PARTIE I. CHAPITRE II
de marbre de diverses couleurs, et le dessous pavé de pierres si polies et si bien jointes, qu'elles ne le cèdent guère au marbre en beauté. Le comble fut couvert de plomb, afin qu'il résistât plus aisément aux pluies de l'hiver. Le dedans fut lambrissé de menuiserie, et le lambris couvert d'un or qui jetait un merveilleux éclat dans toute l'église.
Il y avait aux deux côtés de l'église deux galeries, une basse et une haute, de même longueur que l'église même, dont le dedans de la couverture était lambrissé et doré comme le reste. A l'endroit du portail et à l'extérieur, elles étaient soutenues par de hautes colonnes, au-dedans elles n'étaient appuyées que sur des bases carrées embellies de quantité d'ornements. Il y avait trois portes du côté de l'Orient.
Vis-à-vis de ces trois portes était comme un hémisphère qui est la partie principale de tout l'édifice. 11 était entouré d'autant de colonnes qu'il y a d'apôtre?. Au haut de chaque colonne, il y avait de grandes corbeilles d'argent que l'empereur avait données en l'honneur de ces douze Saints et qu'il avait consacrées à Dieu.
L'an 335, on célébra la dédicace de l'église du Saint- S'pulcre, appelée Martyrium (témoignage), comme nous le voyons par ces paroles de saint Cyrille, qui, douze ans après, prêchant dans le même lieu, disait : « Ce temple ne porte pas le nom d'église comme les autres, mais il est appelé témoignage comme le prophète L'avait prédit » (i).
Il avait fallu six ans pour bâtir ce temple, et la dé-
(1) Saint Cyr. Cal. XVI. lllum.
dicace en fut célébrée avec une pompe extraordinaire au milieu d'un immense concours de fidèles et d'un grand nombre d'évèques alors réunis en concile à Jérusalem.
L'an 614, l'armée de Chosroës, renforcée par 26,000 Juifs, s'empara de Jérusalem ; on dit que 90,000 chrétiens perdirent la vie dans cette occasion. L'église du Saint-Sépulcre fut entièrement ravagée. Chosroës périt de la main de son fils qui fut contraint de rendre la paix aux chrétiens. L'église du Saint-Sépulcre fut rétablie dans son ancienne magnificence.
Le calife Omar devint maître de Jérusalem en 636, mais il permit aux chrétiens de continuer l'exercice de leur culte, et ils jouirent de cette faculté pendant quatre siècles, malgré les avanies continuelles auxquelles ils furent exposés.
Hakem, le cruel et insensé calife qui se faisait passer pour un dieu, vint dévaster le Calvaire vers l'an 1 008, et l'église du Saint- Sépulcre ne fut rebâtie que trente ans après sous l'empereur Constantin IX, surnommé Monomaque.
Enfin les croisés entrèrent à Jérusalem le 15 juillet 1099. Un siècle ne s'était pas écoulé que la Ville sainte était retombée entre les mains des Infidèles. Saladin lit son entrée triomphante à Jérusalem au commencement d'octobre 1187. Les croix furent abattues, les cloches brisées, toutes les églises converties en mosquées, mais l'église du Saint-Sépulcre fut conservée.
Vers le milieu du XIIIe siècle, les chrétiens, profitant des discordes des musulmans, étaient rentrés à Jérusalem ; ils on relevaient les murs, réparaient les églises et béniraient le ciel de celte faveur inattendue. iMais