‹ Catéchisme du bon républicainChapitre 6 sur 9 · INSTRUCTION OBLIGATOIRE:, GRATUITE ET LAÏQUE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION OBLIGATOIRE:, GRATUITE ET LAÏQUE

Qu'est-ce que Vinstruction ?

C'est le droit naturel de tout homme, d'apprendre, de connaître et de savoir, afin d'aider à l'entier et libre développement de son intelligence.

V instruction est donc nécessaire à C homme?

Oui, elle est nécessaire à la liberté et à l'égalité des hommes. A la liberté, parce que rignorarit sera toujours l'esclave de celui qui sait ; à l'égalité, parce qu'il est indispensable qu'il y ait entre tous les hommes ce lien intime de l'instruction sans lequel ils ne pourraient se comprendre.

^instruction doit-elle être un privilège ?

Non ; les droits de l'homme s'y opposent.

La faculté de s'instruire ne doit pas plus être un privilège que le droit de respirer.

Qui doit donner l'instruction ?

L'instruction à recevoir étant le premier besoin du peuple, l'instruction à donner est le premier devoir du gouvernement.

Que doit être Vinstruction donnée par le gouvernement ?

Elle doit être obligatoire, gratuite et laïque.

Qu* entendez-vous par Vinstruction obligatoire ? .

J'entends l'obligation imposée par l'État aux pères de famille, aux tuteurs, aux chefs d'ateliers ou de fabriques d'instruire leurs enfants ou ceux confiés à leurs soins.

Cette obligation n'est^elle pas une atteinte portée à la liberté ?

Non, car on n'est pas libre de faire le mal volontairement, et la liberté de V ignorance serait le plus grand de tous les maux. L'obligation est une simple précaution du législateur qui veut empêcher les pères de famille de faire de leurs fils des ignorants : elle n'est donc pas autre chose qu'un soutien accordé à l'enfant et au futur citoyen, et non une loi portant atteinte à la liberté des pères de famille.

Mais si le père de famille ne veut pas envoyer son enfant à l école, s'il veut l'instruire, chez luiy par exemple ?

Il en est parfaitement libre : l'enfant sera instruit à l'école, dans la maison paternelle ou ailleurs, peu importe, mais il faut qu'il soit instruit, voilà l'important. Il faut avoir un tel respect de la liberté qu'on ne doit pas dire : Yécole obligatoire, mais bien seulement Vinstruction obligatoire.

Mais comment pourra-t-on connaître si Ven-

fant a reçu le degré d'instruction imposé par l'État 2

Cela pourra se contrôler facilement : par la notoriété publique ; par rinspectioa annuelle des enfants dans chaque commune; par la surveillance des maires; par la solidarité des autres pères de familles ; par un examen ; par la délivrance d'un brevet; par la déclaration enfin des parents ou tuteurs de Tenfant, déclaration punie de l'amende et de la prison, si elle était reconnue fausse.

Vous édictez donc des pénalités contre la non- observance de l'instruction obligatoire ?

Toute infraction à une loi doit être punie, bien plus, tout individu ne sachant ni lire, ni écrire, devra être privé de ses droits d'électeur.

L'instruction est-elle obligatoire dans d'au-très pays ?

L'instruction est depuis longtemps obligatoire aux États-Unis, en Suisse et en Allemagne, et nous savons malheureusement, à nos dépens, quels heureux résultats elle a produits dans ces pays.

Qu' entendez-vous par la gratuité^ ou l'instruction gratuite ?

J'entends Tinstruction donnée à tous les enfants, sans rétribution aucune.

Ce principe de la gratuité absolue est-il nouveau ?

Non, un décret de la Convention du ^^

décembre 1793, dit : « que les instituteurs ou institutrices ne pourront, sous aucun prétexte, prendre aucun de leurs élèves en pension, donner aucune leçon particulière, ni recevoir des citoyens aucune espèce de rétribution sans être destitués» »

Depuis le décret de la Convention y cette loi a-t-elle subi des modifications ?

Oui, les monarchies ont adopté le principe de la gratuité, mais seulement pour tous ceux qui ne peuvent payer llnstr action.

Ce système est-il bon ?

Ce système est mauvais : parce qu'il est contraire à Tégalité des citoyens; parce qu'il froisse le sentiment de dignité de beaucoup de personnes pauvres; parce qu'enfin il est une charité et non un droit.

Le système de la gratuité absolue est donc préférable à la gratuité restreinte ?

Certainement, parce que la gratuité absolue déracine les antipathies, efface tous les préjugés sociaux, parce que Tenfant riche n'y voit plus un privilège, parce que l'enfant pauvre n'y voit plus une honte, parce qu'enfin le système de gratuité pour tous unit sous la même loi égalitaire l'enfant du noble et celui de l'ouvrier, l'enfant dn bourgeois et celui du paysan.

Quels résultats moraux doit produire le sysièràe de la gratuité absolue ?

L'émulation, une émulation exempte de haines et d'envie, car les enfants sentant qu'ils sont tous égaux sur les bancs de Técole,ne penseront à aucune autre domination qu'à celle du travail et de rintelligence.

Le système de Vinstrvction gratuite est-il appliqué en France ?

Oui, depuis longtemps.

Par qui ?

Par les maisons religieuses et principalement par les frères de la doctrine chrétienne.

Donne-t-il de bons résidtats ?

D'excellents ; les écoles des frères sont remplies d'enfants.

Pourquoi donc lesévéques^ les prêtres et les amis de la religion s'élèvent-ils si vivement contre la gratuité absolue^ alors qu'ils adoptent ce système dans leurs écoles ?

Parce qu'ils veulent en conserver le monopole au profit de la propagande religieuse et de leur influence sur la famille.

L'instruction doit donc être séparée du dogme religieux ?

Oui, l'instruction doit être laïque.

Qu'entendez'vous par la laïcité ou instruction laïque ?

J'entends l'instruction proprement dite, privée de l'enseignement religieux.

VouleZ'VOiis dire que les enfants ne pour^ raient être instruits de la religion?

Non ; mais l'instructiDU religieuse devra

être donnée à part, et à ceux-là seuls qui la réclameront; en d'autres termes, TÉtat s'occupera de l'instruction dont Thomme a besoin comme citoyen , l'Église s'occupera de l'instruction dont l'homme a besoin comme croyant.

Qui doit donc apprendre à lire et à écrire à P enfant?

L'instituteur laïque dans la maison d'école, et lui seul.

Qui doit enseigner le catéchisme ou expliquer r Évangile?

Le curé dans son église, le ministre dans son temple, le rabbin dans sa synagogue.

Mais alorSj est-ce que l'État ne devrait pas rendre également Vinstructitm religieuse ohli-gatoire?

Non ; car cela serait incompatible avec la liberté des cultes; dans les pays, en effet, où les cultes ont droit à une protection égale, il faut séparer avec soin ce qui appartient au pouvoir laïque et à l'Église, car on porterait atteinte aux droits de l'État en l'obligeant à faire enseigner ce que croient les diverses religions, et en même temps on empiéterait sur le domaine réservé des églises.

Mais si VÉtat ne doit pas s'occuper de Vinr struction religieuse , il n'a donc pas à rétribuer ceux qui renseignent ni à soutenir les établissements congréganistes dans lesquels cette instruc* tion est enseignée ?

Non. L'État ne doit rétribuer que les instituteurs laïques.

Donc, toute subvention doit être retirée aux écoles congréganistes?

Logiquement oui, toute subvention doit leur être retirée.

Cela pewt-il se faire immédiatement?

Oui, dans les communes qui n'ont aucun traité avec les écoles congréganistes. Mon, dans celles où les intérêts des maisons religieuses ou d'éducation catholique, protestante ou juive, pourraient être lésés; seule* ment, l'instruction laïque doit être admise dès aujourd'hui en principe , elle est la conséquence de la séparation de r%lise et de TÉtat , et elle est applicable aux écoles des deux sexes.

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