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RÉFORMES A INTRODUIRE : LA MAUVAISE TRESSE

D. Approuvez-vous de tous points le régime précité de la presse en France ?

R. Je ne vois rien à modifier dans le régime préventif ; d'un côté, l'arbitraire en est banni, de l'autre, la société a les moyens de surveiller tout ce qui se publie et de réprimer ce qui est mauvais. Je ne sache pas qu'on puisse faire devantage et mieux, dans les circonstances présentes, en fait de règles préventives.

La censure, l'autorisation préalable, les avertissements, les suspensions et suppressions par voie administrative, (sauf sous l'état de siège), bonnes, nécessaires ou du moins utiles, en tel temps, en tel lieu, en tel cas, me semblent difficiles à établir aujourd'hui chez nous, à cause de l'état des esprits et parce qu'elles n'existent plus chez les autres peuples ; de plus, ces mesures s'accordent peu avec le gouvernement représentatif, tel qu'il est organisé de nos jours. La presse deviendrait ainsi un privilège, une faveur, un monopole que chaque parti, lorsqu'il serait au pouvoir, accorderait exclusivement à ses créatures.

Dans cette situation, elle serait plus dangereuse qu'utile : quelle est futilité de la presse ? Elle sert à éclairer la nation sur la manière dont les lois sont confectionnées, exécutées, appliquées, à lui apprendre comment sesafîai-

1. Arrêtde la Cour de 'Paris, 20 juillet 1872, cité par M. Ducrocq.

res sont administrées à l'intérieur et à l'extérieur. Elle fait connaître au pouvoir l'opinion publique, elle expose les abus à corriger, les réformes à introduire. Elle nous informe de ce qui se passe chez nos voisins, de leurs vues, de leurs projets, de leurs dispositions à notre égard.

La presse n'est pas en état de rendre ses services, si elle ne peut exister et fonctionner, que suivant les volontés des ministres ; elle devient alors entre les mains du gouvernement, un instrument dangereux, dont lui seul a l'usage, et dont il peut se servir pour légitimer tous ses actes, tromper le public, cacher, dissimuler ou colorer sa mauvaise politique, sa coupable gestion des intérêts publics.

C'est ce que nous avons vu trop souvent : rappelons, comme exemple, un fait qui eut lieu sous le deuxième empire : le Siècle, organe du voltairianisme, ne fut jamais inquiété ; Y Univers, organe des intérêts religieux, fut supprimé.

Si la presse n'a le droit de rien dire qu'avec l'agrément préalable du gouvernement, il peut en résulter de graves complications dans nos relations extérieures ; en effet, dans ce cas, qu'un article de journal paraisse offensant à une puissance, ce qui arrive chaque jour; celle-ci peut en demander raison à notre cabinet, qui est censé approuver l'article et en demeure jusqu'à un certain point responsable. Au contraire, là où la presse n'est point sous la tutelle de l'administration, le gouvernement ne recevra point de notes diplomatiques, à propos d'une gazette, et s'il en reçoit, il rappellera au plaignant le droit et les usages, il lui dira : « Je ne possède aucune action administrative sur la presse, votre affaire ne me regarde donc pas. Mais vous avez entre les mains les mêmes armes que moi, la réplique dans d'autres journaux, le droit de réponse, dans le journal qui vous a attaqué, ou enfin le recours aux tribunaux. »

Bien que le cautionnement ait sa raison d'être, et soit une garantie pour la société, il n'existe point chez beau-

coup de nations. Mais les autres formalités, déclaration préalable, dépôt, etc , sont considérées partout comme indispensables; de même le droit de réponse et de rectification sont reconnus dans les lois de tous les États.

D. Que pensez-vous du régime répressif?

R. On a répété à satiété qu'il est très-difficile de déterminer par des lois, les faits de presse que l'on doit, dans l'intérêt social, qualifier de crimes ou délits. Cette tâche fût-elle cent fois plus difficile, que le législateur devrait l'entreprendre, parce qu'elle est mille fois plus nécessaire qu'elle n'est difficile. Le droit naturel et l'instinct de conservation obligent la société à ne pas rester désarmée devant ses agresseurs; il n'est pas d'instrument plus redoutable pour saper les bases de la société que la presse ; et ses bases essentielles sont le respect de la religion, de la famille, de la propriété, de la loi, de la constitution, de l'autorité, du souverain et de sa famille. Nous avons vu que nos lois et les lois des autres peuples ont prévu un certain nombre de crimes et délits de la presse : il reste à les mieux définir, à les mieux préciseretà compter la liste.

D. Voilà le droit; mais de fait, la société réprime-tèlle suffisamment toute attaque contre ses bases essentielles ?

R. Nos lois relatives à ce point ne sont pas toujours vigilamment appliquées. Chaque jour, la mauvaise presse, sous des formes plus ou moins insidieuses, attaque la religion, cherche à détruire lesentiment religieux, et le ministère public ne poursuit pas toujours ces graves infractions dont le but évident est de démolir l'ordre social en ses fondements les plus nécessaires. La presse non périodique, les petits volumes populaires, jouissent surtout parfois d'une déplorable impunité. Nous en avons eu sous les yeux un triste exemple. Vous avez entendu parler il y a une dizaine d'années, de la bibliothèque démocratique, qui est une véritable pharmacie de poisons spirituels. Les quatre-vingt-dix volumes, qui composent cette abominable collection, sont presque tous destinés à rendre odieux

t. ri. lit

la religion de la grande majorité des Français, et par conséquent excitent les citoyens à la haine et au mépris du clergé, des catholiques, d'une classe de personne : deux cas prévus par les lois. Néanmoins aucune poursuite n'arrêta l'immense diffusion de ces petits volumes, que les comités démocratiques répandirent dans les plus humbles bourgades.

D. Ne pourrez-vous, à l'appui de vos assertions, citer quelques extraits.

R. Les simples titres vous indiquent le but des auteurs, et l'esprit que respirent leurs libelles. « Les enfants naturels », — « les mystères », — « les jésuites », — le divorce », — « la fin du papisme », — « science et conscience », — « les homélies de Voltaire », — « la confession », — « l'éducation cléricale », — « le mariage des prêtres », — « l'histoire de la messe. » Voilà les sujets que les docteurs du radicalisme traitent, à la manière des Gayla, des Gagneur, devant le peuple, pour l'éclairer et le moraliser. Des écrivains qui auraient dû, par souci de leur dignité, ne pas descendre si bas, même pour combattre la religion et déchristianiser leur patrie, ont signé plusieurs de ces indignes pamphlets. Dans celui qui a pour titre la Providence et la politique, M. Morin enseigne que Dieu est une fiction et que, par conséquent, les sentiments d'amour, de crainte, de respect que nous pourrions avoir pour Lui, sont des. aberrations ridicules et dangereuses; que Dieu a été imaginé par les intéressés, comme une invention à exploiter ; qu'ainsi toute religion est un charlatanisme et les prêtres des jongleurs, que toutes les religions se ressemblent sous ce rapport et ne différent que par les procédés.

M. Schœlcher entreprend de prouver, au moyen de textes des saintes Ecritures, des Pères de l'Eglise et des théologiens, tronqués, combinés et détournés de leur vrai sens, que le christianisme est essentiellement et nécessairement opposé à la famille et à la propriété, et que, par conséquent, il faut l'abolir, si Ton veut que la société, qui a

pour bases la famille et la propriété, subsiste. Aucun livre, dit-il, ne porte atteinte à la famille autant que l'Evangile, qui ordonne de haïr son père et sa mère ; il est vrai que les catholiques interprètent autrement les textes, mais leur interprétation est un attentat contre l'Evangile. Le mariage est considéré par l'Eglise comme un mal, et, si elle le tolère, c'est qu'elle ne peut pas faire autrement. L'auteur explique jusqu'à quel point il a fallu souiller le sein de toutes les mères pour établir l'Immaculée-Conception de Marie ! Le catholicisme enseigne le mépris de tous les liens de la parenté. En passant, M. Schœlcher prend à partie Mgr Dupanloup, dont la présence à l'assemblée nationale offensait le regard des radicaux, et lui reproche de placer sur les premiers degrés du trône céleste des énergumènes capables de voir l'œuvre du diable dans l'amour paternel, dans la piétié filiale, dans les affections du sang, dans la douleur que nous causent les peines de nos parents. Cet évêque, comme tous les autres, est un homme fatalement dénaturé, un ennemi de la famille : « C'est le pape Pie IX, le ravisseur sans entrailles de l'enfant Mortara, que Mgr Dupanloup nomme son père: c'est l'Eglise qu'il nomme sa mère, cette Eglise qui, au temps de la persécution des hérétiques, recevait les fils à déposer contre leur père. »

M. Schœlcher passe ensuite au deuxième chapitre de son pamphlet : « Nous allons prouver que Ç£ ne sont pas les doctrines démocratiques, mais bien les doctrines chrétiennes, qui menacent la propriété ; » il le prouve: Jésus- Christ, saint Paul, tous les Pères de l'Eglise ont enseigné le communisme. « C'est au mépris des enseignements de Jésus que Mgr Dupanloup ne prêche pas aux propriétaires qu'ils doivent donner tout ce qu'ils possèdent aux pauvres. »

Voici une autre preuve : « La propriété n'a véritablement d'autre source que le commerce, et Jésus, en appelant les marchands « des voleurs », a dit en fait, très à tort : « Le commerce, c'est le vol. » N'est ce pas lui encore qui criait: « Malheur aux riches? >

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« La propriété est incompatible avec la qualité de chrétien. » « Oui, on est forcé de reconnaître que l'auteur de l'Evangile a voulu exclure des sociétés chrétiennes le principe même de la propriété. »

Voilà la thèse ; quant aux outrages, ils pleurent, à chaque page, sur la religion de la très-grande majorité des Français, surleur chef spirituel, sur un souverain étranger, le pape Pie IX, le plus pur objet de la vénération du monde au XIXe siècle. C'est la religion qui fit de Louis XIV un monslre. L'influence de la religion est toujours délétère, « il faut entendre l'évêque de Meaux pour savoir jusqu'à quelles aberrations la religion peut conduire un esprit d'une rare éminence ».

« Sainte Thérèse, une femme dont les admirables écrits, attestent une rare intelligence, fut pervertie par les doctrines du christianisme antérieures à la civilisation... »

Voici le respect que mérite l'Eglise, d'après M. Schœlcher : « l'Eglise qui transige toujours avec les prescriptions de la révélation, quand elle y voit avantage. » N'y a-t-il pas excitation des citoyens au mépris et à la haine des chefs de l'Eglise et du clergé dans cette phrase, entre autres : « Oui, des père?, des mères, qui seraient saisis de désespoir, à la seule idée de se voir voler leur enfant, appellent encore chaque jour, aveuglés qu'ils sont par la foi, Yexécrable ravisseur de l'enfant Mortara, un « saint et vénérable vieillard. »

Voilà de nombreuses années que la bibliothèque démocratique circule impunément parmi le peuple, dont elle pervertit la conscience et qu'elle prépare à voter, lors des élections, contre les candidats qui professeront le moindre sentiment religieux.

Il m'est impossible de comprendre pourquoi la poursuite de ces délits de presse n'a pas lieu d'office à la requête du ministère public: il me semble qu'il serait facile d'articuler et de qualifier les laits constitutifs de délits. Il y a outrage à la morale publique et à la religion, il y a excitation au mépris et à la haine contre une classe de per-

sonnes : il y a offense envers un souverain étranger.

Des publicistes ont prétendu qu'il valait mieux ne pas poursuivre, dans la crainte d'un acquittement par le jury de la Seine. La société doit donc rester désarmée, devant ceux qui la démolissent ? Que le ministère public commence par faire son devoir, en requérant des poursuites, et qu'il invite le jury a faire le sien en condamnant. Enfin, que nos législateurs enlèvent le plus tôt possible au jury, la connaissance des délits de presse, pour l'attribuer aux tribunaux ordinaires, ou au moins à un jury spécial.

D. Ces phrases justement indignées datent de 1874, lorsde la première édition du catéchisme politique, depuis a été promulguée la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse; quelle en est la teneur ; quel esprit a présidé à sa confection?

R. L'esprit, de cette loi, au point de vue chrétien, est franc maçonnique ; en d'autres termes elle autorise tous les outrages contre Dieu, l'église, la religion, la morale religieuse. Elle punit les délits contre la chose publique, l'outrage aux bonnes mœurs, mais la religion n'est plus considérée comme un fondement essentiel de la chose publique, comme le principe des bonnes mœurs. Pour le reste, elle me paraît assez bien appropriée aux exigences de la situation politique, actuelle. En voici le texte intégral.

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