LA SOCIABILITÉ PROUVÉE PAR L'HISTOIRE
Existe-t-il, a-t-il jamais existé des peuplades sauvages, chez lesquelles ne se rencontrent aucune trace, aucune ombre de société; sans famille, ignorant jusqu'aux noms de père, de mère, d'époux, d'épouse, de fils et de fille ; sans religion, ne rendant de culte à aucune divinité, pas même à des fétiches ; sans loi, n'ayant, comme les animaux, aucune notion du juste et de l'injuste, incapables même de s'entendre, dans chaque bande, dans chaque tribu, pour la défense commune contre les attaques des bètes féroces, ou contre les agressions des bandes voisines et ennemies; sans gouvernement, ne reconnaissant aucun chef, pour les conseiller, les diriger dans leurs chasses ou leurs pèches, dans leurs combats, et leur servir d'arbitre dans leurs différends ; sans propriété, ignorant le tien et le mien, au point de ne pas même posséder en propre, chacun, le bâton, le pieu et les instruments grossiers qui leur servent à pêcher, à chasser, à abattre des fruits, à extraire des racines, et de ne jamais échanger entre eux un objet contre un autre, un poisson contre un morceau de viande, le fruit du cocotier contre la racine du manioc ?
Cet état entièrement sauvage, exclusivement animal, a-t-il jamais existé même comme fait isolé et exceptionnel? Rien ne le démontre, rien ne le fait supposer. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à côté des sociétés plus ou moins civilisées, il y a presque toujours eu des sociétés imparfaites, barbares.
Déplus, l'histoire nous apprend que c'est la société régulière qui répond le mieux à la nature de l'homme et que c'est dans cet état que Dieu l'a créé ; que c'est l'état primitif de l'humanité, que l'état sauvage pour l'homme est anti-naturel et ultérieur: ainsi, loin que l'homme se soit élevé de l'état sauvage à l'état social, il est tombé quelquefois de l'état social dans un état demi sauvage, qui est une altération, une déchéance.