DE LA RECOMPENSE ET 01' CHATIMENT
Q. — La récompense et le châtiment n'existent-ils point ?
R. — Si, la récompense et le châtiment existent. Cest en lui-même, et vis-à-vis de ses semblables, que l'homme trouve la récompense ou le châtiment de ses pensées et de ses actions. Socrate (i) disait : « Je prétends que quiconque est honnête et vertueux, soit homme, soit femme, est heureux, et que quiconque est injuste ou méchant, est malheureux. » Enfin Cicéron s'écrie : « Je prétends et soutiens que tout ce qiion fait de bien, est de soi-même la récompense du bien qifon fait. »
Q. — L'homme qui se juge bon d'après sa propre conscience doit-il demeurer indifférent au jui^emcnt de ses semblables ?
R. — Non, car l'homme peut se tromper plus facilement, étant seul, que les autres hommes avec lesquels il vit, qui sont nombreux; s'il paraît au grand jour, sans hypocrisie, avec sa nature, il trouvera toujours des hommes justes pour censurer
'l' Snrrnto. V. los nôtres.
sa conduite ou dévoiler ses torts et admirer ses vertus, et Vestimc des gens de bien sera pour lui une haute récompense.
Q. — Où le coupable trouve-t-il son châtiment?
R. — Quand on manque (( à la raison et à la justice » dit Thiers (i) a on rencontre bientôt ici bas un juste châtiment, » mais ce châtiment n'est pas uniquement dans les peines que la Société, qui a besoin de se protéger, vous inflige, il est encore dans les remords qui accablent la conscience du coupable. Juvénal (2) dit : « Le premier châtiment du coupable est de ne pouvoir s'absoudre au tribunal de sa conscience. » Sénéquc : u Le châtiment du crime est dans le crime même. » Maxime de Tyr (■:;) a dit : « Le plus dur châtiment du méchant est sa méchanceté même. » Enfin nous trouvons dans Buhver Litton (4) que : « il n'y a pas d'angoisse comparable à celle que nous fait éprouver une faute dont nous sommes honteux. »
(i) Thiers, né û Marsoillo. te lO avril 1706. Homme politique ot historien contemporain.
[2] Juvénal, poëtc satirique latin né vers ^2 de J.. C'est lui qui s'érriait (]uand il entendait parler de nouveaux dieux ;
Affro Semtnunt Jii/n'fcr rt ]\!ars ?
j) Maxime de Tj'r,philosophe platonicien qui compte parmi les pins illustres du II' siècle. V. disserintions morales et philosophiques.
(4) Bulwer Litton, publicistc anglais contemporain, dans les romans duquel. on trouve, de temps en temps, quelques pensées philosophiques.
Q. — Mais la conscience du coupable est souvent inaccessible aux remords.
R. — Et le plus grand des châtiments est alors cette insensibilité' même, et celui qui est dans cet e'tat est puni dans l'horreur qu'il inspire à ses semblables, dans les justes douleurs qu'ils lui infligent ; l'homme sans remords est regardé comme un animai immonde ; il meurt retranché de la société des hommes après avoir supporté le poids de leurs colères sans jamais avoir excité la compassion, tandis que l'homme juste meurt entouré de la considération générale et que son nom prononcé avec vénération est donné comme un exemple par les générations qui se succèdent éternellement.