DE LA MORALE
DE l'homme.
Q. — Qu'est-ce que l'homme ?
R. — L'homme est un être anime, possesseur d'une raison assez droite et étendue pour se rendre un compte exact de sa nature propre, des actes qu'il engendre, de la nature qui lentoure et de ce qui en émane, qui possède une volonté propre à régler ses asph-atîons et ses besoins, et un caractère qui lui permet de vivre en société et d'employer ses forces créatrices et productrices au bien-être particulier ou général (i).
Q. — Qui a doué l'homme de son intelligence?
R. — L'homme forme lui-même son intelligence. Vidée ou esprit est de l'ordre matériel.
Q. — Qu'est-ce que l'Idée ou Esprit'^
R. — Vidée ou Esprit est ce que produit notre cer-
(il Homme. Animnl raisonnable qui occupe le premier rany; parmi les êtres organisés, et qui se distingue des plus élevés d'entre eux par l'étendue de son intelligence et par la faculté d'avoir une histoire, c'est-à-dire la faculté de développer, d'agrandir sa nature grâce ii la communication avec les ancêtres Cl d'augTicnter ses richesses intellectuelles et morales (en ce sens, c'est un terme d'espèce qui comprend les deux scses.)') V. Littré-, didionnaire.
212 CAlliCHlSME i)L l.lfiRK-^ENSEUR
veau sous les influences physiques et chimiques et dont l'essence se nomme la Raison. <( Les sens sont la tource première de toutes nos connaissances, » dit Charles Bonnet (i) (( nos idées les plus abstraites de'rivent toujours de notre sensibilité. L'esprit ne crée rien, mais il opère sans cesse sur cette multitude de perceptions diverses quil acquiert par le ministère des sens. i> Plus les rapports que les sens ont avec les objets sont parfaits, nombreux, divers, et plus ils manilestent à l'esprit la qualité de ces objets, plus encore les perceptions de CCS qualités sont claires, vives et complètes. Or, plus ridée que Thomme acquiert d'un objet est complète, plus l'idée réfléchie qu'il s'en forme est distincte et nette : cette idée refléchie est la raison (2).
Q. — Quelles sont les connaissances certaines?
R. — « Il n'y a de connaissances réelles » dit Comte (3) u que celles qui reposent sur des
(i) Charles lîoiinct, philosopht', né à Genùve en 1720, mort en 1793. A dix huit ans c'était déjà un naturaliste célèbre, mais devenu ;ivcuglc, il sadonna à la philosophie. Dans Vasai analytique sur ks faciiliès de râuic, il étudie, comme Condillac, co qui arriverait à un homme adulte et sain que l'on animerait par degrés ainsi qu'une statue à laquelle on procurerait sensation sur sensation. Bonnet regarde l'homme comme l'amalgame de l'âme et du corps. Dans la coutciiiplniioii dr la nature et la l>al{iigciiésic philoso fohigue, il applique et développe la théorie de Leibnitz : ta nature ne 7'a poiut par sauts ; « entre le degré le plus bas, et le degré le plus élevé de la perfection corporelle et spirituelle, il est un nombre presqu'infini de degrés intermé diaires. La suite de ces degrés compose la chaîne universelle. Elle unit tous les êtres, tous les mondes, embrasse toutes les sphères. Un seul être est en dehors de cette sphère, c'est celui qui l'a faite. " L'échelle des êtres est en mouvement; la perfectibilité est universelle, la brute s'élève peu à peu, et l'homme, de plus en plus intelligent et épuré, monte vers les sphères célestes
(2) La raison, a dit je ne sais plus quel physiologiste, c'est d;j-phosphore.
(,-,ï Comte, V plus- haut.
CATECHISME DU ElBRE-PENSEUR 213
faits observés. » Et reprenant cette thèse, H. Spencer (i) nous dit : <( Toute connaissance vient de l'cxpe'rience, voilà ce que soutient M. Comte, et c'est aussi ce que je soutiens, mais je le soutiens dans un sens plus large que lui, car non-seulement je pense que toutes les idées acquises par les individus et, par conséquent, toutes les idées transmises par les générations passées, dérivent de cette source, mais je pense aussi que les facultés elles-mêmes qui servent à l'acquisition de ces idées, sont le produit des existences accumulées, organisées, transmises par les générations antérieures. »
Q. — De sorte que si l'on suppose un homme à l'état primitif, que se passe-t-il?
R. — Cet homme jouit du jeu de ses organes : c'est l'instinct. Il le développe, il le transmet plus, étendu, et ainsi de suite. Il y a habitude. L'habitude conduit à l'expérience, premier développement intellectuel. L'impulsion est donnée. La vitesse est acquise. L'espèce se développe. L'homme arrive à la raison.
Q. — L'homme agit-il indépendamment?
R. — Oui, dans sa nature iiiLrinsèqxie, parceque comme l'affirme Aristote (2) : « l'homme est Je
(1} Herbert Spencer, V. l'excellente Revue Sn'rniifigne, publiée par Germer-Baillière; les articles du Rritish and Foreian viedical Rewieiu : et /« f>r!i!c. of biohgy. C'est un do nos rontompor.ains nn;,'^laisfiui se tiennent le plus .lux côtés de Darwin.
2 Ai-i><tntc, V. Ips noti-s.
générateur de ses actes, bons .ou mauvais, de ses vices et de ses venus, et que les uns et les autres sont également imputables h sa volonté ; a non, dans sa nature intrinsèque, parceque, comme le dit Boutteville (i) : « L'homme est par nécessité soumis aux lois de son organisme et du milieu dans lequel il vit. Il ne Jouit pas de sa liberté vis-à-vis des lois de la nature. Sa liberté n'existe que par rapport aux dérivés de la nature, et c'est en pleine liberté qu'il peut consentir les lois propres à le régir, lui et ses semblables; c'est-à-dire qu'il a usé d'une volonté efficiente, appelée Hbre-arbître, pour définir le bien et le mal et accomplir sa destinée, dont il est le maître jusqu'aux limites àe la nécessité. »
Q. — Comment les péripatéticicns définissaient-ils l'homme?
R. — L'école d'.^ristole pense ainsi : « L'homme est, par nature, im être sensitif, intelligent et moral. Comme être sensitif, doué de sensibilité physique, il recherche le plaisir e,t fuit la douleur; il tient ù l'intégrité de son corps, à la santé, à la force, à la beauté; il déteste les infirmités, les mutilations, la débilité, la laideur. Comme être intelligent, il désire, il recherche la science et la vérité, il repousse l'erreur et rignorance. Comme être moral.
(i) Bouttcvillp, professeur contemporain qui out l'bonneur de perdre s.i chaire pour .ivoir manifestt*, sous le i<-gne Je N'npolt'on ITT, le libéra iisme de ses opinions.
CATi:CIIISME Dli iMBRF.-PFNSKrR 21;
l'homme aime Itwuncteté et ta vertu, il hait levice et le crime (1). »
Q. — D'après cette doctrine l'homme serait un être enclin à la bonté tandis qu'on nous le donne généralement comme donc d'une nature foncièrement méchante?
R. — Cette erreur provient île fables trop longtemps accréditées et ne tient qu'aux préjuges qu'elles ont engendrés. Non, l'homme n'est pas méchant, il est bon par essence. Comme être pensant, ils est appelé aux sublimes spectacles de l'intelligence, il a besoin de science et d'art, il aime le beau et le vrai. Il laut croire avec Cicéron 12,' <( que les hommes, fféne'ralemeut parlant, ont des dis-
il; Xoiis ne lapportiins pas dans le texte même de notre livre- la définition que Platon donna de l'homme : « C'est un animal à deux pied^ sans plumes; " re q\ù fit que Diogène le cynique, ayant plumé un coq, se porta sur le passasse do l'iaton et lui jeta le coq entre les jambes en lui criant : •• Voila l'homme de Platon. •■
.2) Cicéron, né l'an o^; de Roms fioi av. J.' Mis a /nort par les satelllces d'Antoine en 45 av. J.
II acquit de bonne lieure une réputation d'avocat habile et entra dans l'administration. Tout le secret de sa conduite versatile et de son ambition se trouve renfermé dans ce que Plutarque die de la manière dont il comprit l'habileté politique : « Voyant » dit Plutarque « que les ouvriers qui n'emploient que des outils et des instruments inanimés s.avent en détail les noms et les usages de chacun d'eux, il sentit qu'un hommo politique appelé à se servir des antres hommes, devait les connaître et savoir ce dont ils étaitnt capables. Il s'attacha donc non-seulement à retenir les noms des plus considérables, mais encore a savoir leur demeure à la ville et à la campagne, à connaître leurs voisins, leur.s amis. » A l'âge de trente ans il considér.a son son noviciat comme terminé, et s'il resta aussi brillant dans le Forum que dans ses écrits, il ne perdit pas une minute do vue la puissance et le pouvoir. En même temps le plus grand orateur et le plus gran<l prosateur latin, il a laissé des ouvrages philosophiques qui sont des monuments historiques et des modèles dé .style. Cicéron n'a pas eu de doctrine à lui, mais aucun n'a résumé avec une logique plus serrée ot plus ferme et n'a mieux CNpnsé les idées iihi!osophinue.=; d.'S autres
2l6 CATÉCHISME DU LIBRE-PENSEUR
positions manifestes aux qualités nécessaires à rimmanité, comme la justice, la tempérance et toutes autres vertus de la même espèce; qu'ils se portent à ces vertus avec le zèle le plus noble et l'ardeur ia plus vive; qu'ils ont une envie naturelle de savoir ou plutôt un désir inné de s'instruire; qu'ils semblent faits pour vivre ensemble, pour former en commun la société du genre humain, et que ces sentiments-là brillent du plus vif éclat dans les plus grands esprits. »
Q. — .l.-.l. Rousseau n'a-t-il pas réfuté les théories qui assimilent l'homme aux animaux les plus malfaisants?
R. — Oui, de cette façon : u Si la bonté morale est conforme à notre nature, l'homme ne saurait être sain d'esprit ni bien constitué qu'autant qu'il est bon. Si elle ne l'est pas et que l'homme soit méchant naturellement, il ne peut cesser de l'être sans se corrompre et la bonté n'est pour lui qu'un vice contre-nature. Fait pour nuire à ses semblables comme le loup pour égorger sa proie, un homme humain serait aussi dépravé qu'un loup pitoyable, et la vertu seule nous laisserait des remords. »
Q, — -Il est bien certain, n'est-ce pas, que le vice seul nous laisse des remords et que c'est dans les actions vertueuses que nous trouvons la consolation et le bonheur ?
U. - ()iii. tout notre bonheur est tians la \crtu.
Dès que nous connaissons le bien, ainsi que laffirme Socrate (i), nous l'aimons, a Haïr le bien » dit Fichte (2) « parcequ'il serait le bien, aimer le mal. parce qu'il serait le mal, c'est là une sorte de dépravation que je ne saurais attribuer à aucun
(i) Socrate; il naquit dans la 4" année do la LXXVII olympiade (469 AV. J.) et il mourut la 4° année de la XCXIV' olymp. ou la première de la XCXV". On connaît Socrate iiar ce que les autres nous ont gardé de lui, par Xénophon qui en fait un des principaux personnages de son BauQtiet, par Aristophane qui on fait le principal personnage de sa comédie des A'jtées, par Platon qui remplit de lui tous ses écrits, mais ne lui prête peut-être pas toujours les paroles qu'il eut pu prononcer. La devise do Socrate était IVCûUt (TGCtVTOV, connais-toi toi-même. Il se comparait lui-même à sa mère qui était sage-femme et disait qu'il accouchait non les corps, mais les âmes en mal d'enfant. Il disait que la philosophie est la connaissance de la nature morale de l'homme, que la raison tient du recueillement ; il associait la femme à l'homme, voulait que l'esclave fut traité comme l'homme libre, et Xénophon nous dit qu'il préférait définir la justice par ses actes plutôt que par ses paroles. Lorsque ilelitus l'accusa de ne pas reconnaître les Dieux de la République, voyant qu'il . ne fuyait pas devant les nombreux ennemis que la franchise de son langage lui avait créés, un de ses amis lui dit ; « Socrate, ne devrais-tu pas préparer ta défense ? " -- « Quoi donc, " répondit-il « ne vois-tu pas que je m'en suis occupé toute ma vier " « Et comment cela? » — .< En ne commettant jamais d'injustice. »
Lorsqu'il fut condamné par les héliastes, il dit à ses disciples : « Il est temps de nous séparer, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage ?» Mais il faut lire dans le vA.IA.nri de Platon comment Socrate ayant bu la cigiie meurt au milieu de ses
disciples cplorés, H h' 7] TeXeuTJ] oi 'E')(^eKpaT€^, TOP éraipov ■y'jfiiv é'^/évero, àvSpoi;, &Sç 7)/xek- (fyalfiev av, rœv rore (ov eTTeipâôrjfxev àptarov KaX a\Xfo<; (ppopifirordrop KOI hiKaLoraroi'.
(2) Fichte, philosophe allemand. Il commença par. se prouver qu'il était un anneau de cette chaîne d'éternelle causation qui maintient tout avec tant de rigidité dans la nature, puis il fit de la nature une apparition de son propre esprit fV. /iestimmimg des me.nscheu.) Vous voyez quelqu'un : c'est une impression de votre rétine et il n'y a que de cette impression dont vous soyez conscient. Sa théorie a des rapports avec les théories du iloute.
2l8 CATKCIIISMF. DP l 1 BRF.-PENSEUR
être ayant visage humain, elle n'appartient pas à la nature humaine, n
Q. — L'homme est donc bon et aimant ?
!^, -^ — Oui, l'homme est bon, il est aimcint, il est aimable, et il deviendra d'autant meilleur c]u'il ne s'entendra plus répéter qu'il est méchant. L'homme n'est et ne peut être dénaturé. Il doit se sentir pénétré de kl bonté qui lui est naturelle. Il aime son père, sa mère, ses parents, ses amis, sa femme, ses enlants, il vit en société, il réprouve le mal et fait le bien ((),
\yZ I.A FEMME.
Q. •— (Qu'est-ce que la femme,
U. — La femme est léi(ale de l'homme. Antisihène (j) lui accorde u une aptitude aussi grandC' qu'à l'homme pour la vertu. » Et Platon (?) prétend (» qu'elle a droit à une éducation semblable à celle de l'homme. >) La femme peut aspirer à toutes les Jonctions, mais sans Jamais oublier qu'elle est destinée à la maternité, que sa nature l'attache au fo\er domestique et lui dél'end la vie publique, bdle est
(i) V, L. ]MéiiarJ, dii la morale ov. Ifs philosophes.
ta) Antisthène, il est le fondateur de l.i secte cynique dont V\ nom no. vonalt peut ûtrc point du mot cliien parceque les philosophes de cette secte se léduisaient .■sous le rapport de l'esprit et du corps au strict nécessaire, mais du Cynosarge, lieu oii .s'Jtablirent ces ph'lnsophes. .Vntisthrne l'iit 1.- niaitrc de Diogène.
■'• riaton. V. !rs i;otes.
CATECHISME DU LIBRE-PENSEL'R 2IQ
la compagne naturelle de l'homme qui lui donne tout son amour et lui demande le sien en échange.
Q. ■ — Qu'est-ce que l'amour ?
R. — L'amour est une inclination réciproque de l'homme et de la femme dont tous les sens physiques réunis lorment l'attache la plus puissante et dont les autres attaches se trouvent dans l'habitude de vivre ensemble et la communauté des intérêts matériels.
Q. — Dans quoi enveloppe-ton l'amour ?
R. — Dans l'union des sexes ou mariage (i).
Q. — Comment l'homme doit-il se comporter dans le mariage ?
R. — Diderot noui^ fournit la réponse, que nécessite cette question ; u Un amant, dupe de luimême, peut croire aimer sans aimer en ellet, un mari sait au juste s'il aime puisqu'il est en possession de l'objet de ses vœux; le lien conjugal est donc nécessaire à l'amour et la jouissance est la pierre de touche de l'amour. L'épreuve faite, si l'on connaît qu'on s'est mépris, il faut s'armer de patience, et, s'il est possible, substituer l'amitié à l'amour. Pour vivre heureu.x dans le mariage, il ne faut point s'y engager sans aimer et sans
(i) L'homme doit se tnarier, c'est-à-dire choisir une femme ou être choisi par elle, et lui promettre sa iidélité en échange de la sienne. Quant à ce q\n touche la Société civile, un contrat qui informe cette société de la position nouvelle que vous prenez dans son sein est nécessaire, il faut que les cnfann aient un état civil, qu'ils soient aux. yeux du monde fils de quelqu'un. Mais que ce contrat soit passé devant «in maire, un notaire, ou que ce soit un simple acte sous seings privés livré à la pnblicifé, il importe. peu-.
220 CATKCHISMF Dll LIBRE-PENSEUR
être aimé. Il faut surtout donner du corps à l'amour en le fondant sur la vertu. S'il n'avait d'autre objet que la beauté, la grâce et la jeunesse, aussi fragile que ces avantages passagers il passerait bientôt comme eux; mais s'il est attaché aux qualités du cœur et de l'esprit, il est à l'épreuve du temps. Pour acquérir le droit d'exiger qu'on vous aime, il faut travailler à le mériter. Après vingt ans, il faut être aussi attentif à plaire, aussi soigneux de ne point offenser que s'il s'agissait encore de faire agréer son amour. »
Q. — L'homme ne doit-il avoir qu'une seule femme et la femme ne doit-elle être qu'à un seul homme?
R. — Oui, parceque les caractères naturels de l'un et l'autre individu étant accouplés à leur convenance, ils trouvent suffisamment à deux le contentement de leurs désirs et de leurs besoins.
Q. — Les lois ne doivent-elles pas permettre d'avoir plusieurs femmes ?
R. — Non. Les lois doivent seulement permettre que des individus qui se reconnaîtraient impropres à vivre ensemble, après en avoir fait l'essai et v avoir épuisé leurs efforts, puissent se séparer.
(„). — Pourquoi la monogamie est-elle nécessaire?
U. — Parceque c'est de l'union de l'homme a\ec la femme que naissent les enfants. Or. les enfants constilueni la iamille et ils doiven^ èire Tobjel ■.l'un
CATJ'XHIS.Nit; DL Î.IBRE-PKNSELR 22 1
(igal intérêt de la part de leurs parents comme ils doivent avoir eux-mêmes un égal respect et une égale aliection pour leur père et leur mère, ce qui ne saurait être quand il existe plusieurs femmes et des entants de plusieurs lits dont les an'ections et les intérêts deviennent dillérents et jaloux (i). Q. — L"homme doit-il aimer sa femme i R. — L'homme doit aimer sa femme et la respecter ; il doit toujours avoir devant ses veux que sa mère était une lêmme. que l'épouse qu'il a choisie est une partie intégrante de son corps et quelle est la mère de ses enfants, qu'ils ont même passé, même présent, même avenir.
Q. — Q^ue pense de la lemmc isocrate Nicoclès ^ R. — Isocrate Nicoclès (2) qui, ainsi que son maitre Socrate, a considéré la femme comme mère et ménagère, dit que <( il n'est rien de plus cher aux hommes que leurs iêmmes et leurs cnlants. et que les outrages faits à ces objets de leur amour s(jnt ceux qu'ils pardonnent le moins. <>
Q. — La philosophie antique s'est-elle beaucoup occupée de la femme et du mariage'^
R. — Oui, beaucoup: et elle a toujours considéré l'un et l'autre comme des choses saintes et sacrées.
il) Ce que nous disons Je la polyj^aniii-, il faut l'i-nu-ndrc aussi de la polyandrie.
2) Isocrate ^'icoclès, élève de Gorgias, de l^rodicus et de Socrati-, né en (oô av. J.; mort ,1,38. Il enseigna l'éloquence et la rhétorique. Après la bataille de Chéronée qui livrait la Grèce à Philippe, il sr. laissa mourir de laim pour ne pas survi%-re â l'indépendance de sa patrie. IIjious reste de lui des discours inibliés dans la collection de.s orateurs j;iccs.
i.22 CATECHISME DU LIBRE-PENSEUR
Q. ■ — Qu'en pense Euripide?
R. — Euripide (i) dit : c qu'il n'csL point pour riiomtnc dans la maladie e,t Taflliction de trésor plus précieux quune épouse qui gouverne bien sa l'amille et qu'il nest rien de plus doux pour la icmme que de partager sa tristesse et ses joies. »
Q. — Qu'écrit Xe'nophon:?
R. — Xénophoa (2) établit légalité entre les mérites de rhommc et ceux de la femme. Il les déclare tous deux capables de prévoyance, de mémoire, de tempérance, de vertu. Il compare les lonctions de l'homme à celles de la femme et dit quils se complètent mutuellement ; à l'homme les travaux du dehors et le soin de veiller à la sûreté extérieure de la famille, à la femme le travail du dedans, la vie intérieure, la garde des provisions, la nourriture, iéducation et Vinnocencc des enfants. Associée à l'homme, sa compagne et son égale, elle est reine dans la maison ; les soins domestiques sont pour elle de véritables plaisirs cajr elle voit croître avec eux la prospérité de la famille et l'affection de tout ce qui l'entoure. Ecoutez le mari
(i) Euripide, V. les notes.
(2) Xénophon, dont le style est si clcgant qu'on le surnommait rabcillc de l'Attifiuo. 11 fut à la fois historien, philosophe et général des grecs.' Né vers 445 av. J., il mourut vers 355. Il était disciple de Socrate
n acquit dans les guerres du l'éloponèse la connaissance de cet art militaire dont il donna des preuves lors de la fameuse retraite des Dixmille, n continua l'histoire entreprise par Thucydide, v. rAtiabar ou retraite des Dix-mille, la Cyiopidie, X'Ecoiwviiqitc, le liaiiquet, VHiêiou, et vous trouverez que le philosophe et l'historien se confondent toujours.
CArhCinsMi-; J)i.: j,iHRi:-ri!;NSEi :i<. 22;^
que lait parler Xc'nophon : » Mais le charme le plus doux, ce sera lorsque devenue plus parfaite que moi, tu m'auras rendu ton serviteur, quand, lojn de craindre que i'àgc ne te lasse perdre de la considération dans ton ménage, tu auras l'assurance qu'envieillissant tu deviendras pour moi une compagne meilleure encore, et pour ta maison une maîtresse plus honorée ; car la beauté et la bonté ne dépendci'tt point de la jeunesse, mais des vertus qui les font croître dans la vie aux yeux des hommes. y>
Q. — Que pensent de la i'emme et de l'amour Antipather et Pkitarquc '^
R. — Antipather (i) et Plularque (2) s'appliquent à prouver que le mariage est la plus antique, la plus nécessaire, et la plus sainte des unions. Ils rejettent comme impie la prétention de certains hommes d'être affranchis du lien conjugal. « Le mariage « dit Plutarquc c est l'union la plus digne et la plus sainte. // a trôné de tout temps au sein de lit famille antique et la pudeur et la ehasteté y ont toujours été en honneur, u Aucun homme n'est exempt des obligations naturelles du mariage. N'est-ce pa^ un devoir que de laisser à l'Etat des citoyens qui le soutiennent, au genre humain des êtres qui constituent
(i) Antipather de Tarse, pliilosaphc stoïcien, disciple de Dioffènc le Uabylonicn, dont quelques fragments nous ont été conservés par Séni^quc.
(2) Plutarquc!, V. les notes.
!-j4 CA'i'i'iciii^Mi'; i)i i.ibri:-1'I-:NskL"R
son éternité, au monde des crcatures raisonnables qui en étudient les merveilles 1 Le but suprême du iiKiriage. c'est pour riwmme et pour la femme la communauté de la vie et des enfants. Tout doit être commun entre époux, le corps, les idées, les biens, les enfants, les amis, lis se doivent, en toutes circon- • stances, aide, ali'ection. assistance, dans la maladie comme dans la santé, dans l'intortunc comme dans le bonheur.
Q. — Que nous apprend Valère- Maxime ''. R. — Valcre-Maxime (i) nous dit t.]ue, de tout temps, I! il a suffi d'être homme pour connaître toutes les tendresses, toutes les délicatesses, tout le dévouement et l'idéal du véritable amour, sentiments d'autant plus forts cju'ils sont plus honnêtes et plus purs. !i El il nous apprend que : c le divorce fut inconnu [\ Rome pendant cinq cent vingt ans'. Sp. Carvilius, le premier, répudia sa femme pour cause de stérilité: quelque plausible que parut ce motif, on ne laissa pas de l'en blâmer, car on ne cro\ait pas que le désir d'av(>ir des enfants dut prévaloij- sur la loi c<injugale; » et il ajoute : u alors la fidélité conjugale n'avait à craindre aucun regard suborneur, on voyait les autres, on était vu soi-même, avec un respect reli-
(i) Valcrius-Maximus. liistorien lutin Je lcpo<iuc Je Tibiro, ;i laisse de nombreuses anecdotes sur les mu-ur!- des latins. V. /)c duiia fl /<ic(ii tnnnciabilis.
giciix; une mutuelle pudeur prote'geait les deux sexes, (i) '1
Q. — Ainsi Tantiquite se lit la plus haute idée de la lemme, de lamour, du mariage?
R. — Oui, la philosophie antique éleva tout ce qui concerne les relations et les caractères de l'homme et de la femme à son plus haut terme (2), et. au temps de l'Empire Romain, lorsque le concubinat e-tait devenu un état légal, la philosophie n'en continua pas moins à tenir le même langage. « 11 ne faut pas dire que les païens aient ignoré les droits ni la vraie dignité de la femme, car jamais on ne s'en fit une plus haute idée et l'on ne sentit mieux le prix de sa chasteté qu'au plus fort de la corruption de l'Empire. Il faut rendre cette justice aux anciens qu'ils ne savaient pas plaisanter sur les vertus de la ferauTe, et que, même aux plus mauvaises époques, on trouverait difficilement dans les écrivains les plus légers et les plus licencieux, rien qui autorise ou justilie l'adultère. Il n'y a pas dans le ctrur un seul sentiment naturel et profond, dans l'imagination une seule pensée délicate, que les anciens n'aient clairement connus et vivement exprimés. (3; »
(i) Casta piidicifiniii servat cioimis, ccril Virgili-.
\2\ Stobcc nous rapporte ces paroles Je ilusonitis le Stoïcien : <« Quiconque désire ne pas être un voluptueux et un efféminé, ne doit regarder comme (les amours permises que celles du mariage. » .Stobce est un compil.-iteur grec auquel nous devons de connaitre beaucoup des préceptes des philosn plies grecs. V. Eciogœ et \ix l'lorilef:i ii tu.
',; V. Denis, /iM. tirs thèolûgii's.
2() CATÉCHISiME DU LIBRE-PENSEUR
DE 1. liM'ANT.
Q. — I^a loi antique n'avait-ellc pas cxagcrt; Taiiloritc paternelle '.
U. — La loi antique avait exagère l'autorité paternelle (( sachant bien d comme le disait l'empereur Adrien \\) c que cette autorite i^it dans l'amour et non dans l'atrocité, » A qui donc coniier un lils si on ne le conrie pas à son père '. Quel juge sera jamais plus enclin à pardonner, plus prêta reculer devant le cliàtiment '. La loi antique abandonnait Tenlant à celui qui est le plus capable de l'aimer, au père, sous les yeux de la mère toujours prête à intercéder en sa t'avcLu-. L'antiquité a confiance dans la nature de l'homme et dans l'amour lilial et cette conliance \a si loin que Solon (2) n'cdicta pas de peines contre
(i) L'ciilpcri-ur Adrii'H. i ;' i-iii]i. dos rinnains, an de Roiiu- 8 m an 70 di- J. 11 avait un infatij;ablc désir dr ci)nnaitri'. Son sccrûlairc clait l'iiistoricn .Suctonc.
2 Solon. ne en 0,-,S, murt on s^iS avant notre oie. 11 i'iit ww des si'lit sasos de la Grcco et le législateur d"AtIicnos, et un sage véritable qui sut allier la raison et les productions sérieuses aux productions légères et aux lilaisirs. 11 se mêla des affaires publiques lors de la guerre entre ,\tliènes et -Mégarc. Les Athéniens, découragés par leiirs revers avaient défendu do jamais prononcer une parole ni produire un écrit pour revendiquer la possession de Salamine. Solon contrefit l'insensé et les engagea à continuer la guerre. Les Athéniens vainquirent à la iin, et Solon tut nommé archonte. II refusa la tyrannie quand elle lui fut offerte et mit lin aux troubles v\\\\ désolaient l'Attique. 11 donna ensuite ses lois.
11 divisa la population en quatre classes selon !e roMiui 1 //eittncoiio midiiiincs, chevaliers, zeugites, i/ièiesj, ce qui substitua la démocratie à Taristocratie. Mais comme l'assemblée générale qui élisait les magistrats, confectionnait les lois et délibérait sur toutes les affaires se composait des
CATECHISME DU MBRE-PEXSEUR
le parricide « parcequ'il ne croyait pas que ce fut un crime possible ? »
Q. — Quels sont les devoirs des entanls envers leurs parents ?
1^. — Les entants étant dans la relation la plus étroite avec ceux dont ils ont reçu le jour, la nourriture et l'éducation, sont tenus d'observer vis-à-vis de leurs parents iobéissance, la déférence, le respect et riior.neur, et ils doivent leur rendre tous les services, leur donner tous les secours, que permettent leur situation et leur reconnaissance.
DE LA FAMII l.i:,
Q. — Qu'est-ce que la lamille^
R. — La famille est une société domestique qui
iiuatrc classes, le vote étant par tête, lu ilcrniére. de beaucoup ];i plus nombreuse était la plus i>répon(lérante, et le Sénat et l'Aréopage ftircni chargés de tempérer l'influence do !"élément démocratique dominant» Le Sénat était composé de quatre cents membres élus chaque année et, plus tard, choisis au sort. Il discutait les affaires avant qu'elles fussent proposées ù r.Vsscmblée siénéralc. L'Aréopage exorrait les hautes fonctions judiciaires, il maintenait les lois et surveillait l'éducation des enfants. .Solon pouvait dire de ses lois : « J'ai armé chaque parti d'un solide bouclier : je n'ai pas permis a l'un de vaincre l'autre injustement. " Les tables de .Solon contenaient des lois sur toutes les matières : politique, religion, crimes, somptuaires, agriculture, etc., n s'cfforea de donner au mariage toute sa dignité, limita le luxe des femmes ; le fils doit à son père le respect et la nourriture dans I.i \ ieillcssc ; le père ne peut dépouiller ses enfants légitimes de son héritage ; tous les citoj-ens durent justifier de leurs moyens d'existence; il aniélior.i la position des esclaves ; cl, après avoir reconnu ses lois perfectibles, il fit jufer .in\ Athéniens de les respecter pendant dix ;ins.
228 CATKCHISMK I)L I.lliRE-Fl:;NSL;L'R
constitue le premier des états naturels de Ihomme; c'est aussi une société civile établie par la nature. Elle se compose intrinsèquement du mari, de" l'épouse et des entants, et extrinsèquement des aveux, collatéraux, et alliés.
Q. — Doit-on aimer la famille^
U. — On doit aimer la tamillc par-dessus toutes choses (il. ■
DE L'AMOl'R nt' PROCHAIN.
Q. — L'homme doit-il aimer s.)n prochain i R. — Il le doit et il l'aime en etlcl. L'auiour du p)-()chain est de tous les sentiments le plus juste
'1- « Ce qui unit les membres Je la tamiUe antique, e'est quelque chose de plus puissant que la naissance, que. le sentiment, que la force physique : c'est la religion du foyer et des ancêtres. Elle fait que la famille forme un corps dans cette vie et dans l'autre. La famille antique est une association religieuse plus encore qu'une association de nature. L'ancienne langue grecque avait un mot bien significatif pour désigner une famille : on disait CTT LO'T lOV , mot qui signifie littéralement ce qui est aziprès d'un foyer. L'nc famille était un groupe de personnes auxquelles la religion i)ermetta!t d'invoquer le même foyer et d'offrir le repas funèbre aux mêmes ancêtres... L'homme, après la mort, était réputé un être heureux et divin... Une famille qui s'éteint, c'est un culte qui meurt. 11 faut se représenter ces familles à l'époque oit ces croyances ne se sont pas encore altérées. Chacune d'elles possède une religion et des dieux, précieux dépôt sur lequel elle doit veiller. Le plus grand malheur que sa piété ait à craindre est que sa lignée ne s'arrête. Car alors sa religion disparaîtrait de la terre, son foyer serait éteint, toute la .série de ses morts tomberait dans l'oubli et dans l'éternelle misère. Le grand intérêt de la \ie Inimaine est de continuer la descendance ]iour continuer h' 'iilte. " V. J'ustel de Coulange.-;, La eUc aufùiiir.
CATECHISMK DT Ll BRK-PKNSEL'R 229
et le plus utile. Et le sage chinois Khoung-tseu (i) nous a le premier appris que : « // faut aimer son prochain comme soi-même. »
DE [/ANTAGONISME, DE LA GUERRE ET Dl' PARDON DES OFFENSES.
Q. — L'homme peut-il faire du mal à un autre homme ^
R. — Non, l'homme ne doit faire de mal à personne.
Q. — La guerre entre les hommes est donc condamnable ?
R. — La guerre est une abominable calamité. L'état naturel de Vhomnie est la paix qui lui permet de vivre en relations cordiales avec les hommes de toutes les villes et de toutes les nations et de se livrer tranquillement à son industrie. La guerre est une surprise ou une vengeance. Comme surprise, elle est assimilable au guet-apens et aussi préjudiciable à celui qui se ^iéfend qu'à celui qui attaque ; comme vengeance, elle nuit autant au vainqueur qu'au vaincu et éternise l'antagonisme en déplaçant le désir de la vengeance. Aussi n'est-il pas philosophiquement bon de se venger. Khoung-tseu
I Khonnqf tsou. \'. plus Iiniit
>::o CATECHISME DU I.IBRE-PP:NSEUR
dit : « le sage se venge par des bienfaits. <) Pittacus (i), un des sept sages de la Grèce, était d'avis que (f la cle'mence est prél'crable aux remords de la vengeance, )) et il ajoutait: <' ne médis pas de tes amis, non pas même de tes ennemis. )' Diogène Lacrcc {2) rapporte : <* qu'on doit obliger ses amis pour se les rendre plus intimes, et ses ennemis pour s'en faire des amis, » (3) Un jour, on disait à Diogène (4) : « Apprends-moi par quel moven me venger ? )> Le Cynique répondit : « En devenant plus vertueux. ,) On trouve ceci dans le livre des Brahmanes : u Le devoir du juste exige que non-seulement il pardonne à son meurtrier, mais encore qu"il lui fasse du bien au moment même où celui-ci le tue, ainsi que l'arbre de sandal qui, au moment où il tombe, parfume la hache qui l'a frappé. » Les anciens condamnaient ia guerre et cherchaient, quand elle éclatait
.1) Pittacus, né à iMytiléne 652 .iv. J.. On lit dnns Diogfène Lacrre plusieurs préceptes qui font foi de s.a s.-igessc.
2) Diogène Laërcc, de la ville de Laërte, en Cilicie, dut vivre sous Soptimo Sévère et Caracalla. II a laissé un ouvrasre qui contient la vie. les dogmes, les dits, des anciens philosophes.
(3) Quel esprit de mansuétude, de pardon, ilc charité et d'amour règne d.ins ia philosophie antique ! Comment .'i-t-on osé déclarer que la charité était uur vertu essentiellement chrétienne, quand lupiter est le Dieu de l'hospitalité, quand on doit recevoir en son nom les éiranger.s et les suppliants, n les vénéra • hles indiffents ». ceux qu'il fallait i( traiter comme des frères », quand il n'y avait pas un Dieu qui n'enseignât qu'il fallait s'aider les uns les autres 1
( 1) Diogène le Cynique, né à Sinope, ville d'Asie-^Mincure. Il porta a l'excès le mépris des richesses et des usages reçus. Il disait communément qui' toutes les imprécations des tr.igiques s'étaient réalisées en lui parcequ'il était exilé, sans pairie, s.ms habitation, errant, et vivant au iourleiouren nh-!!(liant son )iain.
CATi;CIIlSME f)r LIBRE-PENSEUR
à la rendre moins barbare, (,)n voit Ciccron tenir le ]-nènic langage que Zenon (i). Les sto'iciens considc'raient la terre comme une mC-me cîté, le genre
humain comme ime même lamille (2).
\W. I A PATRli;.
Q. — Qu'est-ce que la patrie?
R. — La Pairie est l'extension sociale de la lamille. « C'est la communauté des citovens qui, riiunis par des sentiments fraternels et des besoins réciproques, i'ont de leurs lorces respectives une force commune, d.ont lu reaction sur chacun d'eux
I, /ônon, né ;i Citliur.i, J.ins l'ilo de Chypre, vers Tan ;,ï8 av. J., mort vers 2(Jo. C'est le fondateur du stoïrismc. Elève de Cratés et disciple de Diogène, il rejeta bientôt tout ce qu? l'école cynique contient de mépris pour soi même, pour les usages, et do dédain poi'r les recherches intellectuelles. Il garda il.ses maîtres le renoncement aux besoins faclices, au superflu, la domination sur soi-même, l'empire sur ses passions. Après avoir passé vingt ans dar.s l'étude, il se mit à enseigner sous le beau ijortiquc de l'agora, s/oit, d'où on nomma les sio'iquc'i ceux qui firent profession d'une vie frugale et d'une grande pureté de moeurs. Zenon classa les idées et voulut connaître la vérité par le raisonnement. C'e.rt ce qu'il nomma /,; logîqiic, et jiour asseoir la logique il 1aut connaître la physique, c'est-à-dire le système du monde, le principe di-s ihoscs, la scionce. 11 ne reconnaît dans le monde qu'un principe : la mnficir. 11 idcntilie Dieu avec les substances premières, en lait un principe actif, lefeu ou calorique. De ces deux divisions ressort la 7,v^r(!//,' on r////';?;/!". Pour qu'il possède le bonliiMir. l'Iinumv- doit être en parfaite Ii.'irn'.onie avec l.i nature qui est Dieu.
Délivrez la raison de ce (|ui robscurcit, de quelciuc part que r(jbscnrité vienne, régularise/la, ni'ttr/ d'accord la raison individuelle ;ivec la r:iison universelle et vous posséderez le soiivtiain bien.
2 V. I-ucain. Cntoii : Xccsibi, scd tiiii (^rtutinn ^r int/fir iininiii'. il ne \il p.is pour lui, ni.'iis pour le gfuri' lium.-iin.
prend le caractère conservateur et bienfaisant de la paternité', (i) >'
Q. — Doit-on aimer sa patrie ?
R. — C'est ce qu'on doit aimer le plus après sa famille.
Q. — Doit-on se sacrifier pour elle '(
R. — Oui, jusqu'au jour où, le progrès aidant, les IVontières seront abaissées, les guerres finies, et où on ne connaîtra plus que la Socic'tc (2).