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LA RÉPUBLIQUE EN FRANCE

D. Arrivons au cœur de la question, une rencontre entre la Prusse et la France est probablement inévitable : les deux puissances s'y préparent par des efforts gigantesques ; pour ces grandes luttes les alliances sont parfois décisives. 11 nous serait facile d'avoir l'alliance russe, si nous possédions un gouvernement monarchique, car il est d'une sage politique de ne conclure d'alliance qu'avec un gouvernement stable, qui durera assez longtemps pour pouvoir tenir sa parole et remplir ses engagements. Or, avec qui, chez nous, voulez-vous que le tzar traite? Le président de la République, d'après la Constitution, n'a pas qualité pour négocier une alliance; quant au ministre des affaires étrangères et au cabinet dont il fait partie, ils peuvent être renversés au bout de quelques mois, de quelques semaines, de quelques jours, avant même la conclusion, et être remplacés par un cabinet qui ne sera pas lié et aura d'autres vues.

R. C'est la grande question qui préoccupe la diplomatie française et russe, et que discutent la Gazette de Moscou, le Nord, et d'autres organes de la presse européenne; pour la bien traiter, soyons de bonne foi et n'exagérons rien. Il y a entre la Russie et la France communauté d'intérêts et de vues; dès lors une entente tacite suffît, une alliance formelle n'est pas nécessaire. Pour avoir confiance, la Russie n'exige pas chez nous un gouvernement monarchique, elle se contente d'un gouvernement fort, stable, national, avec lequel, en cas de guerre, les conservateurs combattent sans regret, et sous lequel les révolutionnaires ne songent pas à faire des barricades dans Paris et les grandes villes, pendant que nos armées défendront, ou plutôt reprendront les frontières françaises. Bref, la Russie est toute prête à traiter, en temps et lieu, non avec un parti, mais avec un gouvernement, avec la France. Voici deux articles de la Gazette de Moscou (septembre 1887) qui précisent dans ses vraies nuances, la situation de la France et de la Russie entre elles :

« Les cajoleries de l'Allemagne à la Russie sont capables

d'alarmer la France ; cette alarme n'aurait aucune raison d'être. L'Allemagne cherche à se rapprocher de la Russie, car la Russie est puissante ; mais l'épreuve récente d'une amitié avec l'Allemagne a laissé à la Russie une déception profonde et amère. La Russie est forcée de soupçonner l'Allemagne.

Dans la question bulgare, l'Allemagne semble encourager la Russie à agir, sous la condition de respecter les intérêts de l'Autriche, ce qui serait une entrave. En échange, l'Allemagne voudrait que la Russie renonçât à sa liberté d'action dans le cas où une guerre avec la France aurait lieu.

« L'Allemagne offre son amitié pour nuire à la Franc. Mais les intérêts de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Angleterre, exigent la Russie faible. Les intérêts de la France veulent, au contraire, la Russie puissante. L'équilibre de l'Europe doit reposer sur une entente établie en tre la France forte et respectée et la Russie puissante ; alors les questions internationales se résoudraient bien mieux.

» Toutes les coalitions des puissances européennes renferment un germe d'antagonisme et de méfiance, sauf celle de la Russie et de la France, qui est naturelle. La Russie est indifférente aux personnes, aux partis politiques français. Ses sympathies sont pour les personnes, pour les partis qui donneront à la France la paix intérieure et un gouvernement stable, lequel est nécessaire pour l'établissement d'un accord sérieux et durable. Maintenant déjà la Russie et la France marchent ensemble dans le règlement des questions égyptienne et bulgare.

» La France peut être tranquille : l'amitié de M. de Bismarck n'est plus dangereuse à personne.

« La combinaison des forces franco- russes se distingue par son caractère naturel, car elle n'a besoin de mutuelles concessions d'aucune sorte.

» L'alliance austro-allemande peut-elle être solide

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