III. — DOCTRINE SOCIÉTAIRE OU FOURIÉRISME
D. Qu'est-ce que le Fouriérisme?
R. C'est le nom improprement donné à la théorie d'organisation sociale proposée par Charles Fourier.
D. Pourquoi ce nom est-il impropre?
R. Parce qu'il peut donner lieu de croire qu'il s'agit d'une nouvelle religion dont les dogmes seraient personnifiés dans un homme qui en aurait été le révélateur; tandis qu'il s'applique en réalité à une doctrine fondée sur l'observation et le raisonnement.
D. Cette théorie est-elle vraiment scientifique?
R. Oui, ca^^observation qui lui sert de point de départ
devient la base des principes et des lois dont elle donne la
formule; d'autre part, ce n'est point une théorie pure sans
conséquences pratiques, car elle fait appel, à l'^jmérience pour démontrer ce qu'elle renferme de vrai ou de faux.
D. Est-ce avec raison que les disciples de Fourier le regardent comme le créateur de la science sociale?
R. Ils prétendent que jusqu'à lui l'étude des faits sociaux n'a guère conduit les philosophes qu'à des conceptions stériles et les législateurs qu'à des institutions très-imparfaites. Fourier le premier aurait trouvé les formules exactes de la loi sociale et en aurait déduit les institutions d'une nouvelle société plus parfaite et plus heureuse. Sa méthode bien comprise consiste à écarter la plupart des hypothèses philosophiques, à invoquer avant tout l'observation et le raisonnement et à résoudre définitivement les questions par une expérimentation prudente
et rationnelle, au lieu d'aboutir à l'empirisme aveugle des révolutions violentes.
D. Les disciples de Fourier acceptent-ils le nom de Fouriiîristes?
R. Non. Quelle que soit leur admiration pour le maître, ils n'adhèrent point aveuglément à toutes ses opinions. Ils pensent qu'il a pu et dû se tromper sur quelques points, et, tout en admettant que son puissant génie l'a conduit le plus souvent à la vérité, ils professent que ses découvertes, ses assertions, ses prévisions surtout, ne doivent être acceptées qu'après examen, après vérification et sou3 bénéfice d'inventaire. Ici, comme dans toute science, l'autorité d'un nom ne suffit pas pour imposer une opinion.
D. Les disciples de Fourier ne forment donc pas une secte ?
R. Ils s'en sont toujours défendus, et se considèrent
comme une école philosophique ou plutôt sociologique. D. Pouiaquoi les appelle-t-en l'naiatisterâeus r
R. Ce nom s'appliquera un jour aux habitants du Phalanstère. £n. attendant, il désigiie ceux qui croient avec Fourier que la commune devrait être organisée autrement qu'aujourd'hui, c'est-à-dire associée pour la production de la richesse, pour l'échange et la consommation des pro« ^uits, et qui désirent que cette transformation ait lieu le plus tôt possible.
D. Tous les Phalanstériens sont-ils partisans de la théorie de Fourier au même degré ?
K, Non, il en est qui repoussent ce que d'autres acceptent, soit qu'ils n'aient pas poussé aussi loin leurs études, soit qu'ils n'aient pas compris ce que les seconds
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sont parvenus à entendre. Ils sont séparés moins par une véritable dissidence que par Tinégalité du savoir. Dn naturaliste ordinaire n'est pas 1 adversaire de Cuvicr par cela seul qu'il a moins de science et de génie. De môme les Phalanstériens, d'accord sur la base et les éléments de leur doctrine, se rencontrent sur le premier échelon de la science. Les uns s'y sont arrêtés; d'autres, étant montés plus haut, ont découvert des horizons plus larges que les premiers ne pouvaient encore apercevoir. En ce sens il no saurait y avoir parmi les Phalanstériens des orthodoxes et dçs hérétiques. Une distinction de ce genre est peu fondée et plus nuisible qu'utile.
D. Cependant, parmi ceux qui connaissent le mieux la théorie, n'en est-il pas qui admettent certaines opinions de Fourier que d'autres n'adoptent pas ?
R. Oui; mais il s'agit d'assertions dont Fourier n'a pas
donné ou ne pouvait pas donner la preuve; qui, faute d'une démonstration suflisanlc, ne sont point érigées en" principes scientifiques et que chacun, suivant la logique plus ou moins rigoureuse de son esprit, est libre d'accepter o^u de rejeter jusqu'à nouvel ordre, sinon d'un^ manière définitive.