DES DIVEBSES FORMES SOCIALES
D. Les formes de la vie sociale sont-elles nombreuses ? R. Oui, mais on peut les ramener à cinq types princi-
18 CATÉGBISMB DU SOUALISME
paux qui sont : rÉdénisme, la Sauyagerie, le Patriarcat, la Barbarie et la Civilisation.
D. Que faut-il penser de l'Ëdénisme ?
R. Son existence supposée à l'origine de l'Humanité repose sur des traditions dont la valeur est de plus en plus infirmée par les progrès de la science. Cependant l'observation des mœurs de certaines peuplades de l'Océanie a permis d'y reconnaître quelques caractères, d'une société édénique, telle que les traditions l'avaient fait admettre. /
D. Résumez-en les principaux traits.
R. C'est dans les Iles de la Société, découvertes et décrites par Cook, Wîillis, Forster, Bougainville, etc., qu'existait une société basée à peu près sur ce que le xviiie siècle appelait les lois de la nature. Mélange singulier de liberté individuelle presque absolue et d'insouciance, d'innocence et de promiscuité» de douceur habituelle et parfois d'anthropophagie, de Dien*'eire ^éo^rai «ans la propriétéindividuelle, la vie des Taïtiens a pu être regardée comme une transition de l'Ëdénisme traditionnel à la Sauvagerie. C'était une espèce d'association confuse où les éléments de l'individualisme et ceux de la communauté étaient assez bien équilibrés.
D. Quels sont les principaux caractères de la Sauvagerie?
R. Ce sont :1a prédominance des instincts et des intérêts individuels, l'alternance entre la pression inquiète des besoins et l'insouciance de la satiété, l'absence d'unité et de solidarité. Se nourrir, se reproduire et élever grossièrement sa progéniture, user son activité à la chasse, à la
poche, à la cueillette des fruits naturels, vivre dans le dénùment, l'abjection et l'ignorance, telle est, en général, la condition de l'homme sauvage. La femme est traitée comme une bête de somme, la famille existe à peine ou disparaît dans la promiscuité. Enfin, le sol reste inculte, l'industrie se borne à la fabrication des armes et d'outils grossiers, la propriété individuelle existe à peine. Pas de science, pas de beaux-arts ; luxe nul ou enfantin ; culte presque toujours fétichiste.
D. En quoi consiste essentiellement le Patriarcat? R. Dans le rôle prépondérant du père de famille. Pivot du groupe familial, le père peut abuser impunément de son autorité, accabler de son joug la femme, les enfants et les agents du service domestique. Chez la plupart des patriarcaux, le mariage, qui fait de la femme un objet de négoce entre le père et le mari, le divorce et la répudiation arbitraires, la polygamie et le concubinat donnent aux mœurs un cachet de ftiussei6, d'oppression et de débauche. Les enfants sont très-souvent traités avec une dureté odieuse ou vendus par leurs parents. L'éducation est presque nulle, l'agriculture bornée à l'élève du bétail, les arts libéraux à peu près inconnus et l'ignorance universelle. Au point de vue religieux, on hésite à louer lespatriarcaux d'avoir, en général, accepté et maintenu les croyances du monothéisme, quand on voit qu'ils en ont si souvent fait sortir l'intolérance et un fanatisme atroce. Sous ce rapport, les Sémites hébreux et les Mahométans qui, pour la plupart, vivent en patriarcat, ne l'ont cédé à aucune secte. D. La Barbarie est-cV.c une forme sociale plus avancée que les précédentes?
R. Oui, mais elle est encore très imparfaite, très-vicieuse. La Sauvagerie fait de la société une horde, le Patriarcat l'élève jusqu'à la tribu, la Barbarie amène la constitution des nationalités. Les populations ont alors pour institutions fondamentales : l» l'esprit guerrier attirant à lui toute puissance, toute dignité; 2o l'esclavage des masses laborieuses, faibles et avilies. Ainsi la société se partage en deux classes antagonistes, une aristocratie tyrannique et une plèbe assujettie aux travaux agricoles, industriels et domestiques.
D. Comment sont réparties sur le globe les quatre formes sociales que vous venez de nous faire connaître?
R. l'Édénisme incomplet de l'Océanie disparaît rapidement au contact des Européens. La Sauvagerie diminuant aussi de jour en jour n'occupe plus qu'une faible partie de l'Amérique et de l'Afrique. Le Patriarcat pur ou mélangé
de Sauvagerie et de Barbarie est la société d'une partie de l'Asie et de TAfrique. La Barbarie, puro ou môiée do civilisation, couvre encore les trois quarts de l'Asie et une partie de l'Europe et de l'Afrique.
D. Ces sociétés se sont-elles succédé régulièrement et peut-on en faire des périodes de la vie de l'Humanité?
R. Non, il n'y a entre elles aucune succession nécessaire. Aujourd'hui encore elles coïncident sur le globe. Tel pays actuellement civilisé peut retomber demain en Barbarie ou en Patriarcat. Il y a donc là des formes, et non des périodes sociales.
D. Ces sociétés ont-elles un caractère général?
R. Oui, elles sont toutes marquées de subversion ; c'està-dire qu'elles nous montrent de diverses manières les
hommes divisés et en lutte les uns avec les autres, livrés à l'essor désordonné de leurs passions et accablés de maux de tout genre. La liberté, la paix, le bien-être, la justice, l'harmonie, le bonheur n'y apparaissent que par exception.