DU CONSENTEMENT UNANIME
Q. — Tous les peuples ont-ils cru en Dieu ?
R. — Non.
Q. — C'est pourtant en déclarant que tous les peuples ont cru en Dieu qu'on tire cette preuve de son existence appelée le consentenierà unanime'/
R. — C'est une erreur aue les religions ont ac-
faf illiim, arfem quidcm sci'ra mil'am, scd cssn philosoplinmj ; et sur co quo k> roi, surpris de la nouveauté de ce nom, lo pria de lui dire qui étaient donc l'-T, philosophes et en quoi ils dilTcraient des autres hommes, P}-thagore répondit : Les uns cherchent la gloire, les autres la richesse, mais il y a une troisième espèce d'hommes plus rare, qui, regardant tout lo reste comme rien, s'applique principalement à la contemplation dos choses naturelles, ce sont ces derniers qui se disent philoso/'hrs (renim naturam sfiidiosc ïufiiireuiiii- : hos se appcllare scipieiitiœ sfiijiosos, id est eiiitn philosophos) ; l'est à-dire anmfeurs de la sages-nc ; et comme à l'égard des jeux il n'est rien d'aussi honnête que d'y assister sans aucune vue intéressée, de même en ce monde, la profession la plus noble est celle d'une étude qui n'a d'autre but ijuc de parvenir à la connaissance de toutes choses — Cic. T'iscuhiia:., V. "
créditée pour servir leur cause. II y a beaucoup de peuples auxquels l'idée de Dieu n'est jamais venue, sous quelque forme que ce soit (i).
(i) Exemples : William Colcnso (évoque de Natal, siésc suffragant du Capl, dans son livre on ihe Maori rr.ccs of A'cw-Zealand , dit que les I\Iaoris qui sont des Néo-Zclandais « n'ont ni doctrine, ni dogme, ni culte, ni aucun mode d'adoration. Ils ne connaissent aucun être qui puisse, à proprement parler, L-tre appelé Dieu. Ils n'ont point d'idoles, ils ne vénèrent ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles brillantes, ni aucun phénomène naturel. »
Dans la nouvelle Guinée, chez les Papous Cara'i'bcs, les Arus sont des naturels simples, très-laborieux, foncièrement honnêtes et qui vivent trèsheureux. Ils sont complètement dépourvus d'idées religieuses.
Les Indiens Macas, sur le versant oriental des Indes, n'ont ni temples, ni prêtres, ni idées religieuses, et ne comprennent même pas ce qu'on veut dire, ni à quoi cela peut servir, quand on leur parle de Dieu.
Les Chinois éclairés, chez lesquels les principes philosophiques furent, do bonne heure, en honneur, n'ont jamais considéré leurs idoles vulgaires que comme un moyen d'abuser le peuple ignorant et de le gouverner avec plus de facilité.
Ces exemples, pris parmi les peuples do mœurs vertueuses et douces, et qui pour ignorer Dieu no se portent pas plus mal, suffisent pour détruire la théorie du consentement unanime.
Darwin écrit d'ailleurs : « Nous ne découvrirons jamais que les Fucgiens croient à quoique ce soit de ce que nous désignons par Dieu, ou pratiquent un rite religieux ; et Jcmmy Button, avec un juste orgeuil, avait résolument soutenu qu'il n'y avait point de diables dans son paj's. Cette dernière affirmation est d'autant plus remarquable que, chez les sauvages, la croyance aux mauvais esprits est beaucoup plus répandue que celle aux bons.... Le senti ment de la dévotion religieuse est très-complexe, il &e compose d'amour, d'une soumission complète â un supérieur mystérieux et élevé, d'un fort sentiment de dépendance, de crainte, de révérence, de gratitude, d'espoir pour l'avenir, et, peut-être, d'antres éléments. Aucun être ne saurait éprouver une émotion aussi complexe sans être parvenu à un degré au moins modéré des facultés morales et intellectuelles. Nous remarquons néanmoins quelques rapprochements éloignés de cet état d'esprit dans l'amour profond qu'a le chien pour
un maître Il n'y a pas de preuves que l'homme ait été primitivement
doué do la croyance relevée de l'c^xistence de Dieu. Il y a, au contraire, des démonstrations concluantes fournies, non par des voyageurs de passage, mais par des hommes ayant longuement vécu avec les sauvages, qu'd a existé de nombreuses races, et qu'il en existe encore, qui n'ont aucune idée d un ou plusieurs dieux, et n'ont pas dans leur langue de mots pour en exprimer l'idée. >'
DES DIVINMTÉS.
Q — Chez les peuples qui ont des dieux, la divinité revêt-cllc toujours un caractère humain ?
R. — Non. la plupart des divinités sont plutôt l'emblème d'un élément naturel.
Q. — Prenez un exemple.
R. — Nous pouvons prendre pour exemple le cuite rendu au Soleil. Les Incas, qui dominèrent au Pérou (i), avaient entouré de beaucoup de splendeur \c culte qu'ils rendaient à l'image de l'astre du jour, et Manco-Capac (2) c^ui subjugua le Pérou et le soumit à ses lois passait pour le hls du Soleil, Le culte de Pha-bus-Apolio ou Soleil est un des plus beaux de la Grèce antique et de Rome. La plupart des peuples de l'Afrique adorent le Soleil. Le Soleil est le grand principe vivifiant, c'est la plus grande, la plus éblouissante expression de la Nature, voilà pourquoi on l'adore.
Q. — Certains peuples n'ont-ils point divinisé toutes les lorces et les formes de la nature ?
R. — Oui, les grecs, et, d'après eux, les romains.
(i) Les Incas (loniin.T.innt encore au Pérou lorsqu'on découvrit rAroériquo ; ce turent les européens q\ù détruisirent ce peuple, peu :\. peu. Jlarmontcl a écrit sur les Incas un roman poignant.
(2) Manco-Capac est le fondateur de la monarchie des Incas. 11 vint, avec sa femme Jlania yVello, probablement du Mexique, soit au XI* siècle, soit plutôt au XII". Les lois qu'il fit punissaient de mort l'homicide, le vol et r.uluUérc ; elles punissaient l'oisiveté. 11 eut pour successeur son (Ils Singhi- Koca. Le dernier roi du Pérou tut ilanco-C'apac II qui périt en se défendant contre .-Mm.iirro et Pizarre
CATÉCHISME DU LliiRE-PENSEUR 2C,
Q. — Quel nom donnc-t-on au culte constitue par l'ensemble de ces divinités ?
R. — On nomme ce culte le Panthéisme.