FONCTIONS, QUALITÉS
tains pays par le droit écrit, de marcher d'accord avec la majorité de la chambre. S'il y a désaccord entre une chambre et les ministres, le chef de l'État doit rétablir l'accord en changeant soit la chambre dissidente (celle des députés par la dissolution, dans certains pays celle des pairs par des nominations, des fournées de pairs) soit le ministère, en acceptant la démission des ministres, se^ Ion l'euphémisme consacré.
Voilà les points que vous avez traités. Il ne vous reste donc à examiner que quelques questions pour compléter ce sujet.
Dites-nous d'abord quelle est l'importance des fonc tions des ministres.
R. On peut dire, sans exagération, que la prospérité d'un État dépend surtout des ministres. En vain, les législateurs déposent-ils dans les lois d'excellents principes ; en vain, le chef de l'État, pour appliquer ces principes, donne-t-il la meilleure direction au gouvernement, si ceux qui sont chargés des détails ne sont ni assez vertueux pour administrer avec zèle, ni assez capables pour administrer habilement. Les ministres sont les mains du pouvoir exécutif, dont le chef de l'État est la tête. Toutefois leur rôle ne se borne pas à exécuter les résolutions du souverain, conformes à la constitution et aux lois; comme ils composent son conseil quotidien, permanent, ils doivent l'éclairer sur les hommes et les choses, afin qu'il prenne les résolutions les plus sages, les plus utiles, les plus conformes aux intérêts et aux vœux de la nation. Malheur aux peuples chez lesquels les ministres, plus occupés de leurs affaires que de celles du pays, sont les courtisans, les flatteurs du chef de l'État, du parlement ou d'un groupe d'électeurs ; ils ne servent qu'à aveugler le gouvernement, à l'endormir dans une fausse sécurité, avant-coureur de sa chute.
D. Quelles sont les qualités qu'exigent les fonctions de ministres?
R. Notre pays est sensible à l'éloquence ; combien de
fois n'est-il pas arrivé qu'un orateur, par les charmes de sa parole, a entraîné le peuple et ses représentants, qui auraient dû ne céder qu'à l'évidence des choses. Il est donc utile qu'un ministre ait de la facilité pour la parole, puisse aborder la tribune, exposer les vues du cabinet, répondre à ses adversaires, réfuter brièvement leurs objections. Mais il n'est pas nécessaire qu'un ministre soit avocat, ni orateur. En général, un homme rompu aux affaires, possédant à fond son sujet, le conçoit bien et l'exprime clairement : voilà toute l'éloquence requise dans un ministre.
Ce qui est plus indispensable, que la facilité pour la parole, c'est un passé sans tache, des antécédents irréprochables. Un ministre doit être comme la femme de César : il ne faut pas que le moindre soupçon plane sur sa probité, sur son désintéressement; il est perdu s'il prête le moindre flanc à la malveillance.
Quant aux qualités naturelles ou acquises, je n'entrerai pas dans le détail, c'est un lieu commun. Tout le monde sait qu'on gouverne d'autant plus facilement ses semblables, qu'on a sur eux plus d'empire, plus d'influence et que l'influenee naît surtout des talents et des mérites.
L'aptitude vient de la nature et de l'expérience. Ce qui fait les grands hommes, ce sont d'abord les qualités qu'ils ont apportées en naissant ; ce sont ensuite les circonstances, les situations, qui leur ont permis d'exercer leur génie.
Les théoriciens viennent, après les grands hommes, recueillir leurs paroles, leurs actes, pour y trouver des maximes, des procédés, des systèmes, qui n'ont été pour rien dans les succès prodigieux de ces hommes éminents : ils s'imaginent que, pour faire fleurir l'agriculture et l'industrie, il suffît de savoir que ce sont les deux mamelles qui nourrissent un Etat. Défîez-vous des esprits médiocres et instruits ; vous êtes sûr que, dans les circonstances difficiles, ils feront une dangereuse application de principes qu'ils savent, sans les comprendre.