CHAPITRE XXVI
LA GOVUUNE ASSOCIÉE
D. Qîfplle doit être ^imp.o^ta^ce d'une commune associée?
^ Égfile à ua dp ^ip§ village^ ordinaires, elle doit être peuplée d'environ quinze ^ dix-liuit cents âmes, sur un territoire cultivable de deuy mille à deux mille cinq cent§ hectares. Avec une population plus élevée une comipune devient ^ine ville.
D. Comment spnt disposées les habitations ?
R. Q^ pourrait choisir entre des bâtinstent^ distincts ^t ^ïï édifice unitaire; mais celui-ci paraît préférable comipe plus ponforpip ai^x conditions de la vie collective et in^ipe aux intérêts individuels. Destiné à quatre cents fanaillç^s environ, il comprend les ateliers des travaux (lomestiqueSy les magasins, les bureaux de l'administration, les appartements privés, très-indépendants les uns des autres, plus ou moins vastes e( confortables. Des galeries, des couloirs, des escaliers spacieux, inondés d'air et de lumière, font communiquer toi^tes les parties de l'édifîce dont les ailes sont affectées j l'une aux ateliers ç)e fabrique, l'autre aux saloj^s de lecture, ^ la bibliothèque, aux musées, t^n^is que le centre sert aux salons de réception, de concert, de conférence ou de jeux. Partout circulent, coiïime le veut l'hygiène, l'air chaud ou frpid, suivai^t la saison, la Iut. mière du jour ou celle du gaz, l'eau froide et l'e^u chaude.
120 CATÉCHISME DU SOCUUSME
La vapeur ou l'air comprimé portent de tous côtés la chaleur et la force motrice ; enfin des fils électriques transmettent) au gré de tous les désirs, des messages et des signaux. De vastes cours, des jardins ombragés et fleuris offrent, pour Tété, un lieu de repos ou de promenade, et sont en partie convertis en jardins d'hiver pendant la mauvaise saison. Les bâtiments d'exploitation agricole avec leurs dépendances, les usines de la grande industrie dont le voisinage est incommode, sont relégués à une distance convenable. Enfin, un théâtre et un ou plusieurs temples sont annexés à l'édifice unitaire.
D. Est-ce qu'il ne serait pas possible à ceux qui le voudraient, d'habiter ailleurs que dans l'édifice unitaire, ou de posséder et d'exploiter une propriété particulière?
R. Le régime sociétaire assurant avant tout le respect de la liberté individuelle, doit comporter, pour les personnes qui le désirent, les moyens de vivre à l'écart et de jouir isolément de leur fortune. Nos mœurs actuelles font supposer que ce besoin se manifesterait encore dans la vie d'association; mais il est probable qu'on se trompe à cet égard, faute d'avoir bien compris comment les avantages de la collectivité et ceux de l'individualité seraient également assurés. Quoi qu'il en soit, rien ne s'opposerait à ce que des dispositions particulières fussent prises pour répondre aux dissidences de certains caractères.
D. Quelle est la constitution économique de la commune ?
R. Le fonds social est représenté par des actions. A part les objets mobiliers possédés par les particuliers, la comjanne n'a qu'un seul capital mis en valeur par elle. L'unité qui préside à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, au
ménage, à Tadministration, à l'enseignement et à la direction des sciences et des beaux-arts, ne contrarie en rien l'indépendance individuelle. Bien plus, le travail de chacun perd tout caractère de contrainte, de servitude personnelle, et s'harmonise avec celui de tous en devenant une fonction publique.
Toutes les branches de l'opération sont sériairement coordonnées en travaux de classes, genres, espèces, variétés, nuances, etc., de manière à se réduire à des actions simples et élémentaires, confiées à de petits groupes de travailleurs, d'une exécution facile, rapide, offrant, pour la plupart, le charme du travail en commun, au milieu des conditions les plus capables de transformer la peine en plaisir. L'expérience de chaque jour facilite la distribution, la direction, l'exécution des travaux.' Des inventions nouvelles, des méthodes perfectionnées, des machines puissantes assurent le succès et la prospérité. Enfin ce milieu n'est ni inflexible, ni soumis à l'incohérence et aux écarts du caprice individuel. Toute innovation vraiment utile est acceptée, puisque son utilité doit profiter à tous. D'un autre côté, tout changement téméraire, aventureux, avant de s'appliquer en grand, est soumis à une sage expérimentation, à un contrôle véridique qui ne peut être infirmé par personne.
D. Dans quelles conditions fonctionnent l'agriculture et l'industrie?
R. L'agriculture a les avantages de la grande culture sans ses inconvénients. La société est assez riche pour faire des avances de capital et entreprendre sur une grande échelle les défrichements, le reboisement, l'irriga-
IS2 GATÈCmSME DU SOGIUJSME
tipn, le draiiiaffe, etc. Puis elle a un personnel assez considérable pour porter où il le faut ses agents de production. D'autre part, l'association, par le mobile de l'attrait, inspire au travailleur cette énergie qui rend la petite culture supérieure par sa puissance productive. Tandis que l'agriculture morcelée manque de capitaux et de bras, lutte péniblement contre l'usure, les procès, la concurrence anarchique, l'ignorance, la routine, les intempéries, etc., l'agriculture sociétaire conjure ces fléaux, en prévient ou en atténue les effets. Son matériel d'exploitation est proportionné à'ses besoins, de bonne qualité et bien entretenu. Le bétail est bien nourri et ne forme qu'un seul troupeau. Une ferme yaste, pourvue de tout, remplace nos fermes et chaumières actuelles, d'un aspect si triste et si misérable. Les assolements sont dirigés par la science et l'expérience. Enfin, tout converge vers l'abondance et le perfectionnement des produits.
Quant à l'industrie, mettant en valeur le même capital que l'agriculture, faisant appel au même personnel, elle se prête aux combinaisons que réclament les alternatives d'urgence et de ralentissement du travail dans ces deux branches, et cette heureuse alliance n'est pas moins féconde au point de vue de la santé que de l'attrait.
D. Gomment s'opèrent les transactions commerciales ?
R. Elles sont simples, faciles et loyales. A l'intérieur, la commune loue à ses membres des logements, leur vend ou leur loue les objets d'usage personnel. Toute fraude devient impossible, la concurrence fausse et anarchiqu^ Q'existe pas, puisqu'il n'y a pas de commerce particulier. Plus de spéculation, d'agiotage, d'accaparement, de hausse
LIBÉRAL ET RATIONNEL lt3
et de baisse factices. Lfi comptabilisé est très-simple. Gl^acun 4 ttn compte ouvert, et l'usage du numéraire est réduit à peu de chose. Quant au négoce extérieur, la commune en est l'agent ordinaire. Elle vend l'excédant de ses produits et achète en gros les choses qui lui manquent. Elle est l'intermédiaire naturel de chacun diB ses membres avec les acheteurs et vendeurs du dehors pour les objets qu'elle ne peut fournir elle-même.
D. Comment le service domestique est-il organisé ?
R. Il devient une fonction qui n'a rien dp servile, parce qu'il ne comporte plus ce lien direct et cette sujétion, également pénibles aujourd'hui pour le maître et pour le serviteur. On n'a qu'un seul atelier pour la confection et l'entretien des vêtements, pour le blanchissage, une cave pour les vins, un magasin d'approvisionnements, une cuisine, une office, un établissement pour la fabrication du pain, la pâtisserie et la confiserie. Le nettoyage des locaux d'usage collectif ou privé se fait en grand, comme aujourd'hui l'entretien et l'éclairage des rues et des édifices publics. Cette unité d'organisation favorise la satisfaction des goûts les plus variés et se prête à toutes les inégalités de fortune. Loin d'être assujetti à une règle commune, chacun a le choix entre des tables de différents prix analogues à nos tables d'hôte ou de pension bourgeoise, et peut manger dans un salon particulier, seul ou avec des convives, ou enfin se faire servir seul, en famille ou en cercle d'amis, dans son domicile particulier.
D'importantes économies résultent des travaux de ménage ainsi coordonnés, soit par la consommation réduite du combustible et la bonne conservation des denrées, soit
par l'habile direction de tous les services qui n'exigent plus un personnel aussi considérable. Cette organisation favorise pour tous l'accès du luxe et du confort; l'excellente qualité des produits consommés garantit la santé et se prête à l'essor bien entendu de la gastronomie.
D. Les sciences et les beaux- arts ont-ils un grand essor dans la commune sociétaire?
R. Oui, car tout le monde y reçoit une éducation qui développe l'intelligence et les aptitudes. Ce n'est pas seulement de ses besoins corporels que cette population raffinée se préoccupe. Ses inspirations s'imprègnent d'idéalité et de noblesse. Les sciences, les beaux-arts prennent à ses yeux leur rang légitime, et l'organisation du travail, favorable à l'essor des vocations scientifiques ou artistiques, permet à chacun d'entremêler, au profit de sa santé et de son plaioir, les travaux abstraits de la pensée avec ceux de rindustrie.
D. Comment la commune est-elle administrée?
R. Toutes les fonctions se relient dans une administration centrale, élective, chargée de dresser la statistique des besoins et des ressources, de présider aux transactions entre les diverses branches de l'organisme communal, de s'entremettre dans les relations privées à la demande des parties et de soumettre à des arbitrages les causes de dissidence, de tenir les comptes généraux de chaque associé en ce qui concerne ses intérêts dans l'œuvre commune, d'opérer la répartition des bénéfices, d'exercer sur toutes les aflfaires la surveillance que réclame le bon ordre, et enfin de servir d'organe à l'association, dans ses relation^ extérieures avec ies communes voisines et les divers res-
sorts du gouvernement du pays dont la localité fait partie. La commune a un conseil municipal pour les affaires d'ordre civil et politique et une perception d'impôts simplifiée par l'unification de la propriété et de toutes les industries. La série administrative remplit ainsi, pour la commune et pour chacun de ses membres, les fonctions de teneur de livres, de caissier, de négociant, de banquier, de régisseur, etc. Toutes ces fonctions, aujourd'hui si dispendieuses et causes de tant de conflits, sont placées hors de la spéculation individuelle. Ce mécanisme écarte pour chacun les soucis, les préoccupations, prévient les causes de ruine et relie avec autant de force que de fécondité les intérêts et les affections, l'homme et la société.