saisir.

D. Après que ces deux difficultés seront vaincues, il s'en présentera une troisième qui sera peut-être plus difficile à surmonter que les deux premières. Nous admettons que vous avez bien conçu , c est-à-dire, bien inventé le système industriel ; nous admettons que vous l'avez clairement exposé : nous admettons enfin qu'il est bien compris par les industriels: et, tout cela admis, nous vous demandons quel moyen les industriels pourront employer pour l'établir.

R. Il a fallu une immense quantité de pierres et beaucoup de temps pour construire le dôme de Saint-Pierre de Rome ; mais , après l'exécution d'un grand nombre de travaux , il est enfin arrivé un moment où la pose d'une seule pierre a fermé la coupole et terminé l'édifice.

Depuis le quinzième siècle, le système féodal s'est successivement désorganisé ; le système industriel s'est successivement organisé. Une conduite convenable de la part des principaux chefs de l'industrie, bien unis entre eux, suffira pour établir le système industriel , et pour faire

abandonner par la société les ruines de ledificeféodal que nos ancêtres ont habité.

D. Précisez davantage votre idée , et donnez-iui plus de développement.

R. Le moment n'est pas convenable pour discuter cette question ; nous ne devons développer nos idées relativement aux moyens d'exécution qu'après avoir terminé l'exposition de notre système , qu'après avoir réfuté les objections qui nous seront faites. Cependant pour satisfaire , par anticipation , par aperçu , et autant qu'il est possible actuellement, le désir que vous nous témoignez , nous vous dirons :

les intérêts politiques de l'Europe se discutent dans la France , et les intérêts sociaux des Français se discutent à Paris. Or, la classe industrielle se trouvant dans la population parisienne , plus nombreuse et plus importante que toutes les autres classes réunies , les industriels parisiens peuvent s'organiser en parti politique; une fois les industriels parisiens organisés, l'organisation de tous les Français , et ensuite de tous les Européens industriels occidentaux , deviendra facile , et il résultera nécessairement de l'organisation des Européens industriels , en parti politique , l'établissement du système industrie] en Europe , et l'anéantissement du système féodal.

D. Mais le gouvernement s'opposera A (a formation de ia classe induslrieUe pari" sienne en parti politique.

R. Vous vous trompez , et Votre erreur provient de ce que vous confondez toujours le parti libéral avec le parti industriel.

Le parti libéral a toujours eu et aura toujours pour directeurs les classes intermédiaires. Or, ces classes ayant été engendrées par la classe féodale , tiennent de la nature de la féodalité ; ainsi elles doivent nécessairement tendre à réorganiser la féodalité à leur profit. La véritable; devise des chefs de ce parti est , ôte-toi de là , que je m'y mette î leur but apparent est la suppression des abus ; leur but réel est de les exploiter pour leur propre avantage. Ainsi le gouvernement a dû et il doit employer toutes ses forces pour empêcher l'accroissement d'importance du parti libéral.

Le gouvernement , aii contraire , ne devra point, ne voudra point, ne pourrait point empêcher la formation du parti industriel, parce que ce parti est essentiellement pacifique , essentiellement moral ; parce qu'il ne tend à exercer d'action que par la force de l'opinion publique, et que le gouvernement ne peut point empêcher la formation de l'opinion publique.

Kn un mot, la classe industrielle forme les IrCahier. 4

vingt-quatre vingt -cinquièmes de la nation ; ainsi , quand les industriels auront une opinion politique qui leur sera propre , cette opinion sera l'opinion publique , et l'opinion publique est , comme dit le proverbe , la reine du monde. Aucune force ne peut lui résister : si la tranquillité n'est pas encore complètement assurée , c'est que l'opinion publique ne s'est pas encore prononcée.

D. Vous devriez présenter votre travail au Roi. — Pour que ce grand changement social s'opère d'une manière pacifique , ii faudrait qu'il fût provoqué et dirigé par la royauté.

Que pensez-vous de cette idée ?

R. Certainement nous adressons ce travail a ]VI. le président du conseil des ministres , en le priant de le mettre sous les yeux de S. M.; mais il ne faut pas vous figurer que le roi puisse travailler immédiatement à opérer ce changement. Pour que ce changement soit praticable , il faut qu'il ait été préparé par les écrivains. Le pouvoir royal est beaucoup plus limité qu'on ne le croit en général ; il est limité par le grand ordre <le choses. Un souverain qui veut améliorer l'organisation sociale de ses peuples plus que l'état de leurs lumières et de leur civilisation ne le -comporte , échoue nécessairement dans son

entreprise. Nous avons eu de celte importante vérité un exemple contemporain dans les mal* heurs , arrivés en Autriche à Joseph Iï , qui avait entrepris de vendre les biens du clergé , et de diminuer les privilèges des nobles.

11 faut que la doctrine industrielle ait été propagée ; il faut que les industriels les plus im*portants aient acquis une idée bien claire de la manière dont ils doivent employer les savans , les artistes , les légistes , les militaires et les rentiers, pour la plus grande prospérité de l'industrie, avant que le Roi puisse employer utilement son autorité pour placer les industriels au premier rang social.

Examinez 1 état présent de la conscience des industriels, et vous reconnaîtrez qu'ils n'éprouvent point le sentiment de la supériorité de leur classe : presque tous désirent en sortir pour passer dans la classe des nobles. Les uns sollicitent un brevet de baron ; d'autres , en plus grand nombre , s'empressent d'offrir aux descendans des Francs la fortune qu'ils ont acquise dans l'industrie , à condition qu'ils voudront bien prendre leur fille. Loin de se soutenir les uns les autres , ils se jalousent et cherchent réciproquement à se nuire auprès de"s autorités. Les banquiers de tous les pays s'empressent de vendre à tous les gouvernemens le crédit de l'industrie , sans être arrêtés dans

leurs opérations financières par l'idée qu'ils s'associent aux débris de la fèodaiilè , et qu'ils prolongent l'état de subalternité dans lequel la classe industrielle s'est trouvée jusqu'à ce jour à l'égard des autres classes (i).

D. Vous conviendrez au moins qu'il vous faudra beaucoup de temps pounr réussir dans cette entreprise, c'est-à-dire* pour faire l'éducation des industriels , et pour leur apprendre d se conduire conformément à leur intérêt ?

R. Il faudra beaucoup moins de temps que

(i). Qu'on parcoure les salon* de la Chaussée-d'Antiu , on verra qu'ils sont peuplés de faiseurs de phrase* et de rentiers insignifians. Chez Ici banquiers libéraux* on trouvera grand nombre de fonctionnaires publics destitués, qui travaillent à ressaisir le pouvoir et à remettre la main dans le trésor publie. Chea ceux qui escomptent volontiers l'avenir politique des nobles, ce sont les fonctionnaires publics qui sont présentement en possession de l'exploitation dès abus ; mais chez les uns ainsi que chez les autres « on ne trouvera qu'un très-petit nombre de membres du corps de l'industrie , et on remarquera qu'ils sont presque toujours places au bas de la table.

Le jour où les banquiers feront de leur maison un Heu de réunion agréable pour tes industriels de la rue Saint-Denis» de la rue de la Verrerie, de la rue des Bourdonnais , etc., ainsi que pour les manufacturiers établis dans les faubourgs, les industriels commenet-ront a former un parti politique; ils commenceront à exercer une véritable influence sur l'administration des affaires publiques. L'Europe est dans la France , et la France dans Paris. En moins d'un an les banquiers de Paris peuvent jouer le rôle politique le plus important en Europe, s'ils savent s'entendre, et employer convenablement leurs moyens , qu'Us ont , jusqu'à ce jour , gaspillés d'une manière pitoyable , nous pourrions môme dire qu'ils ont employés d'une manière directement contraire aux intérêts politiques de la classe industrielle.

Ce sont toujours les chefs du parti qui ont tort quand les affaires du rarti ne vont pasbien.

vous ne l'imaginez : on apprend très-vite ce qu'on a grand intérêt , un intérêt positif à savoir. L'éducation politique des industriels demandera beaucoup moins de temps que vous ne le pensez ; elle s'effectuera d'autant plus vite que la publication du système industriel déterminera les hommes les plus capables dans toutes les directions utiles a y travailler; il est si doux de nager dans la direction du courant ; il est si extravagant de vouloir rétrograder en civilisation , qu'une fois l'idée bien établie que le système industriel doit prédominer, tous les hommes capables dans tous les genres cesseront de travailler à prolonger l'existence politique des débris île la féodalité.

Les hommes les plus capables dans la direction scientifique , théologique , des beaux-arts , dans celle des légistes, des militaires et des rentiers , ne tarderont pas à s'associer à notre entreprise ; et , quand une minorité capable dans ces différents genres travaillera à la formation du système industriel, sous la direction administrative des industriels les plus importants, ce système s'organisera promptement, et il sera promptement mis à exécution.

D. Passons à l'examen de la partie financière de votre entreprise , et dites-nous comment vous vous procurerez les fonds dont

vous aurez besoin pour V exécution dun si grand projet.

R. L'exposé de notre conception financière se-» rait prématuré dans ce moment; nous devons attendre ,.pour le présenter, que notre Catéchisme ait fixé l'attention des industriels les plus importants : nous nous bornerons aujourd'hui à vous dire qu'en résultat de cette combinaison , on verra escompter à la bourse l'avenir politique des industriels , de même qu'on y escompte à présent l'avenir féodal de l'Autriche , ainsi que l'avenir constitutionnel de l'Angleterre et de la France.

D. Il vous reste à nous parier de la conduite politique qui doit être tenue par ia masse des industriels pendant ie temps que demande l'exécution de la grande entreprise que vous faites.

R. Les industriels qui recevrontee Catéchisme doivent le lire avec la plus grande attention ; ils doivent le communiquer aux industriels de leurs amis ; ils doivent en causer avec eux, discuter les idées et surtout les faits qui y sont exposés , et s'approprier , le plus possible , la doctrine qui y est professée^

D. Rn admettant ce que vous venez de dire-,

il en résulterait que les industriels deviendraient totalement passifs en politique, pour tout le temps qu'exigera la publication devotre doctrine, ce qui est monstrueux et absurde ; il est donc indispensable que vous nous disiez quel est celui des partis politiques existans que les industriels doivent soutenir , en aU tendant que la publication de votre doctrine leur ait procuré les moyens de se former en parti politique industriel , purement industriel, et bien distinct de tous les partis qui ont existé jusqu'à ce jour.

En nous résumant , nous vous demandons quel est celui des partis, politiques existans auquel les industriels doivent accorder leur appui.

R. C'est au centre gauche et au centre droit, considérés comme ne formant qu'un seul parti, .que les industriels doivent accorder leur appui, par la raison que les actes de violence , que les coups d'état sont les événemens les plus à redouter pour les producteurs qui ne peuvent atteindre à leur but que par des moyens loyaux , légaux et pacifiques. Or , les membres du centre gauche et ceux du centre droit se montrent les plus pacifiques de tous les députés. Les députés les plus ambitieux, ceux qui répuguent le moins à l'emploi des moyens violents et des coups d'état*

occupent l'extrême gauche et l'extrême droite.

D. Maintenant résumez-nous en peu de mots toutes les questions que nous avons diseu té es depuis 4e commencement de cet en? tretien.

R. Voici |a récapitulation, ou , si vous l'aimez mieux , le résumé général de notre entretien. Co Résumé sera suivi d'une conclusioq; ainsi nous vous donnerons plus que vous ne nous demandez. .

Il est évident que le régime industriel est celui qui peut procurer aux hommes la plus grande somme de liberté générale et individuelle , eu fissurant à la société la plus grande tranquillité, dont eHe puisse jouir.

11 est également évident que ce régime investira Ja morale du plus grand empire qu'elle puisse exercer sur les hommes , tout en procurant à la société en général et à ses membres en particulier le plus grand nombre possible de jouissances positives.

• 11 est évident aussi que la société ne peut pas êjre conduite du régjqie féodal au régime industriel par la routine , ces deux régimes étant radicalement distincts et même opposés. Le premier a tendu a établir entre les hommes la plus grande inégalité possible, en les séparant eu deux classes , celle des gouvernés et celle des gouvernaus; eu rendant le droit de gouverner

héréditaire , et en transmettant des pères aux enfans l'obligation d'obéir (i).

Le système industriel est fondé sur le principe de l-égalité parfaite; il s'oppose à rétablissement de tout droit de naissance et de toute espèce de privilège (2).

Il e9t évideut que le régime industriel , ne pouvant être introduit ni par le hasard , ni par la routine, il a dû être conçu à pinori, et que par conséquent il a dû être inventé dans sou ensemble, avant de pouvoir être mis à exécution.

11 est évident enfin , par le fait de la production de ce Catéchisme , que l'esprit humain s'est élevé à la conception de l'ensemble du régime industriel.

De ces évidences, nous tirons la conclusion que la morale divine et humaine appelle les hommes les plus distingués dans tous les genres de capacité à réunir leurs efforts pour opérer l'organisation du système industriel dans ses détails , et pour déterminer la société générale à le mettre à exécution ; nous tirons la conclusion que la classe industrielle étant celle qui produit

(1) Ce premier sjstèmc a rendu de grand» services dans les temps

d'ignorance.

(a) Ce régime est le seul qui puisac convenu à l'état présent des lumières et de la civilisation.

toutes les richesses, et, en même temps, celle qui se trouve la plus intéressée à rétablissement du régime industriel , ce sont les industriels qui doivent payer volontairement toutes les dépenses que pourra exiger la transition du système féodal , modifié par le régime constitutionnel, au système industriel pur.

D. Ce que vous venez de nous dire est fort intéressant et très-séduisant. La série d'observations que vous nous avez présentée est trèsclaire et fort bien établie ; la conséquence que vous en avez tirée s'en déduit bien naturellement: en un mot, nous sommes violemment tentés d'adopter votre système, et nous l'adopterons certainement si vous vous trouvez en état de réfuter les quatre objections que nous allons vous faire.

Voici la première de ces objections, ou plutôt voicile premier point que nous vous prions d' éclair cir :

Le changement que vous proposez dans l'organisation sociale, peut-il s'effectuer sans nuire d l'institution de la royauté?

R. L'institution de la royauté a un caractère de généralité qui la distingue et qui la met audessus de toutes les autres institutions. Son existence n'est point liée au système politique actuel, à un système politique quelconque. Colle

Di

institution conviendra également à tous les systèmes d'organisation sociale, dont les progrès de la civilisation pourront nécessiter l'établissement.

Que le Roi de France déclare ou plutôt reconnaisse que les industriels forment la première classe de ses sujets, qu'il charge les industriels les plus importants de la direction de ses finances , il ne sera ni plus ni moins roi de la France et des Français qu'il ne l'est aujourd'hui , la royauté étant indépendante de la classification . des sujets. L'immense majorité de la nation se trouvant plus heureuse par l'effet de la diminution des impôts et leur meilleur emploi , ce qui résulterait directement du faitqueles industriels les plus importants seraient chargés de l'administration de la fortune publique, seront nécessairement beaucoup plus attachés au Roi.

Ainsi le changement que nous proposons n'est point hostile à l'égard de la royauté, de la légitimité et même du droit divin; il tend au contraire directement à donner au Roi plus de tranquillité, et à lui procurer par conséquent plus de bonheur positif.

Il est de la nature des choses que le Roi prenne le titre de premier Français de la première classe des Français ; ainsi Sa Majesté a dû se dire premier gentilhomme , premier soldat de Son royaume , tant que la tendance de la nation

(Co)

a été principalement utilitaire; et aujourd'hui que la nation s'active principalement dans la direction industrielle, aujourd'hui que c'est essentiellement par des travaux pacifiques qu'elle s'efforce d'accroître sa prospérité, le seul titre qui puisse convenir au Roi est celui de premier industriel de son royaume.

Nous ajouterons à ce que nous venons de dire une observation très-importante : c'est que la royauté, qui est l'organe de l'opinion publique, que la royauté, dont la fonction sociale la plus honorable consiste à p roc la mer l'état de Top inion de la majorité , n'a pas encore pu proclamer que la classe industrielle est la première classe de la nation, puisque les industriels n'ont point ma- .infesté jusqu'à présent le sentiment do leur supériorité, puisqu'ils n'ont point émis l'opiuion que les plus importants d'entre eux sont les Français les plus capables de bien diriger l'administration des finances. Le Roi, en prenant l'initiative à cet égard, se serait exposé à voir toutes les factions qui se disputent aujourd'hui l'administration des finances pour exploiter la nation à leur profit, se réunir contre lui, sans qu'il ait eu aucune force à leur opposer , aucun moyen de leur résister.

D'après l'explication que nous venons de vous donner, nous espérons <jue vous resterez enliè-

rement convaincus que notre système n est point offensif à 1 égard de la royauté, et qu'il n'est pas même improbatif de la conduite tenue par le Roi jusqu'à ce jour.

La vérité est que le sort des industriels a été constamment dans leurs mains depuis l'établissement du système de crédit, qu'il y est encore aujourd'hui, et que le jour où la classe des industriels manifestera le désir que la direction de la fortune publique soit confiée aux plus importants d'entre eux, la royauté, comme organe de l'opinion publique, s empressera de proclamer que tel est le désir de la majorité, et que la minorité doit s'y soumettre.

D. Voici noire seconde objection :

Avant que le Roi eût octroyé la charte à (a nation, Uiui était loisible de confier la direction de la fortune publique à des industriels, de préférence à des individus pris dans les autres classes de la société; mais aujourd'hui que la charte a réglé la manière dont l'impôt doit être volé, il faudrait que le roi révoquât les principales dispositions de la charte, pour quil pût charger les industriels, du soin de faire le budget. Qu'avez-vous à répondre ?

R. Le Roi a accorde aux chambres le droit de discuter la loi des finances et de voter l'cm-

prunt ; niais il s'est réservé l'initiative pour la présentation de la loi des finances. Sa Majesté peut faire faire le projet du budget par qui elle veut; en un mot, le Roi est le maître de confier aux industriels les plus importants la haute direction de la fortune publique , maintenant même qu'il a octroyé la charte , puisqu'il peut légalement , c'est-à-dire , sans contrevenir à aucun article de cette charte , établir, par une simple ordonnance , les mesures suivantes :

Le Roi peut créer une commission suprême des finances, et composer cette commission des industriels les plus importants. Il peut superposer cette commission à son conseil des ministres. 11 peut réunir cette commission tous les ans, la charger de faire le projet de budget, et la charger également du soin d'examiner si les ministres ont employé convenablement les crédits qui leur auront été accordés par le budget précédent , et s'ils ne les ont point dépassés.

Ce faisant , Sa Majesté se trouverait avoir investi la classe industrielle de la haute direction de la fortune publique; elle se trouverait avoir opéré la grande réforme, le changement radical que les progrès de la civilisation ont nécessité dans l'organisation sociale , puisque le système féodal se trouverait complètement anéanti , et le système industriel complètement établi ;puisr

que les industriels seraient placés en premiers ligne pour la considération et pour le pouvoir, tandis que les nobles, les militaires, les légistes, les rentiers et les fonctionnaires publics ne jouiraient plus que d'une considération secondaire , et qu'ils n'exploiteraient plus que des pouvoirs subalternes.

D. Il est certain que le Roi peut charger les industriels les plus importants du soin de faire le projet de budget; mais les conséquences que vous prétendez devoir résulter d'une pareille mesure ne nous paraissent point en être une suite nécessaire.

Songez donc que la chambre des députés se compose, pour la très-majeure partie , de nobles 9 de militaires , de légistes, de rentiers et de fonctionnaires publics, en un mot, d'hommes intéressés à faire payer le plus possible d l'industrie , parce qu'une trèsgrande partie des sommes payées par les industriels entre dans leurs poches à titre d'appointemens , de gratifications , d'indemnités s etc.

Songez que la chambre des pairs se compose en grande partie des pensionnaires du trésor public, et que les pairs sont par conséquent intéressés à l'accroissement des recettes; cet accroissement leur offrant la pers-

pectivc d'une augmentation dans les traitemens qu'il* reçoivent , et qui leur paraissent trop mesquins.

Songez enfin qu'il y aurait presque un animité dans ies chambres contre un projet de budget fait par des industriels , puisque ce projet tendrait directement a établir dans l'administration de la fortune publique Vordre , l'économie et le bon emploi de l'impôt payé par la nation; impôt qui se trouve payé , pour la majeure partie, par la classe industrielle. Il nous parait certain que les * vues bienfaisantes et paternelles du roi pour la nation seraient contrariées et même annulées parles chambres. Quavcz-vous a répondre ? Dites - nous si vous concevez un moyen de faire adopter par les chambres un projet de budget fait par les industriels, sans avoir recours A quelque coup d'état , c' esta-dire 9 sans violer la charte.

R. Les nobles , les militaires, les légistes et les rentiers n'entreprendront point de lutter contre le Roi uni aux industriels; car le Roi uni aux industriels est une force cent fois et peut-être mille fois plus considérable que celle de toutes les autres classes de la société réunies, et les membres de la chambre n'ont d'autre force positive que celle qu'il résulte pour eux de l'appui qu'ils trou-

vent dans les différentes classes qui composent la société. Le projet de budget fait par les industriels les plus importants , sera admis sans difficulté par les chambres, et le changement radical dans l'organisation sociale se trouvera effectué sans qu'il ait été commis aucune infraction à la charte octroyée par le Roi à la Nation. Au surplus , vous pouvez être tranquilles relativement à la manière dont les fonctionnaires publics actuels, dont les nobles et dont les bourgeoisie toutes les classes seront traités par les industriels chargés de faire le projet de budget. Les industriels répugnent à tout changement brusque; il est dans leur nature et dans leurs habitudespolitiques de n'opérer les réformes que successivement , que très-lentement; mais ils sont persévérants, etune fois qu'ils auront commencé l'exécution du plan de réforme qu'ils concevront, ils y travailleront sans relâche, jusqu'au moment où ils seront parvenus à établir l'administration de la fortune publique sur le pied le plus économique possible.

En résumant nos réponses à vos deux premières objections , nous disons que nos idées ne sont hostiles ni à l'égard de la charte , ni à l'égard de la royauté , ni à l'égard de la légitimité» ni à l'égard du droit divin.

D. Nous vous proposons de borner ici notre l n . Cah. 5

premier entretien. Plusieurs motifs nous engagent à vous faire cette proposition; d'abord nôus vous ferons observer que les industriels ontpeu de temps à donner à la lecture, attendu qu'ils sont fort occupés de leurs affaires personnelles ; ensuite nous vous dirons qu'ils sont encore peu habitués à eooaminer des idées générales. Ces deux motifs nous engagent à rendre nos dialogues les plus courts possible : il ces deux motifs s'en joint un troisième .

c'est que les deux objections qu%l nous reste à vous faire, sont d'une autre nature que les deux premières. Nous avons considéré jusqu'à ce moment la France, dans notre discussion, comme isolée, tandis que ses voisins exercent sur elle une grande influence. Nous aurions donc à examiner , par exemple, ses rapports avec l'Angleterre , et ceux qu'elle a avec la sainte alliance , ce qui devient une question différente à ttaiter.

Que pensez-vous de notre proposition!

JR. Elle nous paraît très -bien motivée, et nous l'acceptons. Nous bornerons donc ici notre pregiier entretien ; ce qui nous convient également sous cet autre rapport , que , si ce commencement de travail n'intéressait pas les industriels , il serait inutile de le continuer.

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