DE [,A SOCIÉTÉ
Q. — Qii 'est-ce que la Société?
R. — Par Société on anxeuà V humanité elle-même,
la somme des êtres et des familles qui la composent sans distinction de caste, de nation et de couleur. Quand on demande ce que c'est que la Société, il faut répondre ce que Socrate répondit à celui qui lui demandait quelle était sa patrie : « Toute la Terre. »
Q. — Pourquoi l'homme vit-il en société?
R. — Parceque ses aptitudes et ses besoins l'obligent à avoir recours à ses semblables.
Q. — Que pense la philosophie antique de la société des hommes ?
(1) V. Volncy, /« loi natinrllr, et note .'lu commcncomcnt ilc re livro.
(2) Partout nii \o suis, dit Teurpr, \o tronvo mn pntrio. Pnfrio fsf. iiHnimnxi'
CAÏKCHISME DLf IJBRK-PENSHUR 2:^'
R. — Cicéron dit : « Tout homme par cela même qu'il est homme n'est pas un étranger pour un autre homme, » ce qui est, à peu près, la traduction du fameux vers de Te'rencc (i) : (( Je suis homme et rien de ce qui touche les hommes ne m'est e'tranger. » Senèque (2) a écrit aussi : « L'homme est une chose sacrée pour l'homme. » Aristote (3) déclare « que la vie sociale est pour l'homme un penchant impérieux de la nature. » Et Diderot ; « Hors de la société l'homme ne saurait ni développer, ni perfectionner ses facultés, ni se procurer le vrai et solide bonheur. »
Q. ■ — Quel tableau Cicéron nous présente-t-il de la Société ?
R. — (( De tout ce qui est honnête » dit Cicéron (( rien n'a plus d'éclat et ne s'étend plus loin que l'union des hommes avec les hommes, cette association dont tous les avantages se confondent, cette
(i) Tcrencc, poëtc latin, tu' en Afrique vers ran 561 do Rome. Il produisit sur la scène dos caractères et des mœurs grecs, iilcins de délicatesse et faits pour plaire à un public instruit.C'cst dans X Hcatitoniimorumcnos, ou le bourreau de lui-même, que se trouve le fameux vers auquel nous faisons allusion. Dans cette comédie imitée de Mcnandre, i\Icncdermis dit :
CJtrcmr, iantnmne nb rc lua 'st oti tibi Aliéna iit aires, ea qtiœ nihil ad le adthient.
[Chrêmes, tes affaires te créent donc bien du loisir que tu le mêles de celles d'autrui et de ce qui t'est indifférent'. et Chrfinis répond
tJovio ^inii : hinnaiii iiiliil a me d/ifiuim puto.
Je suis homme : rien de ce ijui touche les hommes ne m'est indifférant. 2) Sénèque. V. les notes.
; .\ristotc. \' plus li.-nit.
234 CATKCHIS.MK Dl, LIBRE-PENSEUR
charité commune, cet amour de rhumanité. Le sentiment dont je parle commence d'abord par l'amour lIu père pour ses cnf'aiits, puis, jûiu;nant les l'amilles par les liens du mariasse et de rafrinité, il s'étend au dehors; premièrement par les branches des parentés plus éioii;nées. ensuite des alliances et des amitiés contractées par des liaisons que lorme le voisinaj^e d.cs demeures, par l'usage commun des mêmes coutumes et des mêmes lois, par les traités et les conlédérations d'un peuple avec un. autre, et enlin par le lien général de tous les hommes ensemble. >-
Q. — Quels sont les londements de la Société?
R. — L'humanitc et la sociabilité, I/humanité qui est un sentiment de bien\^eillance pour tou.s les hommes et un noble et sublime enthousiasme des peines des autres et du désir de les soulager; la sociabilité qui est une disposition qui nous porte à faire aux homines tout le bien qui dépenil de nous, à concilier notre b;)nhcur avec celui des autres, et à subordonner au besoin notre a\antage partlcidier à l'avaîiîage général.
Dr 'VU WAII .
Q. — A quoi l'homme empltjie-t-il s m activité? 11. — Au travai'.
catechismf: dl' libre-penseur
Q. — Qu'est-ce que le travsil ?
R. — Le travail est l'occupation par laquelle l'homme pourvoit journellement à ses besoins et à ceux de sa famille, et par laquelle il assure l'existence des siens et de lui-même pour le jour où il ne lui sera plus possible de travailler.
Q. — Le travail est-il nécefsaire à l'homme ?
R. — La fortune peut faire que l'homme n'ait pas besoin de gagner sa vie, mais il n'est jamais moralement dispensé de travailler, et l'on peut ajouter que le travail est nécessaire pour la sere'nitc de son esprit et la santé de son corps. Oui, ie travail entretient les iorces de l'homme, la sérénité de sa pensée, et sauvegarde sa vertu. Tout homme oisif, tout homme dont l'existence est sans but, est bientôt corrompu, et de corrompu il devient corrupteur. Un empereur de la Chine disait : <' S'il v a dans quelque coin de mon Kmpire un homme qui ne fasse rien, il \' en a certainement nn autre qu.i souliVe par l'oisivité de celui-là. I) .T.-.L Rousseau à dit aussi : ■> Tout homme oisif est un fripon. »
ni: i.A l'Roi'iîiirri:.
Q. • — Qu'esi-ce qiie la pr<)priété '.
R. — La propric'tc csl riisiij'rni/ sans abus Je riiDiiiDic sur /es choses inaniiuccs cl h's ani)iiau.v.
Q. — Comment Volney définit-il la propriété ?
R. — Volney dit que la propriété est un. attribut physique de Thommc en ce que tout honimc étant constitué égal ou semblable à un autre, et, par conséquent, indépendant et libre, chacun est le maître absolu, le propriétaire plénier de soii corps et des produits de son travail.
Q. — La propriété est-elle équitable en soi?
R. — Oui, dans tout état social où, sans distinction aucune, les citoyens peuvent l'acquérir et en jouir, et où elle est appelée à changer de mains en se partageant indéliniment.
Q. — La propriété est-elle morale?
R. — Oui, car la possession est un des plus puissants mobiles de l activité humaine. L'homme qui. pour acquérir l'aisance amasse une certaine somme de biens a besoin de garantir ces biens et de les rendre productifs eux-mêmes parceque la lortune improductive est préjudiciable à la société. 11 acquiert donc une propriété quelconque, soit d'un outil, soit d'un champ, qui. entre ses mains, devient un nouvel instrument de travail et de production. La propriété est la juste et nécessaire récompense du travail.
Q. — La piopriété doit elle être réglementée?
R. — Oui, mais non limitée. Avec Chateaubriand (ij, nous ne pouvons concevoir en principe
r ('liatcnulirl.ind.in' i-u lyoS jui'S di' S;ii'it-.\I:i1n. fut iimlc^ Immni.v iiil.inii->;
CATÉCHISAll'; DU LIBRK-PENSEUR
(( un ordre social dans lequel un homme compte un million de revenu tandis qu'un autre homme n"a pas de quoi payer son dîner, ' » mais nous ne pouvons consentir à ce que demande Montesquieu (i ) : u que les lois par leurs dispositions doivent diviser les fortunes à mesure c|ue le commerce les grossit, » ce qui ferait que tout citoyen, arrivé à la limite de ce qu'il lui serait permis de posséder, ne travaillerait plus. On ne peut tracer de limites à la propriété. En somme, il y a deux états possibles : le communisme et la propriété individuelle. Le communisme est la négation dfs aptitudes personnelles de l'homme que la lutte pour Texistcnce et la soif de la possession incitent surtout au travail. La propriété individuelle s'adapte mieux à la nature de l'homme. La propriété quelque grande qu'elle soit se divise et se subdivise à l'intîni par les héritages et les acquisitions, elle est bonne. La seule propriété qui ne se diviserait pas et demeurerait
qui so b<attircnt coiitrc leurs pays clans les raufïs do lomisration. CUm positions artificielles dans un style long et péniblement ouvré, tempérament froid ot recherchant l'ostentation et le faste, voilà l'homme. V. Ses Etudes historiques, /.es Hlartyrs, le Génie, du Chi iitiatiismc.
'.\\ Montesquieu, publicisto français, né en i68g, mort en ly.^s. a\.iiii luul raisonneur, observateur et critique, son esprit s'est exercé sur tout, depuis ce chef-d'œuvre intitulé lettres persanes, jusqu'aux caiises dr la i^ratidenr ride la décadence des Romains et l'Es/irii des lois. M.;\\'^Tih\cn i\e^ idéis ciui nous paraissent aujourd'hui beaucoup plus fausses qu'elles ne parais saient au siècle dernier, telles que celle de regarder l.a société coninu; assise sur des principes immuables et la religion chrétienne comme assu rant notre bonheur en ec monde, son ii-uvre n'en conserve )ias moins une tri-sgrande valeur.
2'^8 CATKClUSMi: DU I.IBRK-PKNSELR
impersonnelle ne doit pas être tolérée par des lois sages et prévoyantes ii).
1)1 UlEN ET DU MAL.
Q. — Sur quoi l'honinie doit-il baser ses actions ?
R. — Sur la distinction du bien d'avec le mal.
Q. — Comment distingue-t-on le mal du bien (
R. — Voici la réponse de Gicéron à cette question : (1 J.a conscience fait asse^ sentit' ce qui est vice on vertu, elle édicté la loi et l'applique, elle est à la l'ois juge et législateur. ■>
(^. — Quelle réponse nous lournit Antioclui^ '.
R, — Antiochus (2) dit : « Tout ce qui convient à sa nature, par conséquent tout ce que l'homme appelé et recherche par amour de lui-même est bon, et mal tout ce qui est contraire à sa nature. »
Q. — (^)ue taut-il pour avoir autant de conliance en la nature de l'homme '.
R. — // faut que cette naiure nait point été i'iciée par une éducation fausse, mais quelle ait été au contraire développée par une éducation
(i; Telle est cependant la main-nioi-te des gens d'Ef{lisc di*nt naus avons déjiï parlé, et iju'il faut abolir au i)lus vite. De deux choses, Fuilc : Ou il faut que la Société repose sur des associations, c'est le communisme, ou il ne tant permettre à nulle association en dehors de l'ICtat de posséder un fétu.
'2; Antiochus, disciple de Thilon et chef de la V" Académii-, esprit tin, éléj^ant et facile, entre))rit dr idneilier avec la reI:j,noii la philosoiihio d'Aristote et celle de Xénuphnn.
CAl'KCHlSMl': l)i: l.IBRi:-in:NSEUR 239
conforme à la nature, à la science, et à la dignité humaine.
Q. — L'homme n"a donc besoin que de lui pour trouver sa loi ?
M. — L'homme qui raisonne sur sa nature et veille sur ses relations avec ses semblables peut trouver sa loi en lui-même, mais il doit rechercher les pensées qui peuvent le i^uider chez les hommes de science et chez, les philosophes, et s'enrichir autant que possible de l'expérience des autres.
1)L: mal.
Q. — Qu'est-ce que le mal '.
1^. — Le mal est tout ce qui peut contribuer à rendre l'homme inactit, méchant, ego'iste, menteur, ennemi de sa famille et de ses semblables, en un mot ce qui est contraire à sa ve-ritable nature.
Q. — Le mal a-t-il eu une origine '.
H. — Non, car ainsi que l'a écrit Considérant (i) : « Le seul terme lorii^inc du mal est une pétition de priricipe, car il suppose un état antérieur à l'origine du mal dans lequel le mal n'existait pas, et
T/ Victor Considûrant, uncicii rc])n:sentaiit du [K'iiijk-, chef do riicolc Socialiste créée par Fouricr, tic à Salins 'Jura; en 180S. 11 rédigea de nombreuses jJublications, des journaux, /« Phalani^r, la D^'l/htcrafie pacij'i(i>ir. il fit des essais d'association phalanslérienne et :-e reiidil di;;n", en tcus points, dii ),'rand nom de philosophe.
alors comment le bien seul et absolu aurait-il pu générer le mal ? La cause potentielle, quelle qu'elle soit, qui, préexistant au mal, aurait généré le mal, aurait été déjà elle-même et nécesaireraent le mal. Le mal est, donc il a toujours été, il entre comme élément nécessaire dans les institutioiîs de Tordre universel. Il n"a point d'origine. »
Q. — Les passions tic l'honime peuvent-elles générer le mal par elles-mêmes (
R. ■ — Comme Ta écrit Fourier (i), nos passions sont toutes bonnes et utiles, mais il faut savoir les maîtriser et les diriger; il faut savoir s'organiser des milieux qui s'harmonisent avec leur développement et permettent, sinon de toujours produire le bien, au moins d'éviter toujours le mal.
1)1 i'.ii:n.
(). — Qu'est-ce que le bien '.
R. — Le bien est le développement des facultés de l'homme conforménient à sa nature. <( Le Bien » dit Jean Revnaud yi) ■< est le seul prineipe dont notre nature ne se lasse pas. ci, tôt ou tard, le
i) Fourier, chef de recule soci.-iliste lV:iiic;iise, ilite pluilaiisu'rienne. Xé à JJesai'.erm le 7 juin 1772, mort if>ô7. 2 Jean Kr^ naiiil, ^'. les iiutes.
mal, avec les conséquences de toutes sortes qu'il engendre la fatigue et la rebute. »
Q. — Où découvre-t-on les principes du bien^
R. — Dans l'e'tude de la nature.
Q. — Quel est le bien donné à rhomme ?
R. — Laromiguière (i) nous dit : « Plaisirs des sens, plaisirs de l'esprit, plaisirs du cœur : voilà, si nous en savons user, les biens que la nature a répandus à profusion sur le chemin de la vie. (2) »