‹ Catéchisme du socialisme, libéral et rationnelChapitre 10 sur 53 · DE LA SOCIÉTÉ EN GÉNÉRAI · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ EN GÉNÉRAI

D. Pourquoi commencez-vous par l'étude de la société, plutôt que par celle de l'homme?

R. Afin de justifier de prime abord les aspirations du

socialisme, en montrant combien les sociétés jusqu'ici connues' sont imparfaites ei réclament de profondes réformes.

D. Est-ce que, pour le perfectionnement des relations humaines, le passé ne répond pas de l'avenir?

R. A en juger par l'histoire, l'Humanité a sans doute fait de grands progrès, mais sa marche a été si laborieuse, parfois si aveugle et si incohérente, que les résultats obtenus sont loin d'équivaloir aux efforts, aux sacrifices qu'ils ont coûtés. Les sciences ont aujourd'hui répandu assez de lumières pour que l'activité sociale doive désormais recevoir un plus fructueux emploi.

D. Dans quel esprit doit-on appliquer l'observation, l'analyse cl la criliciuc à INUudc des sociétés?.

CATÉCHISME m SOCfÀLISME UBÉR4L ET RATIONNEL 15

R. Avant tout, nous devons tenir compte des faits, les examiner sous toutes leurs faces, en chercher les véritables caractères, les causes, les conséquences, et distinguer autant que possible, dans la filiation des événements, la part des causes et des lois supérieures à la volonté de l'homme, de celle qui dépend de sa raison et de sa liberté.

D. Lequel des deux, de l'individu ou de la société, a le plus d'influence sur la destinée humaine?

R. C'est difificile à dire. L'individu et le milieu social ont l'un et l'autre una influence incontestable et réciproque. Sous certains rapports, l'individu est l'artisan de son milieu ; mais, à son tour, celui-ci, préexistant à l'autre, exerce sur lui une action moins évidente.

D. Lequel des deux la réforme sociale doit-elle changer ?

R. Elle doit les modifier l'un et l'autre dans une large mesure. La science nous fournira de nombreuses indications à cet égard. Si l'homme, considéré dans ses facultés natives, ne p«ut être changé, rcjducanbn él les côndllions '

environnantes influent au moins sur son perfectionnement physique et moraL En conséquence, il ne faut pas plus s'attaquer à ce qui est immuable en lui que nier la possibilité d'agir sur l'élément perfectible de la nature humaine. 11 en est de même de la société ;. ses fondements intimes sont indestructibles. On ne peut se représenter les hommes vivant ensemble sans des relations d'amitié, d'amour, de famille et de hiérarchie ; mais on observe une grande variété dans les institutions légales et les mœurs qui règlent ces rapports. Ct^s lois, ces mœurs, sont la partie modifiable de l'organisation sociale.

D. L'étude de la société est-elle difficile?

R. Oui ; les faits sociaux sont si nombreux, si variés, si complexes que l'observation peut souvent manquer d'exactitude, l'analyse de profondeur et la critique de justesse. Dans une exposition élémentaire comme celle-ci, cette étude, nécessairement très-incomplète, ne fournira que des indications générales, propres à diriger le lecteur. La réflexion et dlautres lectures suppléeront à la brièveté de

nos aperçus.

D. Si, comme vous l'avez avancé, la science sociale n'est autre chose que la physiologie de l'Humanité, ditesnous ce qu'il faut entendre par ce mot : Humanité?

R. Il n'a pas toujours le môme sens. Les uns en font le

synonyme de genre humain, dans le môme sens que l'on

dit, le genre ou le règne animal ; d'autres s'en servent

pour désigner les qualités communes à tous les hommes ;

d'autres enfin voient dans l'Humanilé un ôtre réel qui

serait aussi individuel et aussi collectif que Thomme dont 1 organisme doit ce double caractère a laccurd unitaire '

des divers appareils, organes et molécules qui le com^

posent.

D. Laquelle de ces acceptions est la plus exacte?

R. Toutes le sont à la condition d'être définies. Toutefois, la troisième qui nous semble très-juste est encore à peine admise par quelques savants modernes, bien qua l'idée de l'unité humaine ait ses racines dans les traditions et dans la croyance chrétienne qui proclame les hommes tous frères, tous enfants du môme père , et destinés à vivre unis {omnes unum sint),

D. Pourquoi cette notion de l'Hun^anité estelle encore si incertaine?

R. Parce que nous ignorons absolument Torigine de la race humaine et n'avons que de faibles connaissances sur son mode d'existence dans les temps pré-historiques. La science est encore incapable d'expliquer par quel enchaînement de phénomènes procède la vie humanitaire. Môme chez les nations les plus avancées le mouvement social a des manifestations si contradictoires, des perturbations si violentes, que la loi d'évolution, vainement poursuivie par les historiens, n'a pu trouver sa formule. Enfin, l'homme qui comprend à peine sa destinée comme individu, ne peut nullement pressentir dès à présent celle du grand être dont il fait partie. Tout se borne pour nous à affirmer un sentiment de plus en plus vif de l'unité vivante de l'Humanité et la croyance au progrès.

D. Sur quels objets doit porter notre analyse en commençant l'étude de la science sociale ?

R. Sur les faits passés et présents qui constituent les manifestations fonctionnelles de l'Humanité vivante. Du

groupement méthodique de ces faits résulte la diversité des formes sociales, et comme THumanité^à aucune époque n'a eu toutes ses branches groupées en un faisceau unique par une même organisation, il nous faut accepter, pour point de départ fondamental, la multiplicité de ces formes envisagées en elles-mêmes, dans leurs lois et leurs causes.

Page 1