TROISIÈME PARTIE
richesse qu'exige Tétat final, et que nous aurons ici beaucoup de peine à reconstruire. Tout Teffort d'un sage autocrate doit alors se borner à la transformation iûdustrielle du caractère militaire, déjà fondée sur la permanence, désormais inaltérable, de la paix universelle.
Li Femme. Due telle influence des conseils positivistes me semble, mon père, limitée à la Russie, d'après son analogie religieuse avec TOccident. Mais la Turquie et la Perse ne comportent peut-être qu'une intervention beaucoup moindre, puisqu'elles ne sont pas même arrivées encore à la monogamie.
Le Prêtre. La polygamie est aujourd'hui, ma fille, plus réelle souvent à Paris qu'à Gonstantinople. Outre que l'islamisme a subi la même dissolution que le catholicisme, on se forme, en général, une idée exagérée de la diversité de mœurs et d'opinions entre les Orientaux et les Occidentaux; comme le témoigne la tendance spontanée des musulmans à nous prendre pour guides.
£n repoussant la division des deux pouvoirs, afin de mieux constituer sa théocratie militaire^ l'incomparable Mahomet pressentit que cet immense perfecdonnement de l'ordre social était encore prématuré, en tant qu'in- <5ompatible avec le principe théologique. Il dut alors regarder une telle tentative com^ie particulière à l'Occident, oiison avortement final susciterait longtemps de graves dangers. Si l'islamisme priva les Orientaux des admirables progrès accomplis, au moyen âge, sous rimpulsion catholique, il les pi^éserva, deputsi, de la
transition anarchique qui nous tourmenta pendant les cinq derniers siècles, et d*où résultent aujourd'hui tant crobstacles. Grâce à leur régime, les musulmans sont essentiellement exempts de métaphysiciens et même de légistes. Le positivisme, en les détournant d'une désastreuse imitation, leur fera sagement apprécier cet avantage capital, qui peut beaucoup seconder leur régénération finale.
La Femme. Je comprends, mon père, une telle relation, dont le principe m'avait échappé, faute de connaître assez votre théorie historique. Mais envers les polythéistes, qui forment presque la moitié de la population humaine, je serais bien surprise que notre foi comportât immédiatement une équivalente efficacité, puisque la distance s'y trouve trop grande.
Le Prêtre. Au contraire, ma fille, nous pouvons devenir beaucoup plus utiles aux polythéistes qu'aux monothéistes, en leur épargnant une transition plus longue et plus difficile. Leur essor spontané les ferait peut-être passer d'abord par un monothéisme quelconque ; quoiqu'ils y soient peu disposés en remarquant le discrédit total qu'il subit, depuis un siècle au moins, en Occident et même en Orient. Mais la religion positive les dispensera de cette marche empirique, en instituant spécialement leur transition directe à la foi finale de l'homme. Le moaothéisme n'est vraiment nécessaire que dans l'évolution originale. Beaucoup de nos adolescents le franchiront spontanément pendant leur noviciat encyclopédique. A plus forte raison, le zèle .systématique du sacerdoce occidental peut-il en pré-