DE LA FOI
Q. — Religions, philosophies, systèmes physiologiques, nous avons tout ramené à une formule panthéistique, veuillez maintenant nous faire, avec preuves à l'appui, votre profession de loi, déterminez enfin votre système de la Nature, votre Dieu.
R. — Voici :
Première position. ■ — ■ La sphère terrestre est éternelle. Elle se moditie et se transforme tous les Jours. Elle doit sa structure à des perturbations locales. Sous nos yeux, les coraux élèvent des îles au sein de l'Océan. La mer se retire dans certains endroits et envahit dans d'autres. Les cours d'eau changent de lit. Les glaciers voyagent et usent les montagnes. Les tremblements de terre bouleversent la surface du sol. De simples accidents causés par rinliuencc d'un gaz, ou par l'éruption des volcans, comme Ta démontré Davy, ou le passage rapproché d'un astre errant, peuvent changer, comme ils l'ont déjà changée, la géographie de la Terre.
— Déduction : La Terre a subi, subit, et subira des transformations, mais elle a toujours été, elle est, et toujours sera (i).
Deuxième position. — i" Selon la géologie, lorsque les êtres vivants apparaissent, la couche terrestre a, au moins, lo.ooo mètres d'épaisseur. L'époque qu'il faut assigner à cette apparition remonte à des millions d'années (2), à une époque si reculée qu'il faudrait une quantité infinie, comme une unité suivie d'un grand nombre, de zéros (3), pour en donner une idée qu'on ne pourrait alors se faire plus exactement que celle de l'éternité avec laquelle elle menacerait de se confondre. 2" Les récentes découvertes de la science au cap Horn ont montré des terrains ^i'alluvion de l'ormation récente exactement pareils et contenant les mêmes animaux que
'ij « La matière change et se renouvelle sans cesse: la forme et la forer restent. » Flourcns, Thiorie expèrimeniale. de la formation des os.
{2) Imbus (les croyances bibliques, on s'est moqué bien longtemps de ceux qui assignaient à la Terre plus de cinq mille ans d'existence ; longtemps on prit Cicéron à la lettre lorsqu'il s'écrie, de la divination : coiitemnamiis ctiavi Babylonios, et eos, gui è Cancaso Cte/i sig^na servantes, ninneris et motibns stellariim cursus persequuntur co?idemnemus, inquani, lios ant stultitia, aiit vanitatis, ant imprudent i(r, qui CCCCLXX ntiltia annoruni, nt ipsi dicunt... Méprisons aussi les babyloniens et ceux qui, du haut d;; mont Caucase, étudient les signes célestes et la marche des constellitions : taxons de vanité, de folie et do témérité ces peuples qui conservent, comme ils l'assurent, des annales remontant .à quatre cent soixante dix mille ans...
Pline dit qu'il croit que les lettres assyriennes ont toujours existé : Littéral semper arbitror as.iyiias fuisse.
Aujourd'hui nous sommes bien prés de trouver que ceux-ci sont des satro'qui furent traités de fous, et fous ceux que l'on crut sages.
(3) Supposons ceci i,ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooci. nous ne comprenons plus ce que peut être cotte quantité et nous ne possédou;; plus de terme pour la désigner.
les terrains de formation ancienne dits secondaires. 3° Agassiz (i) a retrouvé dans le voisinage de la Barbade des exemplaires vivants des pleure tomaria, genre de mollusques qui abondaient dans les mers d'Europe à l'époque oolithique (2) et qu'on croyait disparu depuis cette époque. 4° Les profondeurs de la mer nous donnent des exemplaires vivants d'animaux que les plus anciennes formations sédimentaires nous montrent à l'état fossile. 5° La science n'explique pas suffisamment la succession et la transformation des organismes. — Déduction: Absolument comme la Terre est éternelle, les êtres qu'elle renferme sont éternels, bien qu'ils aient subi, subissent ou doivent subir des transformations, animaux ou plantes, et ils ne disparaissent qu'absorbés par une autre espèce, sans que jamais une molécule de quoi que ce soit se perde et ne soit sans servir à alimenter une vie nouvelle.
Troisième position. — En théisme, on admet Dieu éternel, c'est-à-dire un être indépendant, qui n'a jamais eu de commencement et n'aura jamais de fin. Ce Dieu est invisible, impalpable, inconnu, irrationnel. Les sphères, au contraire, nous sont connues, nous les comptons, nous touchons presque à l'infini
•i) Agassiz, naturaliste suisio contemporain. 11 a public tic nombreux travaux de paléontologie, partie des sciences naturelles qui s'occupe des débris d'animaux et de végétaux qu'on retrouve dans les anciennes couches du globe.
(2) Œuf-pierre, oolithc, terrains oolithiques, terrains qui sont composés de pierres affectant la forme ovo'ide.
des mondes. La Terre, nous lui appartenons, nous y naissons, nous y vivons, nous y mourons. Qu'elle s'applique au Dieu-individuel ou à la Nature, la doctrine des antinomiques de Kant (i) reste vraie : l'espace doit être fini ou n'avoir pas de bornes, or, nous concevons l'espace inlini et nous ne concevons pas qu'il ait des bornes (2). — Déduction : Il
(i) Kant, mathématicien et philosophe allemand, né, ;: Kœnigsberg, où il demeura toute sa vie, le 22 avril 172.), mort 12 février 1804, Il menait la même existence régulière qu'il mena toujours quand il publia sa critique de la raison pure, raison qu'il définit lui-même ainsi dans la critique du jugement ; « La raison pure, c'est la faculté de connaître d'après les principes à priori; la discussion de la possibilité de ces principes constitue la cii/igue de la raison pure.» Il est nécessaire d'établir quelque chose qui ne soit point fictif et qui retienne l'imagination, prompte aux suppositions irrationnelles, ce quelque chose, c'est la possibilité des faits, en générai.
La possibilité repose sur l'expérience. L'expérience est presque la certitude puisqu'elle conduit à des propositions synthétiques à /oî/e>-2i:)j-i"(synthétique de synthèse, application de termes de chimie au raisonnement. La synt/icsc est la reconstitution des cléments en un composé, de même queVanalyse est la résolution du composé en ses éléments). Quelle est la morale ? Ce qui donne la forme ? C'est l'espace, le temps, et notre faculté de recevoir les impressions ou réceptivité.
Kant classe le jugement en quatre catégories (suivant en cela Aristote) qui lui servent à ét.iblir que nos connaissances n'ont point une valeur absolue mais seulement relative qui dépend complètement des facultés de l'homme. Le monde extérieur se règle sur le monde intérieur, mais celui-ci ne se règle pas sur celui-là. Voilà ce qu'explique le grand philosophe en se servant d'une terminologie ou science des termes spéciale, qui demande, à elle seule, une étude particulière, absolument comme dans Fourrier et autres écrivains.
D.ans hi raison pratii/ite,K:int entend faire dominer ce qui est difficile à résoudre sur ce qui est f.acile et n.iturel. Exemple : C'est un devoir pour chacun de conserver sa vie, mais ce devoir est inspiré par l'instinct et n'a aucune valeur morale; le vrai devoir est de ne pas se suicider lorsque la vie vous est à charge et qu'on en a envie.
Kant pense qu'il doit y avoir une vie future et un ]3icu, non que cela nous soit prouvé, mais parceque nos aspirations nous portent vers cette croyance. Au fond, la vraie foi du philosophe, il paraît l'avoir exprimée en disant, dans quelques rcfié.xiinis sur l'optimisme : « En regardant autour de moi, muni de ma faible intelligence, je puis me convaincre que le Dieu c'est le loiit, et que chaque partie est bonne en vue du Tout. " » (2) Zenon d'EIéc (environ <joo av. J.l, qui fut, si on en croît Uiogène Lacrce.
faut appliquer au monde réel, à la Terre, que nous voyons et dont nous jouissons, la croyance en l'éternité qui, en théisme, s'applique à une fiction.
Foi.
Je crois à l'Univers intini, à la Terre éternelle, à la Nature toute-puissante, je crois que tout ce qui est a toujours été et toujours sera (i), et que la vie est éternelle dans SCS variations sans nombre. Je crois que Tout est Dieu. Aditi (2).
Fl.N DE LA PREMIERE PARTIE
rimitateur de Socratc, prétuiidait qu'il n'y a point d cspaCL". Car, disait-ii, si Tespace est le lien des corps, cet espace est lui même dans un autre espace, et le second espace dans un troisième et ainsi de suite à l'infini ; donc il n'y a point d'espace.
(i) Les modifications existent dans la forme et l'espèce. En un mot, si lu système de Darwin parvenait à no plus soulever d'objections, le principe serait le fûnjonn existant et la forme revêtue l'accident. — V. la note Huxley. — « Ce qui est aujourd'hui, ayant été produit par ce qui fut hier, produira ce qui sera demain, » a dit Littré, études sur les barbares et le Moyen-Age.
(2) Aditi est la formule panthéisti(iuc par excellence. Ce terme est intraduisible oxattcment, et ce que nous disons du panlhéismo peut seul donner idée de sa valeur. Faisons observer en terminant que cette f(jrmule est la seule qui puisse s'appliquer à la donnée Mac.', du Grand Archit?ctc de l'Univers.