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CHAPITRE XXXVII

ESSAI SOGlÉTAins BB HAUT VBSBÊ

D. Quel capital serait nécessaire pour un essai sociétaire de haut degré ?

R. Dans les conditions moyennes d'un pays comme la France, il faudrait plusieurs millions pour l'acquisition du sol, la construction des bâtiments d'habitation et d'exploitation, l'achat du matériel et du mobilier, pour le fonds de roulement et les travaux préalables d'appropriation. Ce capital serait représenté par des actions et autant que possible fourni par les associés résidents , sans exclure tontefois de simples commanditaires , si leur concours était nécessaire.

D. Comment devrait-on procéder à Tinstallation du personnel ?

R. On procéderait graduellement. Au début, il pourrait être utile d'employer des salariés qui seraient ensuite éliminés à mesure que les associés seraient admis et il serait très-important d'avoir un personnel d'élite pour former le noyau des principales séries. On attendrait que cette première population eût l'habitude d'un ton poli et bienveillant, avant de la grossir par de nouvelles adjonctions.

D, Quelles devraient être les dispositions générales de l'édifice sociétaire?

R. Nous avons indiqué au chapitre xxvi le plan sommaire

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des bâtiments d'habitation et d'exploitation ; on s'y conformerait le plus possible, soit qm'on eât à ntîliser deflf bâtiments déjà existants, soit que tout fih à construire. La principale condition à remplir serait d'avoir des appartements de toute grandeur et de tout prix, d'établir des communications faciles entre les diverses parties de Fédi-» fice, tout en assurant l'indépendance de chaque individu et de chaque famille dans son logement particulier.

D. Quels seraient les travaux à organiser au début?

R. On s'efforcerait de former les débutants lau développement de l'attraction industrielle, en faisant éclore leurs goûts et leurs aptitudes ; on créerait le charme dans les fonctions par les séances courtes et variées ; les travailleurs seraient classés en groupes et sous-groupes , afin de gra* duer et d'échelonner les goûts , suivant l'âge, le sexe et le caractère. Les occupations du ménage permettraient d'éta* blir assez promptement des séries et des groupes en certain nombre, ainsi que la culture des fleurs, des arbres fruitiers, l'emploi de l'opéra, etc.

D. Quel ordre devraitron suivre dans rétablissement des autres travaux?

R. Le deuxième essaim comprendrait des ouvriers instructeurs, charpentiers, charrons, serruriers, des cultivateurs, des instituteurs primaires, car le régime sérîaire excite le peuple et les enfants à demander Finstruetion. Après un premier dégrossissement , commencerait l'essai du mécanisme des séries et l'on pourrait entrevoiries propriétés de l'attraction ; préservatif d'excès par Taltemance des plaisirs, perfection du travail et ardeur industrielle croissant en raison des raffinements de bien-être et de luxe.

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amour des richesses devenant voie de vertu, entraînement des enfants au travail productif , emploi des discords en harmonie générale, accord indirect des antipathiques.

D, Quel serait la composition du troisième essaim ?

R. L'appel du troisième essaim aurait lieu lorsque le noyau formé des deux premiers et comprenant déjà quelques centaines d'individus, serait familiarisé avec leméca* nisme sociétaire sans doute encore bien incomplet , mais déjà très-différent de la société actuelle. Ce nouvel essaim, choisi avec un soin particulier,. se composerait d'institu* teurs, d'habiles artisans, de cultivateurs expérimentés, d'agronomes, d'artistes chargés de donner la haute éducation aux autres sociétaires et surtout aux enfants. Il faudrait rechercher, parmi les riches et les pauvres, les qualités suivantes : justesse d'oreille musicale, politesse, aptitude aux beaux-arts ; préférer les familles ayant peu d'enfants, introduire un tiers de célibataires , ne pas trop craindre les caractères excentriques , établir l'échelle graduée en âges, fortunes, lumières.

D. Combien faudrait-il de temps pour ces installations successives ?

R. Il est impossible de le dire d'avance, la marche à suivre comportant des tâtonnements inévitables et la précipitation étant plus à craindre que la lenteur. Les derniers essaims permettraient à la commune sociétaire de compléter ses séries et d'arriver aux effets de plein exercice. Alors les associés se grouperaient librement les uns avec les autres, selon leurs affinités d'âge, de caractère et de goûts industriels. Chaque jour on tiendrait la Bourse pour concerter, soit en industrie, soit en repas, soit en

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plaisirs, les séances variées dn lendemain et des jonrs suivants.

D. Gomment l'administration serait-elle constituée ? R. Une Régence chargée de diriger les affaires courantes et de pourvoir au service général, agirait comme déléguée de l'Aréopage, autorité d'opinion et d'élection composée des chefs de séries, d'un certain nombre de vieillards et d'actionnaires. La comptabilité très-simple serait tenue par une série spéciale. Enfin la Régence veillerait à l'exécution des contrats, des règlements , afin de maintenir l'ordre , en attendant que la discipline devint de plus en plus un fait de volonté libre et intelligente de la part de chacun.

D. Comment peut-on se représenter l'organisation des diverses séries et l'ordre suivant lequel elle aurait lieu?

R. On commencerait par les séries qui pourraient être à peu près complètes. Le choix porterait : lo sur le règne animal de préférence au règne végétal , parce que le preinier entretient les séries en exercice permanent pendant le chômage ; 2» sur le règne végétal de préférence aux manufactures où le travail est moins attrayant ; 3^ sur les cuisines, travail permanent et sans chômage , d'initiative en attraction industrielle, lié à la production et à la consommation et le plus propre à exciter l'ardeur émulative ; 4o enfin sur les &briques attrayantes plutôt que sur les lucratives.

D. Quelle serait l'importance relative des difi^érentes classes de travaux ?

R. L'agriculture serait en première ligne, tant à cause de la nécessité des produits qu'elle doit fournir que du

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caractère attrayant de plusieurs de ses branches. Presque sur le même rang seraient les séries nombreuses et variées des travaux de ménage. Le choix des opérations industrielles serait une question délicate, U y en a d'usuelles dent on ne pourrait se passer comme celle des menuisiers, cordonniers, tailleurs, blanchisseuses, chapeliers, tonneliers, selliers^ couteliers, etc. La plupart de ces séries d'industrie usuelle seraient défectueuses par défaut de compacité et d'exercice parcellaire. Les fabriques dont le gain aérait le but principal, devraient être choisies avec discernement, afin d'établir Tattraction en doses proportionnelles pour Thorame, la femme et l'enfant, et d'attribuer aux femmes une moitié d'emplois dans les branches lucratives. Au lieu de les reléguer, comme parmi nous, aux fonctions ingrates, aux rôles serviles que leur assigne la morale vulgaire^ il leur serait permis de reprendre le rôle que la nature leur assigne, le rôle de rivales et non de sujettes du sexe masculin. On organiserait chaque fabrique eu séries de rivalités au^ moyen d'ouvriers de premier choix, capables de controverser sur leur art, de maîtres à prétention, appelés à faire école, à créer des luttes émulatives. Sous ces divers rapports il y aurait lieu de préférer l'ébénisterie, la lutherie, la parfumerie, la confiserie, la conserve artificielle,' la laiterie, l'oisellerie, les fours à éclosion, etc., industries qui s'accordent toutes avec les attractions collectives et avec l'avantage de faire naître des liens de passions et d'intérêts entre les fabriques et Tagriculture.

D. Quels résultats matériels et moraux peut-on attendre d'un essai sociétaire bien dirigé ?

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R. L'essai aurait réussi s'il réaiisait une augmentaliou de la richesse telle que le bien-être devînt le lot de tous, et s'il démontrait la supériorité du méjcanisme sociétaire sur ia société actuelle au point de vue de la liberté, de la justice et du bonheur. Si nos visées théoriques sur l'attraction industrielle et passionnelle sont justes, T^xpérience devra les confirmer, sinon 4'une manière complète, au moins dans une certaine me&ure. Cette réussite sera imparfaite dasus la première commune sociétaire^ à cause de son isolement et des difficultés de la transition ; mais elle suffira sans doute à démontrer la vérité des principes d'organisation sociale que nous avons considérés comme conformes aux lois 4e la nature humaine et de Tordre univerial.

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