‹ Catechisme du libre-penseurChapitre 32 sur 34 · DU DROIT · texte numérisé non relu

DU DROIT

Q. — Sur quoi doit-on baser la loi ?

R. — Sur le droit qui s'appuie lui-même sur la morale et la vertu ou justice.

Q. — Quels sont les principaux droits de l'homme?

R. — Les voici tels que l'immortelle Révolution française, à laquelle les hommes du monde entier, qui auparavant étaient esclaves, doivent d'être des citoyens, les proclama dans sa DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME : (( Art. i^r. — Les hommes naissent et demeurent libres et égaux. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Aj-t.2. — Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et Ja résistance à rpppression. Art. 3 . — I .e principt

de toute souveraineté réside expressément dans la nation. Nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. Art. 4. — La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme, n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. Art. 5. — La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. Art. 6. — La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citovens sont égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autre distinction que celle de leurs vertus ou de leurs talents. Art. 10. — Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestalion ne trouble pas l'ordre établi par la loi. Art. ; i — La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoven peut donc parler, é:rire. -mprimcr librement.

sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. )>

Q. — Quelle est la seule forme de gouvernement compatible avec l'exercice de toutes les libertés ?

R. — La République.

DE LA RKVOLTE,

Q. — Si, dans une nation, un ou plusieurs individus parviennent à imposer par la violence une loi contraire à la nature ou au droit, l'homme doit-il la subir ?

R. — Non, rhomme doit se révolter. Un empereur de la Chine demandait au sage Meng-tseu (i) : « Un ministre ou un sujet a-t-il le droit de tuer son prince ? » Le sage répondit : « Celui qui fait un vol à l'humanité est appelé voleur ; celui qui fait un vol à la justice est appelé tyran. Or, un voleur et un tyran sont des hommes appelés isolés ou réprouvés : on peut donc justement les tuer. » Les anciens disaient communément ce que Cicéron nous rapporte ainsi : « Point de Société entre nous et les tvrans ;

(i) Meng-tseu, en latin Mencius, né à Tsôou, province de Chang-oung dans la première moitié du IV* siècle avant notroèrc. Il ne réussit pasdans ses prédications et imita son prédécesseur Khounpr-tseu en revisant le C^n'/i Ki'nç- (livres des livres). li exposa sa propre doctrine dans un livre qui porte le nom de Meng-tse-C'hou. 11 regarde l'homme comme .ibsolument bon, ot, .1 ses j'oux, la vertu consiste a pratiquer l'hiinianité et la justice.

il est honorable de les tuer quand on le peut : c'est une race pestilentielle et impie qu'il faut exterminer du milieu des hommes. » Guizot (i) enfin nous dit, en parlant de Vinsurrcction : u Si, du point mystérieux où il re'side, ce grand droit social, ne pesait sur la tête des pouvoirs mêmes qui le nient, depuis longtemps le genre humain, tombe sous le joug, aurait perdu toute dignité comme tout honneur. »>

DE LA VERTU Oli JUSTICE.

Q. — Qli 'est-ce que la vertu ou justice ?

R. — La vertu est pour ainsi dire la quintessence de la morale ; elle est, comme le dit Cicéron : u la nature perfectionnée en elle-même et portée à son plus haut terme. » On ne peut séparer la vertu de la justice qui nous fait rendre aux autres hommes et à nous-mêmes ce qui est du à chacun. La justice comprend tous nos devoirs, tous nos droits : être juste et être vertueux est même chose. Cicéron voit dans la justice la plus grande splendeur de la vertu et exige quelle soit toujours accompagnée de « bonté, de douceur, de bienfaisance et autres qualités semblables. »

fi) Guizot n'est pourtant pas un n'voliitinnnniro. au rontrairc. mais comment ôtniiffor la voix tic la raison 1

2;o CATECHISME DE El BRE-PENSEUR

Q. — Doit-on pratiquer la vertu dans l'espoir d'en être récompensé d'une façon ou d'une autre?

R. — Nous laissons Sénéque (i) répondre à cette question : « Il y a des gens qui, dans l'honnéte, n'affectionnent que l'utile, qui ne trouvent aucun charme à la vertu sans profit. Ils ignorent que la vertu perd son éclat, sa grandeur, du moment où il s'y mêle quelque chose d'aussi honteux que de calculer le prix de la probité. La récompense des âmes honnêtes est en elle-même. »

Q. — Que dit Cicéron ?

R. — Cicéron, (2) place encore plus haut la conscience humaine : « C'est Téquité » dit-il « c'est le droit que chérisseHt tous les gens de bien, La justice ne recherche aucun prix, aucun salaire, elle est donc recherchée pour elle-même, et il en est ainsi de toutes les vertus. C'est l'extrême injustice que d'attendre le

(i) .Sénéque, V. plus haut.

(2) Cicéron, V. plus haut. Qnintits hic dies, Dntte, finem faciei Tîtsmlanartini dispiifationevi : gno die est a nobis ea de re, qiia7ii tu ex omnibus maxime probns, dispiiiatiim. Voici, Brute, notre cinquième jour et dernier entretien de Tusculum. Nous avons soutenu cette proposition giie }a ferfii siiffit il l'homme pour le rendre heureux, et je rai soutenue d'autant pins volontiers que c'est votre thèse favorite.

Plus haut, Cicéron examine si, comme l'affirment le.s stoïciens le sapfe est toujours heureux. Il dit ; « Parmi les systèmes qui ont été proposés pour le souverain bien, il s'en est conservé quatre simples. Celui des stoïciens: qu'il n'y a de bon que ce qui est honnête ; Celui des épicuriens : qu'il n'y a de bon que ce qui est agréable; Celui d'Hiéronyme : qu'il n'y a de bon que la privation de la douleur ; et celui qu'a voidu établir Carnéade contre les sto'ïciens : qu'il n'y a rien de bon que la jouissance des prem'i'rs dons de la nature, soiç (Je tons ensemble, so't du miins des jirinripaux, "

CATECHISME 1)1' I.IBRK-PKNSEUR

prix de la Justice. Un homme qui n'est juste que parcequ'il craint, n'est point )uste. »

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