‹ Catéchisme historique (volume 2)Chapitre 149 sur 306 · PARTIE m. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE m. CHAPITRE II

l'oreille d'entendre^ les mains de travailler, les pieds de marcher, la langue même de parler et de se taire. Tous les membres veillent à l'intérêt public, et dans ce travail et cette sollicitude de tous, le seul estomac repose, et, lorsque tout a été préparé par ce multiple travail, c'est lui seul qui dévore et consume tout. Que dirai je encore ? Tous convinrent de ne plus travailler, et de -ruiner par la famine ce paresseux, cet ennemi public. On passa ainsi le premier jour, le second fut plus pénible, le troisième fut si funeste, qu'il annonçait la défaillance à presque tous les membres. Contraints par la nécessité, les frères se réunirent pour délibérer sur leur salut commun, et sur le sort public. Lorsqu'ils furent assemblés, les yeux languirent, les pieds ne purent contenir le poids du corps, les bras étaient sans force, la langue même attachée au palais que brûlait la soif, n'eut pas le courage d'exposer la cause commune. Tout fut donc renvoyé au conseil du cœur ; et la délibération y ayant été ouverte, la raison fit voir que ces maux venaient de celui-là même qu'on avait dénoncé comme ennemi public; car, depuis qu'on lui refusait les tributs, lui aussi, comme dispensateur public, refusait les aliments à tous. Et comme nul ne peut faire la guerre sans solde, dès que la solde n'est plus payée, le soldat s'affaiblit et se brise. Et la faute n'en peut pas être rejetée sur le dispensateur, car ce qu'il n'a pas reçu, il ne peut pas le donner aux autres. 11 vaut donc beaucoup mieux, pour la sûreté commune, lui donner de quoi distribuer, que d'affamer tous les membres en le laissant vide. Et ainsi fut fait. De l'avis de la raison, l'estomac fut rempli, les membres restaurés, et la paix rétablie partout. On acquitta donc

restomac, qiii, quoique glouton et avide du bien d'autrui, ne le demande pas pour lui-même, mais pour les autres, qui ne peuvent se soutenir, s'il est réduit à l'inanition. — Tel est, si vous y faites bien attention, dans le corps de la république, le magistrat suprême : s'il demande beaucoup, ce n'est pas tant pour lui que pour les autres qu'il amasse, car s'il est épuisé, il ne peut rien départir aux autres membres. L'office de l'estomac dans le corps, c'est l'office du prince dans la république, suivant ce mot du poète Sérénus : « Ceux qui prétendent que le roi de tout le corps estl'estomac semblent avoir raison, un estomac bien portant fortifie tous les membres ; au contraire, est-il souffrant, tous les membres soufifrent ; et même, si on n'y porte remède, on assure qu'il vicie la cervelle et qu'il en afîfaiblit les sens. Ne veuillez donc plus considérer notre dureté ou celle des princes, mais la commune utilité de tous. » [Joan. Salisb. Polycraticus, 1. 6, c. 24).

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