TROISIÈME PARTIE
server les polythéistes actuels, dont les principaux dogmes sont transformables en notions positives, couvertes seulement d'une sorte d'enluminure divine, qui se dissiperait bientôt.
La Femme. Quant aux fétichistes, d'ailleurs peu nombreux, leur état me semble, mon père, tellement éloigné du nôtre, que je ne conçois pas la possibilité de les amener rapidement au niveau final de TOccident.
Le Prêtre. Malgré leur petit nombre, ma fille, ils occupent, au milieu de TAfrique, une vaste région complètement inaccessible encore à notre civilisation, qui n'y pourra pénétrer que sous Timpuision prolongée du sacerdoce positif. Nos dignes missionnaires y trouveront le cas le plus propre à stimuler les efforis théoriques et le zèle pratique, en se proposant d'étendre directement la religion universelle chez ces populations naïves, sans leur imposer aucune transition monothéique, ni même ' polythéique. La possibilité d'un tel succès résulte de la profonde affinité du positivisme avec le fétichisme, qui n*ea diffère, pour le dogme, qu'en confondant l'activité avec la vie, et, quant au culte, en adorant les matériaux au lieu des produits.
Dans toute initiation humaine, spontanée ou dirigée, le fétichisme constitue le seul mode du régime fictif qui soit vraiment inévitable, parce qu'il surgit en un temps oii l'espèce et l'individu sont incapables de ré* flexions quelconques. Chacune des deux autres phases préliminaires peut être épargnée à l'évolution pleine nement systématique. Si nous tenions à préserver nos' enfants du polythéisme, nous y pourrions parvenir ea
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prolongeant Tétat fétichique jusqu'à ce que, par des modifications graduelles, il aboutît au positivisme. Mais cet eflPort manquerait alors d'opportunité, sans parler de sa tendance à troubler l'essor naturel de l'imagination humaine. Il en est tout autrement envers l'évolution collective de l'Afrique centrale, où de telles transformations comporteront la plus salutaire eflScacîté, tant locale qu'universelle.
La Femme. Je n'ai plus, mon père, qu'une dernière remarque à vous soumettre sur ces immenses métamorphoses intellectuelles et sociales, qui donnent tant d'intérêt aux plus vastes rapports humains, toujours souillés jusqu'ici d'égoïsme et d'empirisme. Sans partager aucunement les barbares préjugés des blancs contre les noirs, j'ose à peine espérer que l'universalité de la foi positive ne soit pas indéfiniment entravée par la diversité des races.
Le Prêtre. La vraie théorie biologique des races humaines résulte, ma fille, de la conception de Blain ville, qui représente ces difiërences comme des variétés dues au milieu, mais devenues fixes, même héréditairement, quand elles eurent atteint leur plus grande intensité. D'après ce principe, on peut construire subjectivement une doctrine essentiellement conforme aux seules diversités constatées par l'appréciation objective, qui n'admet réellement que trois races distinctes, blanche, jaune et noire.
En eflet, il n'a pu se développer de différences essentielles et durables qu'envers la prépondérance relative des trois parties fondamentales de l'appareil cérébral ,