DEVOIRS ENVERS NOS SEMBLABLES
Augustin, un homme, en devenant votre ennemi, n'a pas cessé d'être homme, c'est-à-dire l'œuvre de Dieu, l'image de Dieu, votre semblable, votre frère: « aimer un ennemi, c'est toujours aimer son frère. »
Ainsi, dans les cas où notre ennemi a besoin de notre secours, pour sauver son âme, sa vie, sa réputation, son bien, sa position, si, pouvant le secourir, nous refusons de le faire, nous cessons d'être chrétiens; car l'une des marques distinctives du chrétien, c'est de s'aimer les uns les autres, et de faire du bien à ceux qui vous veulent du mal.
D. Toute espèce de vengeance contre nos ennemis nous est donc interdite par le christianisme ?
R. Si c'est une faute grave de refuser en cas de nécessité de faire du bien à son ennemi, c'est un crime encore plus opposé à l'esprit du christianisme, de lui faire du mal, de lui en souhaiter ou de se réjouir de celui qui lui arrive. « Ne vous réjouissez point », nous dit le Saint- Esprit par la bouche du sage, « de la chute de votre ennemi, et que votre cœur ne tressaille point du malheur qui lui est arrivé *. » Saint Jean, l'apôtre de la charité, va jusqu'à dire que vouloir du mal au prochain, souhaiter qu'il soit amoindri, ruiné, c'est une espèce d'homicide 2. Il faut donc, si quelqu'un nous a offensé, lui pardonner cette offense, sincèrement, cordialement; ce devoir nous est imposé sous une sanction terrible, c'est que si nous ne pardonnons point aux hommes, Dieu ne nous pardonnera pas non plus 3. Par cette obligation de pardonner à nos ennemis, de nous réconcilier avec eux, c'est la vengeance que Dieu nous interdit, mais non la juste revendication de nos droits. On peut donc, on doit même souvent, quand on a reçu une injure, un dommage considérable, en exiger la réparation par la voie de la justice régulière, quand on ne peut l'obtenir autrement; mais il faut agir
i . Prov., xxiv.