Conjectures sur l'origine de l'idolâtrie
Dans les premiers temps, tous les hommes croyaient en un seul et vrai Dieu. Mais comme Dieu est un esprit, et que, comme tel, il est invisible, il est probable que les hommes se dirent entre eux : il nous faut cependant quelque chose pour nous aider à conserver le souvenir de la divinité. Quelques-uns dirent : La plus magnifique d'entre les créatures, celle qui est le plus capable de nous rappeler la majesté et la bonté de Dieu, c'est le soleil. L'éclat de sa lumière, sa beauté qui frappe tous les regards; la prospérité, l'accroissement et le bienêtre qu'il répand sur toute la terre, tous ces motifs doivent nous rappeler le souvenir d'un Dieu souverainement bon et parfait. Aussi, quand ils priaient Dieu, ils se tournaient vers le soleil, et quand ils parlaient de Dieu à leurs enfants, ils leur montraient le soleil. D'où il arriva qu'ils oublièrent bientôt, surtout leurs enfants et leurs neveux, que le soleil ne devait que leur rappeler le Dieu invisible. Peu à peu, ils confondirent Dieu avec le soleil, et commencèrent à rendre leurs adorations à cet astre.— Plus tard, l'éclat de la lune et des I. I
étoiles les déterminèrent à les adopter aussi pour leurs dieux, mais ils ne furent que des dieux inférieurs. Mais comme le soleil, par une température sombre et nébuleuse, n'est pas visible, ils convinrent que la llamme domestique serait destinée à leur rappeler le Dieu invisible qui règne dans les hauteurs, c'est-à-dire, le soleil. — Et lorsqu'ils priaient, ils s'agenouillaient devant le feu : bientôt ils oublièrent que le feu ne devait que leur rappeler le soleil, et ils l'adorèrent aussi. On les appelle les adorateurs du feu: ces pratiques sont surtout en usage parmi les Perses. Plus tard, après qu'on eut partagé le temps d'après les données fournies par l'observation du cours des astres, ce qui probablement eut lieu d'abord en Egypte, on se vit forcé de donner des noms particuliers aux différentes étoiles et aux groupes d'étoiles, principalement à celles au milieu desquels s'effectuait le cours visible du soleil et des planètes. Naturellement, ces dénominations furent prises parmi les objets servant à l'agriculture. Ainsi le signe sous lequel le soleil apparaît au moment où Ton attèle à la charrue, fut appelé le taureau. Un autre sous lequel arrivait le débordement du Nil se nommait Y homme aquatique ;tel autre marquant le solstice, portait le nom d'écrevisse, et le cours des planètes ou plutôt l'ensemble de la sphère céleste fut comparé à un serpent. Par l'usage fréquent de ces expressions allégoriques, on oublia insensiblement, surtout parmi le peuple, leur*véritable signification : on confondit le signe avec la chose lignifiée, les choses de la terre avec celles du ciel. On avait donné le nom de taureau, de chien, à des astres qu'on regardait déjj auparavant comme des divinités; bicnlul oncrul voir un bieu dans le taureau domestique.