ae. q. 90 a. 3. c
2. Article d'un excellent théologien, dans YUnivers du 21 novembre 1871.
en est l'auteur, puisque L'homme esl naturellement sociable et qu'il n'y a pas de société sans autorité; toutefois, ceux qui gouvernent n'ont pas été invesl le de eel te a utorité par la nature, mais par un droit positif, qui peut procéder de diverses sources ; voilà en quoi le chef d'un Etal diflfi du père de famille. Mais une fois que le chef ou les chefs d'un Etat sont en possession légitime du pouvoir, c'est en vertu du droit naturel et divin qu'ils l'exercent, et leur devoir, non moins naturel et divin, est de se régler non seulement sur la justice, mais encore sur les intérêts, sur Lee institutions, sur les lois de l'Etat, dont ils sont les représentants. Ils en sont les représentants et non les mandataires. Le représentant du peuple, dans une assemblée nationale, ne doit compte de son vote qu'à sa conscience et à Dieu, et non à ses électeurs : il doit se déterminer, dans ses actes législatifs, non d'après les idées de ceux qui l'ont nommé, mais d'après ce qu'il croit être le plus honnête et le plus utile à son pays. C'est par le même principe que ses électeurs n'ont pas le droit de lui retirer son pouvoir législatif, qui ne cesse qu'à l'expiration légale. Ils ne peuvent lui ôter ce qu'il ne lui ont pas donné : son pouvoir législatif ne vient pas d'eux, il vient du droit naturel et divin ; le représentant en a seulement été investi par leur organe, parce que ce mode d'investiture est dans nos institutions. Si le député était le mendataire de ses électeurs, il recevrait d'eux un mandat écrit, qu'ils pourraient modifier et reprendre quand ils le jugeraient à propos. Telle est la situation du délégué, du fondé de pouveir.
Ce droit naturel et divin est reconnu, non pas formellement, mais implicitement, de la façon la plus certaine, par nos institutions qui proscrivent comme immoral et subversif de toute société régulière, le mandat impératif <mi contractuel, qui n'est accapté (en secret) que par les \ alets de la multitude. Gambetta a refusé, avec un juste mépris, d'être le simple mandataire de ses électeurs : il a pris rang ouvertement parmi les députés de droit naturel et divin.
D. Oseriez-vous appliquer ce principe à la question la plus épineuse du moment, au président de la République.
R. Sans doute : car il faut être de bonne foi et n'avoir pas deux poids et deux mesures. Le président de la République n'est point le mandataire, le délégué de l'Assemblée nationale ni de la nation française ; il est le mandataire, le délégué de Dieu seul, pour procurer le bien de la France, minuter De?' in bonum. Il est le représentant de la France, il est chargé des intérêts de la nation et administre ses affaires pour le mieux et dans la mesure prévue par les lois fondamentales en vigueur; l'autorité dont il a été investi par le droit positif émane du droit naturel et divin, il l'exerce en vertu du droit naturel et divin ; elle est irrévocable, elle durera jusqu'au terme de son expiration légale. Cette autorité n'émane pas de l'Assemblée nationale ; celle-ci n'a fait que revêtir le président d'un pouvoir qui vient de la nature et de Dieu, qui en est l'auteur. Tenter aujourd'hui d'ôter au président son pouvoir de chef de l'État français, ce serait violer le droit naturel, porter atteinte à Tordre établi par Dieu, et agir selon les maximes et les procédés révolutionnaires et anarchiques.
D. Permettez-moi de n'être pas de votre avis. Vous appliquez à un régime démocratique ce que saint Thomas n'a dit que pour l'état monarchique.
Voici un texte du célèbre docteur, relatif à l'état démocratique, c'est-à-dire à celui dans lequel le peuple a conservé le souverain pouvoir. « Là », dit saint Thomas, « le chef de l'*Etat n'a de pouvoir législatif (ou exécutif] qu'en tant qu'il est le mandataire de la multitude ».
R. Je ne trouve pas votre traduction exacte. Voici le texte latin : Non habet potcstatem condendi legem, nisi in quantum gerit personam multitudinis l.
Gerere personam multitudinis veut aussi bien dire : tenir la place de la multitude, la représenter, qu'être le manda-