‹ Catéchisme politiqueChapitre 69 sur 233 · ÉTENDUE ET ORDRE DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

ÉTENDUE ET ORDRE DE CHARITÉ

D. Quelles limites Dieu a-t-il assigné à l'amour et au dévouement qu'il nous faut avoir pour le prochain ?

R. Dieu ne nous ordonne pas d'aimer le prochain plus que nous-mêmes, mais après nous-mêmes, et alors comme nous-mêmes. Il nous est défendu d'exposer le salut de notre âme, et même notre bien moral, pour le prochain. Nous ne sommes pas tenus de sacrifier notre vie pour sauver celle du prochain, ni nos biens pour sauver les siens. Mais qu'il est beau de voir les missionnaires affronter la mort pour évangéliser les sauvages ! Qu'il serait barbare et antichrétien de ne rien sacrifier de son bien pour sauver la vie de son semblable! Je ne parle pas de ceux qui sont chargés du soin des âmes ; leur obligation va plus loin : ils doivent exposer leur vie et leurs biens pour le salut des âmes qui leur sont commises, dans les cas de pressante nécessité, comme en temps de guerre ou de peste et dans toutes les calamités publiques : « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis 1. »

D. Quels devoirs le christianisme nous prescrit-il envers les pauvres, les indigents, les malheureux; nous imposet-il Y aumône et la bienfaisance ?

1 Joan., x

R. La sainte Ecriture, interprétée selon le sentiment de la majorité des Pères de l'Église, fait une obligation étroite aux chrétiens de consacrer le superflu de leurs biens à soulager la misère du prochain. Si un prédicateur osait aujourd'hui exprimer dans toute sa rigueur la doctrine chrétienne sur ce sujet, il offenserait, à un tel point, les oreilles des personnes riches, qu'il ne pourrait plus remonter dans la chaire de vérité. Mais il est plus facile d'écrire que de parler: écrivons les préceptes divins.

On n'aime pas Dieu, si l'on n'aime pas son prochain : or. on ne l'aime pas, quand on manque à l'assister dans son besoin si on le peut. « Si quelqu'un », dit saint Jean, « a des biens de ce monde, et que, voyant son frère dans la nécessité, il lui ferme ses entrailles, comment aime-t-il Dieu ? 1 » Il faut remarquer ce mot de frère, employé par l'apôtre, pour désigner le prochain. Aussi, contrairement à la morale du paganisme, d'après laquelle les neuf dixièmes du genre humain n'étaient pas considérés comme semblables à l'autre, qui les tenait dans l'esclavage et la misère, le christianisme nous rappelle que nous sommes tous frères : nous ne formons qu'une seule famille dont Dieu est le père. C'est lui l'unique propriétaire absolu, éternel, de tous les biens, pusqu'il les a créés, pour servir à la subsistance de tous les hommes. Pour encourager et récompenser le travail, l'activité, donner de la stabilité aux familles, exercer la conscience de l'homme par l'accomplissement des devoirs sociaux, il a voulu que les hommes pussent, par des moyens légitimes, acquérir ces biens, les conserver, les transmettre ; mais ce n'est là qu'une propriété relative: les hommes, devenus propriétaires, doivent user des biens qu'ils possèdent conformément aux volontés du suprême propriétaire. « Assistez le pauvre, Dieu l'ordonne... Dispensez vos richesses, — dont vous n'êtes que le dépositaire, et dont le vrai propriétaire est Dieu — selon que Dieu l'a commandé ».

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