DE L"IND1\!1)UA1-1TÉ DIVINE
Q. — S'il n"v a point de Dieu, ni d'autre cause première, ainsi que le dit Littré, on ne peut s'expliquer roriu,ine du monde?
R. — Nous pouvons vivre et contenter notre raison sans forger des hypothèses sur l'origine du monde.
Q. — Mais si on tient à admettre ces hypothèses, il faut les baser sur Dieu?
^i) Littré, savant plilloluguo ot philosophe fVanrais coiitcniijorain, run des chefs de rÉcolc positiviste.
(2) Lorsque, picnves en mnius, on viendra snutenir le eontraire de nos aflir mations, alors seulement le contraire sera discutable.
CATÉCHISME bU LIBRK-FENSEUR l^
R. — Nullemcnl-. Strabon (i)i Aristote (2), Démocrite (3), Bacon (4), Laplace (5), ont écarté Dieu
(il Strabon, né ;i Amasée (Capp;idocc) 50 ans avant J. C. Voyageur et Scographc, il écrit ce qu'il voit, cite ce qu'il lit, ainsi que ce qu'il entend dire. C'est le premier auteur connu qui ait considéré la géographie comme devant embrasser rensomblc des productions et des coutumes des pays en même temps que la description de leur figure et l'indication de leurs limites.
(2) Aristote, naquit à Stagyro dans la première année de la gg" Olympiade. Ils descendait d'Ksculape. C'est un de ceux qui, avec Socratc et Platon, ont été mis au premier rang de la philosophie grecque. Il écrivit, pour ainsi dire a priori, une histoire des animaux qui fit foi pendant longtemps mais qui tourmillc d'erreurs. Il fut remis à la mode lors des grandes querelles du Mo}-cn-Age sur la philosophie scolastique. Il est resté depuis dans l'Ecole et mérite d'y être maintenu à cause des grands principes de philosophie qu'il .1 émis. Il n'a guère sacrifié à l'imagination et il déclare que nos idées générales naissent par abstraction et ont leurs racines dans l'observation et l'cxpéricnce.
(;,) Démocrite, né à Abdèrc, ville de ïhrace, dans la -J année de la 77" Olympiade ((70 av. J.-C.j. Son père ayant offert l'hospitalité à Xercès, celui-ci lui laissa des Chaldéens et des ilages pour qu'ils instruisissent son fils dans l'astronomie et la théologie. Démocrite voyagea en Egypte où il apprit des prêtres la géométrie, et aux Indes où il conversa avec les !Mages et les gymnosophistes. En montrant le coté puéril, vain et ridicule des choses humaines, il sait, comme le dit Baylo, embrasser toutes les sciences dans la sphère de son activité. Il déclare que rien ne vient de rien et que rien de ce qui existe n'est anéanti ; que rien n'arrive au hasard et que chaque événement à sa 1 ause d'où il résulte nécessairement. « Rien ne se fait do rien, » ditil » et ne i-cut se résoudre en ce qui n'est pas. " 11 voulait que les lois laissassent l'indr \ idu libre de faire ce qu'il lui plairait pourvu qu'il ne nuisît à personne.
(4) Bacon, né à Londres le 22 janvier 1560, mort le 9 avril 1626. En politique, il se montre partisan de l'intervention gouvernementale dans l'exercice des •Iroits de l'homme. Préoccupé de l'éparpillenicnt des forces intellectuelles de l 'humanité il fonde, dans %-aNouvcIIc Atlantide, une organisation propre à cm pêcher cette dispersion. En philosophie, il agite un monde d'idées, principalement dans sa licstaiiratio magna qui comprend le novwji orgamtJU dans lequel il tente de percer la nature par la connaissance de ses formes. « S'il existe un mortel qui connaisse les yy;7«o-, » dit-il « c'est cet homme seul qui peut se vanter d'embrasser les lois générales de la nature, et de la voir parfaitement une, même dans ses matières les plus dissemblables.» Si, en prononçant ( es mémorables paroles, le chancelier Bacon eut eu en vue l'immense unité des corps vivants de la nature, ou ne pourrait qu'applaudir a sa perspicacité ; malheureusement, il ne s'explique pas bien sur la forme \ il la considère cciicndanl comme une qualité sensible, inhérente à l'objet, mais il abandonne beaucoup trop à l'impression, â l'induction; il veut classer trop arbitrairement les faits et les idées par séries, et quelquefois il se montre opposé à la méthode expérimentale qui est la base de toute notre science moderne.
(5I Laplace, franrais, né en 1740, s'occupa de philosophie en éludiaiu ia
l8 CATÉCHISME DU LIBRE-PENSEL'R
de leurs systèmes et ont été beaacoup plus rationcls dans leurs explications que ceux qui ont eu recours à des dieux.
Q. — Pourquoi donc y a-t-il des dieux?
R. — Parce que l'homme les a invente's.
Q. — Que pense Aristote à ce sujet?
R. — Aristote dit que l'homme s'est crée des maîtres à son image et leur a donné aussi ses mœurs (i).
Q. — Quelle idée Hume se fait-il des dieux?
R. — Selon Hume (2), les dieux, êtres puissants et invisibles, ne sont, en résumé, qu'une espèce particulière de créatures humaines, élevées, peutêtre, au-dessus de l'humanité, mais conservant néanmoins toutes les passions et les appétits humains.
Q. — Quel service Euripide dit-il que les dieux nous rendent?
R. — Euripide (3) disait que les dieux plongeaient tout dans la confusion, afin que chacun de
Kcomctrio, rastrononllc et Lt phy-.iquc, sciences dans lesquelles il a acquit une autorité indiscutable et un nnm immortel.
(i) Xénophano de Golophon disait que si les bœufs et les chevaux savaient peindre ils feraient des dieux qui auraient figure de bœufs et de chevaux, leron dont, plus tard, se souvint peut être Lafontaine.
(2; Hume, né à Edimbourg le .^ avril 1711, mort en 1776. est connu autant comme historien do l'Angleterre que comme philosophe. 11 a cherché â détruire méthodiquement les erreurs accréditées. 11 convenait que toutes nos idées viennent des sens, mais il doutait que la perception 'de nos sens fut, le plus souvent, conforme à la réalité.
(3) Euripide, né dans la première année de la 75° Olympiade !48o av. J.-C.', <i Salamine, cil ses parents s'étaient réfugiés, ainsi que les autres Athéniens,
CATECHISME DU LIBRE-PENSEUR ic
nous, pousse par l'ignorance et rincertilucic, leur rendit plus d'hommages et de respects.
Q. — Quelle idée Pascal se fait-il de Dieu?
R. — « S'il y a un Dieu » dit Pascal (i) « il est inlinimcnt incomprc'hensiblc, et nous sommes incapables de connaître ni ce qu'il est, ni s'il est. »
Q. — Faut-il donc nier l'existence des dieux que nous ollrent les religions?
R. — Quelque soit la laçon dont on raisonne, on en arrive à la négation des dieux des religions.
Q. -- Si on admettait les dieux humains, passionnés, que nous ollrent les religions, de quoi faudraitil convenir?
R. — Que le plus méchant des hommes est meilleur que le plus aimable des dieux.
Q. — Pourquoi ?
R. — Parcequc Ihomnie est domine par les evc-
pour ccbapper à Xcrccs. Il naquit prccisL-nicnt le jour où les Grecs rcmpor tcrcnt prè-s des bords de lEuripc la victoire qui délivra la Grèce, et reeut. a cause de cette victoire, le nom d'Euripide. Il se distingua aux exercices du corps et fut couronné aux jeux olympiques. Il étudia l'éloquence sous Prcdicus de Chio. Sophocle dit de lui que c'était seulement dans ses tragédies qu'il bafouait les femmes et qu'il les recherchait beaucoup ailleurs. Dans les tragédies, dont il fixa définitivement la langue, il s'élève souvent aux hauteurs de la philosophie, et il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à lire X'IIicubc, la Phéniciennes, UJl/éifcc, 1' Alccs/c, V Hippolytc et Xlpliigcnic en Atilidc.
(i) Biaise Pascal, français, né en 1623. Adonné d'abord aux sciences mathémathiqucs et physiques, sa nature maladive le porta vers la superstition, et, après avoir lu le discours sur la rifonnaiion de rho7ninc de Jansénius, il se voua à la polémique religieuse et ù l'étude de l'homme, condensa ses pensées dans des formules précises, et écrasa les iésuites sous cet immortel pamphlet qu'on nomme les provinciales.
nenients, qu'il n'est maître de sa volonté qu^en luimême et non par rapport aux objets qui l'environnent, tandis que Dieu est le souverain maître de toutes choses.
Q, — Que dit Bulion sur le rapport de Dieu avec sa créature ?
R. — Duffon (i) dit que tout est mal sortant des mains de Dieu et que tout se perfectionne entre les mains de l'homme.
Q. — Peut-on faire le Dieu créateur plus iniparlait que sa créature ?
R. — Non, parccqu'alors le créateur perd sa force en perdant sa suprématie et n'a plus de raison d'être.
Q. — Qu'est-ce qui peut encore prouver que Dieu est inférieur à l'homme ?
R. — L'attribution à Dieu de la sagesse infinie.
Q. — Comment ?
R. — Parccque, ainsi que le dit Sénéquc (2) ;
(i) BufFon, français, ne le 7 septembre 1707, mort le 16 avril 170S. Apréf; avoir amasse des matériaux pendant dix ans, il commcnra ia publication de cette hisioirc untiurlli: dans laquelle il embrassa la Ihcorie de la Tcirc, les idcrs géncralrs sur Us auimaii.x, V hisioirc ds l'homme, des quadrupèdes, des i!iscaii.x,dcs mincraiix, les époques de la iialure, toute une science supérieure, une philosophie suprême, enveloppées dans un style pur et élé,ufant qui eut suffi pour rendre impérissables ses œuvres, s'il n'eut été par sa pensée et SCS observations tléja un des plus grands et des plus féconds génies qui ait honoré la Terre.
(2] Sénéque, Lueiiis Annœus Scncca, né à Cordoue l'an 2 ou 3 de Jésus-Christ, vint à Rome où il étudia de bonne heure la philosophie prés des pythagoriciens Attalo et Sotion. Sa vie fut partagée entre ses goûts pour la philosophie et son
« Il est une chose en quoi Thomme remporte sur Dieu : celui-ci doit sa sagesse à un be'ne'hce cie nature, le sage ne doit la sienne qua lui-même, n
Q. — Pourquoi dans la religion chrétienne, qui doit nous occuper surtout, le créateur est-il plus impartait que la créature?
R. — Parcequ'il a la toute-puissance de faire le bien et mal.
Q. — Cette toute-puissance n'est-elle pas destructive de la divinité ?
R. — Oui.
Q. — Pourquoi ?
R. — Parceque le bien et le mal sont des qualités qui s'excluent.
Q. — Comment le bien et le mal s'excluent-ils ?
R. — Si un homme est doué uniquement de
penchant pour les honneurs et les richesses; c'est ainsi qu'on le voyait vivre en ascl-tu" et pratiquer la vertu tandis qu'il était très riche, prêtait à usure et écrivait l'éloge du parricide. Lorsqu'Agrippinc devint la femme de Claude, il fut chargé, avec Kurrhus, de l'éducation Je Néron. Dès lors, partagé entre la puissance et ses réflexions philosophiques, on le voit sacrifier le plus souvent celles ci a celle-là, jusqu'au jour où, impliqué dans la conspiration de Pison, il fut réduit à se donner la mort en s'ouvrant les quatre veines.
En philosophie Sénéque est une manière de sto'i'cien qui cherche à faire entrer la philosophie dans la pratique. Le philosophe est le médecin des âmes et la philosophie est le bien commun de tous : « A'on njicd gnetugiiam philosophica ncc cligit ; omnibus liicet. •> Il fait l'éloge de l'impossibilité absolue; il s'élève contre les passions; il a des axiomes comme ceux-ci : «agissez avec vos inféricurj comme vous voudriez que vos inférieurs agissent envers vous ; ne vous permettez rien que vous ne puissiez faire devant voire ennemi. ..Montrez à ceux qui font le mal des sentiments doux et paternels, et vous souvenez que nul n'a le droit Je s'absoudre soi-même et Je se déclarer innocent. "
Cette morale cotivcnait si bien aux pères de l'Eglise qu'après avoir entendu Lactancc louer .Sénéque, ils manquèrent de le regarder comme un des fondati-urs du christianisme.
22 CATECPIISMP: du LiBRE-PENSEUR
vertus, il est bon; s'il est doué uniquement de vices, il est mauvais; s'il a des vertus et des vices, il est bon et mauvais à la fois; cela peut se présenter chez l'homme qui est un être fini et dont la vertu est bornée là où commence le vice. Chez Dieu, c'est autre chose! Dieu est un être infini qui, s"il est méchant, ne peut limiter sa méchanceté, qui, s'il est bon, est doué d'une bonté sans bornes. Dieu ne peut être que bon ou méchant. Si on lui attribue ces deux qualités ensemble on émet soi-même l'impossibilité de son existence.
Q. — L'existence du mal sur la Terre n'exclut-il pas aussi l'idée de Dieu ?
R, — Oui, parceque, au Jugement d'Epicure (i) : « Ou Dieu veut ôter le mal de ce monde et ne le peut ; ou il le peut et il ne le veut; ou enfin il le peut et le veut. S'il le veut et ne le peut pas, c'est impuissance, ce qui est contraire à la nature de Dieu; s'il le peut et ne le veut, c'est méchanceté, et cela est non moins contraire à sa nature ; s'il ne le veut, ni ne le peut, c'est à la fois méchanceté et impuis-
;i) Epicure, philosophe de Srimos, prcsqu'uniqucment disciple de Démocrite, s'attacha surtout à délivrer le monde de la superstition et de la crainte de la mort. Né à Gargettc, démo [bourg) d'Athènes, dans la iio' Olympiade, il fonda une école à Mitylènc et écrivit do nombreux livres, entr'autres : de la nature, des atomes et dti vide, de l'amoiir, de la justice et ajitres veHtis Sa morale peut se résumer en doux mots fliofO'iÇ, choisir, et (DVyT] rejeter. Selon lui :out pro\ ient des sensations, c'est la perception l'xtcrnc qui détermine nos jugements XplTrjpiOV TT^Ç oKTjueta^il le contrùle de la raison se trouve dans les sensatiims naturelles et le jugement vrai est celui que n'infirme pas les sens.
sance; s'il le veut et le peut, ce qui seul de ces partis convient à Dieu, d'où vient donc que le mal est sur Terre ? »
Q. — Que pense Descartes de la cre'ation?
R. — Descartes (i) s'écrie: « Donnez-moi de la
(il Descartes, fran('ais, né le 31 mars 1596, mort eu 1C50. Il voyagea près que toute sa vie, prit part ;'i plusieurs guerres, et mourut à la cour de Christine (le Suède. Il habita longtemps la Hollande. Fondateur de la géométrie moderne, il s'occupa des phénomènes de la lumière, de la météorologie, etc., et.lorsqu'il était à Amsterdam, il allait tous les matins chez un boucher afin de s'adonner à l'anatomîe. Toutes ces multiples études se rattachaient à son plan général. « L'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition du corps » disait-il « que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende les hommes plus sages qu'ils n'ont été jusqu'ici. Je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. »
Descartes resta toute sa vie attaché à l'Eglise et il prit le plus grand soin de ne pas compromettre sa personne. C'est ainsi qu'ayant fait un Tiaiié du Mundc, cil il parlait du mouvement de la Terre, et ayant appris la condamna tion de Galilée, il se refusa à le publier. Il écrivit au Père ilersenne : « Toutes les choses que j'expliquais dans mon traité, quoique je les crusse appuyées sur des démonstrations très certaines, trcsévidcntcs, je ne voudrais toutefois les soutenir pour rien au monde contre l'autorité do l'Eglise. '>
Cependant la doctrine, ou plutôt la méthode de Descartes, devait en faire le chef de l'Ecole rationaliste, c'est-à-dire l'ennemi le plus redoutable de l'Eglise ; tous les services qu'il a rendus peuvent se résumer dans les quatre règles que, dans ses Essais de philoaophie ou discoitis sur la niHhode, il formule lui même ainsi : « 1° Do ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne connaisse évidemment être telle, c'està dire d'éviter soigneusement la précipi tation et la prévention et do ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement en mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute ; 2° de diviser chacune des difficultés que j'examinerai en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour la mieux résoudre , 3° de conduire par ordre mes pensées, on commeneant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter, peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés, et supposant même do l'ordre entre ceux qui n,; procèdent point naturellement les uns des autres : 4°de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre. "
Descartes, en tant qu'observations sur différentes matières, par exemple sur la cause des orages et du tonnerre et autres phénomènes naturels, tomb^presque toujours dans l'erreur. Il en est de même lorsqu'il s'attache à démon trer rexistencc de Dieu et de l'âme humaine et cherche à établir une différence entre l'âme drs hommes et celle des animaux. On ne le retrouve qu'alors qu'il
matière et du mouvement et ie fais un monde moins imparfait. »
Q. — Que concluez-vous de la présence du mal en ce monde imparlait ?
R. — Que rindividualité divine est un mensonge.
Q. — On ne doit donc pas croire en Dieu ?
R. — Non, on ne doit pas croire à V individu nommé Dieu que la plupart des religions nous ont présenté.
Q. — Comment se fait-il qu'il y ait eu des religions pour nous doter de ces dieux?
R. — Les religions sont des phases historiques de l'humanité, durant lesquelles une partie plus ou moins considérable du genre humain adore un symbole représentant les idées qu'elle se forme de ce qui lui est inconnu.
Q. — Dans quelle phase religieuse sommes-nous présentement ?
R. — Dans une phase de Dieu personnel et indépendant.
Q. — Entrons-nous dans cette phase ou sommesnous à sa fin ?
R. — Nous sommes à sa Un.
applique sa méthoilo à des objets qui lui sont parfaitcmont connus, mnimu dans les iJiéditatwfis (iiiéditntionrs de prima pliilosopliia vbi Dri existcutia rt nmmœ iinmortalitate) , où il explique que nous pouvons d'abord douter dttout, jusqu'à ce nous sachions ce qui est vrai, qu'ainsi l'esprit qui peut douter de tout, ne peut douter dosa propre existence; de là le célèbre axiome: CoGiTO, ERGO SL'M ; par l'esprit il arrive à la diffcrencd entre l'action de l'entendement pt ri'll.^ dn l'iniacrination. puis il se perd en Dieu.
Q. — Pensez-vous qu'elle pourrait se reproduire?
R. — Non. La méthode expérimentale, qui ne date que d'hier, empêchera les idées de puissance indépendante et suprême de se reproduire.
Q. — Rappelez-nous l'opinion de Tyndnll à ce sujet.
R. — u Aujourd'h.ui » dii Tyndali (i)» la science exige l'extirpation radicale du !:asard et une foi absolue aux lois de la nature. Le développement des notions scientifiques produit le désir et la volonté de balayer du champ de nos recherches cette foule d.e dieux et de démons, et d"étab!ir les phénomènes naturels sur une base plus conforme à eux-mêmes »
Q. — Cette phase de Dieu personnel et indépendant aura-t-elle été favorable ou préjudiciable à l'humanité ?
R. — Elle lui aura été préjudiciable. L'antiquité a été au moins aussi avancée philosophiquement que nous le pouvons être aujourd'hui. Les religions qui ont détruit les écrits des philosophes (2) ont retardé
(1) Tyndali, nô en 1S20 en Irlande. Ingénieur, puis élovc ;i Marburg de l'illustre 'professeur Uunscn, il fut nommé professeur de physique à l'Institution royale. V. son discours devant l'Association Britannique réunie a Belfast (1874), et ses Conférences scientifïf]ucs.
{2/ Nous trouvons dans Cicéron l'origine du mot philowphe ainsi rapportée : « Ceux qui s'adonnaient aux sciences contemplatives étaient, avant Pythagore, nommés sage% ; PythaRore leur donna le nom de philosophes. HéracliJe de Pont qui était disciple de Platon et très-Habile homme lui-même, raconte ainsi l'histoire : Un jour, dii-it, Léon, qui était roi des Phliasiens, entendit Pythagore discourir sur c-rtains points avec tant de savoir et d'éloquence que ce prince, saisi d'admiration, lui demanda quel était l'art dont il faisait profession. .V quoi Pytliagoro répondit qu'il n'en savait aucun, mais qu'il éf.-iit M//,.,w>*//,
le progrès de rhumanité de tout le temps compris entre cette destruction et la reconstruction des monuments de la philosophie.
Q. — La philosophie antique, privée de la science que nous possédons, avait-elle la même opinion que nous sur l'individualité divine ?
R. — Oui, nous pouvons dire que la raison humaine, dans tous les temps, a proclamé comme une vérité que DlEU INDIVIDU n'existe pas, et que ce nest pas à une volonté indépendante et créatrice cpCon peut attribuer Vliarmonie universelle.