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LA SOUVERAINETÉ CHEZ LES AUTRES NATIONS

D. Dites-nous, maintenant, un mot du principe de la souveraineté chez les autres nations.

R. Les autres nations ne perdent point leur temps à discuter sur le principe métaphysique de la souveraineté ; elles ont en cela des idées pratiques comme sur beaucoup d'autres points. Elles marchent, au lieu de s'arrêter pour examiner la meilleure manière de marcher : chemin faisant, elles améliorent leur mécanisme gouvernemental au fur et à mesure que le besoin s'en fait sentir ; elles l'améliorent sans le briser.

Je viens de parcourir les constitutions de tous les peuples : celle de la Belgique, qui date d'hier, qui n'a point de traditions, et nous a emprunté avec nos lois et notre jurisprudence notre droit public, est la seule qui mentionne que tou3 les pouvoirs émanent de la nation. Dans aucune autre je ne trouve des déclarations de ce genre ; presque toutes se rapprochent sous ce rapport de nos cahiers de 89 et stipulent les prérogatives de la couronne, et la part que les représentants du pays prendront à l'exercice de l'autorité.

D. Quoi î le principe de la souveraineté du peuple n'est pas même proclamé dans la constitution de la république des Etats-Uyiis d'Amérique?

R. On n'y parle point du peuple souverain, mais des divers Etats, dont les liens d'union sont exprimés dans la constitution fédérale. Ne perdez jamais de vue que la forme de gouvernement des Etats-Unis n'a aucun rapport avec ce que nous appelons en France république (une et indivi-

sible>: ce n'est pas un Etat en république, mais une fédération (TE tais ; le gouvernement fédéral n'est républcain qu'en ce sens qu'il n'est point confié à une monarchie, mais, pour le reste, il diffère profondément de la République française de 1848.

LA SOUVERAINETE, D APRES L ENSEIGNEMENT CATUOL1QUE ; DROIT DIVIN; REPRÉSENTANTS ET MANDATAIRES \ DÉMAGOGIE, ABSO- LUTISME, RÉGIME TEMPÉRÉ ; MONARCHIE DE DROIT DIVIN, SACRE DES ROIS ; ROIS PAR LA GRACE DE DIEU.

D. Ces expressions: souveraineté du peuple et droit divin, sont-elles susceptibles d'un sens acceptable? peut-on concilier ces deux principes? la souveraineté du peuple est-elle repoussée par les catholiques, et ne s'appliquet-elle qu'à la république? le droit divin, dans le sens vulgaire de ce mot, est-il professé par les catholiques ? en font-ils la base de la monarchie?

Au milieu de ce chaos de sentiments relatifs à la souveraineté, il est difficile de se faire une opinion saine, une idée exacte ; les catholiques reprochent aux radicaux d'avoir des principes anarchiques, les radicaux se moquent de ce qu'ils appellent le droit divin ; il est nécessaire d'élucider ces difficultés, qui doivent donner lieu à beaucoup d'erreurs, d'équivoques et de malentendus. Êtes-vous prêt à répondre à mes questions?

R. J'essaierai : veuillez les poser.

D. Saint Thomas, parlant du pouvoir législatif, qui est un attribut essentiel de la puissance souveraine, affirme que ce pouvoir appartient à toute la multitude ou à la personne, publique, qui est chargée de prendre soin de toute la multitude; régler ce qui est d'ordre public ne saurait être, d'après lui, que le droit de la société elle-même ou de son mandataire. Il semble donc que, d'après saint Thomas, la nation est souveraine, que la personne publique a reçu d'elle, à titre de mandataire, la charge de prendre

soin d'elle, et ne saurait exercer ce pouvoir, légiférer, gouverner, que par délégation.

R. Ce n'est point là la pensée de saint Thomas: il ne dit point que le chef de la société, de la communauté, de la nation, en soit le mandataire ou le délégué, il dit qu'un acte, qui touche les intérêts universels, nationaux, comme faire une loi, ne peut procéder du bon plaisir d'un seul, mais doit émaner soit de la nation, soit de celui ou de ceux qui tiennent sa place, alicujus gerentis vicem fotius multitudinis... de la personne, quse totius multitudinis curam habet l.

Représentant et mandataire ne sont pas des expressions identiques. « On peut tenir la place d'un autre ou être son représentant à plusieurs titres : comme mandataire, comme héritier, comme supérieur hiérarchique, comme tuteur, comme associé, et de plusieurs autres manières. Le père, par exemple, pour le gouvernement de la famille et pour la gestion de ses intérêts, tient la place des enfants. Il les représente, il leur commande, il stipule pour eux ; sa volonté est ou fait celle de ses enfants. Dira-t-on qu'il est leur mandataire? Il est chargé de veiller sur eux, d'en prendre soin pour tout ce qui intéresse leur corps ou leur âme. Dira-t-on que les enfants lui ont confié ce soin par délégation? cette charge, l'a-t-il reçue de ses enfants? Évidemment non2.

D'où lui vient-elle? de sa qualité de père, de la nature humaine, de Dieu qui l'a ainsi faite. Le pouvoir du père est donc de droit naturel ou de droit divin, ce qui est ici la même chose. C'est le droit naturel, divin, qui constitue le père chef de la famille, représentant des intérêts de cette communauté.

Dans la communauté qu'on appelle État, peuple, nation, (qu'il s'agisse de république ou de monarchie), l'autorité émane aussi de la nature, et par conséquent de Dieu, qui

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