CAT&GHISMB DU SOCIALISME
dans Tordre moral, moins les conditions seront favorables aux besoins et aux avantages de l'altemance, de la rivalité et de l'enthousiasme collectif, passions si utiles dans le travail comme dans les essors moraux, moins enfin l'association atteindra le niveau désirable en richesse, luxe et satisfactions intellectuelles et affectives.
D. A quel minimum peut-on ramener les épreuves incomplètes du régime sociétaire ?
R. Nous regardons comme plausible Topinion qui assigne le chiffre de trente familles pour minimum d'un agrégat sociétaire. Au-dessus de 120 à 150 personnes , aucune série complète n'est possible, Fassociation perd tout ressort puissant d'attraction et ne peut plus être essayée en mode intégral. Cent cinquante à trois cents personnes ne donneront encore qu'un germe d'organisation sériaire où l'industrie attrayante et la liberté personnelle auront un essor très-borné. Il faut s'élever à trois, six ou huit cents et môme mille personnes pour obtenir une véritable approximation de la commune sociétaire.
D. Ne serait-il pas rationnel d'opérer par succession et transformation de ces divers degrés ?
R. La chose parait possible, sinon très-facile. Comme il faudra peut-être attendre longtemps encore la conquête des moyens nécessaires pour l'entreprise d'une commune entière associée, il est permis d'espérer des résultats satisfaisants d'une marche qui procéderait par des transitions graduées avec la prudence et Thabilité commandées par les circonstances. L'expérience déjà acquise par les essais coopératifs justifierait les tentatives qui pourraient dès aujourd'hui être dirigées dans ce sens.
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D. Donnez un aperçu des conditions à remplir pour s'engager dans cette voie.
R. Un essai réduit suppose, comme l'essai sur grande échelle, la fondation d'une société d'actionnaires, à moins qu'on n'ait pour bailleur de fonds un riche capitaliste qui associerait les travailleurs d'après les principes que nous avons exposés. De plus, un terrain judicieusement choisi, un plan bien étudié des constructions à faire ou à transformer, un matériel agricole, industriel, domestique, des travaux préalables d'appropriation seraient des objets d'étude et d'exécution du même genre que pour l'épreuve de haut degré. L'étendue des terres à cultiver serait proportionnée à la population dans le rapport d'un hectare et demi environ par tête et des travaux préparatoires satisferaient aux conditions d'une culture collective, scientifique et économique. L'édifice serait disposé conformément au régime sociétaire, dont la première loi est de concilier les avantages de l'unité collective avec les exigences de la variété et de la liberté nécessaires aux individus.
D. Quelles considérations devront présider au choix du personnel ?
R. Ce choix est d'autant plus important que certaines difficultés augmentent à mesure que le personnel est plus réduit. La plupart des essors harmoniques qui seraient favorisés par un milieu considérable, manqueront ou seront contrariés dans une petite réunion. Il faudra recourir à des conventions, à des règlements, pour prévenir les abus de la liberté ou pour suppléer à des lacunes d'attraction ; en un mot, il faudra tâtonner et louvoyer. On devra choi-
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jsir, dans des conditions fayorables de fortune, des sujets déjà polis et rafiBnés, doués d'un caractère Kbéral, c'est-àdire généreux, honorables, tolérants et dignement respectueux les uns enrers les autres. II faudra rechercher ceux qui se plaisent aux soins des animaux et des végétaux, qui ont le goût de la musique ; des femmes de tout âge qui aiment la parure et le bon goût ; des gastronomes habiles à apprécier la bonne chère et sévères sur tout détail de cuisine et de cave. On préférera les gens qui, en industrie, aiment le beau et le bon, s'attachent à bien faire et à atteindre la perfection ; ceux que la nature a doués d'avantages corporels, la beauté inspirant presque toujours la sympathie ; et enfin les personnes sensibles à l'honneur, désintéressées, capables de vertu et de dévouement. D'autre part, on évitera les vices, comme la cupidité, l'avarice, le goût et l'habitude de la médisance, de la ealomnie, la dépravation des mœurs, ete.
D. Comment faudra-t-il procéder à Tinstallation du personnel?
R. Cette installation sera graduelle et plus ou moins rapidement conduite, selon les circonstKices. La règle essentielle à suivre, c'est que la régence et le noyau se composent d'une élite de sujets distingués par le caractère et l'éducatroo, par l'intelligence et Tinstructicfn, capables de prendre et d'établir dès le début le ton raffiné et l'habitude des manières polies.
Uae fois ce premier ndiieu créé, les essaims successifs seraient appelés, non par masses, mai^ par petits groupes phis prompts et radieux disposés à accepter le ton de la Société, à se modeler sur elle, à s'assimiler tes habitudes
déjà prises, comme il arrive pour le recrutement militaire, dont les sujets, entrant en petit nombre dans un régiment, se façonnent très-vite aux allures de la troupe dont ils font désormais partie. En procédant à cette installation progressive, on commencera de préférence par les individus qui pourront prendre rang dans les séries à former les premières ou déjà formées dans l'agrégat sociétaire.
D. De quelle manière les opérations industrielles serontelles combinées ?
L'organisation des séries sera dirigée d'après les données déjà indiquées, c'est-à-dire en mettant celles qui ont pour objet le règne animal, le règne végétal et les travaux domestiques avant celles des manufactures. Il ne faudra pas oublier qu'une série destinée à devenir compacte par le grand nombre de goûts et d'aptitudes qu'elle rallie, doit avoir le pas sur celle qui, quoique très-importante par son objet, risquerait de languir faute d'un nombre suffisant de praticiens. C'est moins la quantité que la perfection des essors passionnels et industriels qu'il faut rechercher dans une épreuve réduite. Des accords puissants et justes en petit nombre sont préférables à beaucoup d'accords faibles et incomplets. Il faudra prévenir la monotonie par la variét'é, la langueur par l'émulation, la froideur par l'enthousiasme, et pour cela se souvenir que des groupes numériquement trop faibles seraient contraires à la satisfaction de ces tendances si impérieuses chez la plupart des hommes.
D. Gomment pourra-t-on, dans un régime sociétaire encore incomplet, concilier la liberté, l'ordre et la justice?
R. Tout en faisant de la liberté individuelle le moteur le plus essentiel du régime sociétaire, il faudra, dans l'œuTre de transition, suppléer aux lacunes d'attraction, d'équilibre et de contre-poids, qu'il sera impossible d'éviter. Plus l'épreuve sera de bas degré, plus ces lacunes seront nombreuses, importantes, et plus aussi seront à craindre les conflits et les subversions. Des liens disciplinaires seront donc indispensables. Les statuts de la société en poseront le principe et seront accompagnés de règlements détaillés au fureta mesure que l'expérience en fera sentir le besoin. Confiées à des hommes justes et éclairés, investis d'attributions suffisantes, les mesures d'ordre public seront graduellement tempérées avec les progrès de l'association, pour s'éteindre lorsque le mécanisme perfectionné par l'expérience, l'amélioration physique et morale de la première génération, atteindra les conditions d'équilibre et d'harmonie que la théorie permet de prévoir.