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CHAPITRE XXVII

SUITE DE LA COHVUNE ASSOCIÉE. — l'ÉDUGATION

D. Quel est le système d'éducation de la commune sociétaire ?

R. Ce système embrasse, pour les deux sexes, l'hygiène du corps et la direction de l'esprit, préside par l'enseignement théorique et pratique à l'éclosion des vocations, offre à l'enfant de tout âge, grâce à l'intervention combinée de la famille et de la société, tous les aliments de la vie physique et morale, tous les germes de force et de perfection que l'âge doit faire fleurir et fructifier.

D. Ressemble-t-il à nos systèmes actuels d'éducation publique ou d'éducation privée ?

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R. Ces deux systèmes combinés sont mis à la disposition des familles. Outre les soins donnés au foyer domestique, le régime sociétaire comporte, avec plus de perfection que dans la société actuelle, la crèche, Tasile et les écoles. Dès la basse enfance, la vie collective a déjà de grands ' avantages, étant sagement coordonnée avec la vie privée et restant ouverte au contrôle vigilant de la famille. L'allaitement maternel soufifre peu d'exceptions, parce que les conditions environnantes le favorisent au lieu de le contrarier et, lorsqu'il est impossible, le nourrisson trouve sur place une nourrice et au besoin les bonnes de la crèche sociélaire.

D. Comment est dirigée l'éducation de la basse enfance?

R. Jusqu'à deux ou trois ans l'éducation est presque entièrement physique. Le corps et les sens, le régime et l'exercice, la croissance et la santé, voilà ce qui occupe le plus la mère, la nourrice, la bonne et le médecin. Cependant les premiers indices du caractère se manifestent déjà; certains enfants se rapprochent les uns des autres, obéissant à des sympathtes particulières, à des conformités de goûts et de penchants. Déjà, dans ce milieu favorable, de gr^ieuses amitiés se nouent, de vives rivalités surgissent et des élans d'enthousiasme animent cette scène en miniature de la société humaine. Il faut à l'enfant de la variété dans ses impressions, dans ses jeux, dans les caresses qu'il donne el qu'il reçoit. Chez lui la vie déborde, demande de l'espace et du mouvement* Le milieu sociétaire répond à ces besoins. Ressources matérielles, soins personnels, expérience acquise, bienveillance, tendresse, société de ses semblables, l'enfant a tout cela; caressé,

choyé dans k famille qu'il doit av^x liens du sang et du cœur, il en a une autre dont les bras constamment ouverts et la sollicitude toute-puissante assurent et protègent le développement de tous les germes d'avenir semés par la nature dans son corps et dans son &me.

D. L'éducation industrielle est-elle donnée de bonne heure ?

R. L'attraction industrielle est trop puissante dans Tenfance pour que l'éducation sociétaire n'en tienne pas le plus grand compte. On s'applique à trouver aux penchants naturels des emplois aussi agréables pour l'enfant qu'utiles^ pour la société. Dès l'âge de quatre à cinq ans, l'enfant prend part à dSs travaux d'agriculture, d'industrie, de ménage, à l'éducation des animaux de produit, tels que vers à soie, volailles, pigeons, lapins, etc., à la cueillette des fruits, des légumes et des fleurs; il dirige de petits attelages de chiens, de chèvres, de chevaux ou d'ànes de petites espèces ; on lui fait voir des ateliers en miniature» on met dans ses mains des instruments proportionnés à sa taille, et on lui montre les groupes d'enfants plus ^gés, pour lui faire admirer leur adresse et pressentir le plaisir qu'ils éprouvent à accomplir leur tâche. Mais, pour être admis dans ces groupes supérieurs, il aura à subir des épreuves auxquelles il doit se préparer. En s'affiliant à un certain nombre de séries, il sonde ses aptitudes, revient aux travaux dans lesquels il réussit, et se dirige ainsi graduellement vers de^ fonctions de plus en plus importantes.

D. Que devient l'éducation dans la haute enfance?

R. Principalement corporelle jusque vers la neuvième

année, l'éducation, à cet âge, devient plus intellectuelle, morale et esthétique. L'enfant a déjà des notions pratiques en agriculture, en botanique, en zoologie, en industrie ; les travaux du ménage, la danse, la musique l'ont souvent occupé; il sait parler plusieurs langues vivantes. Marchant du sensible à l'abstrait et poussé par sa propre curiosité, il va maintenant étudier les règles et les méthodes, s'initier aux idées générales, aux travaux de la pensée et aux notions supérieures du juste, du vrai et du beau. Mais, pour cet enseignement, on n'a pas recours à une méthode exclusive ; on adapte le mieux possible, soit aux dispositions de l'enfant, soit à la nature des choses, le procédé de l'enseignement naturel ou simultané, les entretiens familiers entre l'élève et le maître, et la gradation hiérarchique des groupes est toujours le pivot autour duquel tourne toute l'éducation. D'ailleurs, pour appartenir à tel ou à tel groupe, il faut posséder un certain ensemble de connaissances, la corporation n'admettant que des sujets qui puissent lui faire honneur et soutenir ses luttes avec les corporations rivales.

L'éducation, dont toutes les méthodes ont l'attrait pour pivot, est combinée pour que l'enfant, dans tous les essors de son activité, suive ses attractions passionnelles et industrielles. Porté à aimer ses semblables, il peut vivre, travailler avec eux, surpasser des émules, devenir chef de groupe. Le régime sociétaire est essentiellement propice à ces besoins, à ces goûts. Le plaisir est presque toujours le stimulant et le but, et cependant cette liberté mène plus sûrement à l'ordre que la contrainte. On n'a pas sans cesse à la bouche le mot de devoir; les menaces, les puni-

tions sévères sont inusitées ; mais l'enfant naturellement passionné pour l'honneur, pour la vérité, pour le bien, pour le beau, remplit toutes ses fonctions avec ardeur et devient un des plus fermes soutiens de l'ordre et de l'unité sociale.

D. Comment se poursuit l'éducation sociétaire aux approches de la jeunesse et quels en sont les résultats ?

R. L'adolescent sain, vigoureux, également initié aux jouissances intellectuelles et à l'industrie attrayante, aspire à entrer dans les corporations supérieures. N'ayant point été abruti par l'usage prématuré des abstractions et des théories, il comprend mieux la puissance des méthodes et se sent assez fort pour aborder l'étude des lois de la science, des principes de l'art, des mystères de la nature, et s'élever jusqu'aux grandes vérités. Toute commune sociétaire ne possède pas les ressources nécessaires pour une éducation transcendante ; mais elle porte l'enseignement au moins au niveau des lycées et des écoles professionnelles d'aujourd'hui. Elle possède une riche bibliothèque, des laboratoires de physique, de chimie et de mécanique, des musées de zoologie, de botanique, d'œuvres d'art, un cercle musical, des cours de langues, d'histoire, de sciences, etc.

Qu'on se représente une population riche, raffinée, développée au moral comme au physique par une vie également active dans la sphère des sciences, de l'industrie et des beaux-arts. Peut- on douter que là ne soient réunis tous les moyens de former l'esprit et le cœur de la jeunesse? Les leçons, l'exemple, le ton, une atmosphère de bienveillance et de charme répandue de toutes parts, que

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ntttqne^'il? Qae fondrait-il de plus pour faire de l'eofaDt mfi être digne de la société?

D. Quelles conséquences l'éducation sociétaire doit-elle avoir sur Tensemble des rapports sociaux ?

R. L'éducation, appuyée sur l'unité sociale, fait, à son tour, de l'enfance le principal levier de celte unité, en élevant aussi haut que possible le développement physique et moral, et en créant la possibilité du ton unitaire. C'est à ce but qu'elle tend, i^sorbant les inégalités de la richesse dans l'égalité ou plutôt dans l'équivalence des capacités personnelles, dans un niveau de dignité morale et dans un raffinement de manières et de langage qui ôte aux relations individuelles toute occasion de conflit et de disgrâce.

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