PARTIE I. CHAPITRE II
monde, et par Tordre admirable qui y règne, qu'il devait exister un Etre tout puissant, et doué d'une intelligence sans borne, créateur et conservateur de tout ce qui existe. Il s'efforça de faire passer cette conviction dans l'esprit de ses disciples. EL tint avec eux, sur ce sujet, de longs et magnifiques entretiens qui nous ont été conservés par l'un d'eux, Xénophon. Cependant, comme Socrate, dans ses dialogues, ne parlait de la divinité qu'au nombre singulier, il fut accusé en justice de manquer de respect aux dieux de la patrie (dont il comprenait la futile invention), et de séduire la jeunesse, qu'il détournait de la croyance aux dieux. Socrate ne se défendit pas longtemps ; il se contenta de dire, pour toute réponse, que, depuis trente ans, il ne cessait de travailler à augmenter le bonheur de ses concitoyens, en particulier de ses disciples, « Je me suis cru appelé par la divinité à cette suprême fonction, disait-il en terminant; j'estime et respecte infiniment plus son jugement que le vôtre, ô Athéniens » ! Ses ennemis obtinrent la mort de ce noble philosophe et le firent condamner à boire la ciguë.
i. Un autre païen, Gicéron, a écrit tout un traité sur Fessence de la divinité. Parcourant l'organisation du monde végétal et animal, il y fait voir l'œuvre d'un ouvrier souverainement intelligent. « On pourrait encore ajouter, continue ce païen, une foule de considérations, qui prouveraient jusqu'à l'évidence la multiplicité et l'existence des dons que Dieu a faits aux hommes. Il s'exprime aussi au nombre singulier. Puis il vient à parler du corps humain, de la majesté et de l'élégance de la constitution, ainsi que de ses différents organes. Ses yeux, comme des sentinelles, occupent la
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place la plu? élevée, afin que rien ne leur échappe ; de même les oreilles, faites pour saisir les sons qui tendent toujours à s'élever, sont placées à la partie supérieure de la tète. Le nez est place près de la bouche, afin que nous puissions déjà distinguer ce qui y passe; le goût se trouve précisément dans cette partie de la bouche, par où doivent naturellement passer la nourriture et la boisson que nous prenons; le sens du toucher est répandu par tout le corps.
<juand vous examinez une grande maison, dit encore le même Cicéron, lors même que vous n'en voyez pas l'architecte sous vos yeux, vous vient-il jamais à la pensée qu'elle est l'ouvrage des souris ou des belettes? Comment pouvez-vous donc croire sérieusement que tant de magnificence, tant de variété, tant d'harmonie, dans les corps célestes, la vaste étendue de la mer et de la terre, etc., n'était que le pur effet du hasard? Si quelqu'un était porté à croire, dit-il encore, que tout ce que nous considérons n'est que le produit du hasard, je ne comprends pas pourquoi celui-là ne prétendrait pas, qu'en jetant ça et là une grande quantité de lettres, elles ne s'arrangeraient pas de telle sorte, qu'elles parvinssent à former les Annales cCHaniv.s.
Si quelqu'un, dit ailleurs le même païen, avait vécu sous terre dans de splcndidcs palais, au sein de l'abondance, et que tout-à-coup il se trouvât transporté sur la surface de la terre, qu'il vit la voûte immense des cicux, la terre, la mer, la nuit, le soleil, etc., il croirait aussitôt à l'existence de la divinité » (Cic. «le Nat. dcor.).
c. Un troisième païen, Séiièque, écrit ces paroles: a Tout bien, dites-vous, me vient de la nature; mais ne remarquez-vous pas, qu'en parlant de la sorte, vous