‹ Catéchisme politiqueChapitre 17 sur 233 · IMPORTANCE DU SUJET · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU SUJET

D. Je ne nie point qu'il ne soit curieux d'établir quelle est l'origine de la société humaine : mais je ne vois pas toute la portée pratique d'une telle question.

R. La voici : Si la société est une invention humaine, il est permis de la changer de fond en comble. C'est ce que font les utopistes qui assignent à la société cette origine. Si au contraire la société est un fait naturel, aussi ancien que l'espèce humaine, si la société est un penchant, une faculté, un besoin inhérent à la nature de l'homme, comme la faculté et le besoin de manger, de marcher, de dormir, de voir, d'entendre, de penser, de

parler, on peut régler, perfectionner l'exercice de ce penchant, de cette faculté, mais non le changer radicalement. Il est aussi absurde dans ce cas de vouloir créer une nouvelle société, sans ce qui a servi, depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours, de base essentielle, ordinaire, à toute société, sans la religion, sans la morale, sans la famille, sans la propriété, sans le respect de l'autorité et de la loi, il est aussi absurbe, disons- nous, d'exercer ainsi la faculté de la sociabilité que d'entreprendre de changer les conditions et le mode d'exercice de nos autres facultés, que de tenter, par exemple, de marcher sur les mains, les pieds en l'air; de voir, les yeux fermés; d'entendre, en se bouchant les oreilles; de parler, sans se servir de la langue.

C'est donc une question de la plus haute importance, au point de vue des conséquences pratiques, de savoir si la société est une invention humaine, que l'homme peut sans cesse modifier, réformer, sur un plan arbitraire, ou bien si c'est une loi immuable de la nature, qui a Dieu pour auteur, un penchant que l'espèce humaine doit suivre, et dont elle peut seulement régler et perfectionner l'exercice, d'après les lumières de l'expérience, de la raison et de la foi.

LA SOCIABILITÉ PROUVÉE PAR L'fllSTOIRE

D. Si je saisis bien votre sentiment, l'homme ne peut pas plus vivre en dehors de la société qu'un poisson hors de l'eau. Sur quoi appuyez-vous cette vérité ou cette opinion.

R. D'abord sur l'histoire. Suivez le cours des âges, depuis le berceau de l'humanité jusqu'à nos jours, vous verrez, en tout temps, les hommes vivre ensemble, obéir à des autorités, à des chefs, et respecter partout, quoique sous des formes diverses, les conditions fondamentales de toute société, à savoir, la religion, la morale, la famille, la propriété.

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