I Cor. vu,; Rom., vu
64 CFIAPITUE II. CIVILISATION
des noces, ce serait encourager l'adultère: ce moyen (Hant le seul pour rompre le mariage, on l'emploierait toutes les fois qu'on voudrait se débarrasser de liens devenus désagréables et incommodes. Bien plus, on arriverait ainsi à cette morale absurde, qu'une femme innocente, répudiée sans motif, deviendrait adultère en se remariant, tandis qu'une femme criminelle, répudiée pour adultère, cesserait, en se remariant, d être adultère et redeviendrait innocente.
Ainsi, il faut bien distinguer entre la séparation [de corps et de biens) et le divorce. Il est des cas, spécifiés d'avance, où, lorsqu'on en fournit la preuve, le christianisme veut que l'on prononce la séparation de corps : c'est lorsque l'un des conjoints s'est rendu coupable d'adultère, d'hérésie, d'apostasie, ou de quelque grand crime, ou de mauvais traitements envers son conjoint, ou perd la raison. La séparation suffit pour remédier au dommage que la personne, l'honneur, le salut de l'un des conjoints pourraient souffrir.
D. Si la loi évangélique règle avec tant de soins, pour les épurer, les relations charnelles dans le mariage, il est naturel qu'elle défende comme des infamies horribles, impies, toutes relations charnelles en dehors du mariage, la fornication, la prostitution, conformes aux religions, aux opinions et aux usages des païens. Je vous prie de nous mettre sous les yeux quelques passages décisifs à cette question.
R. C'est l'apôtre saint Paul qui explique le mieux la morale chrétienne sur ce sujet, avec ses motifs et sa sanction. Il expose d'abord, dans sa lettre aux Romains, les excès monstrueux auxquels se livraient les nations païennes et il fait voir que ces immoralités étaient- le fruit de leurs fausses croyances, car la conduite dépend de la croyance ; on ne pratique la vertu, malgré tout ce qu'elle offre de pénible, on n'évite le vice, malgré ses séductions, on ne résiste à l'entraînement de l'exemple et de ses propres passions, que quand on croit que nous sommes l'œu-
vre de Dieu, que nous ne nous appartenons pas entièrement à nous-mêmes, que nous ne pouvons pas disposer à notre gré de nos corps pour des jouissances animales, puisqu'ils sont l'œuvre et l'image de Dieu, ses temples qu'il habite invisiblement, où il vient trôner sous le voile eucharistique ; qu'il nous est impossible d'échapper aux regards de Dieu pour faire le mal, qu'il nous jugera un jour, et récompensera ou punira éternellement notre âme et notre corps, notre être tout entier. C'est en croyant cela qu'on devient saint, juste: jus tus ex fide vivit. Or, quoique le grand livre de la création fût ouvert sous les yeux des païens et qu'ils pussent y lire, écrites en gros caractères, l'existence du créateur et ses perfections, ils ne l'ont pas connu et honoré comme ils le devaient. Les prétendus sages de l'antiquité étaient, pour la religion et la morale, de véritables fous. Leur religion fut une honteuse idolâtrie, leur morale un tissu d'immoralités ; ils substituèrent le mensonge à la vérité, la créature au créateur, le vice à la vertu. De là des usages abominables. Parmi eux, les femmes ont perdu la pudeur de leur sexe : elles ont prostitué leurs corps, soit avec les hommes, soit entre elles, à des usages qui outragent la nature; de même, les hommes, rejetant l'alliance des deux sexes, qui est selon la nature, ont été embrasés d'un désir brutal les uns pour les autres ; l'homme commit avec l'homme des turpitudes. Les plus illustres personnages, les dieux mêmes, ont autorisé ces infamies par leurs exemples et par leurs enseignements. C'est ainsi que les sages de l'antiquité ont terni leur réputation, et qu'ils ont été punis, d'avoir abandonné le culte du vrai Dieu, par les désordres de leur conduite et de leur doctrine : comme ils n'ont pas voulu reconnaître Dieu, Dieu les a abandonnés à leur sens dépravé, et cette élite de l'humanité a fait des actions indignes de l'homme ; ils ont inventé de nouvelles monstruosités. Ils ont oublié que ceux qui commettent ces abominations seront condamnés aux supplices éternels, et non seulement ceux
qui les font, niais encore ceux qui les approuvent l.
Vous donc, chrétiens, continue l'apôtre, rappelez-voufl que ceux qui se livrent à la fornication, à la prostitution, à la sodomie et à tous les autres genres de luxure, seront exclus du royaume de Dieu ; rappelez-vous que le corps n'est pas fait pour la fornication, mais pour la gloire et le service de Dieu : car il a été créé par Dieu, racheté par le Fils de Dieu ; il est associé, uni à Dieu ici-bas par la grâce, dans le ciel parla gloire. Car Jésus-Christ doit ressusciter nos corps comme il est ressuscité lui-même par la vertu de son père. Ne savez-vous pas que par le baptême nous avons été entés sur Jésus-Christ, que nos corps sont devenus les membres de Jésus-Christ? Arracherai-je donc à Jésus-Christ ses membres pour en faire les membres d'une prostituée? A Dieu ne plaise !
Celui qui s'unit avec une courtisane est un même corps avec elle; car, parlant de l'union entre l'homme et la femme, l'Écriture a dit : « Ils seront deux dans une même chair. »
L'âme du chrétien qui s'attache à Jésus-Christ devient son épouse; par cette sainte union, elle est un même esprit avec Jésus-Christ.
D'un côté, quel honteux abaissement ; de l'autre, quelle sublime élévation !
De tous les péchés que nous pouvons commettre, la fornication est celui qui s'applique le plus à nous-mêmes, qui a plus spécialement pour objet notre corps ; elle le souille, elle le dégrade, lui imprime une tache honteuse.
Eh bien, ce corps que vous avilissez, que vous profanez par des actions impures, ne savez-vous pas qu'il est le temple du Saint-Esprit qui réside en vous ? Dans le droit païen, l'esclave appartient au maître qui l'a acheté. Or, Jésus-Christ nous a achetés à un grand prix, au prix de son sang; vous lui appartenez donc, vous ne pouvez