PARTIE I. CHAPITRE H
d'une tristesse qu'elle ne pouvait cacher plus longtemps, ajoutant que ce devait être quelque chose de bien grave, puisque toujours si calme et si joyeuse d'ordinaire; elle était maintenant comme abimée dans une tristesse profonde. Pendant longtemps elle se refusa absolument à lui en déclarer le motif, ce qui ne faisait qu'augmenter la frayeur de son mari. Vaincue, enfin, par ses sollicitations et ses prières réitérées elle se mit à parler ainsi, d'un ton sérieux et solennel : a J'ai fait cette nuit un rêve bien triste ; j'ai rêvé que notre Sauveur était mort, et que les anges, grands et petits, accompagnaient son cercueil en versant des larmes amères; j'en ai été moi-même profondément émue; et à cette heure même je ne saurais encore m'en consoler »! — « Stupidité vraiment impardonnable, s'écria l'homme en souriant pour la première fois depuis bien longtemps; comment peux-tu t' arrêter à de tels contes bleus, et maintenant surtout que tu es éveillée? Comment peux-tu sérieusement en être encore triste? Dieu peut-il mourir, n'est-il pas éternel »? A cet instant la gaîté, qui depuis si longtemps avait disparu du visage de sa femme, reparut de nouveau, puis elle reprit aussitôt: c< Ainsi mon rêve ne signifiait donc rien? Il vit donc encore l'antique bon Dieu »? — « Eh! san3 doute, il vit encore, répondit le mari qui commençait à douter si sa femme n'avait pas perdu la raison : comment peux-tu tenir un langage d'une telle naïveté » ? Insensiblement la femme reprenait son ancienne sérénité, a Si donc il en est ainsi, continua-t-elle, si notre Dieu, qui nous a conservés déjà pendant plus de cinquante ans, ainsi que l'univers, à travers des milliers tl'u nuées, continue à veiller toujours avec un soin tout
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paternel sur les faibles comme sur les puissants, sur la jeunesse et sur la vieillesse, comment peux-tu te décourager, et refuser d'avoir confiance en lui ? Il n'a pas changé: il reste le père des hommes, son amour et sa bonté nous sont également assurés, et il continuera à veiller sur nous et sur nos enfants. Ne lui fais donc pas injure, en doutant de sa bonté paternelle, te persuadant faussement qu'elle n'est pas éternelle, et qu'elle est sujette à varier ». Le mari sentit les effets salutaires de ce reproche ; il reprit avec émotion : « Oui, ma prudente consolatrice ! tu as raison; tu es plus raisonnable et plus chrétienne que moi, jamais je ne me laisserai plus aller au découragement, encore moins douterai-je jamais de l'éternelle et immuable bonté de notre Dieu {Stapfs Handb. 8. 48).
b. Saint. François avait coutume de consoler ses frères par les paroles suivantes : « Mes Frères ! nous avons , il est vrai, fait de grandes promesses au Seigneur, mais celles qu'il nous a faites le sont encore infiniment plus. — Le travail et la peine sont ici-bas de peu de durée : mais, là-haut, notre éternel rémunérateur nous accordera une récompense impérissable. » (Lohn. Bibl. 1.56).
c. Chaque fois que sainte Thérèse entendait sonner l'heure, elle s'écriait avec joie: « Me voici encore d'une heure plus rapprochée de ma patrie et de mon rémunérateur éternel. » [Ibid. 1. 57).
cl. Lorsqu'on demandait à levais pourquoi il consacrait tant de «oins à ses tableaux, il répondait: « Je travaille pour l'éternité, d Avec combien pluâ de confiance que cet artiste avide de gloire, les justes ne peuvent-ils pas s'écrier s « Nous travaillons pour l'éternité,
pour im maître qui peut et veut nous donner une éternelle récompense. » (Drexell. De œter.).
p. « Voulez-vous jouir d'une félicité éternelle, écrit saint Augustin, attachez-vous à celui qui est éternel. » (,S'. Aug. S. 30. Desauct.).
f. Une veuve, sur son lit de mort, consolait ses enfants par ces belles paroles : «Je vous laisse, mes chers enfants, un père qui ne mourra jamais, mais qui vivra éternellement. »