‹ Catéchisme historiqueChapitre 143 sur 275 · Des dons extraordinaires de la grâce · texte numérisé non relu

Des dons extraordinaires de la grâce

Jésus avait promis lui-même des grâces toutes spéciales, (Marc, 46, 17). « Ces miracles, dit-il, accompagneront ceux qui auront cru ; ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront de nouvelles langues, ils prendront les serpents avec la main, et, s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. » Parmi les dons accordés aux apôtres et aux premiers chrétiens pour la propagation de l'Evangile et l'extension rapide du royaume de Dieu, les plus remarquables sont : le don des langues, ou la faculté de parler dans des langues étrangères que Ton n'a pas apprises, ou de se faire comprendre en parlant dans sa propre langue à ceux qui ne la connaissent pas. L'autre est le don des miracles, ou la vertu de faire de véritables miracles. Les apôtres et un grand nombre parmi les premiers chrétiens en ont été doués, comme nous le voyons par l'histoire des Apôtres. Nous ferons voir par des exemples que, dans des siècles plus reculés, il s'est aussi rencontré quelques saints qui ont été revêtus de ce remarquable privilège, ceux principalement dont Dieu a daigné se servir pour être les instruments de ses desseins de miséricorde sur leurs semblables.

4. a. Don des langues. — Il est raconté dans la vie de saint Dominique, qu'un jour, pendant qu'il était en Voyage pour Paris, il rencontra des voyageurs allemands qui, pendant quatre jours, le défrayèrent lui et son compagnon de voyage. Le quatrième jour, le saint i. 10

dit à son compagnon : « En vérité, mon frère, j'épi mve des inquiétudes de conscience , en voyant ces étrangers prendre tant de soins de nos intérêts temporels, tandis que nous, nous ne paraissons nullement nous inquiéter de ceux de leurs âmes. Si tu le veux bien, nous allons nous mettre à genoux et prier Dieu de nous accorder de pouvoir parler dans leur langue, afin que nous soyons en état de leur annoncer Jésus-Christ. » Ils le firent, et aussitôt après leur prière, au grand étonnement des étrangers, ils se mirent à parler allemand, et continuèrent ainsi pendant quatre jour- à s'entretenir avec eux de su; *Xa religieux. Arrivés enfin à Orléans, les Allemands les quittèrent, après s'être instamment recommandes à leurs prières (Xacà HerbstsExempelb. 4. S. 190).

b. Bien que saint Vincent Ferrier ne se servit, pendant ses voyages, que de sa langue maternelle, dans les différentes provinces qu'il prêchait, ses auditeurs, parmi lesquels se trouvaient des Allemands, des Grecs, des Hongrois, le comprenaient néanmoins aussi facilement que s'il se fût exprimé dans leur propre langue. — Saint Antoine de Padoue prêchait de même aux différentes nations qui affluaient à Home à cause de l'indulgence, et se faisait si bien comprendre de ses auditeurs que, dans la suite, plusieurs assuraient qu'ils l'avaient entendu prêcher dans leur langue maternelle (D'après le même.).

c. Saint Rraftoois Xavier parlait avec tant d'habileté et de perfection les langues des peuples auxquels il annonçait l'Evangile, qu'on eûl «lit qu'il avait été élevé au milieu d'eux. Souvent il arrivait que, quand des peuples de différentes nations l'enteiKiaientprecher en

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même temps, chacun le comprenait dans la langue de son pays, ce qui ajoutait à la vénération que Ton avait pour lui, et donnait de la portée à ses paroles. On raconte les mêmes prodiges de Louis Bertrand, de Martin, de Valentin et autres \Le même).

2. Bon des miracles. — Non-seulement les Apôtres et les premiers chrétiens possédaient le don des miracles, mais nous le trouvons encore dans une foule de saints des siècles subséquents. Ainsi :

a. Lorsque saint Pierre Termite habitait, dans le quatrième siècle, non loin d'Antioche, une dame de qualité vint un jour le trouver dans son ermitage pour être délivrée d'une maladie des yeux qui lui causait les tourments les plus atroces, et pour la guérison de laquelle les médecins avaient vainement mis à contribution toutes les ressources de leur art. En présence d'une multitude nombreuse, le saint lui impo-a les mains, récita une prière, et elle s'en retourna parfaitement guérie. C'est à la prière de ce saint que cette même dame fut redevable de la naissance d'un fils auquel elle donna le nom de Théodore (don de Dieu), nommé plus tard évèque de Cyrhus. — Cette dame étant tombée dangereusement malade, et se voyant sur le point de mourir, le saint homme arriva inopinément dans sa chambre, se mit aussitôt à genoux et pria pour elle avec les assistants; puis il lui imposa les mains, et soudain elle s'éveilla du sommeil de la mort. Llle sentit ses forces vitales renaître dans ses membres, et dès qui; le saint se fut retiré, elle quitta son lit de douleur, pleine de vigueur et de santé (Ibidem,

b, On raconte que lorsque saint Bcrntrfd se rendait

de Pise à Milan, tout le monde accourait à la rencontre de l'homme de Dieu ; les nobles, les bourgeois, les uns à cheval, les autres à pied, les riches, les pauvres quittaient leurs habitations, et, marchant par troupe-, allaient au devant du serviteur de Dieu avec une incroyable révérence. Tous, transportés de joie à son aspect, s'estimaient heureux d'entendre le son de sa voix. Lors de ses longues courses à travers l'Allemagne, la Belgique et la Champagne, jusqu'à son retour dans son couvent, le nombre des miracles qu'il opéra surpasse toute croyance. Partout il était entouré de masses innombrables qui lui apportaient des malades pour qu'il les touchât et les guérit. Il arriva souvent que l'aflluence du peuple était telle, que ses compagnons étaient dans l'impossibilité de transcrire sur un livre et de suivre avec la plume les effets multipliés de la grâce. A chaque guérison le peuple s'écriait : « Christ ayez pitié de nous! Kyrie eleyson; tous les saints du ciel, venez à notre secours! » Les boiteux, les aveugles, les paralytiques, tous recevaient leur guérison. Quelquefois cette uui'rison était précédée d'une sueur froide. Pour opérer des effets si surnaturels, la présence du saint n'était pas toujours nécessaire. — Ces guérisons extraordinaires, attestées par des milliers de témoins, n'étonnaient plus personne que le saint lui-même, car il était plein d'humilité et de modestie (Id.).

c. Saint François d'Assise tomba un jour damroreu-eniriit malade au couvent de Saint-Urbain. Sentant les forces de la nature disparaître insensiblement, il demanda un verre de viu ; mais le dénuement de ce lieu ettant pas d'accéder à ses désirs, il se lit apporter un verre d*euu. Après avoir lait sur lui le signe

de la croix, il arriva que l'eau se trouva changée en vin. Sitôt qu'il en eut goûté, sa maladie cessa tout-à-coup, de telle sorte que, comme le remarque son biographe, saint Bonaventure, ce double miracle atteste doublement que saint François s'était entièrement dépouillé du vieil homme pour se revêtir du nouveau créé selon l'esprit de Dieu {Ibidem, pag. 553).

$ SENTENCES

a. La justification, sans laquelle ni l'enfant ni l'adulte ne peuvent parvenir à la béatitude céleste, n'est point le résultat de nos mérites, mais elle nous est donnée gratuitement ; de là son nom de grâce (S.Aug. de gratX

l. L'homme ne peut rien faire de bon sans le secours de Celui qui lui a donné la liberté de ses actes, afin qu'il soumette chacune de ses œuvres à l'influence de sa grâce (S. Hier on. Opusc. A. 99).

c. Il ne suffit pas que Dieu m'ait accordé une fois le secours de sa grâce, s'il ne me l'envoie plus dans la suite. Je demande afin d'obtenir, et, quand j'ai obtenu, je prie de nouveau. Je suis avide à l'endroit des bienfaits de Dieu. Il ne se fatigue pas de donner, et moi je ne me fatiguerai pas de recevoir. Plus je bois, plus ma soif augmente (Idem, ep. 133. adCtes.).

d. Dieu n'abandonne jamais l'homme, quand l'homme ne l'abandonne pas le premier (S. Aug. Serm. 88. de temp.).

e. Nous pouvons bien défigurer en nous l'image de Dieu, mais noua ne pouvons, seuls, la rétabnr dansson état primitif (Id. Serm. 27 de Verb. AposX).

COMPARAISONS

a. De môme qu'un vaisseau, lorsqu'il est poussé par un vent favorable, ne saurait êlre arrêté ni englouti sous les flots ; de même aussi notre âme, lorsqu'elle est soutenue par l'Esprit saint, s'élève au-dessus de toutes choses, et triomphe de tous les assauts de la vie (S. Chri/s. in ep. ad Hsebr.).

h. Un jour que deux ermites creusaient de la terre et la déposaient dans un jardin au moyen de sacs qu'ils portaient sur leurs épaules, la chaleur du jour, jointe à la fatigue et aux piqûres des insectes, découragèrent tellement le plus jeune, qu'il murmurait presque à chaque pelletée qu'il mettait dans son sac. « Mon frère, lui dit enfin le plus âgé, priez donc le Seigneur qu'il vous accorde le don de la patience? — J'ai déjà prié assez souvent, reprit le jeune ermite, mais sa grâce ne me sert à rien. » Le plus âgé continua son travail jusqu'à ce qu'il eût rempli son sac, puis il dit à son compagnon : «î Veuillez m "aider à charger mon fardeau sur mes épaules : « ce qu'il fit. Mais taudis que le plus jeune levait de toutes ses forces, l'autre, de son côté, retenait tant qu'il pouvait, de sorte que le sac finissait toujours par retomber à terre. « Qu'est-ce que cela signifie, s'écria enfin le jeune ermite? Que vous sert mou secours si vous cherchez à le rendre inutile? — Eh bien! continua l'ainé. ainsi en estril de la grâce de Dieu: il est toujours disposé à nous aider, mais si nous ne coopérons grâce, et que, au contraire, nous lui résistions, à quoi nous servira le secours qu'il nous aura prête? » (Xacà JSmii.Cs Blumçn der U'iïslc).

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c. La grâce est le baume le plus pur, c'est pourquoi il faut la recevoir dans un vase exempt de toute souillure (S. Bern. Serm. 54 in Cant.).

d. Lorsque le gouvernail d'un vaisseau est brisé, il est battu par tous les vents et jeté çà et là au gré de la tempête. Il en est de même à l'égard de l'homme lorsqu'il a perdu la grâce; il court à sa perte après être devenu le vain jouet des caprices de Satan (S. Ckrysost. Hom. 21 in Matin.).

e. De même que le soleil répand ses rayons sur toute la surface de la terre, et éclaire tout ce qui existe, ainsi Dieu envoie partout les rayons de sa grâce et illumine tous les cœurs des hommes.

/'. Si les richesses de la terre sont déjà si estimables à cause des moyens qu'elles nous fournissent de rendre la vie commode et agréable, combien plus précieux ne doivent pas être les biens surnaturels, les grâces, à cause de la facilité qu'elles nous procurent pour arriver à la possession de la vie éternelle ?

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