TROISIÈME PARTIE. 30i
La Femme. Je dois, mon père, vous demander enfin si le régime public ne comporte pas une division gêné* raie analogue à celle du régime privé, d'après Tinégale extension des liens correspondants. Ni le cœur, ni même l'esprit, ne peuvent dignement monter de la Famille à l'Humanité sans Tentremise de la Patrie. Dès lors, la vie publique me semble offrir nécessairement deux degrés bien distincts, en y ccmsidérant d'abord les relations civiques, puis les rapports universels.
Le Prêtre. En effet, ma fille, cette distinction détermine le plan général du présent entretien. Mais, avant de l'appliquer, il faut lui procurer assez de précision et de consistance, en restreignant la sainte notion de Patrie, devenue trop vague, et par suite presque stérile, chez les modernes, d'après l'exorbitante extension des États occidentaux. En complétant l'indication ébauchée dans l'étude du dogme, vous devez ici concevoir les futures républiques comme beaucoup plus circonscrites que ne l'annoncent aujourd'hui les préjugés révolutionnaires. La dissolution graduelle du système colonial depuis l'indépendance américaine n'est, au fond, que le début d'une irrévocable dislocation de toutes les dominations trop vastes.qui surgirent depuis la rupture du lien catholique.
Dans Tordre final, les états occidentaux n'auront pas une étendue normale supérieure à celle que nous offrent maintenant la Toscane, la Belgique, la Hollande, et bientôt la Sicile, la Sardaigne, etc. Une population d'un à trois millions d'habitants, au taux ordinaire de soixante par kilomètre carré, constitue, en effet, Texten-
sîon convenable aux Ëtats Traiment libres. Car on ne doit qualifier ainsi que ceux dont toutes les parties sont réunies, sans aucune violence, par le sentiment spontané d'une active solidarité. La prolongation de la paix occidentale, en dissipant les craintes sérieuses d'tnyâsion extérieure et même de coalition rétrograde, fera bientôt sentir partout le besoin de dissoudre paisiblement des agrégations factices désormais dépourvues de vrais motifs. Avant la fin du xix® siècle, la République française se trouvera librement décomposée en dix- sept républiques indépendantes, formées chacune de cinq départements actuels. La prochaine séparation de l'Irlande doit ensuite conduire à rompre les liens artificiels qui réunissent aujourd'hui FÉcosse, et même le pays de Galles, à l'Angleterre proprement dite. Une semblable décomposition s'opérant dans tous les États trop vastes, le Portugal et l'Irlande, si nulle division n'y surgit, formeront, au début du siècle suivant, les plus grandes républiques de l'Oecident. C'est à des patries ainsi restreintes q«'il faut appliquer ici l'appréciation normale du régime public. Alors le sentiment national devient un véritable intermédiaire entre l'affection domestique et l'amour universel.
La Femme. D'après cette précieuse simplification delà politique positive, j'espère ne trouver, mon père, aucune grave difficulté dans votre explication directe de notre régime public.
Le Prêtre. I! consiste tout entier, ma fille, à réaliser dignement cette double maxime : Dévoitement des forts aux faibles; vénération des faibles pour les forts. Aucune