La bataille de Beaumont, par M. l'abbé Defourny
2. Campa r/ne de 1870-1871. — Opérations des armées allemandes d-pi'is le début de la guerre jusqu'à la catas'rophe de Sedan et à la capitulation de Strashnwg, par le colonel A. iiorbslœdt, rédacteur du MiïUuir-Wochenblatt. Traduit de l'allemand nar E. Costa de
Le colonel du 68e passait heureusement une revue. Son régiment soutint le premier choc avec une bravoure audessus de tout éloge. C'est autour de ce régiment que les soldats complètement surpris des autres régiments se rallièrent. Le colonel fut tué. Le commandement de la division fut pris, en l'absence des généraux, par le colonel du 11e, de Behagle, qui ne tarda pas être blessé mortellement.
Le 46e et le 119 firent des merveilles. Le lieutenant-colonel Vuillet commandait le 46°, en l'absence du colonel.
Ainsi les Français, chefs et soldats, combattirent comme toujours avec un élan sublime, infligèrent à l'ennemi des pertes considérables et firent une brillante retraite. Mais le courage ne consiste pas seulement pour des officiers à sacrifier leur vie ; le courage le plus louable est de faire ponctuellement son devoir, d'être vigilant et studieux. Voilà la leçon que les événements nous donnent.
Ce n'est pas seulement dans le corps du général de Failly qu'on vit le courage dans le danger s'allier avec l'incurie et l'oubli des devoirs. Un officier, M. de Valcour, dans un rapport inséré au Moniteur, a signalé de l'indiscipline et de la démoralisation dans l'armée de Metz, qui fit des prodiges d'héroïsme et en eut fait de plus grands sous une meilleure direction.
« L'oisiveté absolue, dans laquelle Bazaine laissa la majeure partie de ses troupes depuis les engagements des 31 août et 1er septembre avait amené peu à peu dans les camps un dévergondage inouï. Les filles de joie se promenaient impunément parmi les bivouacs, au bras d'officiers à demi pris de vin. A peine si quelque rare punition disciplinaire venait frapper les officiers coupables de si honteux excès.
» Ceci est un des faits entre mille servant à établir jusqu'où s'était peu à peu abaissé l'esprit général de cette glorieuse année. »
Pourquoi, aujourd'hui qu'on a remédié au mal et que la publicité peut être un remède de plus, pourquoi cacher
Serda, capitaine au corps d'état-major. — Paris, 1872, Dumaine, in-8°, p. 614.
qu'il a manqué à notre armée non-seulement des vivres, des munitions, des armes, mais aussi d'austères habitudes, de mâles vertus ? Est-ce que la mollesse, 1 intempérance, l'inconduite, l'indiscipline ne s'étaient pas un peu introduites dans nos garnisons et dans nos camps, effet de l'oisiveté, des exemples d'en haut et de la corruption générale des mœurs ? Est-ce que les officiers n'employaient pas généralement leur temps à tout autre chose qu'à s'instruire et à s'exercer dans leur métier ?
Nous sommes tous responsables de ce'passé : travaillons tous à le réparer.
Certaines villes françaises ont subi l'invasion avec trop de mollesse, et si la plupart de nos commandants de place se sont immortalisés par leur héroïque résistance, d'autres, non point par lâcheté — il n'y a pas eu un seul lâche dans nos cadres, — mais par faiblesse, par ignorance peutêtre des lois militaires, n'ont pas satisfait à tout ce qu'exigeait leur charge.
L'assemblée nationale a nommé une commission, qu'on pourrait appeler tribunal de la postérité, chargée d'examiner les causes de nos malheurs et d'infliger un blâme aux coupables et même de demander leur mise en jugement. Le Journal officiai a publié les conclusions des procès-verbaux de cette commission sur les capitulations. Nous en citerons trois pour servir d'exemple, à l'avenir.
(Extrait du procès-verbal de la séance du 14 octobre 1871. )
Ouï le rapport,
Vu les pièces à l'appui,
Après en avoir délibéré,
Le conseil d'enquête est d'avis que l'article 255 du décret du i3 octobre 1863 n'était pas applicable au fort Lichtemberg, car, par sa situation sur un rocher, l'ennemi n'aurait jamais pu y faire une brèche ; que le commandant du fort, M. Archer, sous-lieutenant au 96e d'infanterie, a fait tout ce qu il était possible de faire dans la défense de la place ; qu'avant la reddition, il a détruit l'artillerie, les munitions
de guerre, enfin tout ce dont l'ennemi aurait pu profiter, soit pour se ravitailler, soit contre d'autres places; que, par l'incendie de tous les bâtiments de la place, le grand nombre de blessés qu'il ne pouvait soigner, faute d'officiers de santé et d'abris, l'impossibilité de garantir les défenseurs du feu de l'ennemi, lts parapets étant détruits, la résistance devenait impossible ; par suite, le sous-lieutenant Archer a fait ce que le devoir exigeait. Pour extrait conforme :
Le président du conseil d'enquête, Signé : Baraguey-d'Hilliers.
[Extrait du procès-verbal de la séance du 18 octobre 1871.)
Le conseil,
Vu le dossier relatif à la capitulation de la place de Marsal.
Vu le texte de la capitulation;
Ouï M. le capitaine Leroy, de l'état-major des places, excommandant de la place de Marsal ;
Ouï le rapporteur;
Après en avoir délibéré ;
Considérant que la garnison de Marsal était insuffisante ;
Qu'il n'y avait pas un seul artilleur dans la place ;
Que le gouvernement n'avait fourni aucun moyen pour la défense ;
Que toutefois le commandant de ladite place s'est rendu avant qu'il ait été fait brèche au rempart ou que l'assaut ait été donné ;
Qu'il n'a pas mis hors de service ses nombreuses bouches à feu, ni détruit ses munitions de guerre et de bouche, qui, après la capitulation, ont servi à l'ennemi pour faire le siège de plusieurs places françaises ;
Est d'avis à l'unanimité;
Que M. le capitaine Leroy a fait preuve d'une grande faiblesse, d'incapacité, et mérite le blâme. Pour extrait conforme :
Le président du conseil d'enquête, Signé : Baraguey-d'Hilliers.
(lîxtrait du procès-verbal de la séance du 23 octobre 187 \.)
Le conseil,
Vu le dossier relatif à la perte de la place de Vitry-le- François ;
Ouï MM. Terquem, chef d'escadron d'artillerie, commandant supérieur de la place de Vitry-le-François ;
Et Hamen, capitaine de l'état-major des places, cornmandant de la place de Vitry-le-François ;
Ouï le rapporteur ;
Après en avoir délibéré ;
Considérant que, malgré les travaux de défense et d'armement opérés par la garnison sous l'active surveillance du commandant supérieur, du commandant de la place et de l'officier du génie, la place de Vitry-le François n'était pas en état de soutenir le siège ;
Que la garnison était exclusivement composée de gardes nationaux mobiles complètement ignorants des exercices et du service militaires ;
Que, le 22 août seulement, elle avait été renforcée d'un détachement de trente-cinq artilleurs commandés par un officier;
Que la ferme volonté du commandant supérieur et du commandant de la place était de se défendre, mais que les autorités civiles manifestaient hautement l'intention de ne pas apporter leur concours à cette défense ;
Considérant que, par dépèche du 20 août, confirmée le 23, le ministre de la guerre, informé de cette situation, prescrivait l'évacuation de la place, et ordonnait d'enclouer les canons, et, en se retirant, de détruire les munitions de guerre, les ponts et tunnels du chemin de fer;
Est d'avis :
Que le commandant supérieur de Vitry-le-François, le chef d'escadron Terquem, est blâmable de n'avoir pas, avant son départ, fait enclouer les canons, détruit les munitions de guerre, et de s'en être rapporté, pour l'exécu-
tion de ces prescriptions, à des autorités civiles qu'il sa" vait animées de sentiments peu patriotiques. Pour extrait conforme :
Le président du conseil d'enquête.
Signé : Baraguey-d'Hilliers.
D. Est-ce que la responsabilité de nos désastres ne doit pas appartenir en grande partie aux révolutionnaires, aux radicaux ?
R. Vous pouvez en juger, par une lettre, pleine de vérité et de modération, qu'un officier de l'armée de Metz, prisonnier en Allemagne, adressa, pendant sa captivité, au journal le Nord :
« En ce qui concerne les effectifs de l'armée et sa bonne instruction, ne sont-ils pas coupables les hommes qui, à la Chambre ou dans la presse, ont constamment apporté des entraxes à wn ma;ntien sur un pied respectable; ceux qui, sous le prétexte d'une philanthropie mal entendue, ont sans cesse demandé la diminution des contingents, la réduction du budget de la guerre et du temps du service exigé par la loi? Ce sont encore les mêmes hommes qui, lors des discussions sur le projet du maréchal ISiel relatif à l'instruction de la ga> de mobile, présentèrent objections sur objections, et, par leur ténacité coupable, parvinrent à faire adopter un mode d'instruction complètement illusoire.
» Le système des levées en masse, comme en 1792, n'a jamais été accepté par les hommes spéciaux ; mais aujourd'hui les progrès de l'art militaire et par suite les événements l'ont condamné sans appel : on n'improvise plus des armées. La nation peut, comme en Prusse, constituer une force redoutable, mais c'est à la condition seulement d'être préparée de longue main, d'être instruite sérieusement, en un mot, d'être la nation non pas seulement armée, mais militarisée.
» S'il est unfait incontestable et incontesté, c'est qu'il ne peut y avoir de bonne armée sans discipline. Or, la discipline laisse beaucoup à désirer dans l'armée française depuis quelques années. A quoi l'attribuer?
» Sans doute la sévérité du commandement s'était trop relâchée, l'amour du bien être était devenu trop grand aussi bien chez le soldat que chez l'officier ; l'uniforme n'était plus assez en honneur; l'exécution de divers règlements n'était plus assez exigée. Mais la cause principale du manque de discipline, c'est l'esprit de critique, c'est l'esprit frondeur qui s'était introduit dans l'armée à tous les degrés de l'échelle hiérarchique : le respect de l'autorité avait presque complètement disparu.
» Certains hommes d'un certain parti ont constamment » prêche l indiscipline dans C armée en disant aux soldats : » Vous n'êtes pas des machines, discutez les ordres qu'on » vous donne, n'obéissez que lorsque vous le jugez utile ; » En un mot, soyez des baïonnettes intelligentes !
» Naguère ces mêmes hommes, arrivés au pouvoir, sentaient la nécessité de la discipline, et M. Gambetta luimême y a fait souvent appel ; mais on ne peut récolter le bien quand on a propagé le mal; chacun discute les ordres de ses chefs, en prend ce qui lui convient et n'a envers eux ni la déférence ni l'obéissance nécessaires.
» La France, qui possède des éléments incomparables pour former de vaillants soldats, n'en tire pas tout le parti possible, à cause du manque de discipline. Nous venons de dire à quoi cela était dû. »