PARTIE I. CnAPITRE II
l'image de l'aimable Jésus mort pour les hommes au milieu des supplices de la croix. L'enfant, touchée par ces paroles, s'écria avec un saint transport : Mon ai-
e Sauveur, dès ce moment je veux tous appartenir tout entière. Et, en effet, la méditation des souffrances du Sauveur fut désormais Tunique occupation de son cœur, la nourriture et le soutien de sa piété qui alla toujours en augmentant. C'est auprès de Jésus crucifié qu'elle puisa cette douceur et cette patience qui lui saunèrent le cœur de son royal époux Malcolm, homme irascible, qui devint bientôt un prince affable et distingué parla pratique des vertus chrétiennes. Lorsque, après une vie consacrée entièrement à des œuvres de miséricorde, elle était sur le point de rendre son âme à Dieu, et qu'elle tenait son crucifix entre ses mains, on lui apporta la nouvelle que son époux avait péri à la guerre. Elle remercia le Sauveur, en baisant son crucifix, de lui avoir encore envoyé ce sujet de douleur, afin de pouvoir expier de plus en plus ses fautes; puis elle rendit l'àme avec le calme et la résignation que donne une bonne conscience [Lohn.BiM. II. 679 .
e. Une pieuse personne, malade depuis longtemps, et en proie à de grandes douleurs, reçut la visite d'une
- amies. Celle-ci, émue de compassion à l'aspect
des tourments atroces qu'elle endurait, lui montra le
dix en lui disant: « Essayons de demander au
divin Sauyeur que vous soyez délivrée des souffrant s
que vous endurez. » Mais ce langage déplut
xainement à la malade: « Comment, répondit-
vous me montrez le crucifix, et vous me conseillez de prier pour la délivrance <\rs maux que j'endure? C'c-t précisément L'aspect d'un Dieu cloué sur sa croix
qui m'avertit que je dois aussi rester clouée sur la mienne. Non, je ne veux pas être délivrée de ma croix, comme il n'a pas voulu lui-même être délivré de la sienne. Je neveux point ressembler au mauvais larron, qui désirait en descendre, mais imiter le bon larron qui voulut y rester suspendu avec le Sauveur, et, comme lui, je prierai seulement Jésus, qu'il ne m'oublie pas dans son royaume [Ibid. II. 680.).
f. Charles Clarentin, né en Picardie, vers le milieu du dix-septième siècle, eut le bonheur de goûter le mvstère et la vertu de la croix dès son enfance. Au collège d'Amiens, où sa famille l'avait placé pour lui faire terminer ses études, il s'appliqua avec une scrupuleuse fidélité à l'accomplissement de ses devoirs, sans que rien pût l'en distraire. Quand la rigueur du froid ou d'autres incommodités étaient pour ses camarades un prétexte d'interrompre leur travail, et qu'ils l'invitaient à faire comme eux, il leur répondait : « Hé quoi! ne faut-il rien souffrir pour l'amour de Jésus- Christ qui a tant souffert pour nous? » Dieu soumit son amour à de fortes épreuves: Clarentin tomba dangereusement malade; il soutirait des douleurs si aiguës qu'il crut que sa fin n'était pas éloignée; alors il fit mettre un crucifix devant son lit, afin de l'avoir toujours sous les yeux. Son confesseur le visita dans un moment de crise, et lui demanda comment il se trouvait? « Mon père, répondit Charles, en plaçant ses deux mains sur sa poitrine, pour le corps, je vous avoue qu'il souffre beaucoup, mais mon âme est remplie de tant de consolations que j'ai de la peine à la contenir. » Puis, saisissant lu crucifix, il le baisa avec transport, et i | ta plusieurs fois : « Mon amour est crucifié, et moi
je vis encore!.... » La confiance que cette croix lui inspirait n'était pas moins grande que son amour était tendre; il la pressait sur son cœur, la collait sur ses lèvres, et s'écriait : « Qui osera m'attaquer avec cette défense? C'est mon épée, c'est mon escorte, c'est ma sauve-garde, ma cuirasse et mon bouclier. » Les approches de la mort n'eurent rien de terrifiant pour le ' disciple de Jésus-Christ ; la pensée du ciel l'inondait d'ineffables consolations; ce fut en tenant la croix entre ses mains et en prononçant ces paroles : « Mon père, je remets mon âme entre vos mains, » qu'il expira (Ecoliers vertueux, tom. 1 , cité par GuilL).
g. La Passion de Jésus-Christ était le sujet le plus ordinaire des méditations de saint Casimir, prince de Pologne, et jamais il ne pensait au mystère de notre Rédemption, sans unir ses larmes à celles du Sauveur souffrant. — Sainte Madeleine de Pazzi eut à supporter, pendant cinq années de sa vie, les plus rudes épreuves. Elle fut horriblement tourmentée par des tentations d'impureté, d'orgueil et de blasphème. Toutes les fois qu'elle méditait sur la Passion du Sauveur, elle se sentait fortifiée et enflammée d'ua nouveau désir d'exprimer encore plus parfaitement Vhomme de douleur. — « 0 amour, s'écriait sainte Catherine de Gènes, en contemplant Jésus attaché à la croix, jamais plus de péchés, puisqu'ils ont coûté si cher ! »
h. Le roi de Naples, voulant honorer le jour à jamais mémorable où V Homme-Dieu demanda grâce à son Père pour ceux qui le faisaient mourir, a coutume d'accorder des grâces à plusieurs criminels. Voici comment cela se pratique. Le vendredi saint, le roi assiste a l'oilice dans sa chapelle. Lorsque l'évéque a baisé la
croix, le majordome général s'avance pour la baiser à Son tottr, et dépose au pied de cette croix, dans un bassin d'argent, un paquet de décrets royaux concernant les grâces accordées. Alors le procureur général pn- la cour criminelle va prendre les décrets, bais.- la croix et remplit les formalités. Vingt-sept condamnés ont été, en 18-48, l'objet de la clémence du monarque (Guill.).