AUX DIVERSES ÉPOQUES
11 y a peu de personnes que la nature ait douées du talent de manier les hommes et les choses, dans la vie publique ; il faut savoir les trouver. Le nombre des ambitieux qui se croient appelés à commander est incalculable, et ils escaladent les dignités : il faut savoir les écarter.
Parmi les ministres, il en est un qui est le chef du cabinet, président du conseil (ou vice-président, si le roi est considéré comme le président); c'est lui qui résume, en sa personne, la politique du cabinet, et en dirige les délibérations. C'est celui-là surtout qui doit posséder de grandes qualités politiques, pour pouvoir diriger la barque ministérielle, à travers les écueils parlementaires.
Les autres ministres ont bien aussi un caractère plutôt politique qu'administratif, et servent bien de lien entre la marche administrative et le mouvement politique; il serait fâcheux néanmoins qu'ils fussent ignorants et inexpérimentés dans les services publics dont on leur confie la haute direction : quelle confiance aurait le public en l'administration, s'il voyait à la tête des finances un poète, à la tête du commerce et de l'industrie un journaliste, un avocat à la guerre, un tribun aux affaires étrangères, un anticlérical aux cultes ?
Il ne suffit pas d'être la personnification la plus marquante de l'opinion politique d'un parti, devenu majorité, pour gérer avec succès un ministère : un peu d'aptitude spéciale est nécessaire.
FONCTIONS DE MINISTRES, AUX DIFFÉRENTES ÉPOQUES DE NOTRE HISTOIRE ET SOUS NOS DIVERS RÉGIMES; CHEZ LES AUTRES NATIONS.
D. Avant d'aller plus loin, appliquons notre procédé ordinaire.
Faisons un peu de droit comparé.
Dites-nous ce qu'ont été les fonctions de ministres, aux
différentes époques de notre histoire, sous nos divers régimes, et ce qu'ils sont aujourd'hui chez les diverses nations.
R. Nous n'apprendrons rien à personne, en disant que le nombre, les fonctions, la situation des ministres étaient, avant notre siècle, toutes différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui. Maison oublie trop que ce n'est niauXVIIl0, ni au XIXe siècle que nous avons eu nos plus grands ministres. Avant de faire fi du glorieux passé de la France, il faudrait prendre la peine de le connaître, et avant d'opposer nos lumières et notre civilisation aux ténèbres et à la barbarie de nos ancêtres, nous devrions comparer impartialement, le nouvel Opéra avec les cathédrales de Paris, de Reims, et les autres que les protestants et les révolutionnaires n'ont pas démolies, et, pour ne pas prendre d'autres sujets de comparaison, nos hommes d'état modernes et contemporains avec Suger, Sully, Richelieu, Mazarin, Louvois, Colbert. Ce passé ne pâlit point devant le présent.
Vous me répondrez peut-être qu'il ne s'agit pas d'apprécier les dons naturels, personnels, qui font les grands hommes, mais d'examiner les institutions qui varient selon les temps et progressent. Sur ce terrain, je conviens que ce ne fut qu'à partir de 1789 que la situation parlementaire des ministres prit naissance. Les cahiers, aussi antirévolutionnaires que progressifs, des états généraux, dont nous avons déjà souvent parlé, demandent que les ministres continuent à être nommés par le roi et à recevoir ses ordres et soient responsables devant les représentants de la nation.
Mais la révolution, qui brisa tous les rouages du gouvernement régulier, abolit l'institution des ministres comme contraire au régime républicain, et les remplaça par douze commissions qui, placées sous la direction du Comité de salut public, administrèrent la Terreur.
La constitution de 1795 (an III) rétablit les ministres, mais avec une position assez restreinte et embrouillée par