‹ Catéchisme politiqueChapitre 91 sur 233 · DEVOIRS RÉCIPROQUES DES INFÉRIEURS ET DES SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

DEVOIRS RÉCIPROQUES DES INFÉRIEURS ET DES SUPÉRIEURS

D. Décrivez-nous maintenant les devoirs réciproques de tous les inférieurs et de tous les supérieurs en général.

R. Le supérieur est le dépositaire à un degré quelconque de l'autorité légitime : tous ceux qui sont soumis à l'autorité dont il est revêtu sont des inférieurs sous ce rapport. Deux personnes peuvent être à la fois, sous deux rapports différents, supérieures et inférieures l'une vis-àvis de l'autre et se devoir l'obéissance, chaque citoyen dans un pays étant supérieur aux autres dans les limites de l'autorité qui lui a été confiée, mais ne l'étant plus hors de ces limites. C'est ainsi que le percepteur des deniers publics doit obéir, comme tous les autres citoyens^ à un arrêté du préfet de son département, et que le préfet doit obéir au percepteur l'avertissant de payer sa part de contribution : que le garde champêtre doit obéir au maire de sa commune lui ordonnant de garder le terrain communal, et que le maire doit obéir au garde champêtre, lui défendant de chasser sur les terres d'un particulier qui l'a commandé à cet effet. De cette juste notion de l'autorité découlent ces deux principes chrétiens, le premier si bien défini par le grand théologien saint Thomas, que tous doivent obéissance au supérieur en ce qui est de sa compétence, mais que personne n'est tenu de lui obéir quand il dépasse les bornes de son pouvoir, non tenetur inferior suo supe7%io7%i obedire, si aliquid prœcipiat in qno ei non subdatur l.

Ainsi, ce n'est pas au caprice, à l'arbitraire des supérieurs qu'un chrétien doit obéissance, c'est aux ordres qu'ils donnent dans l'exercice de l'autorité légitime et compétente, dont ils sont revêtus. Tout, dans une société bien ordonnée, est réglé par les lois et les usages; l'autorité est établie pour les faire observer, c'est sa seule rai-

i. 2. 2. q. 104, art. 5.

son d'être. Si donc elle ordonne quelque chose de manifestement étranger aux lois et aux usages ou qui ne soit pas de sa compétence, elle cesse d'être en cela ['autorité et n'a plus pour ces ordres droit à l'obéissance. Je suppose que le chef d'une administration, un directeur des contributions par exemple, ordonne à ses subordonnés de favoriser l'élection d'un Candidat au Corps législatif, ils ne sont pas tenus de lui obéir, parce que c'est un point sur lequel ils n'ont point d'ordre à recevoir et demeurent libres, indépendants. Si ce qu'ordonnent les supérieurs est non seulement étranger, mais évidemment, formellement, contraire aux lois, aux usages, il est souvent plus avantageux de leur résister respectueusement que de leur obéir, pour le bien public qui dépend, avant tout, de l'observation religieuse et ponctuelle des lois.

Il existe un troisième cas. C'est lorsque le supérieur ordonne quelque chose d'absolument mauvais, d'expressément contraire aux lois divines, comme de faire un mensonge formel : alors quelque noble, utile, nécessaire, que soit la fin que se propose le supérieur, on doit lui désobéir.

Le deuxième principe de l'obéissance chrétienne, si extraordinaire pour les païens qu'ils n'y pouvaient croire, en voyant les chrétiens l'appliquer, c'est qu'il faut obéir aux dépositaires de l'autorité, non par crainte du châtiment, mais par conscience, pour remplir son devoir, pour rester dans le vrai, dans l'honnête, dans le juste, pour obéir à Dieu : car celui, dit saint Paul, qui désobéit aux dépositaires de l'autorité légitime désobéit à Dieu ; en effet, Dieu a fait l'homme sociable, et il n'y a pas de société sans lois qui règlent les rapports des citoyens entre eux; donc il faut des autorités qui confectionnent ces lois, qui les fassent exécuter et qui condamnent ceux qui les enfreignent aux peines édictées : donc désobéir à ces autorités, c'est s'opposer à l'ordre établi par Die'u; c'est résister à Dieu i.

i. Ad Rom., ch. xm.

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