‹ Catéchisme politiqueChapitre 146 sur 233 · LA PROSPÉRITÉ NATIONALE · texte numérisé non relu

LA PROSPÉRITÉ NATIONALE

R. La matérialité des faits qu'ils relatent est indéniable : mais la manière dont ils les présentent, la cause unique qu'ils leur assignent, les conclusions politiques qu'ils en tirent, sont discutables. Ne prenons qu'un exemple : la noblesse a-t-elle fait son devoir en émigrant pendant la révolution, et la fuite de Louis XVI n'est-elle pas une grande faute? C'est sur place qu'il fallait lutter, sans faiblesse, sans défaillance, légalement, constitutionnellement.

N'allez pas croire que j'excuse par là le règne des assassins, si lugubrement nommé la Terreur. Mais je n'aime pas les jugements en bloc, les jugements absolus : je préfère l'analyse historique, faite avec calme, sans parti pris, sans conclusions forcées. Ainsi l'on peut discuter la question de savoir si malgré son passé glorieux — qui n'exclut pas les fautes — la monarchie n'a pas fait son temps, vu l'état actuel des esprits en France ; ou si, le troisième essai de la République aboutissant à un insuccès, la monarchie n'est pas la solution qui s'offrira naturellement à la majorité avide d'un gouvernement stable et sage.

On doit admettre la même discussion pour l'empire, avec des chances moins favorables peut être pour celuici, la légende Napoléonienne qui faisait son prestige, ayant perdu de son influence, et l'appel au peuple qui est son principe pouvant se tourner contre lui.

D. 11 me paraîtrait intéressant de continuer d'examiner les arguments des partis en leur faveur et les uns contre les autres ; cet examen peut faire jaillir d'utiles lumières sur les intérêts vitaux de la France, parce que c'est sur ces intérêts que les partis s'appuient pour se combattre.

La prospérité nationale.

D. Donnons donc encore la parole aux monarchistes. R. Ils disent :

Quel fut le gouvernement le plus prospère et le plus glorieux pour la France depuis 1189?

Ce fut, sans contredit, celui de la Restauration ; il y eut alors une ère de renaissance pour notre pays dépeuplé, ruiné, désorganisé. Tout prospéra, les finances furent rétablies comme par enchantement, l'industrie prit cet essor qui n'a fait que croître depuis, les sciences, les arts, les lettres, brillèrent d'un éclat tel, qu'on dira plus tard, dans l'histoire littéraire, « le siècle de la Restauration ». Le nom français reprit tout à coup son prestige à l'extérieur, personne, pas même l'Angleterre, alors très envieuse de notre grandeur, n'osa s'opposer à la conquête d'Alger.

D. Tout cela est vrai ; mais la monarchie de 1814 n'a pu se maintenir, ce qui implique de grandes lacunes dans un régime; que disent les orléanistes?

R. Sous la monarchie de juillet la France a joui d'une tranquillité, d'une prospérité extraordinaires.

D. Oui, mais elle aussi était mal assise, puis qu'après une durée de 18 ans, elle est tombée en un clin d'œil.

Il est vrai que la République de 1848 a duré moins longtemps. Que disent les bonapartistes?

R. Que la prospérité, dont se ventent les orléanistes, s'est développée énormément sous Napoléon III : que la gloire des armes françaises...

D. N'achevez pas! Sedan nous invite à quitter ce sujet. Vous parliez de prospérité; combien nous a-t-elle coûté? Chaque contribuable, de la part qui lui revient de la prospérité générale, déduit l'impôt qu'il paie et ne considère que la différence.

R. Les finances I C'est l'arme principale des monarchistes. « On sait, disent-ils, que la France a fait une horrible banqueroute et que ce fut sous la première république, cette fausse momiayeuse, laquelle fabriqua 44 milliards d'assignats, qui ne valaient pas le poids du papier ; que le premier empire employa les ressources de la France, non pas à en créer d'autres, en développant l'industrie et le commerce, mais à faire de glorieuses et inutiles conquêtes, dont nous ne devions pas conserver un pouce.

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