CHAPITRE V
Du soleil , de ses effets et de sa beauté.
Ayant parlé du ciel en général , il faut ensuite parler en particulier des planètes et des étoiles qui y sont contenues , et premièrement de la plus noble qui est le soleil. En lui seul il y a tant de grandeur et tant de merveilles à considérer, qu'Anaxagoras , grand philosophe , étant autrefois interrogé pourquoi il pensoit être venu au monde , il répondit que ce n'étoit que pour voir le soleil,' lui semblant que cette seule cause étoit assez légitime pour cela , puisqu'il y avoit de quoi contempler la grandeur de Dieu dans le seul ouvrage de cette excellente créature , et dans les merveilles qu'il faisoit par elle dans ce monde. Néanmoins ce philosophe n'adoroit ni ne tenoit le soleil pour une divinité , comme faisoient une infinité de nations; au contraire , il soutenoit que ce n'étoit qu'une grande pierre, ou un autre corps matériel enflammé et resplendissant , et pour cela il fut condamné par les Athéniens, qui l'eussent puni de mort , si son ami Perles ne lui eût sauvé la vie. Mais quoique cet astre soit si admirable , toutefois personne n'admire les vertus et les propriétés que Dieu lui a communiquées; parce que voyant le cours ordinaire des choses qui vont un même train, quelque grandes qu'elles soient, la coutume empêche que nous ne les admirions. « Nous faisons tout
» le contraire , ainsi que dit fort bien Sénèque , dès » qu'il y arrive une nouveauté quoique très -petite ; » car alors tout le monde tourne les yeux vers le ciel, » et contemple curieusement ce qu'il n'a pas acc^u- » tumé de voir. Il n'y a presque personne qui regarde » le soleil , sinon lorsqu'il s'éclipse , ni qui considèie » la lune , que lorsque l'ombre de la terre l'obscurcit. » Et néanmoins de combien le soleil est-il plus admi- » rable, quand par la splendeur de sa lumière il obs- » curcit toutes les étoiles ! Et qui ne doit point être sur- » pris de ce qu'étant plusieurs fois plus grand que la » terre, la violence de sa chaleur ne la réduit point » en cendre? au contraire, il tempère tellement son » ardeur par ses divers changemens, qu'il semble se » régler selon nos besoins. Il n'y a personne qui ad- » mire ces choses , lorsqu'elles vont leur train ordinai- » re; mais pour peu qu'elles s'en détournent , chacun » y court comme à une merveille , et s'enquiert de ce » que cela peut présager : tant il est plus naturel et » plus ordinaire aux hommes d'admirer les choses » nouvelles et extraordinaires , que les grandes. Voilà » ce que dit Sénèque; mais saint Augustin trouve que » les gens sages sont bien plutôt touchés d'admiration » des grandes choses , que de celles qui sont nouvel- » les et non accoutumées , parce que leurs yeux sont » assez bons pour juger de la grandeur et de la di- » gnité des choses en elles-mêmes, et pour les esti- » mer selon qu'elles sont. »
Pour revenir à mon sujet , je dis qu'entre les qualités et les influences de cette planète , la principale
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et plus générale est de communiquer sa lumière et sa clarlé à toutes les autres plaintes et aux étoilesqui sont répaedwes dans le ciel; et comme il est constant que les mes et les autres font tous leurs effets en ce monde parle moyen de la lumière , par laquelle elles descendent en quelque sorte ici-bas , et que cette lumière leur v eut du soleil , il s'ensuit qu'après Dieu il est la première cause de toutes ces générations , corruptions , altérations et changemens qui arrivent en ce monde inférieur. C'est aussi pour cela que nous disons qu'il concourt à la génération de l'homme, et que le soleil et l'homme engendrent l'homme , dont il s'est fait un axiome. Mais il n'engendre pas seulement les choses , c'est lui-même encore qui par la chaleur qu'il leur communique , les fait croîtreet élever en haut; et c'est par son moyen que nous voyons naître toutes les herbes et croître les moissons au mois de mai , qui est le temps que sa chaleur commence à devenir plus forte. C'est lui même qui attire en haut les plus subtiles vapeurs de la mer; et lorsqu'elles se sont élevées à la moyenne région de l'air , qui est extrêmement froide , elles se changent en eaux pour arroser la terre, et produisent ainsi les fruits et les pâturages , pour servir d'aliment non-seulement aux hommes , mais aussi /a tous les autres animaux; de sorte que nous pouvons dire que c'est lui qui nous donne le pain , le vin , les chairs , les laines , les fruits et généralement presque tout ce qui est nécessaire pour l'usage de la vie; car , en effet, c'est l'eau qui nous donne tout cela , et c'est le soleil qui nous donne l'eau.
C'est lui encore qui par ses mouvemens divers nous marque les temps , qui sont les jours et les nuits , les mois et les années; parce que lorsqu'il paroît sur notre hémisphère , il fait le jour , et lorsqu'il se couche et qu'il se retire de nos yeux , il fait la nuit : en courant par chacun des douze signes du ciel , il marque les mois ( s'arrêtant l'espace de trente jours en chaque signe) ; mais lorsqu'il fait le tour entier du monde , pat ces douze signes , il marque les années, parce qu'un de ces tours est la mesure précise de l'an.
C'est lui aussi qui en s'approchant ou se détournant de nous , est cause de la diversité des quatre saisons , savoir, de l'hiver, du printemps, de l'été et de l'automne , ordonnées par la providence divine , et par le ministère de cette grande planète , autant pour le maintien et pour la santé de nos corps , que pour la production de tous les fruits de la terre. Pour ce qui regarde la santé, il faut savoir que comme nos corps sont composés des quatre élémens , ils participent aussi de leurs quatre qualités, qui sont le froid, le chaud , le sec et l'humide , auxquelles se rapportent les quatre humeurs qui se rencontrent dans nos corps ; carie flegme a rapport au froid ; le sang, à l'humide ; la colère , au chaud ; et la mélancolie, au sec. Or , comme ce sage et souverain modérateur voyoit que la santé de nos corps consistoit en la proportion et au tempérament de ces quatre humeurs , et que nos maladies procédoient de leur désordre , lorsque les unes prenoient de l'avantage sur les autres , il a tellement réglé ces quatre saisons, que chacune de ces quatre humeurs a eu ses trois mois
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affectés on l'année, afin de pouvoir se rétablir et se remettre. De cette sorte le flegme a eu ses trois mois d'hiver, qui sont froids comme lui; le sang, ses trois moii de printemps , qui lui ressemblent en température; l'été a été donné en partage à la colère, qui l'imite par sa chaleur; et enfin la mélancolie a eu l'automne, qui est conforme à sa sécheresse. Ainsi nous voyons qu'en chacune de ces quatre saisons il y a une de ces quatre humeurs qui règne et qui prédomine , laquelle tenant en égale balance les saisons et les forces , elles se maintiennent en paix , sans que les unes soient envieuses des autres ( leurs temps étant si justement compassés ) ; et ainsi il n'y en a aucune qui prétende de prendre avantage sur l'autre ni de la détruire * voyant que leurs forces sont pareilles , et le temps égal pour se réparer et se rétablir.
Ce changement de saisons ne sert pas moins admirablement pour le second effet que nous avons indiqué, qui est la production des fruits et des herbages de la terre , avec lesquels ces mêmes corps se doivent nourrir; car nous voyons qu'en automne on achève de cueillir les fruits que l'été a mûris par sa chaleur , et que par le secours des premières pluies qui arrivent d'ordinaire en ce temps-là , le laboureur commence à rompre les terres pour y semer les grains ; et afin que les grains semés jettent de profondes racines dans la même terre et s'élèvent sur de bons fondemens , les froids de l'hiver surviennent fort à propos , parce que les plantes , pour éviter la froideur de l'air , se retirent au dedans, et ainsi emploient toute leur force à
jeter de plus fortes racines , afin qu'après elles croissent d'autant plus sûrement qu'elles seront plus avant dans la terre. Après cela le printemps succède afin qu'elles croissent ; car c'est lui qui par le moyen d* sa chaleur les fait monter et s'élever en haut, afin que les ardeurs de l'été survenant , elles parviennent à ui.e maturité parfaite , desséchant par la force de sa chaleur tout le froid et toute l'humidité qu'elles avoient auparavant.
Son cours d'une année étant fini , la provision de vivres tant pour les hommes que pour les animaux qui le doivent servir, se trouve faite : de sorte que comme un grand prince qui auroit beaucoup de serviteurs dans sa maison feroit chaque année une certaine quantité de provisions pour leur nourriture , ainsi ce grand Seigneur dont la maison et la famille est composée de tout ce qui est dans l'étendue de ce monde, par la révolution qui se fait du soleil dans l'espace d'une année , et par la différence de ces quatre saisons, pourvoit à toutes les nécessités tant du vivre que des autres choses , en faveur de sa grande et nombreuse famille pour un an; et cela étant fait , il commande aussitôt au soleil de retourner sur ses mêmes pas , afin de faire la même provision pour l'année suivante.
Mais parce que les hommes et les animaux sont tous sujets à la mort, et que si par les individus les espèces ne se réparoient , le monde finiroit , le Créateur a soin de faire ce remplacement par le ministère de la même planète; parce que lorsqu'elle retourne vers nous et qu'elle s'en approche au printemps , à mesure
que les arbres semblent ressusciter , le monde se peuple aussi par une -nouvelle génération et par de nouveaux habilans. Car on voit en ce temps-là naître de nouveaux animaux sur la terre , de nouveaux poissons dans l'eau , et de nouveaux oiseaux dans l'air; et Je la sorte ce divin gouverneur entretient et conduit ce monde , renouvelant chaque année sa famille, et la pourvoyant aussi de vivres pour sa subsistance. Hé ! qui sera celui qui voyant le bel ordre de cette divine providence , ne s'écriera point avec le Prophète : Combien, Seigneur, sont magnifiques toutes vos œuvres! toutes sont faites avec une sagesse infinie, la terre est toute remplie de vos richesses (Psal. io3 ).
Nous devons remarquer encore par quel ordre ces quatre saisons se succèdent les unes aux autres ; de quoi le même soleil par son mouvement réglé est la cause; car les deux opposés étant l'hiver et l'été , si la rigueur des froidures de l'hiver éloit immédiatement suivie des ardeurs de l'été , tous les corps en recevaient de notables incommodités , la nature ne pouvant souffrir des changemens soudains et extrêmes. Le Créateur pour éviter cet inconvénient , a tellement réglé le cours du soleil , qu'il a voulu qu'il y eût des saisons tempérées entre ces deux extrémités; tellement qu'entre les froids de l'hiver et les chaleurs de l'été, il a mis le printemps , qui participe en quelque façon des deux autres, étant chaud et humide; ce qui fait que l'homme passe d'une de ces extrémités à l'autre sans danger. Et parce que le même inconvénient ar-» riveroit , si après les ardeurs de l'été , les rigueurs de
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l'hiver venoicnt immédiatement à succéder, il a mis l'automne entre deux, afin que peu à peu les corps se disposassent à supporter plus facilement les froiàs de l'hiver.
C'est aussi le même soleil qui par sa présence ou par son absence partage l'espace des jours et des nuits, l'un et l'autre pour notre utilité ; parce que si nous n'avions que le jour , on ne pourroit compter les âges des hommes , ni connoître la mesure des temps ; au lieu que faisant du jour et de la nuit un jour , de sept jours et d'autant de nuits une semaine , et le soleil séjournant un peu plus de quatre semaines en chaque signe , son passage par les douze signes nous marque Tannée solaire. Mais cette vicissitude si réglée des jours et des nuits n'est pas moins profitable aux fruits de la terre, parce que les longues nuits et les courts jours d'hiver forit que les fruits s'enfoncent bien avant dans la terre pour y prendre racine , contraints à cela par le froid des longues nuits , et qu'ils croissent au contraire très-peu à cause du peu de chaleur des jours courts. Mais lorsqu'étant bien enracinés il est temps qu'ils croissent , les nuits s'accourcissent , et les jours s'allongent , afin que par la chaleur des longs jours les plantes s'augmentent et se mûrissent ; de sorte que les jours et les nuits s'accordent et conviennent ensemble comme frère et sœur pour le bien de l'homme , se rendant réciproquement les avantages qu'ils ont pris dans un temps l'un sur l'autre , et conservant une entière égalité dans le tout parmi l'inégalité qu'il y a eu entre les parties.
Encore
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Encore que le jour soit plus propre pour les fonctions et pour l'usage de la vie humaine , néanmoins la nuit ne laisse pas de procurer de grands avantages ; car nous voyons combien sa fraîcheur et sa rosée servent pour rafraîchir les plantes et les semences , dans hs chaleurs des grands jours d'été. C'est elle qui donne Je moyen aux hommes et aux animaux de se reposer après avoir supporté les travaux du jour : durant la nuit la fonction des sens est suspendue, el par ce moyen la chaleur naturelle étant resserrée au dedans, n'a plus qu'à vaquer à la coction et à la digestion des vivres et à les départir à tous les membres, en distribuant à chacun sa part. C'est elle qui fait trêve au plus fort de la guerre , et qui fait que l'ennemi cesse de poursuivre l'ennemi après la victoire; et elle-même donne la liberté et la commodité aux animaux de sortir de leurs tanières pour chercher leur nourriture. C'est aussi ce qui a donné sujet au Prophète d'exalter la providence du Seigneur, lorsqu'il a dit : Fous avez, Seigneur, couvert la terre de ténèbres , dont la nuit a été faite pour donner moyen aux brutes de sortir des montagnes 9 et aux petits lions de crier et de demander à Dieu leur aliment. Mais dès que le soleil commence à paroître au malin, elles se retirent aussitôt en leurs cavernes , pour nêtre point exposées à la poursuite des chasseurs (Psal. io3 ). Durant la nuit l'homme n'a-t-il pas le temps le plus propre pour se recueillir et pour repaître son âme , laquelle étant libre des soins et des empressemens du jour , peut vaquer à la contemplation de Dieu en silence , et chanter ses louanges sans
Si CATÉCHISME DE GRENADE.
distraction ? C'est ce que nous apprend le Prophète quand il dit : Durant le jour le Seigneur nous départ ses miséricordes ; mais durant la nuit il nous demande ses louanges (Psal. 91 ). C'est à cela même qu'il exhorte encore plus étroitement ceux qui ont le bonheur de demeurer en la maison de Dieu , leur dV sant : quils lèvent leurs mains durant la nuit pour toucher les choses saintes et pour bénir le Seigneur {Psal. 1 55 ). Il ne s'éloignoit pas lui-même du conseil qu'il donnoit aux autres; car bien qu'il fût un grand roi , et occupé à beaucoup d'affaires , il dit néanmoins qu'il se levoit toutes les nuits pour vaquer à cet exercice. Jérémie nous y exhorte aussi de son côté , par ces paroles : Lève-toi , dit-il , la nuit , au commencement de tes veilles , et répans comme de Veau ton cœur devant Dieu [Hier, i); c'est-à-dire, expose îibrementau Seigneur toutes les nécessités de ton âme, et lui en demande le remède. C'étoit en ce même temps que le prophète Isaïe élevoit son esprit à Dieu , comme il le témoigne 9 lorsqu'il lui dit : Mon âme, Seigneur , vous a souhaité durant la nuit , et le matin je veillerai pour vous par mon esprit et par mon cœur {Isa. 26). Pendant la nuit claire et serène, le cœur humble réveille et excite sa dévotion, considérant l'admirable beauté de la lune, et en son absence celle de toutes les étoiles, qui dans leur profond silence, et par ce grand éclat dont elles brillent , nous découvrent la beauté de leur Créateur, et par la diversité de leurs lumières nous apprennent les diverses sortes de gloire et de beauté des corps glorieux, qui se découvriront, comme dit l'Apôtre, au jour de la résurrection générale.
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Tout ce que nous venons de dire et une infinité d ailres choses que nous passons sous silence, sont de> effets de ce grand et admirable astre, outre la lumière qu'il départ généralement à tout ce que Dieu a créé au ciel et en la terre , et la couleur dont il embellit tout Je monde , sans qu'il y ait rien qui se puisse cacher à ses rayons. Quelle autre main que celle de Dieu, pouvoit être assez puissante pour polir la glace d'un si grand et si beau miroir? Qui pourroit former un si excellent flambeau et une lampe si resplendissante , qu'elle fût capable d'éclairer tout le monde? C'a été pour celte raison que saint Ambroise l'a appelé fort à propos l'œil du monde , parce que sans lui tout le monde seroit aveugle ; mais par son moyen toutes choses se découvrent à nos yeux.
Enfin les propriétés et les excellences de ce bel astre sont si grandes, que quoique les créatures même les plus parfaites ne soient qu'une ombre légère du Créateur , n'y ayant que l'homme seul et l'ange qui aient l'honneur d'être appelés ses images , néanmoins entre les créatures corporelles celle qui représente le mieux sa beauté et sa toute-puissance , c'est le soleil. Premièrement , en ce que n'étant qu'une seule étoile , il produit néanmoins une si grande lumière , qu'elle éclaire tout ce que Dieu a créé au ciel et en la terre; de sorte que lors même qu'il est sous nos pieds dans l'autre hémisphère , il ne laisse pas de communiquer sa lumière à toutes les autres étoiles, (j) Sa vertu
(1) 11 est reconnu aujourd'hui que les étoiles ne peuvent point emprunter dusoleil leur lumière à cause de l'immense distance qui les
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d'ailleurs est si grande , qu'elle pénètre jusqu'aux entrailles de la terre , où il produit l'or , les pierres précieuses , (1) et plusieurs autres choses admirables. Ce qui nous peut faire connoître en quelque sorte comment Dieu notre souverain Maître , par sa présence ei par son essence contient le ciel et la terre, puisque sa puissance est si grande , qu'il a pu donner à une créature corporelle la force d'étendre sa lumière avec tant d'efficace par tout l'univers. Le soleil est de toutes les créatures la plus visible et néanmoins celle qui se peut le moins voir , à cause de l'éclat de sa splendeur et de la foiblessede notre vue, comme Dieu est la chose la plus intelligible de toutes celles qui sont au monde , et néanmoins celle que l'on peut le moins comprendre , à cause de la hauteur de son être et de la bassesse de notre intelligence. C'est le soleil qui communique sa lumière à tout le monde; et saint Jean a dit du Créateur , qu'il illumine tout homme venant au monde. Entre toutes les créatures corporelles, le soleil est celle qui communique le plus libéralement sa lumière et sa chaleur ; tellement que si vous lui fermez la porte pour vous en défendre , il pénètre au travers des fentes , pour vous faire part de l'un et de l'autre de ces biens. Et en cela qu'y a- t-il de plus semblable à cette bonté infinie, qui communique si abondamment ses richesses à toutes les créatures , les rendant (comme
sépare de cet astre ; mais ce que dit ici le père Grenade s'appliquant parfaitement à la lune et aux planètes , le raisonnement subsiste.
(i) Ceci n'est pas exact ; mais l'action du soleil sur les corps terrestres est si incontestable, que le fait avancé fût-il démontré , n'ajouteroit rien à ce que tout le monde sait sur ce point.
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dit saint Denis) , autant que le peut permettre leur condition et leur nature , semblables à soi , et cherenant même bien souvent ceux qui le fuient ? Toutes ies étoiles reçoivent leur vertu et leur clarté de celle du soleil , pour faire leurs opérations ; et tous les gens de bien reçoivent de la plénitude et de l'abondance des grâces de Jésus-Christ notre Sauveur, toutes celles qui leur sont nécessaires pour faire de bonnes œuvres. Le soleil produit toutes les choses corporelles qui sont au monde , et ce souverain gouverneur produit tout ce qu'il y a dans les cieux et sur la terre , concourant , comme la première cause , avec toutes les autres depuis la plus grande jusqu'à la plus petite. Enfin la présence du soleil nous cause la lumière , et son absence les ténèbres; et la présence de Jésus-Christ dans les âmes , les éclaire , leur enseigne et leur montre le chemin du ciel , leur faisant voir les mauvais pas dont elles se doivent éloigner; comme au conlrairepar son abence elles sont enveloppées dans des ténèbres si épaisses , qu'elles tombent à chaque pas dans les abîmes du péché, sans considérer, ni ce qu'elles font, ni qui elles offensent , ni en quel péril de leur salut elles s'exposent.
Par là nous voyons en combien de façons cette noble et excellente créature nous représente les perfections de son Créateur; de quoi le divin Psalmiste étant ravi d'admiration , après avoir dit que les cieux et les étoiles annonçoient la gloire de Dieu (Fsal. 18), il vient incontinent à parler du soleil en particulier, comparant sa beauté à celle d'un jeune époux sortant
de sa couche ; et sa force et son agilité à celle d'un géant , lorsqu'il sort d'une extrémité du ciel pour courir à l'autre. Sur ces belles paroles un interprète donne cette explication : lorsque tu auras, dit-il , jeté les yeux du corps et de l'esprit sur toutes les choses du monde , tu trouveras qu'il n'y en a aucune , ni si éclatante , ni qui cause tant d'admiration que fait le soleil, qui est non-seulement le chef de tous les astres, mais aussi le conservateur de toutes les choses corporelles. Et de fait quelle figure se peut offrir à nos yeux plus agréable que celle du soleil , lorsqu'il se lève le matin , chassant par sa lumière toutes les ténèbres , donnant la couleur et la forme à toutes choses , et réjouissant par sa beauté et par son éclat , le ciel , la terre , la mer et les yeux de toutes les créatures ? De sorte que c'est avec beaucoup de raison que nous pouvons comparer sa beauté à celle d'un époux, et sa force à celle d'un géant. Parce qu'il fait son tour de l'orient à l'occident avec tant de vitesse , et de là à l'autre partie du ciel , que par une de ses révolutions il fait le jour et la nuit ; nous découvrant quelquefois d'en haut ses rayons purs et brillans; d'autres fois se cachant à nos yeux pour occuper l'autre partie du ciel , afin qu'il n'y ait aucune partie du monde qui ne soit éclairée de sa lumière. Car c'est ce bel astre qui par ses flammes très-pures embrasse toutes les choses qui sont sur la terre , leur donnant une salutaire chaleur de vie , qui les nourrit et les fait croître. Mais c'est assez parler du soleil , il est temps de venir à la lune sa compagne»
De la lune et des étoiles.
La lune est comme le lieutenant du soleil , étant établie par le Créateur pour distribuer la lumière en l'absence du soleil , afin que lorsqu'il s'éloigne de nous pour aller porter aux autres contrées le bénéfice de sa lumière , le monde ne demeure pas dans l'obscurité. C'est lui-même qui lui communique tout ce qu'elle a de lumière pour faire cette fonction; et cette lumière est d'autant plus grande, qu'elle regarde plus en face le soleil. Le pouvoir de cette planète , entre les autres qui lui sont attribués, agit principalement sur les eaux et sur tous les corps humides; mais elle l'exerce beaucoup plus souverainement sur la mer que sur les autres , la menant et faisant suivre après elle , comme un serviteur suit son maître ; de sorte qu'à mesure qu'elle va croissant , la mer croît aussi , et lorsqu'elle tend à son déclin, elle diminue. Et comme l'on dit que la pierre d'aimant tire le fer après soi , ainsi le Créateur a donné à cette planète la propriété de tirer et de mener après soi la mer , et de lui imprimer tous " sesm^uvemens ; de sorte qu elle tient en sa main comme une espèce de frein , pour gouverner à son plaisir ce grand élément et pour le conduire selon son désir. De là viennent ces flux et reflux , qui vont selon le cours des lunes , pour servir à la navigation , lorsque le vent cesse. Mais ils ne servent pas seulement à cela , et ils ne sont pas moins nécessaires pour purifier les eaux , qui seroient sans doute de mauvaise odeur et peu
salutaires pour les poissons , si elles demeuroient croupissantes et sans mouvement , comme sont les taux marécageux. Mais elle n'exerce pas seulement son esnpire sur la mer; elle n'en a pas moins , comme nous avons dit, sur tous les corps humides , comme sur les arbres et sur les plantes aquatiques qui croissent et diminuent avec elle. Nous avons encore à considérer les altérations qu'elle cause dans tous les corps humains et surtout aux infirmes , soit lorsqu'elle est dans son plein, ou dans son renouvellement, ou dans son déclin. Mais lorsqu'elle souffre des éclipses et que sa lumière reçoit tant soit peu de diminution par l'opposition de la terre , n'en souffrons-nous pas tous de l'incommodité ? Et c'est ce qui nous doit faire admirer davantage la puissance que le Créateur lui a départie , qui est si grande qu'encore qu'elle soit éloignée de nous par tant de milliers de lieues , néanmoins par la vertu de cette lumière, quoique seulement empruntée du soleil , elle ne laisse pas d'opérer de si grands changemens sur la terre , qu'à mesure qu'elle change , elle fait aussi changer les choses par un pouvoir absolu ; de sorte que pour peu que sa lumière se cache par une éclipse, il faut que toute la terre s'en revente; que seroit-ce si nous étions tout -à-fait privés de son secours ?
Après avoir parlé delà lune , il nous faut parler aussi des étoiles, de la beauté desquelles nous avons déjà traité ; mais tout ce que nous en avons dit , qu'est-ce en comparaison d'une beauté si parfaite ? Que si nous venons à parler de leur nombre et de leurs influences,
qui sera-ce qui les pourra dignement expliquer, sinon celui même de qui David a chanté: Que c'est lui seul qui sait le compte des étoiles et qui les appelle chacune par son nom (Psal. 146) ? En cela il fait voir premièrement l'obéissance que ces lumières très-claires rendent à leur auteur, qui appelle les choses qui ne sont pas y comme si elles étoient (Boni. 4 ) » et donne l'être à celles qui n'en ont point. C'est de cette même obéissance que parle le Prophète , lorsqu'il dit : Les étoiles étoient dans le rang que le Créateur leur a assigné, et ayant été appelées par sa bouche, elles lui ont obéi et répondu : nous voici, Seigneur, et ont avec plaisir répandu leur lumière pour le service du (maître qui les a créées. (Bar. 5. ) Or ce langage du Prophète, quil les appelle chacune par son nom, est comme s'il disoit : Que c'est lui seul qui sait leurs vertus et leurs propriétés, et qu'il leur a aussi imposé des noms qui leur sont conformes. Mais puisque ce secret est réservé à la sagesse divine , il ne convient pas à une langue mortelle d'en parler; nous nous taisons donc, après avoir dit seulement, qu'entre les diverses utilités que nous retirons des étoiles , l'une des plus grandes, c'est qu'elles servent de guides à ceux qui naviguent; parce que les pilotes n'ayant point de marques sur les eaux, par lesquelles ils puissent régler leurs courses , ils lèvent les yeux au ciel , et dans les étoiles ils trouvent des adresses certaines et infaillibles , surtout en celle du nord qui est fixe , laquelle leur sert d® règle pour se conduire sûrement en leur chemin.