‹ Catéchisme politiqueChapitre 66 sur 233 · DEVOIKS ENVERS NOS SEMBLABLES · texte numérisé non relu

DEVOIKS ENVERS NOS SEMBLABLES

ses plaies, versa dessus du vin et de l'huile, le mit sur son cheval et le transporta dans une hôtellerie où il eut grand soin de lui. Le lendemain il tira deux deniers qu'il donna à l'hôte et lui dit: « Ayez bien soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus que ce que je vous ai donné, je vous le rembourserai à mon retour. » On ne saurait imaginer quelles lumières inattendues cette admirable parabole répandit sur les ténèbres dont une pratique et une interprétation du corps sacerdotal juif avaient obscurci la morale naturelle et révélée. Les lettrés, les savants, les prêtres juifs étaient alors très religieux observateurs de certaines pratiques'extérieures; ainsi, ils auraient cru commettre un crime en oubliant de se laver les mains avant de se mettre à table; mais faire le bien en secret, sacrifier son argent, ses aises, sa vie à secourir le prochain, surtout si l'on ne devait en retirer aucune gloire devant les hommes, secourir un inconnu, abandonné dans la gorge d'une montagne, cet inconnu fût-il de la même nation, de la même religion, dès lors qu'il n'était pas de la même caste, et qu'il s'agissait de lui rendre un service ignoré du public, cela n'était point compris dans les bonnes œuvres par lesquelles ils prétendaient mériter le ciel. Les sentiments d'humanité qui doivent se purifier, se perfectionner, s'enflammer au souffle de la religion bien comprise et bien appliquée, s'étaient éteints jusqu'à la dernière étincelle dans ces cœurs froids, orgueilleux, hypocrites, pharisaïques. Qui fut touché de compassion à la vue de ce pauvre juif, isolé, meurtri, abandonné sur le chemin; qui le secourut avec un soin fraternel, et qui lui consacra son temps, son argent? Un étranger, un hérétique, un ennemi des Israélites, un Samaritain, un homme de cette tribu, de cette secte qui haïssait tellement les Israélites et que ceux-ci haïssaient si fort, que deux des disciples de Jésus-Christ demandèrent à leur divin maître le pouvoir de faire descendre le feu du ciel, à l'exemple d'Elie, sur cette race impure : zèle de bonne foi, mais inintelligent, que censura vivement Jésus-

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Christ, quoiqu'il s'agit de venger son honneur, parce que les Samaritains avaient refusé de lui donner asile ; zèle, dis -je, qu'il réprima par ces mots: «Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le fils de l'Homme n'est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver. »

Un Samaritain secourut le voyageur juif abandonné par deux juifs; lequel des trois, demanda Jésus-Christ au docteur, du Samaritain, du prêtre et du lévite juifs, vous semble avoir été le prochain du voyageur juif, spolié et presque tué par les voleurs i — Le docteur répondit : « Ce fut celui qui exerça la miséricorde envers lui ». — « Allez donc », répliqua le divin Maître, « allez et faites de même », c'est-à-dire, quand quelqu'un a besoin de vous, n'examinez ni de quelle nation, ni de quelle religion, ni de quelle classe sociale, ni de quel parti politique il est, ni s'il est votre ami ou votre ennemi ; rappelez- vous seulement qu'il est homme, c'est-à-dire ayant la même nature que vous, créé comme vous par Dieu et à son image, racheté comme vous par le sang du Fils de Dieu; tout homme est votre prochain, votre proche ; bien plus, tout homme est votre frère : ayez donc pour lui les sentiments d'un bon et tendre frère.

D. Comment concilier le précepte d'aimer tous les hommes, soit fidèles, soit infidèles, soit justes, soit pécheurs, avec cette parole de David qui dit : J'ai haï les méchants 1 ?

R. On peut haïr quelqu'un comme méchant et l'aimer comme homme; en d'autres termes, on hait le mal, mais on est plein de charité pour celui qui le commet, et on tâche de le corriger.

D. Jésus-Christ n'a-t-il pas ordonné quelque chose de plus difficile et de plus beau touchant le prochain ?

R. « Moi, je vous dis, aimez vos ennemis, fartes du bien à ceux qui vous veulent du mal. et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. » En effet, dit saint

\. Ps. CXVIII.

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