DÉMEMBREMENT DES TERRITOIRES
du territoire français, les monarchistes font ainsi parler l'histoire :
« La première république et le premier empire nous ont mis plusieurs fois l'Europe sur les bras, nous ont acquis beaucoup de gloire militaire, mais causé la mort de plusieurs millions de Français, le dépérissement de notre marine, la perte de plusieurs colonies (la révolution avait pris pour devise : Périssent les colonies plutôt qu'un principe); le deuxième empire, avec le concours de la troisième république, nous a fait perdre YAlsace et la Lorraine.
Le premier et le deuxième empire nous ont valu trois invasions.
Lors de la deuxième invasion, en 1814, l'étranger se proposa de démembrer la France : ce ne fut que par considération pour Louis XVIII et pour notre ancienne dynastie, que les souverains de l'Europe victorieuse consentirent à respecter les anciennes limites de notre territoire ; et les dépêches de M. de Bismarck viennent de nous révéler qu'en 1871, il n'eût pas pu imposer, sans le consentement des rois de l'Europe, à une monarchie française, les dures conditions qu'il fît subir à la république française, sans qu'aucun gouvernement intervînt et intercédât en notre faveur.
Ainsi, c'est à Napoléon Ier que la France dut l'invasion de 1814, et c'est à Louis XVIII qu'elle dut sa délivrance. Ce fait historique, incontestable, devrait être reconnu de tous les Français, mais non ! les républicains continuent de faire chorus avec les bonapartistes pour répéter cette phrase, où le mensonge le dispute à la perfidie : « La royauté de 1814 est rentrée en France dans les fourgons de l'étranger ». Ainsi, quand l'empire tombe, après avoir amené l'étranger en France, le gouvernement qui lui succède, qui fait la paix avec l'étranger et en délivre la France, est un gouvernement qui est venu dans les fourgons de l'étranger I Soit î adoptons ce langage conventionnel au profit du bonapartisme ; alors M. Gambetta,
qui a ramassé le pouvoir en France lorsque les Prussiens eurent fait prisonnier Napoléon III, M. Jules Favre, qui traita avec eux d'une paix si avantageuse à la Prusse, M. Thiers lui-même, qui l'a signée, tous ces gens-là, comme dirait M. Gliallemel, sont venus dans les fourgons de l'étranger, au môme titre que Louis XVIII, sauf que celui-ci était le représentant légitime du pouvoir, et a sauvé la France, tandis que les membres du gouvernement du 4 septembre n'étaient que des usurpateurs, et ont conduit la France tout près de sa ruine.
M. Jules Favre, en réponse à un discours de M. Carayon-Latour, plein de vérité, de loyauté, de courtoisie, ne rougit pas d'avoir recours, lui qui en avait moins le droit que personne, à ce vieux cliché usé, démodé. M. John Lemoine, dans le journal des Débats, le réfuta avec autant d'ironie que d'atticisme :
« Il eût été plus digne du grand talent de M. Jules Favre de ne pas revêtir des draperies de son éloquence des lieux communs depuis longtemps tombés en désuétude, comme les fourgons de l'étranger et autres vieilles phrases avec lesquelles on n'est arrivé qu'à recoudre, brosser et restaurer la redingote grise. L'histoire, quand elle pourra être impartiale, dira que cette accusation de complicité, sous laquelle a succombé l'ancienne monarchie, fut une flagrante injustice ; elle dira qu'au contraire ce fut la famille royale qui préserva la France du démembrement et du partage, et que sans elle la Prusse aurait fait en 1815 ce qu'elle a fait en 1871. Cette arme perfide avec laquelle on avait fini par tuer la royauté n'a servi et ne servirait encore qu'à l'empire, et les républicains feraient mieux de la laisser dans l'arsenal des vieilleries » .
D. Voilà que tous les partis maintenant se jettent à la face les fourgons de V étranger, tandis que tous devraient s'entendre pour jeter l'étranger en dehors de nos frontières naturelles, mais vous ne dites pas si les monarchistes ont bien fait parler l'histoire.