LA RÉPUBLIQUE EN FRANCK
quand chacune des deux puissances associées se méfie de l'agrandissement de son alliée ?
» La Russie et la France n'ont à se partager aucun butin ; c'est pourquoi nous nous réjouissons réciproquement de l'agrandissement de nos forces et de la consolidation de notre situation dans la politique internationale. L'équilibre européen sera d'autant plus sûr que l'influence franco-russe gagnera en extension. »
Le journal russe fait ressortir ensuite qu'un gouvernement stable en France fortifiera sa position et son influence, et il ajoute ce qui suit :
« Aujourd'hui nous pouvons marcher carrément, la main dans la main avec la France, sans contracter avec elle aucune alliance formelle.
» Nos intérêts sont tellement identiques avec les siens que, sans une entente préalable, nous pourrons nous rendre réciproquement de très grands services dans la politique internationale en détruisant les pièges qui nous sont tendus par nos ennemis. »
D. Le gouvernement russe se contenterait donc d'un cabinet Rouvier et de son programme de trêve entre les partis.
R. Tout indique que ses exigences n'iraient pas plus loin, parce que, ne voulant en aucune façon intervenir dans nos affaires intérieures, elle ne demande pour s'entendre avec la France que les garanties nécessaires. Mais des crises ministérielles fréquentes, un gouvernement de combat contre les conservateurs au profit du parti radical, nous priveraient du concours de la Russie, qui nous en avertit souvent dans la presse par ses organes gouvernementaux. Lisez entre autres documents, ce télégramme publié par tous les journaux :
« Bruxelles, 17 septembre 1887.
« Le Nord rappelle, en se l'appropriant, le langage de la Gazette de Moscou qui disait que les sympathies de la Russie sont pour les personnes et pour les partis qui donneront à la France la paix intérieure et un gouvernement
stable, lequel est nécessaire pour l'établissement d'un accord sérieux et durable.
» Le No?*d ajoute qu'une crise ministérielle n'est pas synonyme de gouvernement stable, pas plus qu'un gouvernement de combat n'est synonyme de paix intérieure. »
D. D'après vous, la République, si elle possède un gouvernement sage et stable, ne sera donc point inférieure à la monarchie et à l'empire, en ce qui concerne les alliances?
R. Je puis vous en donner trois preuves. D'abord ni l'empire ni la monarchie n'ont mieux réussi que la République, à aucune époque, à conclure une vraie alliance avec la Russie, malgré la sympathie et les intérêts communs des deux États ; ensuite notre diplomatie s'est relevée avec M. Flourens, qui, quoique n'étant ni un membre du Parlement, ni un homme de la carrière, mais un conseiller d'État, à la section des affaires étrangères, a d'emblée montré pour celles-ci des aptitudes, des qualités de premier ordre.
Quel français n'a pas suivi anxieusement l'affaire G. Schnœbélé dans ses périlleuses et émouvantes péripéties? Quel français n'a pas applaudi à l'heureux dénouement? Quant à moi, j'ai éprouvé une joie intense en voyant M. Flourens attacher son nom à un succès diplomatique, qui restera une des belles pages de notre histoire en ce qui regarde les affaires étrangères. La fermeté de M. Flourens a empêché le sultan de signer un traité, portant déjà la signature de la reine Victoria, et donnant virtuellement l'Egypte à la Grande-Bretagne ; par ses habiles négociations, la neutralisation du canal de Suez est en bonne voie; la sage altitude de la France en Bulgarie nous a concilié de plus en plus l'amitié de la Russie. Ici, ouvrons une parenthèse pour rendre hommage aux organes du parti le plus avancé en France : tous, sans exception, renoncèrent aux vieilles rangaines des montagnards touchant l'émancipation des peuples et la propa-